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Au jour le jour

1795 (1) - janvier-février



La terreur blanche

L’amnistie a été promise aux brigands et aux chouans le 2 décembre 1794. Elle fut interprétée comme un signe de faiblesse de la République. La Terreur Blanche (celle des contre-révolutionnaires), se déchaîne contre « les Bleus » (les partisans de la révolution) ceux qu’on appelle encore les « patauds » (patriotes). Les Chouans évitent l’affrontement direct avec les troupes républicaines. Divisés en petites bandes, ils font plutôt des coups de mains. Pour vivre, ils inventent une sorte « d’impôt chouan », exigeant des paysans une certaine quantité de nourriture. Pour contrer cette pratique, l’administration républicaine augmente les réquisitions de grains. Ce qui ne fait qu’accroître la disette et la misère et le désespoir des simples citoyens. D’autant plus que la suppression de « maximum » le 24 décembre 1794, et le retour à une totale liberté économique, provoquent une hausse foudroyante du coût de la vie et une nouvelle chute de la valeur des assignats.

13 nivôse (2 janvier 1795) : le citoyen Etienne Lambert demande un certificat d’indigence, ce que lui accorde le Conseil général de la commune parce que « attendu ses blessures, il ne peut plus travailler. Il est cependant chargé d’une femme et de quatre enfants »

13 nivôse : « vu la supression du maximum » le Conseil général de la Commune de Châteaubriant décide d’ouvrir un « registre d’aprécis qui servira à inscrire, tous les jours de marché, le prix des denrées de première nécessité : froment, seigle, avoine, blé noir, pain de froment, pain de seigle, volaille, œufs, vache, veau, mouton, beure ». Maiss e pose toujours le problème de l’approvisionnement du marché de Châteaubriant car « les chouans remplissent la campagne dui district et s’opposent à ce qu’il soit amené des denrées de première nécessité vers les chefs-lieux des communes ». Les chouans ont détruit jusqu’aux charrettes « et menacent de mort les habitants des campagnes s’ils conduisent ces denrées à Châteaubriant »

14 nivôse : des enfants, âgés de quelques mois, de mères célibataires indigentes, sont admis « à la maison d’humanité qui est autorisée à payer aux mères les mois de nourice »

16 nivôse (5 janvier 1795) : fondation à Paris de l’Institut des Sourds-Muets

16 nivôse : la Société Populaire discute des moyens de s’opposer « au brullement du bois propre au sabotage » c’est-à-dire à faire des sabots.

17 nivôse : un membre du Conseil Général de la commune signale un abus : « ceux qui ont des morts se permettent de les enterrer ou de les faire enterrer à leur guise » sans prendre les précautions nécessaires. La municipalité décide de nommer un fossoyeur auquel il sera payé la somme de 20 sous pour chaque fosse, laquelle sera construite à 5 pieds de profondeur et recouverte à la manière accoutumée. « Ceux qui voudront enterrer leurs morts eux-mêmes seront tenus d’observer les dimensions ci-dessus prescrites, et les endroits indiqués par le fossoyeur »

De plus, attendu que le cimetière « est déclos en plusieurs endroits ce qui fait que les cochons peuvent y aller fouiller » la municipalité arrête de le faire clore.

17 nivôse encore : « Nous sommes dépourvus de chandelles. L’agent salpêtrier en consomme considérablement et il en est absolument besoin pour les différents travaux de la municipalité et pour les officiers publics ». L’administration du District est donc sollicitée pour fournir 60 livres de chandelles.

17 nivôse toujours : la municipalité se plaint d’être « surchargée de réquisitions et de harnois » pour le transport des équipages militaires pour la troupe en marche, et pour l’approvisionnement en vivres et autres produits pour les divers cantonnements. Elle est requise aussi de fournir du bois aux troupes, bois « que l’on est obligé d’aller quérir à plus de deux lieues de distance de cette cité ».

