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Au jour le jour

1794 (2) - De mai à juillet



13 floréal (2 mai 1794) : les « herbes et regain » du champ de foire de Béré sont réquisitionnés « pour alimenter les bestiaux nécessaires à la subsistance de nos armées » jusqu’au 14 pluviôse prochain. A cette époque, le champ de foire appartenait au Citoyen Baguet . La délibération de l’assemblée municipale précise que la Foire pourra se tenir « au jour qu’elle a coutume d’y avoir lieu »

13 floréal (2 mai 1794) : « l’hôpital est presque dénué de tout secours, privé de toutes ressources, il manque d’infirmières. De plus l’officier de santé est occupé du greffe de la Justice de Paix »

13 floréal : la société populaire décide que toutes ses séances commenceront par ces expressions patriotiques : « Vive la République, vive la Montagne. Périssent les traîtres, les fanatiques et les tyrans ». La séance est signé de Turoche.

14 floréal (3 mai 1794) : le trésorier de l’hôpital démissionne de son poste en tirant nouveau la sonnette d’alarme : « il n’y a plus de pain ni de cidre que pour trois jours. Cette maison est dépourvue de tous les objets de première nécessité, il est dû tant au boulanger de pain blanc, qu’au boucher de la maison, environ 2500 livres, la maison manque également de gros bois et de fagots, et même des fonds nécessaires pour payer les mois de nourrisse »

La ville nomme un autre trésorier et fait à nouveau appel au District en rappelant en outre que, lors du passage des armées de la République, l’hôpital a accueilli 25, 35 et 45 militaires et qu’il en reste encore 28 ce qui nécessite une augmentation indispensable de lits et de linges. Elle demande donc 6 lits complets et deux douzaines de couverture de laine et décide de placer ces six lits « dans la cy-devant chapelle de l’hôpital ». Elle demande aussi « vingt couples de drap de lits, trente couples de têtes d’oreiller, dix douzaines d’essuie-main ou napperons, deux douzaines de nappes, six douzaines de chemises à usage d’hommes et une grande quantité de vieux linge »

15 floréal (4 mai 1794) : la ville met en adjudication « les boues et bourriers des rues »

16 floréal (5 mai 1794) : un membre de l’assemblée municipale déclare : « Si nos ennemis épuisent leurs derniers efforts pour anéantir notre Liberté, nous devons puiser tous les moyens dont nous sommes capables pour la conserver dans toute son intégrité. Notre union, notre activité, notre vigilance déjoueront les perfides complots des infâmes conspirateurs mais il faut beaucoup de surveillance. Le Comité établi dans cette cité, vient de perdre un de ses membres, il est urgent de le remplacer » Sur quoi, il est décidé la réunion de la commune « en assemblée primaire, dans le lieu-dit jadis Chappelle St Nicolas, aujourd’hui devenu le Temple de la Raison »

16 floréal (5 mai 1794) : le District demande que tout citoyen au dessus de 14 ans, soit tenu de fournir « une livre de vieux linge, au moins »

16 floréal : la société populaire regrette qu’il n’y ait pas encore d’instituteur public à Châteaubriant . Elle demande aussi que la Garde Nationale soit bien formée dans l’exercice des armes et décide que des leçons publiques seront données « tous les jours de décadi depuis les 5 heures du matin jusqu’à six ou sept »

20 floréal (9 mai 1794) : le district réquisitionne 51 boisseaux d’avoine « mesure de Paris », 44 quintaux de foin et 62 quintaux de paille « pour l’approvisionnement de l’Armée des Côtes de la Loire », mais la municipalité dit qu’elle ne peut fournir que « 612 livres pesant d’avoine » et qu’elle a constaté qu’il n’y avait que 10 quintaux de foin et 10 quintaux de paille disponibles sur le territoire de la commune.

21 floréal (10 mai 1794) : la citoyenne Nolet, qui a été autorisée à ouvrir une école primaire, a présenté un certificat de civisme et de bonnes mœurs et a prêté le serment requis par la loi. Elle a juré « de propager dans le cœur des jeunes républicaines les Principes du pur Républicisme, et a juré haine aux tyrans de toute espèce et de toutes couleurs ». L’Assemblée municipale décide de faire une injonction publique « à tous les pères, mères, tuteurs et curateurs qui ont des jeunes filles âgées de six ans accomplis » de venir les faire inscrire à l’école primaire qui va ouvrir le 1er Prairial prochain.

22 floréal : les écuries des chevaux de la cavalerie républicaine cessent de se trouver « dans la grange du citoyen Haunet à la Trinité » et seront désormais transférées dans les écuries du château

22 floréal : quelle histoire ! La citoyenne Jeanne Salmon a déposé son enfant, âgé de moins d’un an, dans le bureau du Citoyen Régnier, alors absent. Et elle a déclaré que Régnier en était le père ! Celui-ci nie farouchement et l’enfant est déposé à l’hôpital de Châteaubriant. Mais le citoyen Ballais, agent national, « observe que cet enfant respire un fort mauvais air dans cette maison remplie de personnes atteintes de maladies différentes, peut-être contagieuses et toujours nuisibles à la santé de jeunes enfants » et demande que cet enfant soit mis en nourrice et que l’hôpital fasse les avances nécessaires « jusqu’à ce que son père puisse être reconnu ». L’assemblée municipale décide de confier au citoyen Ballais le soin de faire les recherches nécessaires pour trouver le père de l’enfant

