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Au jour le jour

1791, du 14 juillet au 31 décembre



 Trois femmes montèrent en chaire

Du 14 juillet au 31 décembre 1791

Oui, ce fut un beau jour, ce 14 juillet 1791. Un an plus tôt, ce fut à Paris la « Fête de la Fédération ». Au Champ de Mars, devant l’Ecole Militaire, 400 000 personnes écoutèrent la messe que Talleyrand célébra au son des trompettes et des tambours, en présence des délégués des gardes nationales venus de toute la France. Le cœur de France battit à l’unisson, on cria « Vive la Reine », « Vive le Dauphin », on dansa jusque tard dans la nuit, dans les rues et sur les places de Paris. Le sentiment de fraternité qui animait les Français eut des échos jusque dans les campagnes, c’est pourquoi, le 11 juillet 1791, le Directoire du District (1) de Châteaubriant écrivit au Corps Municipal de la ville pour qu’il convoque les citoyens à une cérémonie pour le 14 juillet 1791, « en mémoire du pacte fédératif fait à Paris le même jour de 1790 par les Députés de tout l’Empire »

Ce même 11 juillet à Paris, les cendres de Voltaire sont déposées au Panthéon. Les témoins de la fête notent que, dès cette date, le port du Bonnet Rougé, emblème romain de l’affranchissement des esclaves, se répand parmi les patriotes

  Un beau 14 juillet

« Plusieurs jours avant, les dames citoyennes ont mis tous leurs soins et passé les jours et partie des nuits, à élever elles-mêmes et à décorer un « hôtel » de la Patrie (2), lequel ont fait avec tout le goût et tout le soin que l’on pouvait attendre de leur amour pour cette chère Patrie ».

« Cette superbe fête fut convoquée la veille par plusieurs coups de canon tirés sur les murs de la ville, par le son des cloches et des différentes églises et enfin par tous les tambours de la Garde Nationale »

« Le 14 juillet au matin, on recommença à tirer le canon et à battre la caisse jusqu’à neuf heures où l’on vit arriver la foule avec empressement sur la place d’arme vis à vis l’hôtel commun » (c’est-à-dire sur la place de la chapelle St Nicolas). « Tous les gardes nationaux étaient dans la plus grande tenüe » « A 10 heures les tambours rappelèrent et chacun à son poste fut passé en revüe par le Commandant. Il rangea la troupe en bataille (...), fit ouvrir les rangs, tous les différents Corps réunis se placèrent au milieu. Et, suivi d’un nombre infini de femmes et d’enfants tous également bien vêtus et à la joie peinte sur la figure, on marcha, drapeaux déployés et au son du tambour et instruments vers l’église paroissialle où était élevé l’hôtel de la Patrie et sur lequel on lisait les plus belles inscriptions, ouvrage de nos dames citoyennes. On chanta une messe du Saint-Esprit célébrée par le curé constitutionnel. »

Celui-ci, ainsi que le Président du District et le Maire prononcèrent un discours « où ils exhortèrent les uns et les autres à la paix et à l’union si désirable dans ces moments de crise où se trouve l’Etat ». Il y eut bien entendu le traditionnel et inévitable serment à la nation et à la loi (sans faire mention du roi, puisque celui-ci, depuis sa fuite est suspendu)

« Tout le monde applaudit et s’en revint vers la place d’armes et tous ensuite se rendirent dans les vastes salles du château où était servi un repas splendide pour les fédérés. Là on s’amusa bien gaïment en portant la Santée à touttes les femmes citoyennes et à tous les frères d’armes de l’Empire »

Feu de joie et bal

« A 5 heures, on se rendit encore sur la place d’armes où l’on avait planté un superbe chêne bien touffu entouré d’une quarantaine de fagots. Tous les gardes nationaux rangés en bataille, les drapeaux déployés et ayant toujours au milieu du bataillon les corps administratifs réunis, et toutes les femmes et enfants de la ville, accompagnèrent les prêtres constitutionnels qui chantèrent en Te Deum autour du feu de joie qu’allumèrent les magistrats et les femmes citoyennes.

