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Au jour le jour

1794 (4)- d’octobre à décembre



 

16 vendémiaire (7 octobre) : la société populaire invite la municipalité à procurer aux malades et convalescents de l’hôpital, « du pain convenable à leur situation » (c’est-à-dire du pain blanc)

19 vendémiaire (10 octobre 1794) : à Paris, ouverture d’une Ecole Normale pour former les enseignants. Installation du Conservatoire des Arts et Métiers.

 Le premier divorce

20 vendémiaire (11 octobre 1794) : le premier divorce à Châteaubriant : Geneviève Chaumière déclare vouloir divorcer de Jean Gillet, peigneur de son métier, « pour les raisons que leurs caractères sont absolument incompatibles pour vivre ensemble (...) elle a été maltraitée une fois avec assez de violence (...) elle tait même que son mariage n’a jamais eu de consommation (...) elle demande la cessation légalle de son mariage par le divorce authorisé par la loi ». La municipalité assemblée, après avoir entendu six témoins, accepte la dissolution de ce mariage.

20 vendémiaire (11 octobre) : la municipalité est chargée de répartir 1106 livres 19 sous 8 deniers entre 148 indigents de la commune. Elle décide de délivrer deux quintaux « de bled froment » au citoyen boulanger de l’hôpital pour faire du pain convenable aux malades.

20 vendémiaire : le Général Marès annonce son départ, dit qu’il « continuera à être parmi vous d’esprit de cœur » et demande un diplôme relatant la conduite qu’il a eue depuis qu’il est à Châteaubriant

25 vendémiaire (16 octobre 1794) : le Comité révolutionnaire de Châteaubriant marque sa surprise de voir différents détachements arrivant de nuit « ce qui fait craindre pour la sûreté de la cité (...) vu qu’il pourrait s’y insinuer des chouans ou brigands sous le costume républicain ». De plus, l’une des nuits dernières, « la sentinelle de la Tour du Four fut impunément narguée par trois inconnus faute de fusil en bon ordre et de cartouches »

29 vendémiaire (20 octobre 1794) : Une citoyenne a acquis « la maison du Boisdullier » qui sert de caserne et demande que la caserne soit transférée au château. La municipalité est d’accord d’autant plus que « cette caserne y sera mieux située que dans le cœur de la ville où les immondices qu’elle produit infectent l’air (...) et il est impossible d’en faire la répurgation »

29 vendémiaire (20 octobre) : la majorité des habitants de Châteaubriant manquent de bois de chauffage, « quoi qu’ils n’en demandent qu’en payant, et quoi qu’ils aient des militaires logés chez eux » et ils s’exposent, s’il s’opère quelque mouvement militaire, « à voir bruler leurs meubles comme cela s’est fait l’hiver dernier ». La municipalité demande donc au Directoire du district « d’amener un nombre de cordes de bois qui seront payées en arrivant à Châteaubriant avec le prix du charrois »

 Fête pour la victoire

30 vendémiaire (21 octobre 1794) : il est prévu une fête pour célébrer les victoires remportées sur les tyrans par les braves soldats des armées de la République.

L’armée de Sambre-et-Meuse a pris Cologne puis Bonn. L’armée du Nord a pris Bois-le-Duc, l’armée du Rhin a opéré sa jonction avec l’armée de Moselle et pris Frankenthal, Ober-Moschel, Kreuznach, Worms, Bingen, Oppenheim, Alzey : Châteaubriant en ce début du mois de brumaire (22 octobre 1794) prévoit une fête pour célébrer les victoires « remportées sur les tyrans par les braves soldats des armées de la République ». Le programme suivant était prévu à partir de 2 heures de l’après-midi :
- lecture des lois dans le temple de la raison
décoration de toutes les portes et fenêtres avec des branches de chêne « parmi lesquelles brilleront des couleurs nationales »

- la montagne sera également garnie de festons de chêne et de lierre

- tous ceux qui seront armés auront au bout de leur fusil un rameau de chêne, les autres porteront une branche à la main

- toutes les citoyennes joindront à leurs cocardes une feuille de chêne et en porteront également un bouquet

- les citoyens formeront un cercle autour de la montagne à une distance suffisante pour que les autorités constituées puissent être au milieu en face de la statue de la raison

