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Au jour le jour

1795 (2) - mars-avril



Démolition de la montagne

12 ventôse (2 mars 1795) : la Convention a pris un décret le 2 ventôse sur la démolition des « montagnes ». A Châteaubriant le héraut le fait savoir à qui voudra « se charger de démolition des terres et autres matériaux composant la montagne élevée place cy-devant dite St Nicolas »

12 ventôse : les bouchers de la commune sont avertis de porter à l’administration du district, dans le délai de 3 jours, les peaux dites baudruches qu’ils ont dû préparer.

12 ventôse : le citoyen Augeard, propriétaire de la maison dite « Le Chêne de la Liberté » située rue de la Ruette, veut récupérer sa maison. Mais celle-ci est occupée « par les tailleurs du 4e régiment, les cordonniers et une femme-blanchisseuse de la troupe, depuis que le dit régiment est à Châteaubriant » ce qui explique que la maison est totalement dégradée. De plus l’écurie a été occupée « par les chevaux du 16e régiment de dragons. Les rateliers et auges ont été enlevés et brisés ainsi que les patefiches qui les tenaient » . Le citoyen Augeard demande que les réparations lui soient payées.

12 ventôse (2 mars 1795) : le chef rebelle Stofflet, rival de François de Charrette, refuse de reconnaître le traité de la Jaunaye et lance un appel « aux combattants fidèles à Dieu et au Roi » pour continuer le combat. Du côté d’Issé, Terrien et Pacory le rejoignent.

13 ventôse (3 mars 1795) : le Directoire du District de Châteaubriant écrit aux représentants du peuple à Nantes qu’ils ont entamé une correspondance avec les chefs du parti chouan . « Ils ont hier fraternisé avec une douzaine de militaires du cantonnement de Moisdon. Ils doivent donner demain à dîner au commandement du cantonnement des forges de Moisdon, Nous en attendons les plus heureux effets »

15 ventôse (5 mars 1795) : lecture d’une proclamation de François de Charrette pour faire connaître les motifs de la pacification. Le discours qu’il prononce annonce « des principes purs, une paix sincère et la plus douce union ». C’est du moins ce que ressentent les membres de la Société Populaire de Châteaubriant

15 ventôse : la municipalité écrit à l’administration du District qu’elle a à sa disposition 25 quintaux de blé noir pour 1580 individus qui se présentent pour en avoir « ce qui fait pour chacun deux livres pour un délai de 8 jours » - « Vous pouvez concevoir combien est grand l’embarras de la municipalité pour procurer à tout un peuple les subsistances qu’il demande. Prenez en considération notre accablante situation et le crève-cœur qu’il y a pour nous de ne pouvoir satisfaire tant de monde »

18 ventôse (8 mars 1795) : à défaut d’autre caserne, les militaires qui occupent la maison du Boisdullier seront logés chez l’habitant.

23 ventôse (13 mars 1795) . L’assemblée de la municipalité remarque que « la quantité de grains que l’administration du district a fait venir pour l’approvisionnement de la commune s’élève à 5 boisseaux de froment, 5 boisseaux de meleard froment et avoine , 10 boisseaux de blé noir et un boisseau d’avoine, ce qui pour quinze cents individus n’offre presque rien à chacun. Plus de 1200 manquent de pain dans le four. Les larmes de ceux qui manquent de pain déchirent l’âme de tout être sensible »

25 ventôse an III (13 mars 1795) : il faut bien penser à renouveler la municipalité : Sont élus Benjamin Lejeune comme maire, et neuf officiers municipaux. « Ils prêtent le serment de maintenir la liberté, l’égalité ou de mourir à leur poste, d’être fidèles à la nation et à la loi et de bien remplir avec exactitude les fonctions qui leur sont confiées »

26 ventôse (16 mars 1795) : la Société Populaire rappelle que la Convention a ordonné la démolition de tous les édifices élevés sous le nom de montagne et qu’il faut proscrire cette dénomination colossale.