On dansa tout le soir et partie de la nuit, toujours dans la plus grande gaîté et la plus désirable fraternité, sans que la moindre querelle, suite malheureusement trop commune de semblables fêtes, soit venu la troubler »

  Les femmes aussi

Ah oui, ce fut une belle fête ce 14 juillet 1791 à Châteaubriant, au point que « les dames citoyennes de cette ville, également annimées du désir de manifester à tous les amis de la liberté l’envie qu’elles avaient de prester un serment fédératif et prouver ainsi qu’elles supléront en toute occasion par leurs conseils et leur encouragement aux forces que la nature leurs a refusées pour la deffense de la Patrie », les femmes donc, arrêtèrent entre elles, « au nombre de plus de 300 », de faire du 21 de ce mois une fête semblable à celle de leur mari, leur père, leur frère et leurs enfants.

Ainsi, le 14 juillet avait été la fête des hommes : les femmes réclamaient un rôle politique qu’elles entendaient manifester le 21 juillet. Ce jour-là eut lieu une fête avec la même solennité que huit jours plus tôt. « Les femmes étaient vêtues de blanc et décorées de ceintures ou rubans aux trois couleurs, tenant en main ou ayant à leurs chapeaux de longues branches de chêne ». Ce fut, dit le chroniqueur, « un spectacle attendrissant ». Les femmes offrirent de superbes cravattes pour les drapeaux du bataillon de notre garde nationale, qu’elles attachèrent elles-mêmes au cri de "Vivent les bonnes citoyennes, vivent les braves Dames de Châteaubriant " .

La suite ? Ce fut encore une messe du Saint-Esprit à l’église paroissiale St Jean de Béré, avec discours des corps administratifs. Mais les femmes allèrent plus loin. La tradition de soumission aux hommes était bien loin : « Trois dames fédérées montèrent à l’envie dans la Chaire de Vérité et pronconcèrent chacune un très beau discours dans les termes les plus touchants et les plus capables de maintenir tous leurs concitoyens dans la ferme résolution de vivre libre ou mourir ».

[« Vivre libre ou mourir » : cette résolution ne manque pas de surprendre en 1791, car c’est plutôt en 1793 qu’on en trouve la généralisation en France.].

Ce 21 juillet, il y eut repas au château « dans les vastes sallés décorées de branches de chêne ». On dansa, on assista à un « Salut » dans la Chapelle de l’Hôpital ... cérémonie religieuse à laquelle n’assistèrent pas les 3 ou 4 sœurs qui dirigeaient l’hôpital : n’ayant pas voulu reconnaître leur curé constitutionnel, « elles se renfermèrent dans leur chambre et ne voulurent point assister au Salut » donnant ainsi « un mauvais exemple aux pauvres et surtout aux enfants de l’hôpital ».

Et puis feu de joie sur la place d’arme, bal jusqu’à 7 heures du soir et souper dans les salles du château jusqu’à 4 heures du matin.

On trouve ce compte-rendu dans les registres municipaux de 1791, à la date du 26 juillet 1791, « sous les seings des corps administratifs, de la garde nationnale et des citoyennes de la ville » et on voit en particulier, les signatures de Perrine Letourneux et Louise Piffard.

Ce 21 juillet 1791 est donc révolutionnaire, en ce qui concerne la place officielle des femmes dans la nation. Mais ce ne fut qu’une place éphémère puisqu’il fallut attendre 1945 pour que les femmes, en France, obtiennent le droit de vote.

  Les hautels et les autels

25 juillet 1791 : sans doute les manifestations patriotiques des jours précédents ont-elles attiré l’attention sur le mauvais état des « hautels » de l’église St Jean de Béré et de la Chapelle St Nicolas. La paroisse n’a pas les moyens de réparer. Le Corps municipal demande au département l’autorisation de récupérer l’autel de la « cy-devant église de la Trinité » et celui du Couvent St Sauveur « appartenant aux cy-devant Dames Ursulines » ainsi que les ornements d’église.

30 juillet 1791, l’Assemblée Constituante vient de prendre un décret sur l’organisation de la garde Nationale. A Châteaubriant on réorganise la Garde Nationale, en partageant la ville en 6 quartiers et la Garde en 6 compagnies. Les habitants sont invités à se réunir le 7 août à 9 heures, à l’église St Michel, à l’église des ci-devant Trinitaires, à l’hôtel commun, dans une salle du château, à l’église des ci-devant Ursulines et dans « l’une des salles du Pallaïs de Justice » pour élire un capitaine, un lieutenant, 4 caporaux et un tambour, pour chaque quartier « au scrutin et à la pluralité relative ». Pour ces élections les citoyens sont invités à se comporter avec prudence, « à ne pas écouter les caballes ou coalitions qui pourraient se former ».

