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Au jour le jour

1794 (3)- Août-septembre



14 thermidor (1er août 1794) : la municipalité s’occupe de faire dresser le rôle de la « contribution extraordinaire de guerre » qui vient d’être établie par la Convention et qui s’ajoute ainsi à la contribution foncière et à la contribution mobilière que paient les citoyens.

15 thermidor (2 août 1794) : on annonce l’arrivée pour le lendemain d’un nouveau bataillon « pour délivrer notre païs des hordes infernalles des Brigands qui le désollent »

Ce même jour, la Société Populaire de Châteaubriant apprend que Robespierre, Couthon, Saint-Just, Lebas, « dont la scélératesse a été mise au jour » ont été guillotinés . Elle s’en réjouit.

La chute de Robespierre marque officiellement la fin de la terreur. Les Réfractaires et les déserteurs ne se cachent plus, des paysans refusent de livrer leurs grains, la loi du maximum est de moins en moins respectée, des églises sont rouvertes de force et quelques émigrés rentrent déjà. Dans cette période le pays de Châteaubriant reste très agité, d’un côté par le renforcement de la Chouannerie, d’un autre par l’épuration qui touche les sociétés populaires comme celle de Châteaubriant.

  Un deuxième épurement

15 thermidor (2 août 1794) : la Société Populaire de Châteaubriant, qui a déjà procédé à un premier épurement, décide un deuxième épurement. Le premier date du 10 juin 1794. Celui-ci reposera sur un « noyau » de 10 membres nommés au scrutin de liste.

« Le modérantisme et le honteux égoïsme pouvant à peine se faire connaître, le Président, après avoir fait toutes les questions, dira toujours : les membres du noyau ont la parole et doivent en leur âme et conscience reprocher à l’individu à la Tribune ce dont il est coupable, comme parler en sa faveur s’il l’a mérité. Le noyau votera alors par les Bois noirs et blancs qu’il déposera dans une boite fermée et ouverte en fin »

Il est reconnu que cette tâche est pénible, « mais faisons ensemble le serment, jurons de ne nous conduire que par la Bonne Foi, de faire disparaître tout respect humain, de ne nommer pour membres que ceux qui toujours ont marché dans les sentiers du civisme »

 Les questions de l’épuration sont alors précisées.

D’abord des « questions de localité » :

- Quelle conduite as-tu tenüe lors de l’assemblée primaire qui eut lieu en 1789 (v.st.) pour nommer des électeurs à la ci-devant sénéchaussée de Rennes convoquée pour nommer les députés à l’assemblée nationale constituante ? (2)

- étois-tu à la maison commune ou à la trinité ?

- étois-tu du bal qui eut lieu le trois mars chez Bancelin ? pris-tu les armes quand la générale battit ?

-  étois-tu de l’assemblée contre-révolutionnaire qui se tint à la ci-devant chapelle Saint Nicolas le 29 juin 1793 (v.st.) pour empêcher qu’il vint des troupes au secours de la commune alors assiégée par les brigands ?

- étois-tu du nombre de ceux qui forcèrent l’administration du district de contremander les forces requises dans les districts de la Guerche, Vitré et autres ?

- fis-tu quelque démarche pour les brigands , ne trâmas-tu rien contre les patriotes ? »

  Ensuite des questions plus générales :

- « t’es-tu opposé à l’établissement de la république ? Quelles marques d’approbation lui as-tu donnée ?

- as-tu improuvé la mort du tiran ? Quelles marques d’approbation y as-tu donnée ?

