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Au jour le jour

1600-1700



Enfermer les pauvres

Un hôpital pour Châteaubriant

Châteaubriant disposait, depuis 1250 environ, d’un « Couvent des Trinitaires » (situé à l’emplacement actuel du Parc de la Trinité). Ce couvent, créé par Geoffroy IV, seigneur de la ville, avait obligation d’entretenir un hôpital dont la porte était toujours ouverte aux pauvres de tout âge et de tout sexe.(a)(voir aussi page suivante)

Sans doute était-il insuffisant puisqu’en 1654, l’évêque de Nantes, qui avait pitié des « pauvres malades abandonnés dans la plupart des petites villes où il n’y avoit point d’hospital » envoya un émissaire à Châteaubriant pour y créer une confrérie de la charité. Le doyen de la paroisse St Jean de Béré était alors Jean-le-Noir. C’est ainsi que naquit « la confrérie des Dames de la Charité (...) pour le soulagement des malades et des pauvres honteux » suivant en cela le modèle donné par St Vincent de Paul à Paris (1)

En 1677, « le feu de la charité s’allumant de plus en plus dans le cœur des habitants de Chasteaubriant, à l’endroit des pauvres malades », la communauté de ville résolut de bâtir un hôpital pour les recevoir. Le Duc de Chaulnes donna son accord en venant à Châteaubriant en août 1678 et en permettant à la ville de prendre 600 livres sur les « deniers d’octroy » pour les nécessités de cet hôpital. (b)

Mais la ville n’était pas riche. Des quêtes furent faites dans la ville, faubourgs et paroisses, « des présents faits mesme par quelques étrangers originaires de Châteaubriant », « Monseigneur le Prince y contribua d’une fourniture de chesne à choisir dans ses forêts ». (il s’agit de Louis II de Bourbon-Condé, seigneur de Châteaubriant de 1646 à 1686. C’est celui que l’Histoire appelle « Le Grand Condé ») (2)

On fit venir un architecte, on mit la main à l’ouvrage et « on travailla avec tant de promptitude et d’assiduité qu’en deux ans de temps on vit ce bâtiment achevé » (sauf les escaliers). On s’aperçut alors qu’il avait belle apparence mais qu’il était mal conçu ! Il fallut faire des escaliers en bois pour monter aux chambres, créer des petites cloisons pour apprêter les farines, et loger les domestiques qui devaient gouverner l’hôpital. Il fallut ensuite le meubler (on fit une quête de meubles). Et finalement, quand celui-ci fut logeable et meublé, « les pauvres y furent conduits processionnellement, vêtus de just-au-corps et de bonnets bleus qui leur avaient été donnés par quelques particuliers plus zélés ». C’était le 10 octobre 1680. (On notera qu’il est question des « pauvres » et non point des malades)

Cet hôpital se situait sur la partie la plus ancienne de l’actuel ancien hôpital de Châteaubriant, non loin des terres du Couvent de la Trinité et du jardin de « Missire Pierre de La Lande ». Une partie de l’étage avait été aménagée en chapelle pour l’hôpital. Par la suite le Doyen Blays (3) fit construire la chapelle actuelle qui fut inaugurée le 29 novembre 1687.

L’espace autour de l’hôpital étant exigu, le Doyen Blays négocia un terrain, appartenant à une personne de Rougé, situé depuis l’hôpital jusqu’au domaine des Trinitaires. Hélas, cette personne mourut avant que l’affaire soit conclue et ses héritiers n’acceptèrent un arrangement que contraints et forcés par un jugement du Présidial de Rennes. De même, Missire Pierre de La Lande, prêtre, accepta de donner un jardin, « à charge de messes à perpétuité pour le donateur ». On construisit alors un mur de clôture, de sorte que les pauvres et les malades qui le pouvaient, puissent faire quelques pas de promenade (2)

215 purgations

La médecine à l’époque tenait plus du folklore que de la science. Les médecins étaient hommes importants, vêtus de noir et portant rabat, parlant latin et charabia, employant de répugnantes et puériles recettes. Dans la difficulté où ils se trouvaient à diagnostiquer avec certitude une maladie, ils infligeaient à leurs clients des vomitifs, purges et lavements et de fréquentes saignées. Un certain Charles Bouvard, dit-on, fit administrer au roi Louis XIII, en une seule année, 215 purgations, 212 clystères et 47 saignées. Le roi vécut quand même jusqu’à 42 ans.