Le même jour la Société Populaire fait effacer le mot « Montagne sur Chère » « qui se trouve dans la légende au dessus du siège de son Président » ; qui d’ailleurs « n’a jamais été le nom de la commune de Châteaubriant ».

26 ventôse (16 mars 1795) : des chouans occupent Rougé et brûlent les effets d’un certain Daniel au Faux-bourg de la Barre aux portes de Châteaubriant

27 ventôse (17 mars 1795) : Les manœuvres de séduction auprès des militaires s’avèrent efficaces et contribuent à renforcer la puissance des chouans : « Hier ils ont fraternisé avec une douzaine de soldats du cantonnement de Moisdon qu’ils ont conduit dans leur camp couvert de tentes, situé entre les communes du Grand et du Petit Auverné à trois lieues de Châteaubriant où ils sont entre 700 et 800 »

La fin du Bonnet rouge

30 ventôse : il est décidé des réparations à la Maison d’Arrêt de Châteaubriant

1er germinal (21 mars 1795) : Un membre de la Société Populaire de Châteaubriant déclare que « le bonnet rouge, signe chéri des terroristes et des égorgeurs, ne doit plus souiller la vue d’une société dont les principes ont toujours été l’humanité et la justice. Déjà plusieurs sociétés l’ont proscrit et ont demandé qu’on remplace par les couleurs nationales, dans la salle des séances de la Société Populaire, la couleur du sang dont on peint le bonnet de la liberté ». Adopté à l’unanimité ! Le bonnet rouge est aussitôt « retiré et jeté aux pieds, aux nombreux applaudissements de la société »

... ou la mort

Ce même jour, un autre membre dit que les mots « ... ou la mort » qui suivent les mots chéris de tous les Républicains « liberté, égalité, fraternité » signifiaient : « pense comme moi ou je te tue ». Il considère que la Convention « a mis toutes les vertus à l’ordre du jour et que les représentants du peuple envoyés en mission n’emploient plus ces expressions » qui, selon lui, ont été mises en usage « par les buveurs de sang ». Il propose donc d’effacer cette devise du tableau placé dur la tête du Président de la Société Populaire de Châteaubriant . Adopté.

Ainsi disparaissent les symboles ...

Méfiance et rancune

Malgré les pourparlers de paix, la méfiance et la rancune sont manifestes du côté des rebelles chouans, comme du côté des troupes républicaines, lasses de poursuivre un ennemi omniprésent et fuyant. Avec la dissidence de Jean-Nicolas Stofflet, rival de François de Charrette, soutenu localement par Terrien des Chapellières (dit « Cœur de Lion ») et Jean Pacory (dit « Cœur de Roi », la guerre économique ne cesse pas.

1er Germinal an III (21 mars 1795) : sept ou huit militaires d’un cantonnement de la Meilleraye sont capturés par les chouans dans un village. Emmenés à Issé, ils sont fusillés.

2 Germinal (22 mars 1795) : la Convention reste décidée à poursuivre le processus de paix. Sur ordre du Général Hoche, une lettre est envoyée au commandant de l’arrondissement de Châteaubriant pour favoriser le rétablissement du culte . « Il est un Etre suprême pour tous, mais chacun l’invoque et l’honore à sa manière. L’un lui consacre un autel dans le cœur et l’adore en secret, l’autre préfère ldonner aux témoignages de la reconnaissance plus de pompe et de publicité. Déclarez donc hautement aux ministres et anciens pasteurs des communes qu’ils peuvent reprendre auprès de leurs frères des campagnes leurs premières habitudes »

3 Germinal (23 mars 1975) : il est symptomatique de voir que les acclamations qui débutent habituellement les réunions de la Société Populaire de Châteaubriant ont changé. On ne dit plus « Vive la République. Vive la Convention. Périssent les traîtres, les fanatiques et les tyrans ». On dit seulement, ce jour-là, « Vive la République. Vive la Convention. Périssent les traîtres et les tyrans ». Il n’y a plus de fanatiques ?