- Le premier magistrat du peuple, le citoyen maire, revêtu de son écharpe, montera sur la montagne, fera un discours et le terminera pour prononcer à haute voix ces mots que tous les citoyens se plairont à répéter unanimement : Vive la République, vive la montagne, vive la Convention, vivent les braves soldats de la République. Périssent à jamais les traîtres, les lâches, les factieux et les tirans »

- Après ces cris d’allégresse qui seront suivis d’une musique guerrière le citoyen maire déposera une couronne sur la tête de la statue de la déesse Raison. Les mêmes cris de joye seront alors répétés et suivis d’une autre simphonie

- Dès que le son des instruments aura cessé de se faire entendre, tous les citoyens et citoyennes se prendront la main, formeront une chaîne autour de la montagne et exécuteront les danses qui leur plairont.

- La danse finie, le citoyen maire allumera le feu de joye , on dansera autour en répétant mille fois le refrain chéry des français : vive la République, vive la montagne, vive la Convention, vivent les braves soldats de la République. Périssent à jamais les traîtres, les lâches, les factieux et les tirans »

La place sera illuminée jusqu’à 8 heures ».

En fait, le feu de joie ne fut pas fait, pas plus que les illuminations, parce qu’il fallait économiser le bois et la chandelle ! Mais pour qu’il y ait fête tout de même, la liberté a été rendue aux militaires détenus dans « la chambre de discipline » de la Maison d’Arrêt de Châteaubriant

1er brumaire (22 octobre 1794) : ouverture à Paris de l’Ecole Centrale des Travaux Publics, future Ecole Polytechnique

1er brumaire (22 octobre) : les pères et mères sont invités à envoyer leurs enfants à neuf heures au Temple de l’Etre Suprême pour profiter des leçons de maniement des armes données par l’instituteur bénévole de cet art, « afin de donner à la patrie des hommes libres et en état de soutenir leurs droits »

5 brumaire (26 octobre 1794) : les enfants de la ville et des faux-bourg commettent journellement des dégradations dans les bois nationaux. L’assemblée municipale demande aux pères et mères de veiller à ces désordres.

6 brumaire (27 octobre 1794) : en réponse à la demande du 20 octobre à propos du bois de chauffage, le directoire du District répond qu’il faut s’entendre avec le citoyen Haunet qui est prêt à vendre du bois à condition de le prendre sur place et de le faire charroyer. La municipalité proteste : « le bois du citoyen Haunet est à deux lieues et demi de la ville, les charretiers de la commune sont tous les jours en réquisition pour le service public, il y en a qui n’ont pas encore eu le tems de mener leur fumier et de commencer leurs ensemencés (...) les habitants ne trouveront pas de charretier pour leur amener du bois parce que les cultivateurs veulent ménager leurs bestiaux, qui sont écrasés par les réquisitions auxquelles ils sont tenus d’obéir ».

La municipalité propose au Directoire du District d’acheter une partie du Bois du Druillai qui se trouve à une lieue de Châteaubriant « alors les habitants pourront se procurer du bois, ils ne seront pas vexés et les Bois Nationaux courront moins de risques d’être pillés »

6 brumaire (27 octobre 1794) : un membre du Corps municipal dit qu’il a appris que des sabotiers sont réunis à travailler dans le Bois du Jarrier à Châteaubriant, qu’ils font beaucoup de sabots, « Néanmoins il n’en est pas vendu une paire à Châteaubriant, et ces sabots se débitent sur le lieu à un prix supérieur au maximum ce qui fait que les gens aisés peuvent s’en procurer et que les indigents sont dans le cas d’aller nus-pieds ». Le Corps municipal décide d’interdire aux sabotiers de continuer cette pratique et que des commissaires, escortés de la force armée, se rendront au Bois du Jarrier et feront amener à Châteaubriant les sabots qui se trouveront faits, pour être vendus au prix maximum

 Amnistie ?