- as-tu pris part au fédéralisme ? »

 Enfin des questions de moralité

« es-tu modéré ? es-tu égoïste ? es-tu immoral ? es-tu fripon ? »

Le citoyen Jallot, administrateur, après avoir été examiné et avoir répondu aux questions, dit : « Citoyens, les quatre dernières questions sont insignifiantes. Ne croyez pas qu’un homme aille vous avouer qu’il est modéré, égoïste, immoral ou fripon. Ces questions-là ne paraissent avoir été portées que pour injurier les membres de la société »

Un autre membre, le citoyen Lesage, dit : « Nous ne devons jamais interroger les hommes sur ce qu’ils sentent, sur ce qu’ils pensent. Cette forme est tirée de la cruelle inquisition où, à force de tourments, on parvenait à faire avouer à des hommes innocents des crimes qu’ils n’avaient pas commis. Elle est proscrite par les droits imprescriptibles de l’homme, qui nous défendent d’inquiéter les citoyens sur leurs opinions. Elle est même immorale, en ce qu’elle force de mentir des hommes qui ne sont pas dignes d’entrer dans la société et qui veulent en être membres. Elle ne peut qu’habituer les hommes au mensonge sans nous fournir aucune lumière.

Ceux qui sont vicieux se donneront bien garde d’avouer qu’ils le sont. Si vous me demandez comment on les connoitra ? Je vous répondrai par leurs actions. On n’a jamais pu juger les hommes que de cette manière et on portera toujours des jugements injustes quand on adoptera une autre méthode : la justice et la probité sont à l’ordre du jour, votre vœu est de la suivre.

Voulez-vous juger un modéré ou un désorganisateur ? deux caractères opposés qui tendent au même but, au renversement de l’ordre de choses actuel, vous reconnoitrez le modéré par ses propos contre les loix, contre la Convention, vous reconnoitrez le désorganisateur ou celui qui se permet de faire ce que le gouvernement révolutionnaire défend, et vous trouverez l’homme juste, l’homme qui est dans les vrais principes en celui qui ne s’écarte point du gouvernement révolutionnaire, qui avec vérité dénonce les contraventions à la loi, les fautes des autorités constituées et celles des particuliers.

Voulez-vous juger un égoïste, caractère opposé à la générosité, vous le trouverez dans l’homme qui ne s’intéresse point aux affaires publiques, qui ne s’en mêle que quand son intérêt l’y porte, qui ne s’occupe que de ses affaires et de sa personne, qui ne fait de bien à qui que ce soit. Pour être républicain, il faut être désintéressé et l’égoïste ne peut l’être.

Voulez-vous juger un homme immoral, un fripon ? Vous reconnoitrez le premier par le scandal que cause sa conduite et ses actions. Vous reconnoitrez le second quand vous saurez qu’il a pris contre le gré d’autrui, ce qui ne lui appartenoit pas.

Ainsi citoyens, nous ne pouvons juger personne, personne que d’après ses discours et ses actions. Je demande en conséquence que les questions à faire aux candidats sur leur modérantisme, leur égoïsme, leur moralité et leur probité soient supprimées de la série »

  Le fusil à deux coups

21 thermidor (8 août 1794) : 27 militaires se trouvent à l’hôpital de Châteaubriant et manquent de chemise de rechange. Celles qui y étaient auparavant ont été prises lors du passage de la grande armée, en échange de mauvaises qui ne peuvent plus servir. Le Corps municipal sollicite l’administration du district pour « fournir sur le champ, à l’administration de l’aupital, la quantité de 60 chemises pour le service des militaires »

21 thermidor (8 août 1794) : le corps municipal nomme deux femmes comme « commissaires à la distribution du savon » aux 3176 habitants de la commune, à raison d’une once par personne ce qui fait « deux cent deux livres dix onze de savon ». Un officier municipal est désigné pour maintenir le bon ordre

(l’once était une mesure de poids valant le seizième de la livre de Paris. La livre variait selon les provinces entre 380 et 550 grammes)

21 thermidor encore : le citoyen Lesage dit : « Citoyens, un jugement du tribunal du district rendu en 1791 (vieux style) ordonne qu’un fusil à deux coups demeurera déposé au greffe. Ce fusil peut y rester 30 ans et cependant des braves républicains sont sans armes pour poursuivre les brigands et les chouans. Je vous propose de faire une adresse aux représentants du peuple pour leur demander la permission de disposer de ce fusil en faveur d’un républicain qui saura en faire usage contre nos ennemis »