De plus les harnois sont très peu nombreux dans cette commune où il ne se trouvent d’attelé que de bœufs. La mortalité de ce genre de bestiaux dans presque toutes les métairies, la difficulté de se procurer du fer pour rétablir les charettes brisées et celles démontées par les chouans, tous ces motifs sont de la plus haute importance dans un chef-lieu de District surchargé depuis long tems par les grands mouvements de la guerre ». La municipalité montre par là la nécessité « de suppléer à l’insufisance des charettes et harnois nécessaires pour le service urgent du district ».

18 nivôse (7 janvier 1795) : devant l’assemblée de la municipalité, quelqu’un signale qu’il n’a été vendu qu’un boisseau de seigle et un boisseau d’avoine au marché. « Les ressources de la cité sont à peu près toutes épuisées »

19 nivôse : le concierge de la Maison d’Arrêt de Châteaubriant vient annoncer à la municipalité qu’il n’a pas de quoi assurer le pain du lendemain pour les prisonniers. La municipalité répond que, attendu le dénuement des marchés en toutes espèces de grains depuis plusieurs décades, les boulangers ne peuvent assurer la subsistances des prisonniers et de la troupe en marche. Elle demande qu’il soit accordé au gardien, « du pain de munitions » jusqu’à ce que le boulanger Galleine Geslin ait pu « réduire en farine et mettre en pain le grain qu’il a pu se procurer le jour d’hier chez un particulier de gré à gré ».

19 nivôse : et si le peu de membres présents aux réunions de la Société Populaire venait du manque de feu ? La dite société décide d’acheter un poêle.

20 nivôse (9 janvier 1795)
 : les jeunes républicains de Châteaubriant sont « invités à s’en roller dans les armées des côtes de Brest et de Cherbourg ».

20 nivôse : la citoyenne Jacquinne Jamain vient exposer la triste situation où elle se trouve. Son mari a en effet été nommé commissaire, par délibération du District du 26 frimaire (16 décembre) pour faire venir de la commune de Soudan des charrettes pour aller à Nort chercher des grains pour la troupe en garnison à Châteaubriant . « Il est sorti de la maison commune et depuis n’a pas reparu, malgré les perquisitions qu’on en a faites. On pense qu’il a été assassiné en cette commune suspecte (= Soudan), d’autant plus qu’il était connu pour bon patriote ». La citoyenne Jamain est chargée de 4 enfants dont deux dans un âge trop tendre pour se procurer aucun secours ». Privée d’un époux qui soutenait sa famille, son état d’indigence est notoire et elle attend avec confiance que le Conseil Général l’atteste pour lui faciliter « les moyens de participer aux secours de la nation bienfaisante »

Le mal est à son comble

21 nivôse (10 janvier 1795) ; un membre de la municipalité dit que « dans toutes les communes environnantes et en partie dans la nôtre, les charettes sont démontées ou brisées par les chouans ou brigands de manière que s’ils continuent ce genre de dévastation il sera impossible de faire faire les charrois nécessaires à l’approvisionnement du marché tant en grains, bois, foin, paille et autres denrées de première nécessité tant pour les habitants que pour la troupe » . On décide alors d’acquérir jusqu’à 25 charrettes dans les métairies les plus éloignées de la cité afin de les mettre en lieux de sûreté pour s’en servir au besoin

22 nivôse (11 janvier 1795) : les administrateurs du district de Châteaubriant constatent que les chouans ont mené avec succès la guerre des charrettes, n’en laissant pas 20 intactes. « Toutes nos municipalités abandonnées à elles-mêmes sont complètement désorganisées. La plupart des officiers municipaux ont été massacrés, une partie est réfugiée et ceux que la nécessité force de rester dans leur foyer pour faire subsister leur famille, sont obligés d’abandonner leur poste parce que, s’ils faisaient le moindre mouvement pour la chose publique, dès le lendemain ils seraient assassinés. Tous les juges de paix, les officiers publics ont été victimes de leur place. La Justice est suspendue, l’état civil des citoyens n’est point constaté et l’on peut dire qu’il n’existe plus de société civile dans ce pays. On n’ose plus voyager, les foires et marchés sont déserts, les ouvriers de la ville n’osent plus aller travailler à la campagne, une partie des laboureurs eux-mêmes, forcés à se retirer en ville, ont abandonné l’agriculture. le mal est à son comble sans qu’on puisse espérer d’en voir la fin »