6 brumaire (27 octobre 1794) : A la Société Populaire de Châteaubriant les séances commencent toujours par les acclamations « Vive la République, Vive la Convention. Périssent les traiîres, les fanatiques et les tirants ». Ce 6 brumaire lecture est faite à la Société Populaire de Châteaubriant d’une proclamation du représentant du peuple portant amnistie en faveur des brigands qui rentreront dans leur commune sous les délais et les conditions fixés par la dite proclamation qu’il est décidé de publier « au son du tambourg ce jour et de continuer le jour de marché »

Amnistier les chouans et les brigands, peut-être, mais pourquoi pas d’autres ? Un membre de la Société Populaire représente qu’il serait « pareillement intéressant » de pouvoir faire revenir « les deux jeunes gens de la première réquisition qui s’y étaient soustraits et qui en faisant connaître leurs remords s’étaient enrollés dans le 4e régiment d’infanterie actuellement à Châteaubriant ». Il n’ont pas eu de chance ces jeunes gens car « malheu-reusement on les a fait déshabiller et conduire à Rennes par la gendarmerie, ce qui a pu effrayer beaucoup d’autres jeunes gens dans le même cas, empêchés de venir se rendre à la République »

Il faut dire qu’en cette fin d’année 1794, les chouans attirent de plus en plus de rebelles, ils augmentent leurs forces et par là leur audace. Les jeunes gens qui ont refusé la réquisition de janvier 1794 sont de plus en plus nombreux à les rejoindre, Les militaires des cantonnements sont aussi invités à déserter les armées de la République.

7 brumaire (28 octobre 1794) : les administrateurs du district de Châteaubriant remarquent : « Ce qui augmente la guerre des chouans c’est l’indiscipline militaire, la mauvaise tenue des chefs, l’insubordination du soldat. Cette conduite atroce met les habitants des campagnes dans la situation la plus désagréable. D’un côté ils sont exposés continuellement à être assassinés par les chouans. De l’autre, ils sont pillés et vexés de toutes manières par ceux qui doivent protéger leurs propriétés. Au point que lorsqu’on leur demande s’ils ont vu les brigands, ils demandent si ce sont les Bleus ou les Chouans »

7 brumaire (28 octobre 1794) : la salle des séances de la Société Populaire a des vitres cassées, et sans doute obstruées par du papier « et ne permettent pas qu’on puisse écrire à la lumière ». Un membre propos de faire les réparations nécessaires

10 brumaire an III (31 octobre 1794) : la municipalité demande 2304 livres 7 sous pour 117 cordes de bois et 1057 livres de chandelle, qu’elle a fournis réellement aux corps de garde, et aux armées qui ont séjourné, passé et repassé à Châteaubriant « depuis le mois de brumaire de l’an II, jusqu’au 6 brumaire de l’an III »

10 brumaire an III (31 octobre 1794) : les commissaires chargés d’exploiter des bois de marine, disent qu’ils ont des difficultés à trouver des ouvriers manœuvres et qu’ils ont dû faire appel à des maçons, charpentiers et autres ouvriers « qui sont plus au fait des opérations pour lesquelles on les requiert » et qu’il est plus avantageux de se servir de ces citoyens qualifiés. Ils obtiennent donc qu’ils soient payés plus cher (30 sous par jour) « d’autant plus qu’il serait difficile de se procurer d’autres ouvriers »

11 brumaire (1er novembre 1794) : la municipalité demande le charroi d’un cheval mort « afin de prévenir une maladie épidémique pour les bestiaux ». Mais le métayer refuse le charroi. Il est décidé de l’y contraindre.

Ce même jour à Paris, la Convention lève le séquestre sur les biens des suspects

12 brumaire (2 novembre 1794) : « il faut armer les citoyens seulement reconnus pour leur civisme afin d’être en état de se défendre contre les attaques de nos ennemis que les malveillans pourraient favoriser » dit-on à la Société Populaire de Châteaubriant, dont un membre critique vivement le commandant de la Garde Nationale disant qu’il ne remplit pas les devoirs de son état « et qu’il serait intéressant qu’il montre plus d’activité, de zèle et d’exactitude ». Il faut lui demander en particulier de « rétablir la hyérarchie des pouvoirs et grades militaires »

14 brumaire (4 novembre 1794) : la Société Populaire s’inquiète : « les habitants de la Citée manquent de bois pour pouvoir chauffer les frères d’armes logés chez eux et faire cuire leur viande ».

Ce même jour à Paris la Convention exige un rapport sur les inconvénients de la « loi du maximum » qui fixe le prix maximum des denrées.