21 thermidor, encore : il s’est créé une Société Populaire à Martigné, qui a demandé son affiliation à celle de Châteaubriant . « La société, charmée de voir propager l’esprit républicain et les institutions républicaines, a déclaré affilier la Société Populaire de Martigné »

21 thermidor toujours : une adresse est envoyée aux représentants du peuple de la Loire-Inférieure pour obtenir un arrêté qui ordonne que les Gardes Nationaux indigents soient salariés quand ils sont de service et qu’ils vont en détachement. Par ailleurs des commissaires sont envoyés vers le Directoire du District pour l’inviter à prendre en charge les mesures convenables afin de faire apporter du beurre au marché de Châteaubriant par les habitants des campagnes. Enfin la Société Populaire demande d’éclaircir « les bois et les hayes sur les grandes routes à la distance de cent toises », d’ouvrir les pièces de terre et de détruire les genêts et ajoncs qui couvrent quelques-unes « et qui pourraient servir de cachette aux brigands ».

22 thermidor (9 août 1794) : la Société Populaire a déjà épuré 80 membres. Les derniers, et en particulier les membres du noyau seront épurés le 24 et le 25.

23 thermidor (10 août 1794) : ce jour fait mémoire du 10 août 1972 (chute de la royauté), « C’est un jour mémorable, il emporte avec lui le caractère inefaçable d’une époque qui a favorisé la liberté française par un grand avantage sur les tirans . La République s’en réjouit, réjouissons-nous en nous-mêmes » dit l’agent national. L’assemblée de la municipalité décide d’un feu de joie autour duquel tous les bons citoyens seront postés et les bonnes citoyennes seront invitées à chanter les hymnes patriotiques. Et la fête se terminera aux cris de « Vive la République, vive la montagne, périssent tous les tirans et tous les rebelles »

24 thermidor (11 août 1794) : la commission des approvisionnements de la République fait une réquisition de grains : 8000 quintaux de blé et seigle sur le Département de Loire-Inférieure dont 95 quintaux réquisitionnés à Châteaubriant (qui seront payés au taux du maximum fixé par la loi). La municipalité choisit une cinquantaine d’agriculteurs de la commune chargés de fournir ce blé.

27 thermidor (14 août 1794) : le District demande de faire nettoyer une chambre de la maison « ci-devant Chesnelière » pour y mettre des galeux, et s’offre à fournir les draps

Le commandant de la place demande de faire des réparations au château (notamment portes et fenêtres) pour y faire une caserne de 80 hommes

27 thermidor : recensement des laines qui existent dans la commune. Ceux qui feront de fausses déclarations « seront punis comme accapareurs »

Mais aussi recensement des grains et fourrages qui se trouvent dans la commune après la récolte

29 thermidor .(16 août 1794) : recensement des armes, obligation de les faire réparer

30 thermidor : les habitants qui ont fourni des lits aux casernes ou logé des militaires plus de 3 jours recevront 3 sols par jour d’indemnité et le bois nécessaire pour leur usage.

1er fructidor : c’est la fin de la deuxième vague d’épurement de la société populaire de Châteaubriant, où, comme de bien entendu, toutes les séances commencent par les acclamations patriotiques : « Vive la République, vive la Montagne, périssent les traîtres, les fanatiques et les tirans »

  Capable de rien

2 fructidor (19 août 1794) : un membre de la municipalité fait observer qu’il est nécessaire de faire entrer de nouveaux membres dans le Conseil Général de la Commune : « un membre très âgé n’est à vrai dire capable de rien, un autre n’entend pas assez les affaires pour travailler seul, un autre enfin est huissier du tribunal et ne peut donner que très peu de temps à la municipalité. Dans les circonstances aussi difficiles que celles où nous nous trouvons, il est comme impossible que la chose publique aille bien ». Il demande aussi que la permanence de chaque membre de la municipalité et du conseil « soit rétablie jour par jour et à la turne » (ce qui veut sans doute dire « à tour de rôle » ). Cette déclaration sera suivie, trois semaines plus tard, par une démission de quelques membres du Conseil.