En même temps qu’il réorganise la Garde Nationale, le Corps municipal prie les administrateurs du District de procurer des armes en nombre suffisant (environ pour 500 à 600 hommes) et de faire réparer les fusils « qui sont aux dispositions de la commune et de les pourvoir incessamment des munitions nécessaires aux exercices de la Garde Nationale »

2 août 1791 : depuis la Fuite du Roi et malgré son retour, la France craint l’intervention de troupes étrangères, appuyant les nobles qui ont émigré hors de France, d’autant plus qu’on a appris qu’en Autriche le chancelier Kaunitz a entamé des négociations avec la Prusse pour envisager un Congrès européen contre la Révolution Française. A Châteaubriant on recrute des hommes : 66 volontaires sont demandés. Le Corps municipal invita « les jeunes citoyens qui désirent acquérir de la Gloire au service de la Patrie » à s’inscrire au Greffe de la Municipalité « pour être incorporés dans les troupes de la Ligue en qualité d’auxiliaires pour 3 ans ». Il s’agit en effet de « maintenir notre auguste constitution et conserver cette liberté qui nous a tant couté de travaux et que les despotes et leurs supôts ont plusieurs fois inutilement essayé de renverser ».

11 août 1791 : pétition des Amis de la Constitution pour nettoyage des douves du Moulin de Couëré « où les eaux sont arrêtées dans leur cours par les boues et chaloupes qui l’encombrent ».

Mais il y a plus grave : les administrateurs du District préviennent les corps municipaux de Châteaubriant « que cette cité est menacée d’une invasion prochaine de la part des habitans de plusieurs parroisses de ce district » à la suite de « discours incendiaires » que tiennent les gens de la campagne. Cinquante hommes de troupes sont demandés au département pour renforcer les gardes nationaux.

Revoilà Guibourg

21 août 1791 : les aristocrates relèvent la tête. On voit réapparaître Jean René Guibourg qui porte plainte auprès du département de Loire-Inférieure parce qu’il a été écarté du Tribunal et du district de Châteaubriant . Le Corps municipal rétorque qu’il est de notoriété publique que Guibourg est le « gagiste de trois cy-devant privilégiés émigrants » (...) « qu’il tient des assemblées secrètes en sa maison, composées de gens suspects, qu’il est leur conseil, qu’il est le chef de la correspondance dangereuse contre tous les ennemis de la constitution ».

On raconte alors que, trois semaines auparavant, Jean René Guibourg a été surpris au sortir de chez lui, à 4 heures du matin, « cachant sous sa robe de chambre un fusil rongé de rouille ». Guibourg se défend, dit que c’était pour protéger le fusil de la pluie ! « C’était plutôt pour le soustraire à la connaisance du public » puisque ce matin là « jamais le soleil ne se montra plus radieux » .

On raconte aussi que Guibourg, dans sa paroisse de Fercé, n’avait cessé d’allumer le flambeau de la discorde et de se livrer « à des sarcasmes et à des calomnies les plus attroces ». On raconte que les gardes nationaux ont saisi « le fer d’une halbarde » pour priver le citoyen patriote d’une arme meurtrière. Bref, ça va mal pour Guibourg.

 Insultes à la sortie de la messe

27 août 1791 : déclaration de Pillnitz : l’empereur et le roi de Prusse promettent aux émigrés l’appui de leurs armes contre la Révolution et invitent les autres monarques à se joindre à eux pour rétablir l’Ordre en France.

5 septembre 1791 : des bruits laissent à croire que Strasbourg a été pris par le Prince de Condé (celui qui a émigré en 1789, juste après la prise de la Bastille). Cela donne du tonus aux opposants à la Constitution qui se mettent à insulter les ecclésiastiques fonctionnaires publics à Châteaubriant : « On cherche à les dégoûter par toutes sortes d’injures et propos incendiaires ». Des attroupements se forment, comme celui-ci, à la sortie de la messe du matin du curé constitutionnel : « au moins 200 personnes sur la place St Nicolas assaillirent ceux qui sortaient de cette messe. Ils criaient qu’il fallait mettre les gardes nationaux en déroute, qu’il y avait trop long-temps qu’ils faisaient les maîtres »

6 septembre 1791, le Corps Municipal chercha d’où venaient les rumeurs. La rumeur publique désignait Mme Dubois Adam. Celle-ci affirma avoir appris la chute de Strasbourg dans la revue « Lamy du Roy ». Vérification faite, on ne trouva rien dans cette revue.