Madame de Sévigné nous apprend qu’elle se soignait à la « poudre de sympathie » et que Madame de la Fayette, autre écrivain célèbre de l’époque, utilisait du « bouillon de vipère qui lui donne des forces à vue d’œil » ». Il suffisait de se procurer des vipères nourries exclusivement de miel et de rosée, de les dessécher, de les réduire en poudre, de les faire bouillir avec trois fois leur poids de miel.

Les guérisseurs et rebouteux se faisaient aussi une clientèle nombreuse et, parmi les chemineaux, il se trouvait toujours un « juge à l’eau » qui savait diagnostiquer une maladie en examinant les urines.

A cette époque, le peuple préférait les charlatans et marchands d’herbes et tous les sorciers de village cueillant des herbes connues d’eux seuls, à tous les inquiétants remèdes des maîtres de la Fa-culté qui considéraient qu’il valait mieux « tuer son malade que perdre la face »(4).

Molière se moque d’ailleurs largement des médecins dans « Le Malade Imaginaire » comme dans ce dialogue entre Monsieur Diafoirus, médecin, et son fils Thomas :

- « Allons, Thomas, prenez l’autre bras de Monsieur, pour voir si vous saurez porter un bon jugement de son pouls. Quid dicis ? »
- « Dico que le pouls de Monsieur est le pouls d’un homme qui ne se porte point bien »
- « Bon »
- « Qu’il est duriuscule, pour ne pas dire dur »
- « Fort bien »
- « Repoussant »
- « Bene »
- « Et même un peu caprisant »
- « Optime »
- « Ce qui marque une intempérie dans le parenchyme splénique, c’est-à-dire la rate »

Enfermer les pauvres

La construction de l’Hôpital Général de Châteaubriant correspond à un changement des mentalités. Jusque là, les pauvres étaient respectés, accueillis comme des images du Christ (dans les repas de fêtes et mariages, il y avait souvent « la part du pauvre »). Au XVIIe siècle, ils devinrent des importuns. C’est manifeste dans l’Edit pris par Louis XIV à St Germain en Laye en 1662 :

« Le grand désir que nous avons de pourvoir aux nécessités des mendiants, de procurer leur salut par les instructions chrétiennes, et d’abolir la mendicité et l’oi-siveté, en élevant leurs enfants aux métiers dont ils seraient capables, nous a fait établir l’hôpital général de Paris en 1656

(...) ». « le public a reçu la satisfaction de voir notre ville soulagée de l’importunité des mendiants » (...)

« Néanmoins, la surcharge des mendiants arrivés de diverses provinces de notre royaume est telle que cet hôpital doit nourrir plus de 6000 pauvres (...). On voit encore des mendiants qui ne peuvent être ni logés, ni nourris. Il serait impossible, sans ruiner cet hôpital, d’y loger ni nourrir tous les mendiants qui abondent à Paris, les uns par fainéantise, les autres par manque d’ouvrage, et la plupart par la grande nécessité qui est à la campagne. Ils s’accoutument à cette malheureuse fainéantise, cause de désordre et de corruption. »

« C’est pourquoi nous ordonnons qu’en toutes les villes de notre royaume, il soit établi un hôpital pour y loger, enfermer et nourrir les pauvres mendiants invalides, natifs des lieux ou qui y auront demeuré un an, et les enfants orphelins. Tous les pauvres seront instruits à la religion chrétienne et aux métiers dont ils pourront se rendre capables, sans qu’il leur soit permis de vaguer, ni sous aucun prétexte, d’aller de ville en ville, ni venir à Paris »

Cet édit créa pratiquement le délit de vagabondage. Il ordonna la construction d’hôpitaux dans toutes les villes, mais en laissa la charge aux villes.

