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Au jour le jour

1795 (3) - mai-juin-juillet



  La troupe sans pain

12 Floréal : le citoyen Jean Baptiste Chevé annonce son intention de tenir une école privée à Châteaubriant, « de langue latine et française, en vertu de l’article 15 de la loi du 27 Brumaire » (17 novembre 1794)

13 Floréal (2 mai 1795) : « Si les autorités supérieures ne prennent pas de promptes mesures pour faire subsister la troupe, on ne peut s’empêcher de prévoir les plus grands malheurs » dit l’assemblée du Conseil Général de la Commune de Châteaubriant qui ajoute : « Si la troupe reste sans pain, le besoin pourra la porter à des excès et les habitants seront victimes de ces excès »

13 Floréal (2 mai 1795) : Jean Pacory (dit « Cœur de Roi ») fait envoyer de Soudan plusieurs quintaux de grains au magasin de l’armée à Châteaubriant

13 Floréal : chez le citoyen René Demeuré, serrurier arquebusier, travaillant dans une boutique sur le Champ de mars, une planche a été enlevée et on a pris 4 fusils complets et 2 canons de fusils.

14 Floréal (3 mai 1795) : une partie des cantonnements des militaires de la République sont levés.

14 Floréal : les chouans font pression, avec quelque violence, sur le chef du cantonnement militaire de la Meilleraye, alors que celui-ci se trouve seul chez le maire., le citoyen Mustière. Le District de Châteaubriant fait arrêter le maire pour complicité

14 Floréal : s’est présentée la citoyenne Perrinne Ernoul, âgée de 21 ans, laquelle a déclaré « être enceinte d’enfant bougeant d’environ 7 mois, du fait de Baptiste Dubreil, fourier de la 4e Compagnie du 1er bataillon du 4e régiment d’infentarie, avec lequel elle était sur le point de se marier lorsque le corps est parti précipitament pour Belle-Ile en mer où il est présentement ». Comme quoi la guerre noue et dénoue les couples ....

15 Floréal (4 mai) : Victor Lemaître dit « Le Léopard » écrit aux citoyens administrateurs du District de Châteaubriant « Si quelques-uns de nos soldats se sont portés à des excès envers le commandant du cantonnement de Meilleraye, soyez persuadés que nous allons prendre des informations et punir sévèrement ceux qui en seront prévenus ». Il rappelle que « nous nous employons de toutes nos forces pour vous faire passer une certaine quantité de grains, malgré la rareté » et insiste pour hâter l’évacuation des troupes républicaines ... et pour que soit libéré le citoyen Mustière.

16 Floréal an III (5 mai 1795) : « on pensait que le calme allait revenir mais tous les chouans ne désirent pas la paix et la tranquillité. Il y en a toujours qui s’assemblent et parcourent la campagne, font tous leurs efforts pour se procurer des munitions et recruter des hommes. Il y a trois jours, 500 à 600 étaient assemblés au Grand Auverné » - Il est signalé « qu’ils continuent à porter la cocarde noire et blanche et qu’ils disent qu’ils auront un roi ». Les administrateurs du District de Châteaubriant estiment qu’un tiers des chouans a signé la paix de bonne foi, un autre tiers désire prolonger le temps du brigandage de guerre, enfin le derniers tiers souhaite toujours obtenir le retour d’un roi (mais pas du système féodal de l’Ancien régime)

Le port de la cocarde blanche est avant tout un signe de rébellion contre l’autorité. Le retour d’un roi, de la féodalité, de la milice, des corvées, des privilèges, ne semble pas être la préoccupation première des chouans dont les liens avec les émigrés sont pratiquement inexistants.

18 Floréal (7 mai 1795) : volonté d’apaisement ? les représentants du peuple en mission à Châteaubriant remanient l’administration municipale et la justice en y plaçant des personnalités modérées voire conservatrices. Guy Bain de la Coquerie est nommé Maire. Nicolas Bernard du Treil est juge de paix. Jean Ernoul de la Provoté est président du Tribunal du District. Seul Louis Bongérard est conservé comme agent national. On trouve dans le cahier des délibérations : « Liberté, égalité, Unité, Fraternité, Humanité, Justice, au nom du Peuple Français »

  Les militaires désertent

Avec la Paix de la Mabilais, on croyait que l’insurrection chouanne se terminerait progressivement. Il n’en est rien malheureusement. Les Chouans jouent un double jeu en attendant le débarquement de troupes anglaises dans la Baie de Quiberon. Les vols de bétail (et même d’abeilles !) continuent. Les castelbriantais ont faim.