4 Germinal (24 mars 1795) : faisant écho à la lettre reçue deux jours plus tôt, l’administration du district de Châteaubriant écrit aux municipalités de son ressort : « Pour rétablir la paix, qu’on emploie l’intermédiaire des prêtres entre nous, les habitants des campagnes et les chouans. On dire que Dieu défend le meurtre et le pillage et ils cesseront » Qu’il est loin le temps où l’on fermait les églises, où l’on demandait aux prêtres de renoncer à leur prêtrise, de préférer la Raison à l’obscurantisme

4 Germinal (24 mars 1795) : rapport de Génissieu devant le Directoire de la Convention, sur la résistance extrême des tribunaux à appliquer la loi sur les réfractaires, les émigrés et les chouans

4 Germinal (24 mars 1795) : la municipalité paie le traitement du trimestre de l’instituteur Phelippes, de la l’institutrice Nollet et de la citoyenne Esnault, deuxième institutrice.

5 Germinal (25 mars 1795) : la municipalité nomme de nouveaux « commissaires ménagers » pour rendre compte du prix des denrées au marché.

Poursuivi par les femmes

6 Germinal (26 mars 1795) : un riche négociant nantais, le commissaire Rousseau, qui fut l’un des plus gros acheteurs de biens nationaux de la région de Châteaubriant se plaint à la municipalité de Châteaubriant : « Ce matin, j’ai été suivi de la ville chez moi par au moins une vingtaine de femmes auxquelles je n’ai échappé qu’à force de courir » « On me reproche d’avoir enlevé d’ici des grains d’émigrés déposés l’an dernier dans vos magasins du château. On doit d’autant moins m’en faire un crime qu’ils appartiennent par la Loi à l’armée et que, différentes fois, ils avaient été abandonnés à la merci des brigands par l’évacuation de Châteaubriant »

6 Germinal : ce même jour, la municipalité accorde un certificat de résidence pour Martin Connesson. Elle reconnaît l’indigence des trois enfants mineurs de François Gallais tué à Nort le 29 juin 1793. Elle décerne un certificat de civisme au citoyen Guyard « ancien chaircuitier » et verse le traitement du citoyen Heuzelle concierge de la Maison Commune.

Enfin elle décide que la distribution des grains se fera au château « dans la maison occupée par le citoyen Cotelle, attendu qu’il y a deux yssues, l’une par laquelle on peut entrer et l’autre par laquelle on peut sortir ».

7 Germinal an III (27 mars 1795) : deux femmes se présentent devant l’assemblée de la municipalité de Châteaubriant pour obtenir que le plus jeune de leurs enfants soit admis à la Maison d’Humanité (= l’hôpital, qui accueille les pauvres et les malades). L’un de ces enfants a 3 semaines, l’autre 2 mois

7 Germinal (27 mars 1795). Dans le cahier des délibérations de la Société Populaire de Châteaubriant, on retrouve la formule : « Vive la République. Vive la Convention. Périssent les traîtres, les fanatiques et les tyrans ». Les fanatiques seraient-ils de retour ?

Ce jour-là, il y a un problème : trois membres influents de la Société Populaire ont été arrêtés, les citoyens Régnier, Hamel et Vannier que l’on accuse de « pillages, fusillades et autres actes arbitraires ». Des commandants de la Garde Nationale appuient ces accusations. Mais la Société Populaire soutient ses membres et, à la demande de la femme de Régnier, témoigne en leur faveur et demande leur libération eu égard « aux principes de patriotisme, de probité et de soumission aux loix » qui caractérisent ces trois citoyens.

On négocie

8 Germinal (28 mars 1795) : la Société Populaire apprend avec satisfaction que des pourparlers vont avoir lieu à Rennes deux jours plus tard, entre les représentants du peuple et les chefs de Chouans, pour parvenir à la pacification.