On trouve, dans cet édit de 1662, le débat qui agita la fin du XXe siècle : qu’est-ce qu’un pauvre, pourquoi est-il pauvre ? Vrai pauvre ou faux pauvre ? Victime ou coupable ? Assistance ou répression ? Il y a quelques années seulement, des villes de France prirent des arrêtés pour interdire la mendicité. Le débat n’est pas clos .

Il n’y a plus de dévotes

Pour administrer l’hôpital, la Communauté de Ville créa un bureau où figuraient le doyen, les juges de justice et de police, le syndic en charge (5) et des membres élus : avocat, notaires, chirurgiens, commerçants. Une personne fut chargée de la distribution des pains pour les pauvres qui n’étaient pas dans l’hôpital. D’autres furent désignées pour distribuer des habits. Enfin un archer, avec casaque et hallebarde, fut chargé d’écarter les « pauvres étrangers et vagabonds » de l’entrée. (2).

Le service intérieur fut assuré par deux « bonnes dévotes » Charlotte et Alix Guignard qui ne demandèrent qu’à être nourries gratuitement. Des servantes et des valets leur furent adjoints mais demandèrent bientôt à être payés : la communauté de ville leur accorda des gages, « une paire de souliers et l’entretien des sabots » à partir de 1681. On commençait à passer de la « charité » à la justice.

Le système dura 5 ans « parce que, dans le commencement, les charités des habitants qui estoient fort eschauffés, faisoient qu’on ne manquait de rien à l’hospital, la plupart des gens à l’aise, outre les aumônes journalières, donnaient un jour par an à manger aux pauvres, desquels il se fit même un catalogue ».(1)

Mais les demoiselles Guignard, trouvant la charge trop lourde se retirèrent en 1686. D’autres « dévotes dont Châteaubriant est assez fourni » furent sollicitées mais en vain « en sorte que le bruit de leur dureté pour les pauvres » se répandit dans les communes voisines. Il se trouva finalement quelqu’un de Retiers, qui ne dura que trois ans. Pris par la nécessité, le Doyen Blays confia l’hôpital à une servante de l’établissement, qui demanda rapidement à cesser ses fonctions. C’est pourquoi, déçu par « les dévotes du monde » le Doyen Blays fit appel à une communauté religieuse, les sœurs de St Thomas de Villeneuve, « dont les filles s’obligent, par vœu, au service des pauvres et des malades » et passa un contrat avec elles, le 22 octobre 1690, alors même que « le public eut bien souhaité que le gouvernement de l’hospital eust resté entre les mains de personnes du pays ». Ch. Goudé donne tous les termes de ce contrat dans son livre, page 457.(1)

En 1699 l’hôpital fut débordé par le grand nombre de pauvres et de malades. En septembre 1700, il fut décidé que les mendiants de passage seraient reçus et qu’on leur donnerait deux livres de pain commun, de la soupe et de la paille pour coucher.

Des médecins célèbres

Changeons de siècle : en 1737 la communauté de ville fut autorisée à salarier un chirurgien à condition qu’il « soignera gratis les pauvres de l’hôpital, ceux de la ville et de la paroisse ». Ce fut d’abord le Sieur Du BOT, puis le Sieur DUCHESNE DE LA GANTRAIS.

En 1753, le procureur fiscal de la Baronnie de Châteaubriant dut faire procès à Sain-thoran (ministre du culte des Trinitaires) pour le forcer à respecter ses obligations : celui-ci en effet, avait fait raser la partie de son couvent, servant d’hôpital, pour « s’affranchir de tous les devoirs de la charité » envers les pauvres. (relire page 7)

La ville de Châteaubriant s’honore d’avoir donné naissance à Pierre Hunauld qui exerça longtemps la médecine en notre ville, avant que sa notoriété l’incite à aller se fixer à Angers. En 1759 le sieur Halnault, médecin de Châteaubriant, présenta un procès-verbal de l’ouverture d’un cadavre faite par lui et par le sieur Bastide, chirurgien au régiment de Royal-Dragons, pour découvrir la cause de l’épidémie qui affligeait le pays. M. Halnault faillit mourir de cette maladie. M. Bastide prit alors en charge les malades de la ville avec tant de dévouement que la Communauté de Ville lui décerna une épée d’honneur.