22 floréal (11 mai 1794), à Paris la Convention entend un « rapport sur les moyens d’extirper la mendicité dans les campagnes et sur les secours à apporter aux indigents ». C’est mine de rien un torpillage direct de ce que l’on a appelé « Les lois de Ventôse » : il n’est plus question de donner la terre aux sans-culottes pauvres, mais au contraire de vendre aux enchères les biens des suspects pour alimenter le fonds de mendicité. Ainsi pourra se reconstituer une caste de propriétaires terriens, au détriment des plus pauvres. En revanche, le citoyen Barère pose le principe de l’assistance médicale gratuite. (les lois de Ventôse datent du 26 février et du 3 mars 1794, elles décidaient que les biens des suspects déportés ou condamnés seraient confisqués et distribués aux indigents dont la liste devait être dressée dans chaque commune : c’était l’amorce d’une vaste politique sociale.

Elle fut vite mise en échec ! ce qui fit dire à Saint-Just : « si vous donnez des terres à tous les malheureux, si vous les ôtez à tous les scélérats, je reconnaîtrai que vous aurez fait une révolution ». Force est de constater que cette révolution-là n’a pas eu lieu).

23 floréal (12 mai 1794) : un arrêté du District de Châteaubriant demande à la municipalité de dénoncer les municipalités environnantes qui ne conduiraient pas au marché les quantités de grains de blé, forment, et blé noir qui leur sont demandées.

Par exemple :

« St Vincent des Landes 5 quintaux
Treffieux 3 quintaux
Louisfert 3 quintaux
Fercé 3 quintaux
Erbray 6 quintaux
Vilpot 6 quintaux »

24 floréal (13 mai 1794) : le citoyen Gilles Guiard déclare être dans l’intention d’ouvrir une « école nationalle du 1er degré d’instruction pour les jeunes enfants républicains »

27 floréal (16 mai 1794) : la municipalité est allée voir les écuries du château et considère qu’il y aurait d’importantes réparations à faire. « alors que le séjour de la Cavalerie dans notre cité peut n’être pas de longue durée ». En attendant, il faut que les chevaux soient logés commodément. Ayant décidé le 22 floréal, de ne plus laisser les écuries à la Trinité, l’assemblée municipale décide de réquisitionner les écuries de la Maison Boisadam, et celles de la maison Luet Pilorgerie qui les joignent parce qu’elles sont en bon état et « peuvent contenir 40 à 56 chevaux »

28 floréal (17 mai 1794) : l’agent national dit « je suis chargé de faire mettre en appréhension et réquisition toutes les cendres provenant des fours communaux et boulangers existants dans cette commune, les vieux tonneaux, les vieilles bariques, futailles à bierre, à vin à cidre, ainsi que les bois de merrein propres au barillage (...). Si notre terroir n’est pas fertile en salpêtre, si nous ne pouvons procurer à la République une grande quantité de poudre, fournissons-lui du moins de la potasse et des barils pour la renfermer »

29 floréal : plusieurs habitants de Fercé et Rougé apportent leurs grains et denrées de préférence aux marchés de Bain de Bretagne et Martigné, ce qui ne manque pas de scandaliser . Un membre de la société populaire rétorque : « la loi autorise la libre circulation des grains d’un district à l’autre. Il ne tient qu’à nous de jouir des mêmes avantages que Bain et Martigné en accueillant favorablement nos frères des campagnes, en payant, scrupuleusement et avec justice, au prix que la loi assigne, la totalité des denrées qu’ils apportent. C’est le moyen de voir renaître l’abondance dans nos marchés ».

29 floréal (18 mai 1794) : la Société Populaire apprend avec satisfaction « que nous avons complètement battu les brigands sur la rive gauche de la Loire vis-à-vis d’Ancenis, occupée maintenant par nos braves défenseurs qui livrent aux flammes tout ce qui peut leur servir de repaire »

30 floréal (19 mai 1794) : la citoyenne Marteau, directrice de l’hospice d’humanité de Châteaubriant demande « à être authorisée à faire venir en voiture de Rennes la citoyenne qu’elle se propose de s’adjoindre dans les travaux de la Direction ». Elle expose qu’elle a déjà trouvé une voiture qui ne coûtera rien, mais « qu’il est nécessaire de requérir et payer les chevaux pour y atteller ».

1er Préréal (le rédacteur n’a pas encore intégré l’orthographe : Prairial) : les propriétaires des terrains situés à cinquante toises de distance, à droite et à gauche, des routes de Nantes à Angers, de Nantes à Vannes, de Nantes à Rennes, de Rennes à Laval, sont tenus de « faire abattre sur le champ toutes les haies, genêts et taillis de quelque âge qu’ils soient, d’applannir tous les talus et revers de fossés qui peuvent faciliter l’embuscade des brigands et gêner les mouvements de la Cavalerie »

2 Préréal (21 mai 1794) : La Convention Nationale envoie à Châteaubriant deux citoyens « pour être mis à la tête d’un attellier de fabrication de salpêtre »

  L’Ëtre suprême

4 Prairial (23 mai 1794) : séance extraordinaire de la Société Populaire pour lire une lettre du Comité de Salut Public qui demande qu’on substitue à l’inscription « Temple de la Raison », portée au frontispice des édifices ci-devant consacrés au culte, ces mots : « le peuple français reconnaît l’Etre Suprême et l’immortalité de l’âme »

7 Prairial (26 mai 1794) : les gages de la main d’œuvre sont fixés « au même taux qu’en 1790, auquel il sera ajouté la moitié de ce prix en sus ». De ce fait, un salarié payé 15 sols par jour en 1790, sera payé 22 sols six deniers. Seulement voilà, le salaire de la Garde Nationale est fixé à 30 sols par jour, « beaucoup d’ouvriers préfèrent y être employés plutôt que de s’occuper aux travaux de leur état, ce qui fait que ceux de la campagne languissent faute de bras ». Le Conseil Général de Châteaubriant décide donc de faire baisser à 20 sols par jour le prix de la Garde .