Le même jour, un membre de la Société Populaire de Châteaubriant se plaint à nouveau de ce que les rues de la ville continuent à être « encombrées d’immondices »

Un autre membre de la Société Populaire remarque que, une fois prélevés 3000 quintaux de grains pour l’armée et 2000 quintaux pour Nantes, il faut « songer à former un grenier d’abondance pour en délivrer à chaque marché aux habitants »

Mais un membre répond que « il est impolitique de parler de subsistance » lors des réunions de la Société Populaire et qu’il faut « se pourvoir vers l’administration pour se concerter sur les moyens les plus sûrs de procurer de la subsistance aux habitants »

4 fructidor (21 août 1794) : les propriétaires de chevaux ont déclaré 104 animaux de trait, « mais il y en a une quantité considérable de défectueux ». Le Conseil Général de la Commune demande donc d’amener ces 104 chevaux « sur la place du champ de mars du marché de Châteaubriant ». 26 de ces chevaux seront choisis un à un, par deux maréchaux-experts. Le problème se pose de trouver des voitures propres au transport des fourrages, étant donné « l’impossibilité de se les procurer dans ce canton vu que les rouliers et messagers qui y habitent sont obligés de faire construire leurs charrettes à Rennes ou Vitré ». En effet, la commune manque des matières nécessaires (bois, cuirs) et des ouvriers capables de faire des attelages.

5 fructidor (22 août 1794) : La Société Populaire de Châteaubriant demande à la municipalité de faire réparer le temple de l’Etre suprême, c’est-à-dire la Chapelle St Nicolas « qui se trouve aujourd’huy dégradée après avoir servi à loger des chevaux, les caissons des armées, et de magasins pour le foin des armées. Il n’existe presque plus de vitres et beaucoup de carros sont cassés par les charrettes, les murs jusqu’à la hauteur de 6 pieds ont été piqués pour en extraire le salpêtre, la chaire a été brûlée par des Volontaires et il faut de grandes réparations pour la mettre en état notamment à son dôme »

La Société Populaire réclame en outre beaucoup d’objets de décoration « tels que tribunes, et hotel de la patrie » et propose de prendre « le lambris et les stales du cœur de la ci-devant abbaye de Melleraÿe, son grand autel de marbre, la balustrade de fer de Saint Sauveur, les carraux du pavé de la ci-devant église de Béré, les quatre colonnes de marbre de son grand hotel » ; (il s’agit de son grand autel, bien entendu) Elle propose aussi de trouver le bois nécessaire aux tribunes et aux escaliers en abattant des arbres dans le parc du château . Le Conseil Général décide de se réunir pour discuter de cela et pour en évaluer le coût !

5 fructidor : un membre de la Société Populaire demande un nouvel épurement de la dite société. Mais un autre lui répond que « Chaque membre est libre de faire connaître publiquement son vœu contre celui qu’il croit indigne d’être conservé au sein de la société ». Un troisième membre dit qu’il faut procéder tous les trois mois à l’épuration de la société !

7 fructidor (24 août 1794) : à Paris un décret affaiblit les pouvoirs du Comité de Salut Public et surtout restreint le nombre et les pouvoirs des « comités révolutionnaires. ». C’est de ce jour qu’on peut dater en pratique la fin de la Terreur.

8 fructidor : plusieurs membres de la Société Populaire réclament un nouvel épurement. Une commission de 12 membres est constituée pour cela.

  Un nouvel épurement

9 fructidor (26 août 1794) : on décide donc un nouvel épurement sur le modèle de celui de Nantes. On demandera à chaque membre « une analyse de son action civique depuis le principe de la Révolution ». Les membres du bureau, et les autres membres épurés ou non, seront invités à reprocher au candidat les traits d’incivisme dont ils auraient connaissance.

Il est précisé cependant que cet épurement sera limité à trois jours ! En fait il durera jusqu’au 29 fructidor.