17 brumaire (7 novembre 1794) : la municipalité réitère sa demande de suif à la commission des subsistances militaires, disant que les bouchers de Châteaubriant n’ont que très peu ou point de suif, « que la rareté de la viande et sa cheretée en font cause que les habitants se retranchent pour n’en point consommer » et que pourtant la ville a un pressant besoin de suif, ne serait-ce que pour recevoir ses militaires allant et venant la nuit pour faire leur service, « D’ailleurs il n’est pas possible de se procurer ny huile, ny raisine dans les grandes cités qui n’en veulent pas laisser sortir »

17 brumaire : il y a des travaux à faire aux fortifications de la ville

- faire faire trois guérittes et couvrir en ardoises celles qui ne le sont pas

- faire murer la petite porte près le Moulin de la Torche

- faire démolir un petit hangard appuyé contre la porte de la Torche en dehors

- faire mettre une pièce de bois à la Porte St Jean pour en boucher l’ouverture

- faire faire le mur face la Tour du Four

- faire élever en terre le mur qui doit masquer la sentinelle sur le rempart du château

- faire faire un guichet à la Porte Neuve

- faire faire les deux portes Michel et de la Poterne pour un total de 3714 livres « qui n’est pas considérable en raison des avantages que la république pourra en retirer ». La municipalité transmet copie de ces réparations nécessaires à l’Administration du District avec invitation de trouver les fonds nécessaires à la confection des travaux

19 brumaire (9 novembre 1794) : François Gros, membre du conseil du District de Châteaubriant et juge de paix à Rougé, est tué par les chouans et son cadavre découpé en morceaux. Partout les chouans ont la main-mise sur la campagne. Le district de Châteaubriant écrit : « A la Chapelle Glain, ils vont de village en village avec un violon danser. A Issé, ils vont aussi de village en village, font des cérémonies fanatiques, confessent, font prier les habitants des campagnes et y exercent un empire effrayant »

Ce même jour à Paris, les nervis de la Jeunesse Dorée (bande de jeunes bourgeois qu’on appelle encore les Muscadins) attaquent le Club des Jacobins, les lapident en séance, bâtonnent les hommes et fouettent les femmes.

 La tambouille

20 brumaire (10 novembre 1794) : un membre de la Société Populaire demande la libre sortie pour les officiers de santé et les sages-femmes pour porter secours aux habitants des faubourgs

22 brumaire (12 novembre 1794) : un membre de la Société Populaire de Châteaubriant représente que celle-ci est dépourvue de tout, « qu’il n’y a ni papier, ni plume, ni ancre, pas même un ancrier ». Il demande que le trésorier soit autorisé à en acquérir « ainsi que quelques bâtons de sire ». Mais le trésorier n’a pas les fonds nécessaires : les membres de la Société Populaire sont invités à se mettre à jour de leurs cotisations.

Les finances sont au plus bas, au point que la Société Populaire envisage de ne pas accepter « par la voie de la Poste, les paquets volumineux venant de très loing, dont le port se trouve par conséquent considérable »

Ce même jour, à Paris, c’est la fin du Club des Jacobins, 4 mois environ après la chute de Robespierre

26 Brumaire (16 novembre 1794) : ça barde entre l’administration du district et la municipalité. La première reproche à la seconde d’avoir fait enlever tout le bois en corde qui était dans le parc du Château ! La municipalité réplique vertement « à cette lettre injurieuse et mal entendue » et rappelle que « l’année dernière la force armée alors en grand nombre dans la cité » se servait largement pour les Corps de Garde, casernes et bivouacs « et si confusément qu’il eut été même dangereux de s’y opposer », et que cela se faisait sous les yeux de l’administration du District « qui ne pouvait pas plus y mettre ordre que tout autre et qui a d’autant plus mauvaise grâce de vouloir en rejetter aujourd’huy le blâme sur la Municipalité »

La municipalité dit même qu’elle ne peut rendre de compte du bois « qui a été pris par la force armée l’année dernière dans le tems des grands mouvements, puisque cette même force armée déchargeoit ses charettes partie avant qu’elles fussent entrées en ville, partie dans les rües, et en prenoit partout où elle pouvoit trouver, tant pour leurs bivouacs que pour faire cuire leur tambouille dans leurs logements ou ailleurs »

27-28 brumaire (17-18 novembre 1794) : par un décret, l’Etat prend à son compte l’enseignement primaire, mais des députés défendent le principe de la liberté d’un enseignement privé pour les riches.