7 Prairial : Un membre du Conseil Général de la commune fait observer qu’un arrêté relatif à l’instruction publique a été publié déjà 6 fois depuis le 20 germinal, que ne s’est présenté « pour remplir les fonctions si intéressantes d’instituteur » que le Citoyen Guiard, mais que précédemment, il y avait eu candidature de citoyen Phelippes. Le Conseil décide donc de choisir ce dernier comme instituteur national de la commune pour propager « dans le cœur de ses jeunes élèves les vertus morales, sociales et républicaines »

7 Prairial (26 mai 1794) : à la réunion de la Société Populaire, le citoyen agent national invite les bons républicains à se réunir pour parcourir les campagnes et se faire justice des assassinats commis par les brigands. « Il a démontré clairement que tous les petits sacrifices que nous pouvons faire ne sont rien en comparaison des avantages que nous prépare la Révolution, ni des maux que le Despotisme nous ferait éprouver si nous avions le malheur de courber la tête pour toujours sous son joug »

7 Prairial : la société populaire s’indigne de l’attentat fomenté à Paris par Admirat, royaliste en relations avec un agent du baron de Batz, qui a cherché à tuer Robespierre et a blessé Colot Derbois (le rédacteur ne sait pas l’orthographe exacte : Collot d’Herbois).

11 Prairial (30 mai 1794) : le sieur Laumaillé de Châteaubriant a été emprisonné mais pas encore jugé. « S’il est contre-révolutionnaire, ses biens appartiendront à la République, mais s’il est innocent, il sera remis en liberté et rentrera dans tous ses droits ». Le Corps municipal prend des mesurer pour empêcher la dilapidation des effets du dit Laumaillé, en tenant compte « de l’intrigue et de la ruse de quelques individus qui peuvent facilement abuser de la simplicité de sa fille, et de sa femme notoirement imbécile ». Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire quand on administre une commune !

11 Prairial : au cours de la réunion de la Société Populaire de Châteaubriant, il est suggéré que l’instituteur Phelippes vienne tous les primidi et sextidi de chaque décade pour démontrer la nouvelle méthode de calculer « par les parties décimales » et pour faire connaître les nouvelles unités de poids et mesures.

Le citoyen Nolet observe alors que depuis longtemps la municipalité a nommé un instituteur et une institutrice pour la jeunesse de la commune de Châteaubriant mais que, néanmoins, les pères et mères ne font point inscrire leurs enfants au greffe de la municipalité. Il demande qu’ils y soient contraints.

11 Prairial (30 mai 1794) : les autorités du District de Châteaubriant écrivent au député Méaulle : « la terreur est à son comble, les officiers municipaux, les juges de paix, tous les républicains désertent leurs foyers pour éviter la port et le pillage »

13 Prairial (1er juin 1794) : les citoyens ne se sont pas précipités pour apporter au château leurs cendres et eaux de lessive. Le Corps municipal leur rappelle leurs devoirs, sinon « ils seront considérés comme suspects et traités comme tels ».


  La pension des prêtres

Le 25 germinal (14 avril 1794), la société populaire de Châteaubriant demande aux citoyens-prêtres qui, par un travail, « peuvent se procurer l’existence républicaine » de bien vouloir faire remise à la Patrie de la pension qui leur est accordée.

Le lendemain, le citoyen Nollet, secrétaire-greffier de la municipalité de Châteaubriant , « déclare céder à l’impulsion de son cœur et au vœu de ses concitoyens en offrant à la Patrie la remise de la pension qui lui est accordée comme ci-devant prêtre » mais il fait valoir qu’il a une mère de 72 ans dont il soutient la vieillesse infirme, que les déplacements réitérés qu’il a dû faire pour échapper à la poursuite des brigands lui ont occasionné des frais considérables, et même des dettes, d’autant plus qu’il a dû acheter des meubles en raison « de l’union qu’il vient de contracter »

Le citoyen Turoche, ci-devant prêtre, remet aussi sa pension à la Patrie, « il croit encore pouvoir, en labourant la terre, seule occupation à laquelle il désire être employé, se procurer le nécessaire qui convient à un vrai républicain.

« L’idée de l’Etre suprême et de l’immortalité de l’âme est un rappel continuel à la justice. Elle est donc sociale et républicaine » : tel fut le discours de Robespierre à la Convention le 7 mai 1794. La Convention décréta alors « des fêtes pour rappeler l’homme à la pensée de la Divinité et à la dignité de son être ». La première de ces fêtes devait être consacrée à l’Etre suprême, le 20 Prairial (8 juin 1794).