22 nivôse (11 janvier 1795) : Décret autorisant à rentrer en France avant le 1er germinal tous les émigrés cultivateurs et ouvriers

28 nivôse : le citoyen Jean Poulain, laboureur, a été requis par le héraut de la commune de voiturer hors de l’écurie du citoyen Tardivel un cheval du 16e régiment de dragons qui était crevé. Mais « le citoyen Jean Poulain n’a pas voulu obtempérer ». La municipalité lui impose de voiturer ou faire voiturer ce cheval, au bois de la Garenne, lieu ordinaire de pareils dépôts. « Et faut d’obéir, il sera condamné à 24 heures de détention à la Maison d’Arrêt ». Cette mesure de rigueur est prise contre lui « pour qu’à l’avenir aucun puisse opposer récalcitration aussi considérable et capable de préjudicier à la salubrité de l’air ». Heureusement, « nous nous trouvons dans une saison froide où il y a moins de dangers »

30 nivôse (19 janvier 1795) : on évoque ce jour-là la fête du 21 janvier qui doit dans toutes les communes de la République « célébrer l’anniversaire de la juste punition du dernier Roy des Français ». La fête aura lieu le 2 pluviôse (21 janvier 1795) aux 2 heures de l’après-midi dans le Temple de l’Etre Suprême. Les autorités constituées, la force armée et les Gardes Nationaux se réuniront pour chanter des hymnes patriotiques

3-4-8 pluviôse (22-23-27 janvier 1795) : diverses personnes sont admises à la Maison d’Humanité (= hôpital), parce qu’elles sont âgées (60, 70, 75 ans), infirmes, paralysées, incapables de gagner leur vie, et aussi « parce qu’il faut tenir compte de la rigueur de la saison »

4 pluviôse (24 janvier 1795) : la citoyenne Jamain reçoit enfin son certificat d’indigence. Le même jour, deux salariés municipaux, le héraut et le greffier, obtiennent une augmentation de leur traitement « qui n’est plus en proportion des prix des denrées de première nécessité ». La municipalité précise cependant que cette augmentation n’est valable que pour un an « car l’augmentation excessive du prix des denrées doit cesser dans l’année »

4 pluviôse an III ; il est indispensable de « faire curer les latrinnes de la Maison Bothelière occupée par la municipalité » . Deux citoyens sont chargés de conduire les matières fécales qui en sortiront « avec des baquets, de manière qu’il n’en tombe pas et qu’elles puissent être voiturées de suite »

Inutiles écritures

6 pluviôse : la disette est permanente. L’assemblée de la municipalité reproche à l’administration du District d’avoir beaucoup écrit, « au lieu de prendre des mesures énergiques pendant que la loi du maximum était en vigueur ». « Au lieu de faire contraindre les récalcitrants, elle s’est toujours bornée à faire d’inutiles écritures »

La municipalité invite donc le Directoire du District à faire amener à Châteaubriant les quantités suffisantes pour faire subsister les habitants pendant deux mois : « Pour ce, il ne faut que de la vigueur et de l’énergie »

10 pluviôse (29 janvier 1795) : la citoyenne Geslin veut occuper elle-même la maison du Boisdullier qu’elle vient d’acheter. Cela nécessite de faire vider la maison et de désigner une autre caserne. Il est envisagé d’installer cette caserne au château « ou dans l’édifice dédié à l’Etre Suprême, mais il y a des réparations considérables à faire, charpente, couverture, vitrage des croisées entièrement brisées. Il faudrait y pratiquer des cheminées , refaire le carrelage en plusieurs endroits ». La municipalité estime que cela représente une somme considérable et qu’elle n’a pas les fonds.

12 pluviôse (31 janvier 1795) : « 300 ménages formant 1200 individus se présentent et demandent du grain parce qu’il ne s’en trouve pas du tout au marché excepté quelque peu d’avoine ».Il faut dire que l’administration du District a depuis 15 jours fait parvenir à la municipalité environ 40 à 50 boisseaux de grain (froment, blé, blé noir) mais que le mesurage exact n’a pas été fait et que la municipalité ne sait pas quel prix vendre ce grain et même si elle peut le vendre.