5 frimaire (25 novembre 1794) : les portes de la ville sont fermées à 7 heures du soir, plus d’une heure avant la fin des séances de la Société Populaire de Châteaubriant « de sorte que ceux des membres qui abitent les faux-bourgs se trouvent forcés de rester à coucher en ville, ce qui les prive de veiller sur leur ménage ». A cette époque il y a 40 à 50 membres par réunion ! La Société Populaire demande « que les portes de la Citté soient ouvertes les jours de séance à ceux des membres qui abitent dans les faux-bourgs afin de les mettre dans le cas de s’en retourner ». le commandant de la Place annonce qu’il y aura bientôt un guichet pratiqué dans la Porte Neuve « qu’il fera ouvrir à l’issüe de chaque séance de la société »

9 frimaire
(29 novembre 1794) : « les scélérats continuent de ravager le malheureux paÿs » dit-on à la Société Populaire « Fréquemment les patriotes tombent sous le feu de ces scélérats »

 La bise

9 frimaire encore : le citoyen Phelippes, instituteur de Châteaubriant, voulant « donner de l’émulation à ses écolliers » demande à être autorisé à faire réciter les Droits de l’Homme, en la séance du lendemain, à quatre de ses élèves. La Société Populaire applaudit à cette idée.

10 frimaire (30 novembre 1794) : deux jeunes garçons Joseph et François Bruneau, 8 et 10 ans, et la petite Eléonore Reignault (5 ans), prennent place à côté du Président de la Société Populaire et récitent les Droits de l’Homme « à la plus grande satisfaction des membres de la Société Populaire » - « Ils ont été vivement applaudis et le Président leur a donné l’accolade fraternelle ». Un membre demande alors qu’il soit frappé des médailles d’encouragement qu’on puisse distribuer à ces enfants afin de leur donner l’émulation qu’il convient. Mais un autre membre fait remarquer que la Convention s’occupe des récompenses qu’il convient de donner aux élèves se distinguant dans leurs études. Le projet de médaille propre aux castelbriantais est donc abandonné ; d’autant plus que « les écolliers paraissent sufisamment satisfaits des honneurs qui viennent de leur être décernés »

 Défense de rire

11 frimaire (1er décembre 1794) : un membre de la Société Populaire se plaint : « quantité de citoyens se permettent de rire de certains orateurs qui n’ont pas la facilité de s’expliquer en public ». Il demande donc que « défense soit faite d’interrompre d’aucune façon les orrateurs et de donner aucun signe d’aprobation ni d’improbation ». « Chacun se tiendra dans le respect et la dessense qu’il convient »

11 frimaire toujours : un membre revient sur une rumeur persistante : « deux jeunes gens de la première réquisition » (et qui ont refusé d’être enrôlés) « et qui sont les premiers rentrés dans l’ordre dans le District et qui seraient en cette citté enrollés dans le 4e régiment, auraient été déshabillés de leur uniforme et fusillés à Rennes ». Il démontre que cette rumeur est fausse « que les malveillans cherchent à propager cette nouvelle pour opposer la rentrée des hommes égarés »

12 frimaire (2 décembre 1794) : le citoyen Mathurin Philippe demeurant à Louisfert, déclare demeurer désormais à Châteaubriant « pour éviter les crimes des brigands et se mettre à l’abri de leurs horreurs » et avoir le projet de continuer ici sa résistance.

12 frimaire : la Société Populaire trouve que les bulletins de la Convention ne contiennent pas les nouvelles internationales « qui deviennent de jour en jour plus intéressantes » et envisage de s’abonner « pour les feuilles du Moniteur qui sont les meilleures et les plus instructives ». En fait ce projet n’eut pas de suite puisque l’administration du District est abonnée et accepte de communiquer les documents à la société populaire.

12 frimaire (2 décembre 1794) : la Convention promet l’amnistie à tous les Vendéens et Chouans qui déposeront les armes dans le délai d’un mois. « Si les liens du sang et de l’amitié ne sont pas entièrement rompus, si vous aimez encore votre pays, si votre retour est sincère, nos bras sont ouverts, serrons nous comme des frères. Assez et trop longtemps le sang a coulé dans nos malheureuses contrées. Que le carnage cesse ! » .