14 prairial (2 juin 1794) : l’assemblée municipale prépare donc la fête de l’Etre Suprême qui doit avoir lieu « dans la cy-devant Chappelle dite St Nicolas » surtout si le temps est mauvais. Le Corps municipal fait nettoyer et réparer la dite chapelle. Oui mais ... les chouans ....

14 prairial (2 juin 1794) : « Citoyens, le peuple républicain s’ennuie de cette lutte longue et pénible qu’il soutient depuis si longtemps contre les ennemis de la Liberté. Le peuple de notre commune n’attend que d’être averti par vous de la nécessité de marcher contre l’ennemi commun, à votre voix, à celle du chef qui le commande, qui déjà l’a conduit à la victoire. Vous allez encore le voir se lever tout entier et concourir avec nos frères des départements voisins à la Gloire de purger le sol de la liberté des scélérats qui le désolent ». A cette proclamation du citoyen Ballais, agent national, le Corps municipal appelle tous les Gardes Nationaux et tous les hommes en état de marcher, à se trouver « le soir même à minuit sur la Place de la Liberté, avec des vivres pour 3 jours, et, à défaut de fusil, des piques, fourches, brocs, faux et tous autres instrumens tranchants »

14 prairial : l’adjudant général Savary, adjoint du général Kléber, fait part de sa surprise « qu’on mette tant de lenteur à abattre les bois et buissons qui se trouvent sur le bord des grandes routes ». Il signale en particulier « un très fouré où les brigands peuvent se cacher » (il s’agit du Bois de la Ferrière). Un membre de la Société Populaire de Châteaubriant observe que le propriétaire de ce bois est membre de la société et qu’il ne manquera pas de faire le nécessaire ... Mais une semaine plus tard le travail n’est pas fait, le propriétaire disant qu’il n’a pas pu trouver d’ouvriers ni à Erbray ni à Châteaubriant

18 Prairail : pour rassurer tout le monde, Savary annonce « qu’on repartira dans l’étendue du District et que bientôt on n’entendra plus parler des brigands »

  Les préparatifs de la fête

La fête de l’Etre Suprême se prépare pour le 20 Prairial (8 juin 1794) dans tout le pays. A Châteaubriant les citoyens sont priés de nettoyer les rues et de décorer leurs maisons de banderoles tricolores et leurs portes de festons et de verdure. Les citoyens qui ont des armes se réuniront en armes sur les Terrasses devant la Citadelle à 7 heures du matin. A la même heure les différents corps de troupe de ligne voudront bien se réunir à la force armée qui sera adossée à la citadelle.

A la même heure, les mères ayant à la main un bouquet de roses, accompagnées de leurs filles portant des corbeilles remplies de fleurs, les pères et leurs fils tenant à la main des branches de chêne, se réuniront également sur les Terrasses.

Les autorités constituées ayant à leur centre un char traîné par quatre bœufs couverts de festons et de guirlandes, sur lequel brillera un trophée composé d’instruments des Arts et Métiers et des productions du territoire français, se rendront au milieu de la dite place à la même heure.

Le Maire, portant un bouquet composé d’épis de blé, de fleurs et de fruits, sera environné de quatre personnes de chaque âge de la vie. L’enfance ornée de violette, l’adolescence de « mirthe », la virilité de chêne, la vieillesse de pourpre fera la clôture des autorités constituées.

Les tambours en tête de chaque colonne annonceront ensuite la marche. Les Pères et leurs fils défileront par deux à droite. Les mères et leurs filles par deux à gauche. La force armée défilera par quatre, les autorités constituées étant au centre.

On passera sur la place du marché, on entrera en ville par la porte dite St Jean et on se rendra à la place de la Liberté par la ruette qui fait face à la Maison dite Botelière.

Les Pères et leurs fils se rangeront en haut de la place sur le quart de cercle à droite. Les Mères et leurs filles sur le quart de cercle à gauche. La force armée sur le reste du cercle autour de la montagne. Les autorités constituées environneront la montagne. Le Maire fera des discours puis mettra le feu aux tableaux représentant l’athéisme, l’ambition, l’égoïsme, la discorde et la fausse simplicité.

Les Pères et leurs fils chanteront une première strophe et jureront de ne plus poser les armes qu’après avoir anéanti les ennemis de la République. Les Mères et leurs filles chanteront une seconde strophe et jureront de n’épouser jamais que des hommes qui auront servi la patrie. Une troisième et dernière strophe sera chantée par le peuple entier. C’est alors que l’Etre suprême sera invoqué. Les filles jetteront vers le ciel les fleurs qu’elles auront apportées. Les Mères soulevant dans leurs bras leurs petits enfants les présenteront en hommage à l’auteur de la nature. Les Pères béniront leurs enfants, dans l’instant que ceux-ci jureront sur leurs armes de faire triompher partout l’égalité et la fraternité.

Le cri chéri « Vive la République » montera vers la divinité. Les citoyens et citoyennes à qui l’Etre suprême a accordé le talent de la voix, seront invités à en faire usage en cette circonstance. Les amateurs seront également invités de les accompagner avec leurs instruments.