Mais l’agitation continua. On fit état de violences et d’injures pour pousser les prêtres assermentés à renoncer à la place à laquelle ils ont été nommés par les électeurs du district de Châteaubriant. On répéta que les prêtres réfractaires de Soudan, Rougé, Erbray, Grand Auverné, Sion, fomentaient un complot et allaient prévenir de maison en maison qu’ils allaient dire une messe et que la leur était meilleure que celles des « autres » c’est-à-dire des prêtres assermentés.

Finalement, pour rétablir le calme et la paix, le Corps municipal de Châteaubriant décida d’arrêter les prêtres non assermentés Peuriot et Bernard et de les transférer à Nantes.

7 septembre 1791 : réunion des Amis de la Constitution pour lire une délibération venant de la même société de Nantes, qui demande de jurer « de faire cause commune avec chacun de leurs frères qui éprouverait une injustice, d’en poursuivre la réparation par toutes les voyes légales ». Les Amis de la Constitution de Châteaubriant prêtent le serment demandé, en considérant qu’il s’agit d’une « sainte coalition en faveur de la justice et de la liberté, contre l’esprit dominateur, d’intrigue et de cabale, contre l’ambition, la politique et l’égoïsme qui se croyent tout permis »

Le 9 septembre 1791 les Amis de la Constitution demandent que la Garde dispose de moyens minimums : « un lit de camp, une gueritte, une capotte pour la sentinelle et un rateau pour suspendre les armes ». Ils décident aussi d’exclure ceux de leurs membres qui n’auraient pas payé le premier et le deuxième terme de leur contribution patriotique. Que voulez-vous, en toutes circonstances, paix ou révolution, il y a besoin d’argent !

14 septembre 1791, à Paris, la Constitution est enfin achevée. Elle doit être, ce jour-là, sanctionnée et jurée par le roi. La séance est pour Louis XVI une série de camouflets : l’Assemblée s’assied lorsque le roi prononce son serment et les députés ne se lèvent pas non plus lorsque Louis XVI prononce son discours. Déconcerté, irrité, le roi s’assied à son tour.

La Constitution décide que la couronne seule sera héréditaire. Les fonctions seront données aux citoyens « sans autre distinction que le mérite et le talent ». Les pouvoirs du roi sont limités mais demeurent plus importants que ceux que voulait lui laisser l’extrême-gauche. C’est en quelque sorte le triomphe de la bourgeoisie.

Le 16 septembre 1791, les Amis de la Constitution de Châteaubriant ne semblent pas avoir connaissance de cette grande décision. Ils ne s’occupent que « de l’apréci des grains » et des différentes manières de les mesurer , « au boisseau comble » ou au « boisseau rati ».

Mais le 19 septembre, les Amis de la Constitution proposent une manifestation d’allégresse publique à l’occasion de l’acceptation par le roi de la Constitution décrétée par l’Assemblée Nationale. Ils décident pour le soir même d’illuminer toute la nuit les fenêtres de la salle où ils tiennent leurs séances.

Le 23 septembre, ils envoient une adresse imprimée à toutes les campagnes pour les informer de l’heureuse nouvelle et leur demander de prévoir des manifestations d’allégresse publique. Cela ne se passe pas bien partout : à Moisdon par exemple, le sieur Garnier, officier de la Garde Nationale « s’est opposé à ce qu’on mette le feu au feu de joÿe dressé à cette fin et a même poussé la témérité jusqu’à couper l’arbre civique planté au milieu du bucher »

  Grandiloquence

Le 26 septembre 1791, M. Bruneau est élu Président des Amis de la Constitution à Châteaubriant. Il prononce un vibrant discours disant que la Constitution Française, « ouvrage sublime de la Raison et de sa politique, assure à jamais le bonheur et la prospérité de l’empire. Louis XVI a juré qu’il ne voulait régner que par elle et pour elle. Où sont désormais les hommes assez ennemis d’eux-mêmes et de la justice éternelle pour ne pas vouloir imiter le Grand Exemple et se soumettre à cette même loi ? » dit-il en ajoutant avec grandiloquence :

« Ce Code constitutionnel deviendra l’alphabet de l’enfance. Il sera le rudiment de la jeunesse et le sujet de méditation de l’âge mur. Il consolera et instruira encore la vieillesse dans le fond des campagnes, au sein des villes, partout où il y aura des hommes libres et pensants ».