En 1774 l’hôpital de Châteaubriant, en grande indigence, dut renvoyer une partie de ses pauvres.

Le 1er octobre 1783 Châteaubriant pleura la disparition de Geneviève Poirier, supérieure de l’hôpital qui, pendant 40 ans, travailla au service des pauvres avec grand succès

En 1790, la Révolution Française étant passée par là, la Municipalité de Châteaubriant notifia à M. Dupin de la Ferrière, « dernier père des pauvres » qu’elle avait seule le droit désormais d’administrer l’hôpital ... ce qui ne se fera pas sans problèmes : plus de quêtes, plus d’aumônes. La situation était déplorable, les enfants « mâles » couchant à deux par lit, les enfants « femelles » aussi ....

En 1794 l’hôpital s’appella « Maison de l’humanité ». En 1795 un « hôpital aux galeux » fut établi au Château pour faire de la place aux blessés (non galeux) qui résultaient des guerres de la Chouannerie.

Les années passent . Au XIXe siècle, l’hôpital de Châteaubriant garde le souvenir de M. Delourmel de la Picaudière « qui pendant plus de 40 ans, consacra ses soins intelligents à soulager les souffrances du pauvre vieillard, de la veuve et de l’orphelin » (1). En 1869 fut posée la première pierre du nouveau bâtiment de l’hôpital, destiné à remplacer celui construit par le Doyen Pierre Blays, deux cents ans plus tôt.

Au XXe siècle, faisons mémoire du Docteur Bernou, célèbre dans le monde entier pour ses compétences dans le traitement de la tuberculose. Il fut assisté dans ses opérations de thoracoplastie par Lucienne Marécaux. Après la guerre, et la découverte de la pénicilline, son successeur fut le docteur Jean Tricoire.

En 1989 l’ancien hôpital de Châteaubriant fut désaffecté, un établissement neuf ayant été construit rue de Verdun.

Sur l’emplacement de cet ancien hôpital, une maison de retraite (MAPA) fut construite en 1995 et un bâtiment supplémentaire a ouvert rue Duguesclin pour accueillir 34 personnes « désorientées ». La Maison de Retraite de la Rue de Maumusson est en travaux et sera en partie reconstruite .Servira-t-elle à l’agrandissement du tout proche institut de formation en soins infirmiers .

L’année de la fistule

1686 restera dans l’histoire comme « l’année de la fistule ». Cette année-là Louis XIV dut se faire opérer de cette douloureuse infirmité, ce qui assura enfin le triomphe de son chirurgien Félix et des chirurgiens en général. L’opération fit grand bruit à la Cour et dans le royaume et ceux qui souffraient du même mal se pavanaient d’orgueil en annonçant qu’on leur ferait la même opération qu’au roi.


Un hôpital à la Tourière

Paul Bonnel, de la Tourière en Noyal sur Brutz, fut aussi un habile médecin. Il avait transformé les vastes salles de son château en hôpital pour y soigner gratuitement les malades pauvres, victimes de la « dissenterie » dans cette partie marécageuse de notre région. Il est mort le 8 janvier 1745 et fut enterré à Fercé.

Les murs des salles réservées aux malades étaient gravées de sentences religieuses « pour édifier » les dits-malades. Seul un mur, à gauche de la cheminée, portait le dessin de deux femmes, poitrine dénudée. Œuvre d’un prisonnier malade ...