On a l’impression que va s’ouvrir une ère nouvelle. Le temps est encore à la fraternisation et aux Droits de l’homme. D’ailleurs l’adjudant-général Savary propose que tous les décadi il soit fait lecture des Droits de l’Homme et que la société populaire de Châteaubriant les fasse imprimer en 400 à 600 exemplaires qu’elle distribuera aux pères et mères « qui les apprendront à leurs enfants pour catéchisme »

Pour encourager la jeunesse, il est question de gratifier d’une récompense « le premier qui récitera les Droits de l’Homme par cœur au milieu de la société »

L’Evangile de la Liberté dit ceci : « la France est libre, le ciel a déposé dans ses mains les foudres et le tonnerre. L’évangile de la Liberté est au centre de la terre, elle est l’effroi des tyrans (....) Les droits sacrés de l’homme et les loix avaient beaucoup souffert entre les mains des traîtres, mais ceux-ci sont tombés sous la faulx de la guillotine et ont été enterrés »

  La Grande Terreur

19 prairial (7 juin 1794) : à Châteaubriant on envisage de changer de mairie. La Maison commune située chez le chirurgien Guérin est insuffisante La maison « Bothelière » (domaine national) est mise en réquisition, pour servir, non seulement aux assemblées du Conseil et du Corps municipal, mais aussi au comité révolutionnaire, au bureau de conciliation, à la chambre nécessaire pour l’enregistrement des naissances, mariages et sépultures, au bureau de la Guerre, à la police municipale, etc. En outre « le passage et le séjour continuel des troupes exigent une cour assez vaste pour contenir le bois qui leur est nécessaire et pour y être surveillé facilement, il est également essentiel d’avoir une écurie pour les chevaux de réquisition, et en plus il faut un logement pour le concierge de la municipalité »

20 prairial : les communes de Soudan, Villepôt, Louisfert sont requises d’envoyer chacune deux chevaux à Châteaubriant pour être au service de l’armée, même chose pour Erbray et Rougé, Noyal, Ruffigné, St Vincent. Le Corps municipal de Châteaubriant est chargé de délivrer des bons de fourrages, de préparer un local pour recevoir les dits-chevaux et de commettre un ou deux citoyens pour les soigner « (en échange d’un salaire de 22 sols six deniers par jour, en outre des fumiers ) »

23 prairial (11 juin 1794) : la Convention vote « la loi de Prairial » qui marque le début de « la grande Terreur ». Cette loi accélère tellement les procédures judiciaires qu’elle supprime pratiquement toute garantie pour les accusés. Cette loi est destinée à faire face à l’aggravation des dangers (menaces intérieures et extérieures, disette, crise financière). Concrètement, la Révolution, peu à peu, est en train de dévorer tous ses enfants.

24 prairial : des citoyens de Riaillé et St Sulpice des Landes viennent se réfugier à Châteaubriant « pour se soustraire à la fureur des brigands qui ravagent et désolent leur commune »

25 prairial (13 juin 1794) : les prairies sont réquisitionnées pour faire prendre le vert aux chevaux de l’armée

Ce même jour, Savary raconte qu’il y a eu un accrochage dans la forêt de St Mars-Riaillé et aux environs, avec les chouans : « Ils eussent été plus complètement battus sans la méprise d’une colonne qui, croyant avoir afaire à eux, fit feu sur les nôtres ce qui occasionna un peu de désordre ». Il ajoute cependant qu’il ne faut pas croire les dires aristocratiques « qui annoncent que nous avons perdu des caissons de pain et munitions. Ce sont des nouvelles publiées par des personnes qui passent le matin à les recueillir et le soir à les débiter et qui portent les brigands à des mille quand ils sont tout au plus 3 à 4 cents »

26 prairial (14 juin 1794) : sur demande de la Convention, la municipalité de Châteaubriant décide de « lever » pour le service des transports militaires de la République, un cheval sur 25, « propre au trait et de bonne conformation, de l’âge de 5 ans ou au dessus, et de taille au moins de 4 pieds 6 pouces sous potence » et que ce cheval sera fourni « d’un harnais solide, d’un sac à avoine, d’une troussière ou corde à fourrage » . Une voiture solide propre au transport de fourrages, avec les cuirs et harnais nécessaires pour un attelage, sera fournie avec 12 chevaux de levée. Et pour chaque voiture, il sera levé un charretier en état de la conduire. Les citoyens sont priés de déclarer la taille et l’âge de leurs chevaux, ainsi que leurs voitures, sous peine de confiscation des chevaux sans indemnité. En outre , « tous les chevaux de luxe propres au trait ou à la selle seront livrés, exceptés ceux des postes, diligences et messageries nationales »

28 prairial (16 juin 1794) : lecture du décret du 18 de ce mois concernant « la propagation des chevaux » : le Corps municipal décide de dresser deux tableaux : sur le premier, le signalement des chevaux entiers, sur le second des juments susceptibles d’être poulinières.

28 prairial (16 juin 1794) : Savary annonce à la Société Populaire que les brigands « quoi qu’ils fussent en plus grand nombre qu’il n’avait cru » ont été battus complètement et mis en déroute dans le bois de Rougé (non loin de Candé) où les grenadiers ont donné de nouvelles preuves de leur intrépidité

Ce même jour, un membre de la Société Populaire se plaint de l’insouciance des citoyens de Châteaubriant qui, loin de monter la garde en personne, font faire leur service par les premiers venus. Il demande qu’on constitue une compagnie d’auxiliaires destinés à fournir des gardes de remplacement. Les membres des corps constitués qui, jusque là, étaient dispensés de monter la garde, sont invités à faire leur service personnellement.