Cet acte de foi n’empêche pas la société « Les Amis de la Constitution » de s’occuper le même jour de choses plus terre à terre, comme la demande de curage de la rivière de la ville. Elle décide aussi de renouveler son abonnement « à la feuille périodique connue sous le nom du Moniteur ou Gazette Universelle » et de décider d’exclure ceux de ses membres qui n’ont pas obéi aux décrets leur imposant de « se décorer de l’habit national » (celui-ci est imposé aux Amis de la Constitution, sauf s’ils ont plus de 60 ans ou ne disposent plus de toutes leurs facultés)

Le 30 septembre, c’est la dernière réunion de l’Assemblée Constituante. On crie « Vive le Roi », tout le monde pense que la Révolution est terminée. (Robespierre, dans son discours, affirme le contraire).

 L’Assemblée Législative, 1er octobre 1791

L’Assemblée Législative se réunit pour la première fois le 1er octobre 1791. Sur 745 députés, 160 membres « de Droite » sont bien décidés à renforcer le pouvoir royal. Les 136 députés de Gauche sont en situation de faiblesse. Le Centre, 449 représentants, est partisan de la Constitution qui vient d’être adoptée.

Mais à Châteaubriant le 31 septembre, l’assemblée du Conseil Général de la Commune s’intéresse aux problèmes locaux et demande une grande route de communication entre Redon et Le Mans qui passerait par Châteaubriant. « Les Amis de la Constitution » décident, eux, de s’abonner au « Journal des Débats » pour mieux suivre les Décrets de l’Assemblée Nationale et ils prennent en considération la protestation d’un de leurs membres qui dénonce un abus : « Il y a dans cette ville des gens qui occupent plusieurs places incompatibles, lesquelles, partagées à plusieurs, suffiraient pour leur honête subsistance ». C’est, déjà, une protestation contre le cumul des mandats et des emplois.

10 octobre 1791, un arrêté du département enjoint aux corps administratifs de faire fermer, sans exception, toutes les églises et chapelles autres que celles conservées par la loi, « pour obvier aux troubles que ne cessent d’occasioner les prêtres réfractaires en faisant des assemblées nocturnes dans ces différentes chapelles ». Toujours les problèmes liés à la Constitution Civile du Clergé !

14 octobre 1791, M. Marteau, curé constitutionnel d’Erbray demande un plan d’éducation pour la jeunesse « afin de former de bonne heure d’excellents citoyens et d’introduire en eux le germe du patriotisme »

21 octobre 1791
 : depuis sa constitution, le 1er mai 1791, la société des « Amis de la Constitution » élit un Président tous les mois (article 15 de ses statuts). Ce jour-là, elle décida que les Présidents ne feront plus de discours le jour de leur installation et « qu’il est plus utile d’employer le temps des séances à l’instruction des sociétaires » . Quant à la population, elle sera tenue régulièrement informée par les membres des « Amis de la Constitution » qui décident que, tous les dimanches, lundis et vendredis, ils feront lecture publique « des nouvelles intéressantes ».

Quant au protocole interne à la société, il s’allège et se démocratise : « les motionnaires et les opinants ne se serviront plus des termes "d’honorables membres" qui ne s’accordent pas avec l’égalité parfaite qui se trouve entre tous les membres d’une société patriotique »

13 novembre 1791
 : élections à Châteaubriant pour la constitution de la municipalité : 4 officiers municipaux et 9 notables sont à élire pour constituer le « Conseil Général de la Commune » (on dirait maintenant le Conseil Municipal). Les élus jurent d’être fidèles « à la nation, à la loi et au Roy » : depuis qu’il a prêté serment à la Constitution, on voit réapparaître la mention du roi dans le serment patriotique