Les revenus de l’hôpital

En 1680 pour meubler l’hôpital, une grande quête fut faite auprès des paroissiens de Châteaubriant « il y eut une affluence étonnante à apporter meubles, lits, couvertures, linge, batterie de cuisine et effets de toutes sortes ». Les Dames apportèrent des bijoux, ornements et objets les plus précieux. Mais il importait d’assurer à l’hôpital un revenu fixe. Le premier moyen qu’on imagina, ce fut de former un catalogue avec souscription de personnes aisées, et en particulier de l’assemblée de charité, qui s’obligèrent à nourrir tout l’hôpital pendant un jour. C’était ordinairement le jour de leur fête. Les Dames de la Ville allaient elles-mêmes à leur jour servir les pauvres de l’hôpital.

En même temps, on continua les quêtes à domicile. On donnait surtout du grain, du lin, de la laine et ce fut l’origine de la plus belle manufacture de l’hôpital. L’hôpital obtint souvent des secours du Prince de Condé, du Gouverneur et des Etats de Bretagne, et de divers donateurs, en échange de messes pour eux-mêmes et leur famille.

Un des meilleurs revenus de l’hôpital consistait en 40 boisseaux de seigle (36 quintaux) fournis chaque année par le Couvent St Sauvent de Béré.

L’hôpital vit encore son revenu s’accroître du droit de tirer le Papegault, du droit de boucherie du carême, du droit de chasses et cercueils.

Une autre branche de son revenu était une manufacture de laine, serge et étoffes à laquelle il employait ses pauvres. L’hôpital recevait en outre un petit revenu des pensionnaires qu’il recevait dans des cabinets particuliers.

Autre source de revenus : l’assistance des pauvres aux funérailles des riches. Ils y assistaient en uniforme de l’hôpital recouvert de deuil, un cierge à la main, en échange de quoi l’hôpital recevait une rémunération.

Quelques années avant la Révolution, l’hôpital put acheter 12 à 15 000 livres d’actions de la Compagnie des Indes qui rapportaient 900 livres de revenu annuel. Le trésorier chargé de gérer tout cela s’appelait le « Père des Pauvres » (b)


Les confréries

De 1600 à 1700, diverses confréries pieuses virent le jour à Châteaubriant :

La confrérie des Dames de la Charité, en 1654, conduisit à l’édification de l’hôpital en 1677

La confrérie de Nostre Dame de la Mercy se constitua en 1663, pour la rédemption « des captifs du diocèse »

La confrérie du Très Saint Sacrement de l’Autel fut créée en 1673 par bulle du pape Clément X. Elle organisait tous les ans une grande procession-spectacle avec

Jésus portant sa croix, « suivi des trois Marie et de la Véronique », avec aussi « Caïphe, Hérode et Pilate, et les apostres désolés et confus ». Et cela se terminait par le Sauveur « entre les bras de sa sainte Mère, adoré des pasteurs et des trois roys, leurs présents à la main ». Cette confrérie organisait aussi, sur une idée du Doyen Blays, « 40 heures de prières » au moment du Carnaval « comme un excellent moyen d’arrester le cours des débauches »

La Confrérie de St Blaise fut établie en 1680 par bulle du pape Innocent I. Elle rassemblait les maîtres peigneurs de laine

Il y avait aussi, sans bulle de Rome, une confrérie de maîtres sargers, une confrérie de boulangers (ou de Saint Honoré), une confrérie de maréchaux-serruriers (confrérie St Eloi), et la plus anciennes est celle de St Sébastien et St Roch.

Tous ces confrères versaient un « desnier d’entrée » et une cotisation annuelle pour faire dire des messes, participer aux processions en l’honneur de leur saint patron, porter une torche aux processions du Saint Sacrement et assister les autres membres lors des enterrements.

La confrérie était la véritable famille professionnelle de l’artisan : elle l’accompagnait des cloches de son baptême au glas de son enterrement, elle l’assistait quand il était malade, infirme, chargé d’enfants.

A Châteaubriant la Confrérie St Blaise, qui rassemblait les peigneurs de laine, fit ériger un autel dans l’église de Béré en 1694.