29 prairial : Le Comité de Salut Public de la Convention Nationale défend à tout administrateur, ou section, entrepreneur de travaux publics, « d’accorder aux ouvriers et journaliers employés par eux, un salaire supérieur à celui qui est fixé par la loi ». « Les ouvriers qui se coaliseraient pour obtenir davantage seront dénoncés et traduits au Comité Révolutionnaire »

29 prairial (17 juin 1794) : l’adjudant commandant à Châteaubriant déclare qu’il n’entend employer aux travaux et réparations désignés pour la défense de la ville, aucun citoyen propre à l’agriculture ou qui s’occupe habituellement de la récolte et demande à la municipalité de n’en requérir aucun de cette espèce lorsqu’ils seront requis pour la récolte

29 prairail : à partir de cette date la Société Populaire décide de ne plus faire mention du nom de l’orateur. On ne trouve donc sur le cahier que les mentions « un membre », « un deuxième membre », « un troisième membre », etc.

30 Prairial (18 juin 1794) : le Citoyen Charrette, capitaine de Gendarmerie, résilie le bail qu’il a signé pour la maison Bothelière et laisse ainsi cette maison à la disposition de la municipalité. Reste à y faire les réparations nécessaires.

  L’épurement

1er messidor (19 juin 1794) : la Société Populaire de Châteaubriant décide de procéder à son épurement. Celui-ci sera fait « par des commissaires et d’après une série de questions sur lesquelles chaque membre sera interrogé au milieu de l’assemblée. Chaque membre déduira publiquement ses motifs d’exclusion pour que le membre inculpé puisse prouver son innocence si elle existe »

De nombreuses questions ont sûrement été posées. Le cahier officiel comporte une page blanche à ce sujet. Seule la première question est notée : « Quelle conduite a tu tenü lors de l’assemblée primaire qui se tint à la maison commune en 1789, pour nommer les électeurs à la ci-devant Sénéchaussée de Rennes pour l’élection des députés à l’assemblée constituante ? ». Les autres questions, on les devine en lisant les motifs d’exclusion :

« Le citoyen Cathelinays est ajourné à un mois pour avoir varié dans différentes circonstances »

« Le citoyen Monnier est ajourné à un mois pour s’être retiré de la Société plutôt que de faire l’emplette d’un habit d’uniforme »

« Le citoyen Barbarin est ajourné à un mois pour avoir été de l’assemblée de la Trinité »

« Le citoyen Dupin de la Ferrière est ajourné à trois mois pour avoir été du Bal de Bancelin et des assemblées de la Trinité et de St Nicolas »

« Le citoyen Guibourg de la Poste est ajourné à un mois pour n’avoir pas pris les armes le 3 mars quand la Générale batit »

D’autres sont ajournés pour avoir donné des preuves d’incivisme, ou pas assez de preuves de civisme, ou pour avoir montré la plus grande tiédeur, ou pour ne pas s’être expliqué clairement sur la mort du Tiran (c’est-à-dire Louis XVI)

L’épurement de la Société Populaire dura ainsi du 1er au 9 messidor, quelques citoyens subirent successivement l’examen et « aucun reproche ne s’élevant contre eux, ils furent continués membres de la société »

Pendant l’épurement, la gestion courante continue :

2 Messidor (20 juin 1794) : les enfants depuis l’âge de 10 ans sont tenus de s’inscrire sur une liste pour être organisés en compagnies et recevoir l’instruction militaire nécessaire

4 Messidor (22 juin 1794) : le Corps municipal accepte la demande qui lui est faite par la société populaire de la commune : établir une nouvelle salle pour les militaires blessés résidant à l’hôpital, afin qu’ils soient séparés des autres malades infectés de maladies contagieuses.

4 messidor : on annonce le passage de 56 hommes du 82e régiment. Le Corps municipal décide de les loger dans « la cazerne du Boisdulier » où il y a 25 lits, mais certains ont des paillasses vides, ou de nulle valeur . Des travaux de remise en état sont décidés.

9 messidor (27 juin 1794) : le citoyen Besnier, greffier du juge de paix d’Issé, vient se réfugier à Châteaubriant « pour mettre sa vie en sécurité des brigands répandus ça et là dans la campagne et qui assassinent indignement tous les patriotes »

10 messidor : la Société Populaire demande à l’Administrateur du District « de faire un triage du vieux linge provenant des églises et dont la vente se fait actuellement au château, afin de l’employer au pansement des blessés, l’hôpital de cette cité en étant entièrement dépourvu »

10 messidor : un membre de la Société Populaire propose d’inviter les citoyennes à broder un drapeau pour les jeunes gens nouvellement organisés en compagnie (ce drapeau fut fait en 9 jours)

  Commerçants

12 messidor (30 juin 1794) : il y a des problèmes avec la « loi sur le maximum » : dans le district voisin de Segré, plusieurs commerçants s’opposent à la libre circulation des grains et préfèrent les laisser perdre plutôt que de les porter au marché. Dans le district de Bain, le grain et le pain se vendent plus cher qu’au prix maximum « ce qui occasionne une disette dans les communes qui observent scrupuleusement la loi ». Enfin, dans plusieurs communes « les laines ne se vendent pas au maximum ce qui fera tomber nos manufactures » dit-on à la Société Populaire de Châteaubriant

12 messidor encore : le citoyen Guibourg, « directeur de la Poste aux lettres » dépose sur le bureau de la Société Populaire neuf exemplaires destinés à l’instruction de la jeunesse. La Société les examine et déclare qu’ils sont propres à cet usage à l’exception de celui intitulé « petit traité de grammaire française »

13 messidor (1er juillet 1794) : un membre de l’assemblée municipale dit « nous avons besoin d’une écurie pour les chevaux requis pour le service habituel de l’armée. ». Mais il se plaint de ce qu’il manque une auge et une partie de râtelier dans les écuries de la Maison Bothelière. « Le citoyen Margat, maire, toujours plein de bonne volonté pour la chose publique s’occupera de faire faire à l’écurie les réparations nécessaires, afin que les chevaux puissent y être au plus tôt logés et surveillés ».