Cette proclamation jette un moment la division entre les chouans. Mais les durs, adversaires de l’amnistie, l’emportent et intensifient les combats en ce mois de décembre

La guerre de démontage des charrettes s’intensifie. Le sabotage s’étend aux ponts. Des arbres sont abattus pour barrer les routes. Les stocks de céréales sont dévalisés. A St Aubin des Châteaux trois patriotes sont abattus à la masse de fer. A Lusanger deux patriotes ont les pieds brûlés avant d’être achevés. Les quatre-cinquièmes des communes sont parcourus journellement par les chouans.

12 frimaire : le citoyen Ernoul, commissaire national à Châteaubriant , est accusé d’avoir trois chevaux à ne rien faire et d’avoir refusé d’en fournir un pour le service de la Poste et même pour le service du vaguemestre du 15e bataillon de la formation d’Orléans qui est donc parti ce jour à pieds. Le citoyen Ernoul argue du fait que ces chevaux sont trop jeunes pour être montés. La municipalité, « conformé-ment à la loi sur les réquisitions de tous objets nécessaires aux besoins de la République » demande à l’administration du District de confisquer ce cheval requis et refusé par le citoyen Ernoul.

Le même jour, un autre commissaire, celui qui est chargé de l’exploitation des bois de la marine de la République, se plaint de ce que les charpentiers réquisitionnés sont absolument récalcitrants « ils prétendent se dispenser de venir » et que la chose publique en souffre

14 frimaire (4 décembre 1794) : les chouans poussent l’audace jusqu’à venir assassiner, dans un faubourg de Châteaubriant , le citoyen Eluère, juge de paix d’Issé.

16 frimaire (6 décembre 1794) : lors d’une réunion de la Société Populaire un membre dit : « la fureur et la témérité des chouants ou brigands, et leur incursion dans l’un des faux-bourgs, commandent que nous prenions des mesures promptes pour mettre cette citté en état de défense » . Il demande alors que la Tour du Four public soit fortifiée, « qu’il y soit fait un parapet de la hauteur de 4 pieds pour couvrir et mettre à l’abri de la balle les tirailleurs qui si placerons au besoin » . Les citoyens de Châteaubriant sont invités à se rendre dès le lendemain matin à la dite tour pour travailler aux fortifications. De plus la Société Populaire écrit au général en chef « d’envoyer incessamment au moins 200 hommes de troupe bien disciplinée ». Hélas cette attente sera déçue.

16 frimaire encore : les jours d’arrivée du courrier sont désormais « fixés aux mardi, jeudi et samedi de chaque semaine (vieux stile) » : la Société Populaire change donc le jour de ses séances pour les mettre les jours d’arrivée du courrier à 5 heures du soir.

17 frimaire (7 décembre 1794) : lettre du général Hoche aux représentants de la Convention dans les provinces. Il y exprime ses graves inquiétudes sur le décret d’amnistie du 12. « Une indulgence déplacée pourrait opérer la contre-révolution ». C’est bien ce que l’on va constater dans la région de Châteaubriant

19 frimaire an lll (9 décembre 1794) : un membre de l’assemblée de la municipalité dit : « le dénuement de nos marchés est allarmant, aucun des habitants des campagnes n’y apporte de grains, les autres denrées manquent également » au point que certaines familles sont exposées à périr de faim. « Or il existe dans les greniers et magasins de la République au château et ailleurs, des bleds noirs qui ont été ramassés dans des tems pluvieux » et qui risquent de se gâter. « Il serait interressant qu’ils fussent vendus au public avant une plus grande deterrioration et qu’ils puissent être mangés sans occasionner de maladies à ceux qui le voudroit faire »

21 frimaire (11 décembre 1794) : la Société Populaire de Châteaubriant « a reçu avec une joie inexprimable la proclamation du décret de la Convention Nationale du 12 de ce mois, sur l’amnistie en faveur des brigands de la Vendée et des Chouants qui ravagent et désolent depuis long tems le malheureux paÿs. Elle regarde le décret comme la fin de tous ses malheurs et promet d’accueillir favorablement les autheurs de ses maus ».