On y voit la statue de St Blaise, celle de St Victorien (ce saint qui fut donné au Doyen Blays pour le reliquaire de l’église de Béré), et St Michel terrassant le dragon (... du protestantisme)

Les garde-jurés

Ces confréries comportaient deux sortes de membres : les maîtres jurés et les apprentis-compagnons. Les maîtres-jurés étaient ainsi appelés parce qu’ils prêtaient serment devant le juge au moment où ils étaient admis à la maîtrise. Les apprentis et compagnons aspiraient à cette maîtrise, ce qui exigeait d’eux de longues et nombreuses épreuves. Du moins jusqu’au début du XVIe siècle.

Mais il y eut des abus, au point que François 1er institua des « gardes-jurés » dont les fonctions étaient électives et limitées à deux ans, et qui étaient chargés de surveiller la conduite, la moralité chrétienne, et les progrès des apprentis et des compagnons, de leur faire subir les épreuves nécessaires pour établir leur capacité et de les déclarer aptes à la maîtrise que le roi leur conférait. Les gardes-jurés exerçaient sur les maîtres anciens et nouveaux une étroite surveillance pour les policer et les discipliner, pour les forcer à observer soit les statuts de leur confrérie, soit les ordonnances royales relatives à leur commerce et industrie. Ils obtenaient ainsi, pour le public, des denrées et produits irréprochables. Déjà le souci des consommateurs ! (2)

Et puis là encore, la surveillance royale se relâchant, les maîtres-jurés reprirent le dessus, ne laissant arriver à la maîtrise que leurs enfants ou parents, ce qui constitua un véritable monopole, sans parler des haines furieuses qu’un tel état de choses entretenait entre les maîtres, les apprentis et les compagnons.

En 1691, toujours en quête de fonds, Louis XIV prit un arrêté par lequel il substituait purement et simplement aux jurés électifs des jurés à titre d’offices. Une fois de plus la vénalité prenait le pas sur la valeur professionnelle.


Le collège en piteux état

C’est le 15 octobre 1567 qu’un certain Jean Gérard donna la maison appelée « Le légat des Marchants » pour y faire un collège pour la ville (on peut penser qu’elle se trouvait à l’emplacement de l’actuel Marché Couvert de Châteaubriant). Il ne s’agissait plus que de le doter en « précepteurs et régents qui vacqueront à l’instruction de la jeunesse ». La communauté de ville n’ayant pas de gros moyens financiers, il se trouva des personnes qui dotèrent l’établissement en échange de prières. En 1626 par exemple, missire Jean Drouet « fit don aux habitants catholiques de la ville et de la paroisse d’une somme de 400 livres dont la rente était destinée aux régents qui instruiront la jeunesse en la religion catholique, apostolique et romaine, et tiendront le collège, à condition qu’ils diront ou feront dire pour lui, ses parents et amis trépassés, une messe à basse voix chaque dimanche et fête solennelle, pendant le Caresme, à Saint Nycollas, à onze heures ».On notera la précision « religion catholique, apostolique et romaine » par opposition à la « religion prétendument réformée » c’est-à-dire au protestantisme.

Chaque année, sur les comptes de la Fabrique de Béré, on trouve les sommes versées pour l’entretien et les réparations des bâtiments de ce collège. Mais la plus grande difficulté était de recruter des professeurs. Souvent les vicaires de la paroisse en firent office « sans doute parce qu’ils y trouvaient un supplément presque nécessaire aux minces honoraires de leurs titres ». (1)

En 1619, le collège était très délabré : il y manquait à la fois des portes et fenêtres, plancher, charpente, couverture et cloisons. La communauté de ville prit le parti vers 1645 de vendre le terrain et les matériaux pour rebâtir un autre collège. La vente ne fut faite qu’en 1685 et la communauté afferma la « maison du légat de l’Epinette », située rue de la Poterne, (actuelle rue du Pélican) près du mur de ville pour y reporter les classes. Elle loua aussi des chambres dans le voisinage pour y loger les maîtres. Les régents ne pouvaient exiger de chaque écolier plus de 10 sous par mois jusqu’à la classe de quatrième, puis 15 sous jusqu’à la classe de rhétorique et philosophie. La durée des classes était de deux heures et demie le matin et autant le soir.