14 messidor (2 juillet 1794) : l’assemblée municipale prend des mesures pour faire respecter « la loi du maximum » : les commerçants sont avertis de placer en évidence une inscription qui contienne distinctement et lisiblement leur nom, la nature et la qualité des marchandises qu’ils vendent ou débitent. S’ils ne le font pas, ils seront condamnés à « une amende égale à la valeur du cinquième de la marchandise déposée dans la boutique ou les magasins ». Les marchands ne peuvent refuser de vendre, et ne doivent pas dépasser le prix fixé par la « Loi du Maximum »

14 messidor : la majeure partie des volontaires du 23e régiment de chasseurs à pied, nouvellement arrivés à Châteaubriant, sont sans chemise et n’ont pas changé de linge depuis un mois. Les membres de la Société Populaire se mobilisent : 19 chemises sont déposées au secrétariat de la municipalité « pour être distribuées aux braves défenseurs de la Patrie »

17 messidor (5 juillet 1794) : lecture de la loi du 22 floréal demandant de confectionner un « livre de la bienfaisance » qui contienne la liste des personnes infirmes et indigentes. « Considérant que les indigents des campagnes s’occupent plutôt du besoin du moment que de la connaissance des loix, et que la loi du 22 floréal pourrait exister longtemps avant qu’ils en sussent rien, si on n’employait pas de les en instruire », le Conseil Général de la Commune décide de nommer des commissaires pour dresser l‘état des indigents des campagnes

19 messidor (7 juillet 1794) : un général engage les militaires « à ne se livrer à aucun excès contre les habitants des campagnes ». Il faut croire qu’il y en avait...

Le même jour, la Société Populaire apprend avec satisfaction que les dames citoyennes ont terminé le « Drapeau de la jeunesse, qui leur rappelle sans cesse la Liberté »

22 messidor (10 juillet 1794) : des bœufs ont crevé d’une maladie épidémique et ne sont pas enterrés assez profondément. « Près la Chesnais de Belêtre, en descendant le chemin qui conduit à la planche du pompier, on trouve de ces bestiaux dont la putréfaction répand une odeur pestilentielle. Ces exhalaisons vont sans doute infester l’air et faire naître parmi nous le plus terrible des maux, la peste. Hâtez-vous donc citoyens de prévenir ce fléau qui nous menace ». L’assemblée du Corps Municipal demande que ces boeufs soient « consumés par la chaux »

24 Messidor (12 juillet 1794) : la cloche qui sert de timbre à l’horloge de la ville est usée. Il est proposé d’y substituer « la grosse cloche ci-devant de Béré », « qui sera très utile pour tous les habitants pour fixer l’heure à laquelle ils iront travailler, devront monter et descendre leur Garde »

26 messidor (13 juillet 1794) : un commissaire est chargé de veiller scrupuleusement sur l’hôpital et la prison de Châteaubriant et de « faire un rapport à chaque séance sur l’état des malades et des détenus »

Un membre de la Société Populaire signale qu’il y a encore quantité d’abus, d’actes arbitraires qui rappellent l’Ancien Régime.

  La ville est sale

30 messidor : la Société Populaire suggère d’engager des artistes « pour donner les plans de l’embellissement propre à la salubrité de la ville et de ses habitants »

Ce même jour est annoncé le départ de l’adjudant général Savary, laissant la place à un obscur remplaçant avec 150 hommes à Châteaubriant et 200 à Moisdon pour la surveillance des Forges. Ce départ va renforcer les actions des chouans

3 Thermidor (21 juillet 1794) : « Citoyens, notre ville continue à être sale » dit un membre de la Société Populaire. Un autre signale que la caserne de la Maison Boisdullier est de la plus grande malpropreté, les soldats y sont mal ou ne peuvent pas y tenir. Un autre membre dit que les militaires mangent du mauvais pain et qu’il est nécessaire de nommer des commissaires pour voir par eux-mêmes de quelle qualité sont les farines.

5 thermidor (23 juillet 1794) : est publié à Paris le nouveau « maximum » des salariés : un charpentier se voit ramené de 8 livres à 3 livres 15 sols ; un tailleur de pierre, de 5 livres à 3 livres 8 sols ; un forgeron de 16 livres à 5 livres. C’est le mécontentement général.