Ce 9 fructidor aussi il est à nouveau question « de l’abbatis des bois sur les grandes routes pour la destruction des brigands ». Il est demandé à la commune de Soudan de fournir des habitants pour travailler aux différents abbatis.

14 fructidor (31 août 1794) : par mesure de sécurité, en cas d’attaque des brigands, il est demandé à tous les propriétaires des jardins situés sur les remparts de Châteaubriant, d’établir une communication d’un jardin à l’autre afin que la troupe puisse se porter partout où sa présence pourrait être nécessaire. Il leur est demandé aussi de faire creuser au pied de chaque mur un fossé ou une tranchée assez profonde pour que le mur de chaque jardin couvre les soldats de la République « de manière à ce qu’ils puissent foudroyer l’ennemi sans craindre d’être atteints par lui »

14 fructidor : un membre du Conseil Général de la commune estime qu’il est essentiel d’aviser aux moyens de faire faire une charrette propre aux transports militaires, « selon le modèle envoyé par la Commission ». Deux charrons sollicités à cet effet, disent qu’ils ne peuvent le faire « vu qu’ils n’ont point le bois propre et convenable, et qu’il leur seroit impossible d’en trouver dans le pays et que, de plus, lorsqu’il est question de faire de pareilles charrettes, il est d’usage de s’addresser à Rennes ou à Vitré »

15 fructidor : le citoyen Nolet demande à être relevé de son poste de secrétaire. La Société Populaire sollicite le citoyen Dupui pour le remplacer. Mais celui-ci déclare ne pas pouvoir accepter de poste car il a « l’entreprise de la récolte des faînes pour en fabriquer de l’huile » (la faîne est le gland du hêtre)

  Stile esclave

20 fructidor : un membre de la Société Populaire demande que les croix qui existent encore sur quelques maisons de Châteaubriant soient supprimées

24 fructidor (10 septembre 1794) : La foire dite ci-devant de Béré doit se tenir le 28 fructidor « ou le 14 septembre vieux stile », « jour de dimanche stile esclave ». Le Corps municipal décide d’en avertir les citoyens à son de tambour.

27 fructidor (13 septembre 1794) : réquisitions : trois quintaux de grains de blé ou froment sont à fournir par les métayers, ainsi que quarante livres de beurre, pour l’approvisionnement de chaque jour de marché. Le Conseil Général de la Commune dresse la liste de 55 métayers qui sont chargés de fournir ces denrées (à raison de une à trois livres chacun par marché)

29 fructidor : un membre de la Société Populaire demande qu’il soit nommé un garde national pour l’instruction militaire des jeunes enfants, « espoir de la patrie »

Mais le patriotisme se refroidit sans doute, à moins que les épurements à répétition ne finissent par lasser. En tout cas de nombreux membres de la Société Populaire ne viennent plus aux réunions. « Cette marque d’insouciance peut faire croire à nos concitoyens qu’on ne s’occupe pas des intérêts de la chose publique pour lesquels on doit toujours être debout ». En attendant, l’épurement continue au sein de la société.

30 fructidor (16 septembre 1794) : un citoyen dit que des membres de la Société Populaire ne peuvent pas venir aux séances, vu que les portes de la ville sont fermées. Il est donc demandé de laisser La Porte Neuve ouverte tous les jours de réunion de la Société, jusqu’à la fin des séances. Il est aussi demandé au général Marès de « donner une carte aux fonctionnaires publics qui, par devoir d’humanité, ont nécessité de sortir la nuit pour porter à nos concitoyens les secours dont ils ont besoin »

  Les Sanculotides

Le calendrier républicain (qui s’oppose au calendrier ancien « stile esclave ») se compose de douze mois de trente jours chacun. Les 5 derniers jours sont appelés « les sanculotides ». Le Primidi de ces 5 jours, le peuple célébre la Fête de la Vertu. Le Duodi, la fête du Génie. Le Tridi, la fête du Travail. Le Quartidi, la fête de l’Opinion. Le Quintidi, la fête des Récompenses. Toute période de quatre ans est appelée La Franciade. On appelle Année sextile la dernière année qui termine cette période. Tous les quatre ans, les Français célébreront la Fête de la Révolution, ce qui fera le 6e Sanculotide