15 pluviôse (3 février 1795) : l’assemblée de la municipalité nomme « des commissaires qui seront autorisés de se transporter dans les communes et districts circonvoisins pour acheter des grains »

17 pluviôse (5 février 1795) : le citoyen JUIN, commandant de la Garde Nationale du District de Châteaubriant, ayant appris que beaucoup de ses concitoyens manquaient de grains pour leurs subsistance, s’est empressé de leur distribuer un grand nombre de boisseaux de froment « et ne s’est fait payer qu’à un prix en dessous de celui courant du marché, à 5 livres de moins par boisseau ». La Société Populaire nomme deux commissaires pour aller le féliciter « sur le trait de générosité qu’il vient de donner »

17 pluviôse : le Commissaire de la Guerre demande à la municipalité des paillasses et des couvertures « et tout ce qui est nécessaire aux cazernes conformément à la loi sur les galleux » . Mais la municipalité proteste, elle dit qu’elle est déjà « énormément grevée par les fournitures des casernes perpétuelles et plus encore par le logement continuel et passager des troupes en marche « de sorte que chaque habitant est obligé de partager son lit et même de découcher souvent pour remplir ce service »

19 pluviôse (7 février 1795), le District lance un cri d’alarme auprès du représentant du peuple à Nantes, lui signalant l’extrême pauvreté dans laquelle est réduite la majeure partie des habitants de Châteaubriant

Le même jour, on ne constate que 22 présents à la réunion de la Société Populaire de Châteaubriant. Il semble que les habitués disparaissent peu à peu.

La ville est sans pain

21 pluviôse (9 février 1795), un convoi de ravitaillement de douze charrettes est constitué au Petit Auverné, sous la protection de 100 soldats. Mais il tombe sous une embuscade des chouans du côté de la Chapelle Glain. Des soldats sont morts, d’autres sont blessés, « Plusieurs des nôtres se préparaient à emporter les blessés par ordre du capitaine, mais une voix venant de la hauteur voisine cria : ‘’arrête pataud, en avant la garde’’ . Et alors notre troupe s’enfuit et on vit une quarantaine de chouans en avant et peut-être 4 ou 500 par derrière » . Le District fait le bilan : « perte de 200 quintaux de grains, 72 bœufs, douze charrettes qui étaient les seules que nous avions pu nous procurer pour les approvisionnements de la troupe. Il en résulte une disette complète à Châteaubriant et le soulèvement de tout le peuple de cette cité »

22 pluviôse
(10 février 1795) : l’agent national de Châteaubriant écrit au Comité de Salut public que « la ville est sans pain » et que les chouans enlèvent partout les bestiaux et les chevaux.

Le même jour, lors d‘une réunion de la Société Populaire, il est question de l’attaque de la veille. Les membres de la Société Populaire invitent la municipalité à doubler les postes de garde, « à en mettre d’avancés pour fouiller ceux qui viennent à Châteaubriant et ceux qui sortent et s’assurer qu’ils n’ont pas de munitions de guerre »

Un membre de la dite Société Populaire propose aux autres membres « de s’inscrire pour combattre les chouans et de jurer de ne jamais plier ni dérouter ». Il demande que le commandant de la Garde Nationale de la ville convoque l’Etat-Major pour se faire rendre compte par les capitaines des hommes en état de faire la guerre « et de ceux qui, par leur grand âge, leurs infirmités ou leur défaut de moyens, ne sont pas en état de le faire, afin qu’on désarme ceux-ci pour armer les premiers »

Ce même jour, il est fait défense aux femmes et aux enfants de sortir de leur demeure « en cas qu’on batte la générale »

22 pluviôse (10 février 1795) : on n’en sort pas. Quand ce ne sont pas des problèmes de sûreté de la ville, ce sont des problèmes d’approvisionnement. On dit que le citoyen Lejeune Lagrée vend son grain dans la commune de Moisdon « qui est mauvaise », au lieu de le vendre aux habitants de Châteaubriant. Le dit-citoyen vient s’expliquer devant la Société Populaire, il répond qu’il dispose de ses grains de la manière qui lui est indiquée par le Directoire du District. « Je préférerais les délivrer à ceux de Châteaubriant, ils sont dans un lieu sûr où on les aura quand on voudra. J’en vends aussi à St Julien et j’en disposerai avec plaisir en faveur de nos frères ». La Société Populaire exprime sa satisfaction à ce bon citoyen.