9 Germinal (29 mars 1795) : observation désabusée du Général Hoche : « le luxe a reparu dans les armées et, semblables à des pachas, nos généraux ont huit chevaux à leurs voitures »

10 Germinal an III (30 mars 1795) : Jean Gabory, qui fait la profession de « messager de Rennes à Châteaubriant » vient raconter ce qui lui est arrivé. A la hauteur du Bois de la Garenne situé entre Soulvache et Rougé, il a rencontré 6 chouans armés de fusils à deux coups et de pistolets et vêtus de petites vestes brunes et grises. Ces chouans ont arrêté la voiture en disant « Alte-là, pataux, ou nous vous foutons un coup de fusil ». Ils montèrent ensuite dans la voiture et déchargèrent sur le grand chemin tout ce qu’elle contenait. Ils fouillèrent tous les paquets et malles et prirent ce qui leur fit plaisir entre autres deux habits bleus (destinés à des soldats de Châteaubriant )

Le messager put continuer son chemin mais fut arrêté plus loin par trois autres chouans de Rougé qui « sur le bruit que nous avions été volés, nous dirent que nous pouvions être tranquilles, qu’ils ne nous voleraient pas puisque nous l’avions déjà été ». Les trois chouans accompagnèrent même le messager jusqu’au petit bois de la Rousselière pour les protéger, lui et ses passagers, et leur dirent en route qu’il devait y avoir une autre troupe de chouans à les attendre au Grand Rigné. On voit à quel point les routes n’étaient pas sûres.

12 Germinal (1er avril 1795) : journée insurrectionnelle à Paris. Les Sans-Culottes envahissent la Convention pour réclamer du pain et la Constitution de 1793, mais leur révolte avorte vite à l’approche des Gardes Nationaux réactionnaires de l’Ouest. La Convention met Paris en état de siège et confie à Pichegru le soin de réprimer militairement l’agitation.

12 Germinal (1er avril 1795) : début d’une concertation entre les chefs chouans de l’Ouest, au château de la Prévalaye, près de Rennes. Le général Hoche est présent à la même date, avec les représentants de la République dans le manoir voisin de la Mabilais. Du côté des chouans (ils sont près de 120 dont Jean Terrain dit « Cœur de Lion »), les pourparlers s’éternisent, d’autant plus qu’il y a des « durs » comme Georges Cadoudal. Du côté des républicains, on trouve Jacques Defermon des Chapellières (Issé) celui qui fut Député aux Etats Généraux en 1789, Président de l’Assemblée Constituante en 1791 et député à la Convention à partir de septembre 1792.

14 Germinal (3 avril 1795) : le citoyen Pierre Allain de la Haute Baguais se plaint des brigands qui lui ont volé des bœufs, une jument, un cheval avec un bât. Il dit n’avoir pas fait de déclaration jusqu’à maintenant, parce qu’il croyait toujours qu’ils lui seraient ramenés.

14 Germinal : dans la ci-devant Chapelle au Duc, une charrette à chevaux a été volée. Il y a six semaines, le même citoyen a été victime de chouans à La Meilleraye, devant l’Abbaye : « ils ont enlevé les roues et les essieux de manière qu’ils ont rendu le tombereau à bœufs tout-à-fait inutile ». Cette fois-ci c’est toute la charrette qui a été enlevée, elle avait « les roues presque neuves, les clous cependant un peu usés ». La charrette est estimée à 1200 livres « attendu le prix actuel des fers et de la main d’œuvre »

14 Germinal (3 avril 1795) : Mais sur le terrain, les choses ne s’arrangent pas : « Le nombre de chouans augmente journellement, ils forment des cantonnements dans différentes communes. Plusieurs communes sont sur le point de se lever en masse pour secourir les rebelles. Ils ont réussi à séduire une partie du cantonnement stationné aux forges de Moisdon, presque tous de la première réquisition (= celle de janvier 1794). Nous craignons que la ville soit attaquée. On nous a annoncé qu’elle doit l’être avant la fin du mois »

Du blé contre du fer

15 Germinal (4 avril 1795) : le Comité de Salut Public demande aux représentants du peuple dans la région de Châteaubriant d’échanger aux agriculteurs le fer des forges de Moisdon contre du grain : un quintal de blé pour 100 livres de fer marchand ; un quintal de seigle, d’avoine ou d’orge pour 85 livres de fer.