1er jour des sanculotides (17 septembre 1794) : Réquisition par la municipalité « des boyaux de bœufs appelés baudruches » pour être envoyés à la commission des armes et poudres de la République

Mais ce jour-là, à la Société Populaire, le Président Régnier tient un discours autrement plus politique : « Braves Sans-Culottes, braves Montagnards, oubliez vos plaisirs et venez au sein de cette société. venez, dis-je, y faire part de vos lumières, de vos sollicitudes, concourez avec nous à découvrir les conspirateurs, les traîtres, ceux qui par leurs machinations diaboliques cherchent à nous asservir sous leur joug despotique ». Le Président Régnier craint en effet de voir dissoudre le club patriotique de Châteaubriant « dans ce temps où les patriotes doivent se resserrer pour étouffer l’aristocratie »

2e jour des Sanculotides : lecture du décret du 19 fructidor (5 septembre) par lequel la Convention ordonne que tous les citoyens se livreront à leurs travaux ordinaires les quatre premiers Sanculotides et qu’il sera célébré une fête générale dans chaque commune le dernier jour de l’année républicaine qui est le dernier Sanculotide.

Le Corps municipal arrête que « pour resserrer entre tous les citoyens les liens de la fraternité et pour célébrer les victoires de la République, la cinquième des Sanculotides sera consacrée à une fête générale (...) Dans le temple dédié à l’estre supresme, il sera chanté des hymnes patriotiques et lu les bultains des loix à la manière accoutumée. Ensuite sera procédé sur la place de la Liberté au brûlement des lettres de noblesse et titres feaudeaux trouvés ces jours derniers en la demeure de Duhamel (= de la Bothelière) (cachés dans la terre) et autres anciens registres féodaux, réunis en feu de joye autour duquel sera dansé la Carmagnole »

2e jour des Sanculotides, encore : la Convention décrète que la République Française ne paie plus ni les frais ni les salaires d’aucun culte. C’est pratiquement la séparation de l’Eglise et de l’Etat, en même temps que l’abandon du clergé constitutionnel à son triste sort

4e jour des Sanculotides (20 septembre 1794) : Le Comité de Salut Public interdit le commerce des pierres à fusil. Les officiers municipaux sont chargés de se rendre chez les marchands de la commune pour saisir toutes les pierres à fusil et les pistolets qui se trouveront chez eux, et les déposer en lieu sûr. A Châteaubriant les officiers municipaux trouvèrent ainsi 280 pierres, les unes petites, les autres mauvaises, chez 4 marchands, et les déposèrent dans une des armoires du secrétariat de la commune.

  Inventaire à l’hôpital

1er vendémiaire (22 septembre 1794) : un membre de la Société Populaire parle de « la mauvaise qualité du pain qu’on donne aux malades, lequel, au lieu de contribuer au prompt rétablissement de leur santé, ne fait au contraire que prolonger leur maladie »

2 vendémiaire an lll (23 septembre 1794) : il est fait l’inventaire détaillé des meubles de l’hôpital ... sur 7 pages ! Dans « le sallon » on trouve par exemple « deux douzaines et trois assiettes de fayance et douze bouteilles de ver, et un cydevant prie-dieu en bois » . Dans la cuisine il y a un tourne-broche avec deux broches, « une pelle à feu, trois chaudrons et cinq pelles de cuisine, deux tables et six mauvaises chaises, une huge ou met ». Dans le réfectoire : « six mauvais bancs et huit bariques, trois petites mauvaises armoires et une brouette » et ainsi de suite « dans la boullangerie, le cellier, la classe, la salle des hommes, la cy-devant sacrystie, la chambre du travail, la chambre de la peignerie, la pharmacie, la chambre des directrices, la chambre des filles, la lingerie, etc, etc ». Dans l’étable il y a une vache, dans les lits il y a soixante draps et « treize tayes d’oreiller ». etc.