Geslin, marchand, demande qu’on s’occupe des charrettes, « qu’il y en a de cachées qu’il serait bon de faire venir à Châteaubriant »

24 pluviôse
(12 février 1795) : un courrier à la Société Populaire annonce l’heureuse nouvelle que la paix est conclue avec les insurgés de Vendée. « Cette lecture qui a rempli de joye tous les cœurs a été plusieurs fois interrompue par les applaudissements et les cris de Vive la République ». Oui mais, la Vendée ce n’est pas la Chouannerie ...

26 pluviôse (14 février 1795) : selon le Comité de Surveillance de Châteaubriant : « le nord, l’est et le sud de notre district sont au pouvoir des brigands. A l’ouest nous regardons cette région comme assez sûre malgré quelques incursions et assassinats. Mais si les chouans s’établissent dans les communes de Sion, Derval, Jans, nous seront bloqués et après s’être emparés de notre district, les chouans pourront prendre celui de Bain »

27 pluviôse (15 février 1795) : les chouans attaquent la propriété du citoyen Bureau, membre du Comité de Surveillance de Châteaubriant et lui volent tous ses grains. Deux jours plus tard, un très important convoi de grains, escorté par 200 soldats est enlevé par les chouans.

28 pluviôse (16 février 1795) : les chouans détiennent l’arme du blé qui peut leur permettre de provoquer des révoltes et d’attirer de nouveaux partisans « Les chouans s’emparent de magasins qui devraient être une ressource publique et en font sûrement des armes avec lesquelles ils pourront attirer dans leur parti beaucoup de gens, d’ailleurs mal intentionnés, et qui n’attendent qu’une occasion, telle la rareté des subsistances pour entrer dans une révolte ouverte. Les tentatives que vous avez dernièrement faites pour faire entrer des grains n’ont pas eu un heureux succès, nous donnent des inquiétudes »

Rentrez les échelles !

Le même jour, le citoyen Phelippes, instituteur dit : « nos ennemis pourraient profiter des échelles qui sont hors ville pour escalader les remparts et s’introduire nocturnement dans la cité ». Il demande que la municipalité soit invitée à faire ramasser les échelles « des couvreurs, massons, charpentiers et autres particuliers habitans dans les faux bourgs » tous les soirs dans l’intérieur de la ville. Il propose que ces échelles soient déposées sous les halles, en chaînées « afin qu’elles n’éprouvassent aucune dilapidation, et numérottées ou marquées du nom de leur propriétaire » La municipalité répond que ce n’est pas possible.

29 pluviôse (17 février 1795) : le directoire du District de Châteaubriant écrit aux représentants du peuple à Nantes : « Les chouans se grossissent journellement et paraissent avoir l’intention de se réunir au premier moment en corps d’armée. Ils enlèvent partout des grains et des bestiaux. Ils ont même de la cavalerie. Ils attaquent et mettent en déroute des détachements de 80 à 100 hommes. La situation du district devient alarmante. Les chouans attirent des jeunes gens dans leur parti, toutes les campagnes sans exception sont rangées sous leurs drapeaux, la majeure partie de la ville même, dont l’esprit public est perdu, sert ce parti. Hier un détachement de 100 hommes a été attaqué et mis en déroute à une lieue de la ville par 500 à 600 chouans »

Le même jour on apprend que : « les forges vont cesser de travailler car les chouans empêchent des bûcherons et les charbonniers de faire leur travail »

30 pluviôse (18 février 1795) : la Convention décide la fin des assignats. Les planches sont brûlées place Vendôme à Paris. 39 milliards d’assignats sont en circulation en France et l’assignat ne vaut même plus le prix de son papier

Vers la pacification ?