15 Germinal : le général Drut demande que 200 hommes de troupe soient casernés à Châteaubriant. La municipalité rappelle qu’elle ne dispose plus de la maison du Boisdullier, que la maison Cotelle au château « a été tellement dégradée par les passages des armées réunies qu’elle ne peut plus servir, à moins de faire des réparations ». De même la maison dite Chenelière au château sert d’hôpital aux Galeux. Quant à l’ancienne chapelle seigneurial, elle sert de magasin à fourages et ne pourrait devenir caserne qu’en y pratiquant des cheminées.

Par ailleurs, « il ne serait pas facile aux habitants de fournir la quantité de 200 lits montés nécessaires pour le casernement demandé » (NDLR : on note, comme à chaque fois, qu’il y a deux fois moins de lits demandés que d’hommes de troupe. Couchent-ils à deux dans le même lit ?). Pour ce qui est de donner les fournitures propres à un casernement, les habitants de Châteaubriant ont perdu celles qu’ils avaient données les fois précédentes : « les fournitures ont été prises ou brûlées et il n’est pas possible aux habitants de se procurer les mêmes objets vu la difficultés des routes, transports, et la pénurie des ouvriers ». Finalement la municipalité ne voit qu’une seule solution : « la Cure cy-devant située faubourg de Béré ».

15 Germinal : à Paris la Convention promulgue un décret avantageant les propriétaires fonciers au détriment des métayers.

17 Germinal : la municipalité reçoit le citoyen Tournatory, employé à l’hôpital militaire de Châteaubriant qui doit passer un examen professionnel en matière de santé. « Il a été conduit à la salle du Conseil Général, après avoir été pourvu d’encre et de papier et enfermé seul. Il en est sorti au bout de quelques heures et a remis un paquet cacheté sur lequel a été apposé le cachet de la municipalité. ». l Il est revenu le lendemain pour une nouvelle série de questions posées par le « Conseil de Santé ». On ne sait pas s’il a été reçu à cet examen.

21 Germinal
(10 avril 1795) : la Convention décide de désarmer « les terroristes » dans toute la République. C’est en quelque sorte livrer « les soldats de l’an II » à la Terreur Blanche.

21 Germinal : un citoyen du Faux-Bourg de Couëré déclare à l’assemblée municipale que « étant prest d’entrer au lit, il a entendu frapper à la porte, que sa fille fut pour ouvrir mais qu’il lui demanda de ne pas ouvrir que l’on ne se fut nommé ».- »Est-ce vous citoyen Ballais » demanda la jeune fille, croyant qu’il s’agissait de l’officier municipal. On lui répondit oui. Elle ouvrit promptement la porte « et le citoyen qui entrait au lit fut très surpris de voir près de lui trois inconnus armés de fusils, sabres et pistolets ». Ils lui demandèrent des armes mais il ne purent se saisir que d’un très mauvais fusil sur la cheminée de la cuisine.

Le citoyen Ballais fit un rapport analogue : trois individus l’avaient, la veille, délesté de « trois mauvais pistolets incapables de servir et d’environ 7-8 cartouches qui étaient sur la cheminée » - « ils demandèrent des soulliers. Je leur en ai remis une paire et ils se retirèrent sans autres demandes et recherches »

22 Germinal
(11 avril 1795) : une partie du 4e bataillon du Haut-Rhin, stationné à Châteaubriant, s’est rendu au lieu-dit La Briais , en St Julien de Vouvantes, pour ramener du foin sur 5 charrettes, de la paille sur une charrette, du grain sur un septième charrette et des effets sur une huitième.