  Perfides manoeuvres

5 Thermidor : proclamation solennelle à la société populaire de Châteaubriant : « Citoyens, il règne une grande conspiration dans la République qui tend à bouleverser un si bel ouvrage, celui de la liberté. Les méchants trame même dans Paris, dans les fêtes nationnales, ou exite le peuple à demander la constitution de qatre-vingt-neuf. Sentinelles du peuple, c’est à vous à veiller nos ennemis de près, à déjouer leurs perfides manœuvres et à découvrir leurs funestes complots. Nous voyons avec douleur que nos meilleurs amis des campagnes sont égorgés journellement. Citoyens, je vous propose donc à être en permanence à travailler au grand intérêt de la République ». Il propose alors que la Société Populaire nomme un « Comité de Sûreté » de 12 membres « qui seront permanents à travailler tous les jours au bonheur de notre païs »

6 thermidor (24 juillet 1794) : Martin Ferron, commandant de la Garde Nationale de St Julien de Vouvantes « a aimé mieux mourir que de voir sa fille périr entre les mains des exécrables brigands ». La Société Populaire de Châteaubriant demande qu’il soit exhumé et que ses cendres soient apportées au siège de la dite Société Populaire. L’émotion est si grande qu’il est décidé d’imprimer en 200 exemplaires l’oraison funèbre de Martin Ferron.

8 thermidor (26 juillet 1794) : la citoyenne veuve Guérin vient déclarer avoir chez elle depuis environ 5 à 6 mois, deux petites filles « venantes de la Vendée et qui lui ont été confiées par le Général Kléber et auxquelles elle donne des soins qu’exige l’humanité »

8 thermidor (26 juillet 1794) : dernier discours de Robespierre à Paris, à la Convention : « Peuple souviens-toi que, partout où la justice ne règne pas, le peuple a changé de chaînes et de destinées. Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner »

9 thermidor (27 juillet 1794) : l’agent national de la commune s’inquiète : « il reste encore quelques vestiges ou traces biffées d’un cordon noir en dedans et en dehors de la ci-devant Chapelle St Nicollas servant de temple à l’Estre Supresme et à la ci-devant Eglise de Béré » il est question de « faire biffer ces vestiges en n’importe quelles endroits de cette commune et qui concerneroient encore les marques de l’Ancien Régime ». Le Corps municipal nomme une commission pour élever un autel de « l’Estre Supresme » dans les deux églises.

9 Thermidor (27 juillet 1794) : à Paris, Robespierre, Couthon et Saint-Just sont arrêtés, ils seront guillotinés le lendemain. D’autres exécutions auront lieu les jours suivants. En tout 106 victimes en trois jours. Ainsi se clôt, à Paris, la première phase de la Révolution française laissant pour testament cette maxime de Saint-Just : « La Révolution doit s’arrêter à la perfection du bonheur ».

La nouvelle ne parviendra à Châteaubriant que six jours plus tard. Les Chouans, eux, continuent à ravager les campagnes. Par exemple, le 27 juillet une cinquantaine de Chouans interviennent à Fercé à la Verrerie de Javardan et massacrent son directeur, membre du Comité de Surveillance de Fercé. Le 9 août 1794 le Président du Comité de Surveillance et trois officiers municipaux sont tués à Moisdon. Le 13 août c’est le tour du directeur des Forges de Moisdon. Le 14 août c’est le juge de paix de Moisdon qui est assassiné par les Chouans. Le 20 août c’est le tour d’un membre du Comité de surveillance du Petit Auverné. En octobre c’est le maire de Derval. En novembre le maire de Treffieux. Les Chouans choisissent pour cibles privilégiées les patriotes les plus prononcés, pour frapper les cadres du régime républicain afin de désorganiser celui-ci. Après la chute de Robespierre, qui marque la fin de la Terreur, les chouans semblent avoir voulu créer une « Terreur Blanche », marquée par l’esprit de vengeance et parfois par la sauvagerie.

  Anthropophages

10 thermidor (28 juillet 1794) : Les chouans se font plus hardis, ils sont bien armés et se procurent des subsistances en pillant la nuit les patriotes des campagnes.

Un membre de la Société Populaire de Châteaubriant lance une mise en garde : « il fait connaître les dangers auxquels les habitants des campagnes s’exposeroient s’ils ne dénonçaient pas les antropophages ou du moins s’ils étoient dans une inertie qui les perdroient. Enfin il leur met dans les yeux la Vendée qui, du plus beau département de la République, n’est plus qu’un monceau de cendres »

13 thermidor (31 juillet 1794), l’assemblée de la municipalité décide de faire vendre, au bénéfice de l’hôpital, « des morceaux d’étoffe nommés jadis « burreaux » que la vermine peut détériorer et réduire à nulle valeur »

13 thermidor : « des troupes républicaines sont annoncées pour détruire les brigands qui désolent nos campagnes, il est indispensable de faire rétablir les diférantes cazernes du château dont les portes et croizées ont été brisées. Les planchers et autres objets de carelure sont défoncés et indigents de grosses réparations »




Sources :

- Archives municipales séries 1 D et 1 S
- Alain Racineux : les Brigands du Roi
- Maryvonne Bompol : aux origines
de la Contre-Révolution ( Châteaubriant )
- Jean Massin : Almanach de la Révolution

(1) District : on dirait aujourd’hui arrondissement. La commune est administrée par un « Conseil Général ». Mais la « Société Populaire » intervient souvent. L’agent national » s’appellerait aujourd’hui un « préfet »

Le rédacteur hésite sur l’orthographe, il écrit « mirthe », « azile » et « espionage », « nourrisse », « cazerne », « aupital », « stile » etc.

(2) sablonnière qui se trouvait à l’emplacement de l’actuelle école Nazareth)