Le chef vendéen François de Charrette signe le Traité de la Jaunaye le 17 février 1795. (29 pluviôse) Dans le district de Châteaubriant des contacts sont établis avec les chefs chouans, des entrevues ont lieu.

2 ventôse (20 février 1795) : la Société Populaire demande à la municipalité de Châteaubriant « de prendre tous les moïens que sa sagesse lui dictera pour faire réparer et couvrir les puits de cette cité et faux-bourgs afin de prévoir aux accidens qui pourraient arriver aux citoyens »

5 ventôse (23 février 1795) : lecture est faite, lors d’une réunion de la Société Populaire de Châteaubriant, d’un écrit signé par Charrette pour les Vendéens, et par Comartin pour les chouans, par lequel ils s’obligent de déposer leurs munitions de bouche et de guerre. « Cette nouvelle a été apprise avec joye et enthousiasme. Il a été demandé une nouvelle lecture de cette nouvelle. Elle a été écoutée et applaudie avec la même joye et le même enthousiasme » (NDLR : le baron de Cormatin, émigré rentré clandestinement en France, prit la tête des Chouans du Nord de la Loire à la fin de l’année 1794, il se montra rapidement partisan des négociations avec la République)

8 ventôse (26 février 1795) : pour célébrer la pacification, le chef rebelle François de Charrette et le général républicain Canclaux, le premier avec le drapeau blanc, le second avec le drapeau tricolore, défilent ensemble à Nantes. Une pareille fête aura lieu le 5 mars à Segré et le 13 mars à Craon.

9 ventôse (27 février 1795) : un citoyen rappelle que la lecture des loix ne peut être faite que dans le Temple dédié à l’Etre Suprême » (...) « de manière que cet édifice ne peut être occupé par rien autre chose surtout par des bestiaux ». La Municipalité arrête donc que les bœufs de l’armée que l’on attend ce jour seront logés en partie dans l’ancienne chapelle du château et au surplus dans les écuries du même lieu.

Alte-là, patauds !

10 ventôse (28 février 1795) : Deux citoyens ont été réquisitionnés pour porter, jusqu’à Nozay, les bagages de trois compagnies du 4e régiment d’Infanterie qui se rend au Croisic. Ils s’en sont revenus et on rencontré, du côté du Moulin de la Morinais, en Louisfert, une troupe de gens armés de fusils et pistolets au nombre d’environ 60. Ils racontent que ceux-ci leur ont crié : « Alte-là, patauds, mettez-vous à genoux » . Ce qu’ils ont fait. Puis cette troupe a tiré deux coups de fusils et leur a dit : « Vite, vos actes de contrition, chapeaux bas, vous ne ramènerez jamais vos charettes ». Alors les chouans les ont laissés à genoux tout le temps qu’ils ont employé à délier leurs bœufs « et à briser les charettes par le moyen de deux haches et une masse de fer dont ils étaient encore armés ». Ensuite cette troupe leur a dit : « Marchez à vous en aller et ne réapparaissez pas par devant nous sans quoy vous y passerés ».

Heureusement les bœufs et le cheval de ces deux hommes sont rentrés tout seuls à l’écurie « de sorte que leurs pertes se réduisent, outre les charettes, à un habit de peau de chèvre »




(1) District : on dirait aujourd’hui arrondissement La commune est administrée par un « Conseil Général ». Mais la « Société Populaire de Châteaubriant » intervient souvent

Le rédacteur hésite sur l’orthographe, il écrit « insufisance », « charette » et « latrinnes », « cazerne », « numérottées », « moïens », « Alte-là ! », « massons » (pour maçons)

Sources :

- Archives municipales séries 1 D et 1 S
- Alain Racineux : les Brigands du Roi
- Maryvonne Bompol : aux origines de la Contre-Révolution ( Châteaubriant )
- Jean Massin : Almanach du 1er Empire
- Histoire du Peuple Français (tome III) par Pierre Lafue et Georges Duveau