« Nous partîmes vers les trois à quatre heures de l’après-midi. Arrivés sur le grand chemin de Saint-Julien à Châteaubriant près les bois et landes de la Bréjaudais, l’avant-garde distante d’environ 100 pas du détachement qui accompagnait les voitures essuya une fusillade. Un combat s’engagea. La troupe fut attaquée sur trois points différents par une nombreuse quantité de chouans. Après avoir perdu 10 hommes dont 8 sont morts, et soutenu un combat opiniâtre pendant une demi-heure, nous fûmes obligés pour sauver le détachement d’abandonner les charrettes, leurs attelages et leurs charges et d’ouvrir au détachement un passage par la queue de l’étang de la Touche et nous arrivâmes à Châteaubriant entre les huit à neuf heures du soir du même jour »

22 Germinal
(11 avril 1795) : Martin Connesson, garde-magasin des subsistances militaires, écrit au Directoire du District de Châteaubriant que, suite à l’arrivée d’un renfort de troupe dans la ville, « nous n’avons plus ni pain, ni grain, ni farine ». Il s’interroge sur le moyen d’en trouver « car nous avons tous le désir d’épargner la campagne et d’éviter par là le mécontentement des communes »

22 Germinal : Jean Gabory, messager, vient déclarerque le 18 courant, dans l’étable des Fougerays, il lui fut pris par les Chouans « deux bœufs âgés de 4 ans, l’un sous poil brun, l’autre sous poil rouge, ayant tous les deux le mufle blanc ». Il évalue sa perte à 4 ou 5 mille francs. C’est la première fois qu’on voit apparaître le « franc » dans le cahier des délibérations de la commune de Châteaubriant. Le franc de devint l’unité monétaire légale que le 15 août 1795)

22 Germinal (11 avril 1795) : Le chef chouan Terrien « Cœur de Lion » qui se rend aux pourparlers du Château de la Prévalaye, est attaqué par des « Cent-sous » dans une auberge de Corps-Nuds. Il ne doit son salut qu’à l’intervention d’un capitaine républicain.

23 Germinal : deux citoyens de « La Porte du Parc » à Châteaubriant disent que, la veille, vers 2 heures de l’après-midi, « alors qu’ils allaient chercher de la lande qui y est coupée, du côté des Cohardières », cinq hommes armés ont fait dételer leurs bœufs, ont emporté les essieux et les quatre élingues.

24 Germinal (13 avril 1795) : aux séances de la Société Populaire de Châteaubriant, la formule traditionnelle change définitivement. On dit désormais : « Vive la République, Vive la Convention Nationale »

24 Germinal : le district de Châteaubriant envoie un courrier au chef chouan Victor Lemaitre, dit « Le léopard », commis à la forge de Moisdon, pour regretter « la malheureuse affaire qui a eu lieu à Corps-Nuds » deux jours plus tôt. Il lui demande aussi de l’aide « dans l’approvisionnement de notre ville, en obligeant les communes de porter du grain à Châteaubriant, ce qu’ont déjà fait, et que font encore journellement vos camarades du district de Segré ». Il lui demande enfin « pour le bien de l’agriculture » de faire remonter les charrettes dans l’arrondissement. La signature porte ces mots « Salut, union et amitié ».

Les enfants pauvres

24 Germinal : la citoyenne Jousselin, 24 ans, originaire de Martigné-Ferchaud et domiciliée à Châteaubriant depuis 7 mois, vient déclarer à l’assemblée municipale qu’elle est mère de deux enfants illégitimes, qu’elle ne peut leur fournir la nourriture nécessaire, le premier n’ayant que 16 mois et le second 3 mois. Elle obtient les secours fixés par la loi, pour les nourrices, parce qu’elle désire conserver ses enfants avec elle.

25 Germinal (14 avril 1975) : le Concierge de la Maison d’Arrêt de Châteaubriant dit qu’il n’a plus de pain à fournir aux détenus et qu’il ne peut en trouver chez « le boullanger ». De fait, la majorité des habitants de la ville sont sans pain. C’est si dramatique que la municipalité fait remarquer que « Les forces armées ont amené une grande quantité de grains pris dans les campagnes du district, il est nécessaire pour conserver l’existence des habitants d’inviter le Directoire du District à faire délivrer une partie de ces grains »aux habitants de la ville