Dès qu’elle a été instruite de ce décret, la Société Populaire s’est réunie « avec les autorités constituées de la ville, sur la Place de la Liberté où se sont jointes les troupes de ligne, la Garde Nationale, pour assister à sa publication vers les 5 heures du soir en présence du peuple. L’agent national de la commune, revêtu de son écharpe et placé sur l’éminance de la montagne, en a donné lecture, qui a été vivement applaudie. Ensuite on s’est rendu en foule, suivi d’une musique guerrière, sur les différantes places et rües où se font ordinairement les publications et on a donné une nouvelle lecture en chaque lieu ». Ces lectures ont été souvent interrompues par les acclamations « Vive la République, vive la Convention Nationale » et les fenêtres des maisons ont été illuminées.

« La joie la plus pure paraissait sur tous les fronts. Des chansons patriotiques ont été chantées et répétées par la musique guerrière et, de retour sur la Place de la Liberté, la fête a été terminée par une danse généralle »

26 frimaire (16 décembre 1794) : la joie c’est bien, mais le quotidien reste difficile : « Presque la totalité des abitants de cette citté manque de bois de chauffage. Plusieurs n’en trouvent pas pour cuire leur soupe et celle de nos frères d’armes
qui sont logés chez eux »

28 frimaire (18 décembre 1794) : un membre de la Société Populaire se plaint de l’absence de nombreux membres aux séances (qui, rappelons-le, se tiennent 3 fois par semaine à partir de 5 heures du soir). Pour lui, cette absence « caractérise une indifférance ou négligence nuisible qui pourrait occasionner la dissolution de la société ». Le Président invite les membres à se rendre aux réunions « autant que leurs affaires le permettront »

30 frimaire (20 décembre 1794) : les jours d’arrivée du courrier ont encore changé (voir au 16 frimaire). Ce sont désormais les lundi, jeudi et samedi. Le Société Populaire change aussi ses jours de réunion !

4 nivôse (24 décembre 1794) : loi abolissant le maximum, votée par la Convention après trois jours de débats peu animés. Le retour brutal à la liberté économique développe l’inflation. Les prix montent en flèche. Les assignats, monnaie de papier, se déprécient à mesure.

Ce même jour, des chouans se montrent du côté des Forges de Moisdon

6 nivôse :(26 décembre 1794). A Châteaubriant la citoyenne Nollet, chargée de l’instruction primaire des filles a 96 élèves. Elle demande sa rétribution

6 nivôse : à Paris, « mé’veilleuses » et « inc’oyables » donnent le ton d’une nouvelle vie mondaine et luxueuse. Leurs déshabillements, leur langage et leurs excentricités (coiffures « à la victime » ou bals « des victimes ») ne sont pas innocents, ils ne doivent pas faire oublier qu’ils sont au service des salons de droite pour séduire et corrompre les Conventionnels demeurés fidèles à l’esprit révolutionnaire et démocratique.


 

 Une vente aux enchères : à la bougie

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La dernière vente à la bougie, mars 2007

Voilà comment se faisait une vente aux enchères, à la bougie, vente fort discutée si l’on en juge par le registre des délibérations de la municipalité qui raconte : « un premier feu allumé a été mis par le citoyen Yvon à 50 livres, un premier feu éteint, un deuxième allumé, par le citoyen Gautron à 51 livres, par le citoyen Monnier à 52 livres, un deuxième feu éteint, un troisième allumé, par le citoyen Geslin à 53, par le dit Monnier à 54, par Charles Lemaître à 56, par Julien Yvon à 57 livres, par le dit Geslin à 58 livres, le troisième feu éteint, au quatrième allumé, par le dit Lemaître à 59 livres, par le dit Yvon à 59 livres dix sous, par le dit Lemaître à 60 livres, par le dit Yvon à 60 livres dix sous, un quatrième feu éteint, un cinquième allumé, par le dit Yvon à 61 livres dix sous, le cinquième feu éteint, un sixième allumé, par le dit Lemaître à 62 livres, le sixième feu éteint, un septième allumé, par le dit Yvon à 62 livres dix sous, le septième feu éteint, un huitième allumé sans que personne n’ait surenchéri, l’adjudication est restée au dit Yvon pour la somme de 62 livres dix sous »




Sources :

- Archives municipales séries 1 D et 1 S
- Alain Racineux : les Brigands du Roi
- Maryvonne Bompol : aux origines de la Contre-Révolution ( Châteaubriant )
- Jean Massin : Almanach du 1er Empire
- Histoire du Peuple Français (tome III) par Pierre Lafue et Georges Duveau