Le registre de baptêmes, mariages et sépultures de l’église de Béré fait mention de Jean Hubert, né à Châteaubriant et décédé en 1692, qui entra dans l’Ordre des Capucins. Devenu aveugle, il assura pendant 40 ans l’enseignement de la jeunesse au collège de Châteaubriant « avec d’autant plus de succès qu’il avait fait d’excellentes études littéraires, philosophiques et théologiques. Poète élégant, tant en latin qu’en français, il était aussi très versé dans la langue grecque, en sorte que ses élèves n’avaient rien à envier aux classes tenues par les jésuites » (1)

Parmi les autres régents qui enseignèrent au collège on peut citer M. Monnier, recteur de Soudan, M. Delourmel de la Picardière, de Rennes, M. Fouchier, prêtre de la paroisse de Béré.

Et puis un jour, la communauté de ville signifia au régent que, vu l’état d’indigence où elle se trouvait, elle était incapable de lui fournir la faible rétribution qu’elle lui allouait chaque année, et même de faire les réparations de la maison affermée pour les classes. M. Fouchier ne se découragea pas. On le vit pendant 10 ans se charger seul des classes sans autre salaire que celui qu’il recevait de ses écoliers. A sa mort en 1724 tout tomba. La ville était sans régent et les enfants sans autre instruction que celle fournie par plusieurs petites écoles tenues « par des laïcs et de pieuses maîtresses » dit le Doyen Blays. (1)

Les Ursulines

On dit qu’il y avait aussi un florissant pensionnat d’Ursulines. Ces religieuses avaient été envoyées à Châteaubriant le 16 juin 1643 et logées dans « la maison du Palierne » (en face de la porte de la Chapelle St Nicolas, dans l’actuelle Rue Joseph Chapron). Les Ursulines achetèrent le Couvent St Sauveur aux religieux de Marmoutiers le 27 février 1655 et s’y installèrent le 19 août pour y créer un pensionnat de jeunes filles « Les familles les plus nobles et les plus opulentes de la ville et des environs s’empressèrent d’y envoyer leurs enfant » dit le Doyen Blays.

La bonne sœur fouettée en public

Anticipons : les choses finirent mal. En 1780 l’une des Ursulines, la sœur St Jean, osa porter une terrible accusation sur sa Supérieure et sur le religieux Trinitaire qui leur servait d’aumônier. Elle se vit poursuivie devant le Parlement de Rennes et convaincue de calomnie. Elle fut condamnée à être fouettée par les rues et places de la ville de Châteaubriant par les mains du bourreau. L’exécution de cette sentence fit si grand scandale que l’évêque de Nantes résolut de dissoudre leur maison. C’est ainsi que disparurent de Châteaubriant les Ursulines et leur école, au grand dam de la Communauté de ville (2)




(a) D’après les notes de Michel Charron, archiviste castelbriantais : histoire de La Trinité.

(1) Histoire de Châteaubriant, Baronnie, ville et paroisse, par l’abbé Goudé

(2) Marcel Buffé, Une cité dans l’histoire, Châteaubriant , éditions CID

(3) Le Doyen Blays fut recteur de l’église paroissiale St Jean de Béré de 1659 à 1706

(4) Histoire du peuple français, par E. Pognon et P. Lafue, Nouvelle Librairie de France

(5) A noter que le maire de Châteaubriant est toujours Président du Conseil d’Administration de l’hôpital. Continuité ...

(b) D’après les archives de Michel Charron

(1) Charles Goudé : Histoire de Châteaubriant, Baronnie, ville et paroisse

(2) Marcel Buffé, Une cité dans l’histoire, Châteaubriant , éditions CID