25 Germinal : Marie Bréant fait une pétition « verballe » devant la municipalité, exposant que « son mary est infirme et qu’elle a 5 enfants à charge ». Elle demande que la municipalité ait la bonté de la débarrasser de sa fille Jeanne âgée de 6 mois, sinon cette enfant périra de misère ». Le Conseil Général de la Commune arrête de recevoir la fillette à l’hôpital, au nombre des enfants pauvres, mais de la laisser en nourrice chez sa mère à laquelle il sera payé 10 livres par mois. Mais, le lendemain, Marie Briand vient dire que cette somme est insuffisante « vu le prix excessif des comestibles » et demande qu’on lui paie le même prix qu’aux autres nourrices. Accordé.

27 Germinal (16 avril 1795) : la Société Populaire de Châteaubriant entend la lecture d’une circulaire relative à la liberté des cultes, « authorisant les administrateurs du District à accorder provisoirement aux citoyens qui en feront la demande individuelle d’occupation, un édifice national pour servir à un culte quelconque »

27 Germinal : la loi du 3 ventôse dernier, pour l’exercice du culte dit qu’aucun signe particulier à un culte ne peut être placé dans un lieu public, aucune inscription ne peut désigner le lieu qui lui est affecté, aucune proclamation ni convocation publique ne peut être faite pour inviter les citoyens. La municipalité décide de faire biffer l’inscription extérieur sur la porte de la Chapelle Saint Nicolas. Travail confié à un maçon commis à cet effet.

28 Germinal (17 avril 1795) : la Convention rétablit les corps spéciaux (Grenadiers, chasseurs, cavalerie) qui exigent assez de frais pour être réservés aux riches

29 Germinal : le citoyen Allain se plaint de ce qu’un veau lui a été pris par les Chouans en sa demeure de la Haute Baguais dans la nuit du 18 au 19.

Le Traité de la Mabilais

1er Floréal (20 avril 1795) : le Conseil Général de la Commune de Châteaubriant proteste contre la détention des citoyens Régnier, Hamel et Vannier détenus depuis un mois, en considérant que « la liberté de chaque citoyen est un objet qui intéresse le corps social entier »

1er Floréal (20 avril 1795) : un traité de paix est signé entre les chouans et les Républicains, au manoir de la Mabilais. Des copies sont imprimées et envoyées à toutes les Administrations civiles et militaires. Les royalistes déclarent se soumettre en échange de la liberté des cultes, de l’amnistie et de l’exemption de la conscription. Mais ce traité n’est signé que par une vingtaine de chef chouans (dont Jean Terrien). Des craintes subsistent sur l’attitude de Jean-Nicolas Stofflet, mais celui-ci, cerné de toutes parts par les troupes républicaines, finit par accepter la paix le 2 mai à St Florent le Vieil.

1er Floréal : le citoyen Pierre Deluen, 19 ans, déclare vouloir profiter du bénéfice que la loi lui accorde « en lui permettant de reparaître sans craindre aucune recherche », dans cette commune dont il s’est absenté depuis le 20 ventôse de l’an II, jusqu’à ce jour, « parce qu’il n’avait pas 18 ans accompli lors de la loi de la Première réquisition. En outre, il ne se sentait pas propre aux armes auant toujours aimé un état paisible »

2 Floréal (21 avril 1795) : Les Chefs « de l’Armée Catholique et Royale » autrement dit les Chouans, écrivent aux habitants des campagnes « Oublions les injures, les torts et les atrocités commises. Plus d’arrestations sur les grandes routes, plus d’assassinats, et plus de ces violences que la cupidité et l’intérêt dirigent presque toujours et qui confondent ordinairement l’innocent avec le coupable. L’on ne doit plus songer qu’à l’avantage commun qui résulte de la libre communication sur les routes, de la liberté des marchés, des approvisionnements et des échanges (...) Nous consentons et nous adhérons à la paix qui nous est proposée, au nom de la justice et de l’humanité, afin de laisser aux Représentants, qui montrent une juste horreur pour les crimes qui ont désolé notre Patrie, les moyens d’y établir un gouvernement stable qui rende le bonheur à la France ». Parmi les signataires : Terrien (« Cœur de Lion » d’Issé),

2 Floréal (21 avril 1795) : « la troupe manque de pain et est obligée d’en enlever de force aux habitants qui en ont à peine pour eux », ce qui est très mal accepté par les habitants des campagnes.