L’hôpital possède aussi quelques rentes, par exemple sur « la maison de la Tannerie autrement La Planche Marguerite » (qui est maintenant la rue Tournebride), une rente sur la maison de La Croix Verte, et « des indemnités d’inondation de quelques terres dépendantes de la métairie de la Carantaische que paye la forge de Moisdon »

3 vendémiaire (24 septembre 1794) : un rapport de police, fait pour la Convention, sur les conséquences du Neuf-Thermidor (chute de Robespierre), signale que « l’aristocratie marchande relève la tête »

4 vendémiaire (25 septembre 1794) - Un membre de l’assemblée municipale dit qu’il se trouve encore à vendre « deux morceaux de charrée provenant de la lessive du salpêtre. L’un se trouve au bout oriental de la Gallerie du Château et l’autre dans la cour près le bâtiment de la cy-devant chapelle du dit château » et qu’il est instant de les vendre, de même que les boues des places et rües de la ville

5 vendémiaire (26 septembre 1794) : il est venu à la connaissance de la municipalité que le préposé aux vivres de l’armée, section de la viande, « allait cesser ses fournitures de suif en croute, au chandelier de cette commune », parce qu’il allait les faire fondre lui-même, les mettre en bariques et les envoyer aux hôpitaux militaires et à Brest pour la marine. « Comme d’ailleurs la municipalité n’a point de ressource pour se procurer des suifs, dans l’étendue de cette commune où il ne se tue que quelques vaches maigres, et qu’il est impossible d’avoir de Nantes, n’y d’ailleurs, n’y du suif, n’y de l’huile, pas même de la résine » l’agent national suggère de réclamer une portion de ces suifs pour l’entretien du service militaire sur l’étendue de la commune et dans les divers cantonnements qui l’environnent .

Par ailleurs il y a besoin de suif « pour l’administration du District, pour le comité de surveillance, pour la municipalité, pour les différents corps de garde, pour la fabrication du salpêtre, pour les habitants de la cité qui ont continuellement des militaires chez eux, enfin pour les hopitaux, tout quoy est indispensable » ... « d’autant plus que nous entrons dans l’hiver où il sera nécessairement besoin d’une quantité plus considérable de chandelles »

Ce même jour, il est question de faire des travaux aux fortifications de la ville « qui sont dans l’impossibilité de souffrir le moindre choc. Trois-cents chouans seraient plus que suffisants pour les prendre ». Un membre de la Société Populaire réplique avec conviction que « les patriotes républicains n’ont point besoin de fortifications pour terrasser l’ennemi, leurs bras sont suffisants »

8 vendémiaire an III (29 septembre 1794) : la municipalité est appelée à constater que la citoyenne Henriette Boisadam, cy-devant Ursuline, est « démente depuis un grand nombre d’années » et incapable de gérer ses affaires parce qu’elle n’en a jamais eu l’habitude depuis l’âge de 15 ans et neuf mois qu’elle entra en communauté. « La voye publique dit qu’elle est vraiment carente d’esprit et ce depuis longtemps » et qu’elle est donc incapable de prêter le serment requis pour toucher sa pension.




Sources :

- Archives municipales séries 1D et 1 S
- Maryvonne Bompol : aux sources de la Contre-révolution à Châteaubriant
- Jean Massin, Almanach du Premier Empire
- Alain Racineux : Les Brigands du Roi

(1) District : on dirait aujourd’hui arrondissement La commune est administrée par un « Conseil Général ». Mais la « Société Populaire de Châteaubriant » intervient souvent. Le rédacteur hésite sur l’orthographe, il écrit « aupital », « carros » et « carraux », « stile », « bultains » « feaudaux » et « féodaux » etc.
(2) (v.st.) veut dire « vieux style » c’est-à-dire désigne l’ancien calendrier