14 novembre 1791
 : lors de l’assemblée des Amis de la Constitution à Châteaubriant, un membre est monté à la tribune. Il dit qu’il venait d’apprendre que les administrateurs du district avaient reçu un officiel de ministre de l’intérieur, « pour connaistre l’opinion publique sur la Constitution Civile du Clergé, et quelles étaient les dispositions du peuple à l’égard des prêtres conformistes ou non conformistes ». Les Amis de la Constitution s’inquiètent. Ils se demandent s’il ne s’agit pas d’établir la liberté des cultes religieux ce qui tendrait à « sacrifier les prêtres qui se sont conformés à la loi en prêtant le serment qu’elle exige ». Ils craignent même d’être les « victimes d’une guerre civile si l’Assemblée Nationale avait la faiblesse d’admettre la liberté du culte aux prestres réfractaires » et ils confient à Méaulle la charge d’aller porter une pétition à l’Assemblée Nationale pour demander « un décret vigoureux qui nous délivre enfin des prêtres réfractaires ennemis si dangereux de la chose publique »

18 novembre 1791 : les Amis de la Constitution décident d’acheter « deux pièces de canon de quatre » « et de former une compagnie de canoniers » afin de prendre des précautions contre les ennemis de la chose publique

19 novembre 1791 : la Gendarmerie Nationale est casernée « dans l’église des cy-devant Trinitaires »

21 novembre 1791. Revoilà la question de l’hôtel de ville. Le Conseil Général de la Commune se plaint d’être obligé de payer le loyer de l’Hôtel Commun, d’entretenir les « réverbaires », de payer un secrétaire greffier ... alors que la commune n’a plus aucun revenu depuis la suppression des octrois. Il note aussi que la commune a un hôpital qui est le seul dans le district de Châteaubriant et aux dépenses duquel il faut bien faire face. « Les gens riches de Châteaubriant et des environs ont tous émigré. Ils ont laissé les pauvres qui les servaient et les journaliers qu’ils employaient sont restés sans occupation et demandent du travail pour subsister. La municipalité n’a rien à elle, ne peut leur procurer aucun secours et l’on doit s’attendre au plus grand désordre dans l’hiver où nous allons entrer ; on risque un soulèvement général de l’indigence affamée ».

C’est pourquoi le Conseil Général de la commune sollicite le département pour faire les travaux suivants :

- aplanir complètement les Terrasses pour achever de combler les douves

- adoucir la rampe du tertre St Michel-Route d’Angers que les voitures montent avec difficulté

- curer le conduit des eaux qui traversent la ville

- réparer les banlieues de la ville « qui sont impraticables »

  Elles ont tourné le derrière

Le 5 décembre 1791, scandale à Châteaubriant : la bonne de René Trochu et la domestique du sieur de Launay, sont passées devant la procession du Saint Sacrement qui faisait le tour de la Chapelle St Nicolas. On leur a demandé de se mettre à genoux. Mais « elles tournèrent le derrière » ! Pour ce « crime », elles furent déférées à la Maison d’Arrêt et le registre municipal commente : « Si on ne peut pas commander les croyances, cela ne dispense pas ceux qui habitent dans un pays de se conformer aux loix qui le régissent ». Le débat reste actuel

  Les ennemis aux frontières

Le 6 décembre 1791, les Amis de la Constitution, de Châteaubriant, envoient une adresse à l’Assemblée Nationale pour engager le Roi des Français à « dissiper l’attroupement des émigrés qui se fait sur nos frontières ».

Le même jour, revenant aux problèmes concrets, ils s’inquiètent de ce que l’horloge est toujours dérangée, ce qui nuit aux ouvriers, et ils avancent une explication, disant que ce dérangement est dû « aux coups qu’on frappe dessus pour sonner la réunion de ville qui a lieu presque tous les jours ». Les Amis de la Constitution insistent donc auprès de la municipalité de Châteaubriant « pour faire sonner la maison de ville sur une autre cloche »