4 Floréal an III (23 avril) : Terrien (« Cœur de Lion ») se présente au district de Châteaubriant pour annoncer que ses amis et lui ont renoncé à prendre les armes contre la République depuis le Traité de la Mabilais. Il demande que les personnes emprisonnées, pour avoir aidé les chouans (en leur fournissant des armes ou en servant de correspondance) soient libérées. Et que soient aussi libérés les militaires détenus pour cause d’indiscipline.

4 Floréal : la misère touche d’abord les femmes et les enfants. La citoyenne Julienne Gripail a mis au monde une fille, plus d’un an après la mort de son mari. « Les soins qu’exige cette enfant l’empêchent de vaquer à ses travaux de manière suffisante pour pouvoir gagner de quoi se substanter ». La fillette est admise au nombre des enfants pauvres de l’hôpital et laissée à sa mère. Celle-ci recevra du trésorier de l’hôpital la même somme qu’il paie à chacune des autres nourrices/

6 Floréal (25 avril 1795) : la Société Populaire demande de prévenir les citoyens de la liberté qu’ils ont de lever des grains au magasin militaire des forges de Moisdon

Deux ou trois jours sans manger

6 Floréal (25 avril 1795) : l’agent des vivres de l’Armée de l’Ouest écrit aux administrateurs de Châteaubriant : « Nous touchons au moment de la crise la plus violente et ce par le défaut de subsistance et l’impossibilité de donner au soldat la faible ration qu’il a lieu d’attendre. Partout elle est réduite de moitié, partout le soldat tranquille, endurci par les fatigues qu’il éprouve, et tout entier à la cause qu’il défend, reçoit patiemment douze, seize onces au plus, de pain par jour, et encore arrive-t-il souvent qu’il est deux ou trois jours sans les obtenir »

9 Floréal (28 avril 1795) : le citoyen chargé des vivres de l’armée écrit à Terrien (« Cœur de Lion ») : « il n’y a que 52 boisseaux de grain, ce qui ne fera pas 4 jours de subsistance pour la troupe. Il est indispensables que nous prenions de concert les mesures nécessaires pour en procurer aux troupes, afin de prévenir les inconvénients qui résulteraient d’envoyer encore des détachements dans les campagnes »

10 Floréal (29 avril 1795) : les effets du Traité de la Mabilais commencent à se faire sentir dans la région de Châteaubriant : « la confiance commence à renaître, (...) des ecclésiastiques du culte catholique romain paraissent, fixent leur domicile ou rentrent dans leur commune avec des intentions de se conformer strictement aux lois de la République ; ce qui nous donne les plus belles espérances de voir le calme succéder à l’orage et à la guerre civile » écrivent les membres du District de Châteaubriant aux représentants du peuple à Rennes, en demandant même, en appui à la demande des Chouans, le départ des cantonnement installés en campagne.

11 Floréal (30 avril 1795) : cependant, on peut se demander si la pacification n’est pas une duperie. Plusieurs lettres du district, envoyées aux chefs chouans, se plaignent de la poursuite des exactions « la nuit dernière, deux bœufs ont été volés par des hommes qui se sont dits être des Chouans ». Chez René Legouais à la métairie des Hauts Fougerais, on est venu frapper à sa porte en disant « sans quoy on allaite enffoncer » Ayant ouvert, il a vu une trentaine d’hommes armés à la porte. « Il nous faut 2 bœufs pour vivre » ont dit ces hommes.

« Deux autres bœufs ont été encore volés dans une métairie voisine. Votre franchise, votre loyauté nous assurent que vous ferez rendre promptement les bœufs et que vous n’autoriserez point un pareil brigandage » écrivent les autorités du District