  Révolte des indigents

Le 6 décembre 1791, les ouvriers se sont présentés à l’Hôtel Commun au nombre de 4. Ensuite au nombre de 12, puis on en a compté 100 et la municipalité se trouve dans l’impossibilité de maintenir le bon ordre car « les indigents, animés par le besoin pressant, peuvent se porter aux excès les plus répréhensibles » et parce que « dans la ville de Châteaubriant, la force publique est composée aux trois-quarts de pauvres » Dans l’urgence, sans attendre la décision du Département, le Corps municipal autorise provisoirement des travaux publics, quitte à emprunter une certaine somme , « avalloir » sur les fonds qui peuvent venir du département. Il décide aussi d’acheter de l’argent avec les assignats « car on ne peut payer les ouvriers avec des assignats »

  L’enfant abandonné

Quelle histoire ! La dame Anne Perdreau a confié son enfant nouveau-né à Guillemette, femme de Pierre Robillard, pour lui donner les soins dont il avait besoin. Mais Guillemette vient se plaindre et le registre municipal enregistre sa plainte : « l’avant dernière nuit la Perdreau a quitté la ville pour n’y plus revenir ». Guillemette se sent trompée « d’une manière bien cruelle puisqu’elle est dans la misère et qu’elle a bien de la peine à allimanter ses enfants sans parler d’allimanter ceux des autres ». Elle prie donc les officiers municipaux de « bien vouloir la décharger de l’enfant de la Perdreau » en ordonnant qu’il soit remis à l’hôpital de la ville pour y être soigné comme les autres enfants des pauvres.

 Une prison insalubre

10 décembre 1791 : le Corps municipal s’inquiète de l’état de la prison de Châteaubriant qui est placée au pied du Tribunal du District de Châteaubriant . « Cette prison est forte et solide, elle présente tout ce qui est nécessaire pour assurer l’arrestation d’un ou plusieurs individus mais, d’un autre côté, elle est dans le pied d’une tour mal éclairée, mal aérée. Ses lattrines sont dans l’intérieur, elle est toujours humide de sorte que l’air qu’on y respire est fétide et on ne peut plus malsain. Les détenus ont beaucoup de peine à s’y habituer et quand ils prennent le grand air, ils sont ordinairement suffoqués et ils éprouvent de la faiblesse. Cette situation n’est pas celle dans laquelle la Constitution a voulu que se trouvassent les accusés, innocens ou coupables. Elle veut qu’ils soient gardés dans des lieux sûrs mais aussi dans des lieux sains. Peut-être un architecte trouverait-il le moyen de rendra salubre la prison de Châteaubriant ? » ... de toutes façons la ville n’a pas plus les moyens de construire une prison, qu’elle n’a les finances nécessaires à la construction d’un Hôtel de Ville

16 décembre 1791, « en l’assemblée du Conseil Général et la Commune » le Maire annonce : « Nous sommes autorisés à ouvrir des travaux de Charité par une délibération du Directoire du District de cette ville » : mille livres y seront consacrés et pourront être remboursés « sur la somme de 150 mille livres destinés pour le soulagement et la mandicité dans le Département de Loire-Inférieure ». Il est alors décidé de poursuivre « l’applannissement des Terrasses à commencer lundi prochain 19 à 7 heures du matin ». Ces travaux « seront donnés à faire à la Toise aux ouvriers qui seront obligés de se fournir d’outils et qui ne pourront avoir plus de quatre livres par toise de déblaiement, de remblaiement et de regallement »

Le 26 décembre 1791, les Amis de la Constitution décident d’acheter « pour l’instruction de toute la société », « l’Almanach du Père Gérard » (3), « un de nos représentants à la première législature » qui a été publié par Collot d’Herbois et présenté au Club des Jacobins le 23 octobre 1791 obtenant le prix du meilleur almanach patriotique

31 décembre 1791 : l’assemblée de la municipalité s’inquiète : elle a acheté 175 fusils « desquels il ne lui reste plus que 13 », qu’il y a donc 162 fusils aux mains des Gardes Nationaux qui ne leur appartiennent pas. Elle demande donc au Commandant de la Garde Nationale de vérifier aux mains de qui sont ces fusils qui manquent à l’arsenal de la Municipalité ...

Ainsi se termine l’année 1791, riche en événements de toutes sortes. L’année 1792 sera celle de l’an I de la République.




(1) District : on dirait aujourd’hui arrondissement
(2) le rédacteur hésite sur l’orthographe, il parle aussi bien d’un « hautel » ou d’un « hôtel » pour désigner l’autel de la patrie
(3) Almanach du père Gérard : http://ahrf.revues.org/document2229.html

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