18 Floréal (7 mai 1795) : Le Directoire du District supplie les Chouans dans une lettre adressée à Terrien (« Cœur de Lion ») : « Par les soins que vous vous êtes donnés, il nous est venu un peu de grain ; nous espérons que vous voudrez bien ne rien négliger pour continuer la même opération, afin que la troupe puisse vivre jusqu’à ce que le chef de brigade ait reçu l’ordre de lever les cantonnements comme nous l’avons demandé au représentant du peuple, par plusieurs lettres aussi pressantes les unes que les autres. En attendant, faisons en sorte de faire vivre le soldat dans la crainte du devoir sans se porter sur les excès dont les malheurs seraient incalculables »

24 Floréal (13 mai 1795) : mais faut-il faire confiance aux Chouans ? On dit que Terrien joue double jeu en embauchant carrément des soldats dans les forces républicaines ; les Républicains de Châteaubriant lui en font le reproche : « un grand nombre de militaires désertent pour se joindre à vous. Hier en dernier, un militaire qui se trouvait dans une maison où quelques-uns de vos gens se trouvaient, fut sollicité par eux de prendre parti. Nous sommes convaincus que vous ignorez ce désordre qui tend à troubler la pacification et l’harmonie entre tous les citoyens »

Pendant ce temps-là, et à de multiples reprises, des personnes viennent exposer leur misère et leurs maladies à la municipalité, pour pouvoir être admises à l’hôpital de Châteaubriant.

25 Floréal (14 mai 1795) : il y a au château « douze bariques de charrée et un panier de sel, le tout provenant de la fabrication du salpêtre et appartenant à la commune » . Ils sont mis en vente aux enchères (technique dite de la bougie)

27 Floréal (16 mai 1795) : le général de division Krieg demande que la troupe cantonnée à Châteaubriant soit promptement casernée. Les habitants sont priés de fournir 100 lits et les instruments nécessaires pour caserner 200 hommes de troupe. Toujours un lit pour deux !

30 floréal (19 mai 1795) : Jean Caridel, métayer à la Porte Duparc dit que la nuit dernière on lui a pris 6 bœufs dans un pré et 2 vaches à l’étable, sans qu’il ait rien entendu. L’un de ses bœufs est « gare noire coiffé en chevreuil, un autre est rouge châtain bien coiffé de deux petites cornes courtes »

1er Prairial (20 mai 1795) : le District de Châteaubriant écrit à Terrien (« Cœur de Lion ») et à Pacory (« Cœur de Roi ») que ce jour : « une troupe de malintentionnés a arrêté le postillon, elle a désarmé tous les militaires qui ont été attroupés, les a grièvement maltraités et s’est emparée des paquets de la poste. Réunissons-nous pour faire punir ces monstres qui ne veulent point de paix et qui ne veulent vivre que dans le trouble et l’anarchie »

4 Prairial (23 mai 1795) : Terrien et Pacory répondent qu’ils ont été « aussi surpris que vous de l’attentat qui a été commis sur la route de Derval à Châteaubriant envers les soldats qui accompagnaient le courrier » et qu’ils en recherchent les auteurs. Mais l’histoire nous apprend que, 5 jours plus tard, Terrien exulte en apprenant le prochain débarquement d’une grande expédition anglaise sur les côtes de Bretagne...

4 Prairial (23 mai 1795) : dernière journée insurrectionnelle à Paris, jusqu’en 1830. Le peuple du Faubourg St Antoine réclame du pain. La répression, efficace, est confiée à une commission militaire. Les forces populaires sont éliminées de la politique révolutionnaire.

6 Prairial : les parents « des deffenseurs de la patrie » qui sont « dans une situation à obtenir des certificats d’indigence » sont prévenus « par la bannie et affiche de donner leur nom au secrétariat de la municipalité de Châteaubriant »

7 Prairial (26 mai 1795) : le citoyen Pierre Allain vient dire à la municipalité que « les chouans se transportèrent à la Haute Baguais et que, furieux de n’y pas trouver de vaches, ils emportèrent 14 ruchers d’abeilles »

Le même jour, le citoyen Louis Bongérard, procureur syndic du district de Châteaubriant obtient le certificat de civisme qu’il demande. Certificat nécessaire pour passer facilement les portes de la ville.

9 Prairial (28 mai 1795) : le temps n’est-il plus aux destructions aveugles ? Un membre déclare à l’assemblée de la municipalité : « il a échappé à la destruction qui a eu lieu sur les monuments et chefs d’œuvre de l’art, un bassin de marbre avec son piédestal qui se trouve encore dans la cy-devant église de Béré. Ce morceau restant dans cet édifice mal clos est exposé à une ruine certaine, c’est pourquoi il serait avantageux de le mettre à l’abri ». Il est transporté dans la Maison de St Nicolas.

  La défaveur des assignats

9 Prairial (28 mai 1795) : le directoire s’adresse en ces termes au Comité de Salut Public : « les assignats sont tombés dans la plus grande défaveur, le couple de bœufs qui se vendait 300 à 400 livres il y a un an, se vend aujourd’hui 25 à 30 000 livres, la misère et le mécontentement général sont à son comble »

10 Prairail (29 mai 1795) : le tambour de ville avertit les habitants : à la demande du citoyen Martinet, commandant de la force armée de Châteaubriant, ils doivent porter, dès demain, au château, 100 lits et les fournitures nécessaires pour 200 hommes

10 Prairial (29 mai 1795) : le commissaire Bongérard écrit : « Quoique les chouans ne commettent pas positivement d’hostilités, ils ne laissent pas de causer de grandes inquiétudes. Peut-être doit-on à leurs rassemblements et aux principes qu’ils professent le discrédit dans lequel sont tombés les assignats. L’on ne veut plus en entendre parler dans les marchés : toutes les denrées et marchandises ne s’y vendent presque plus qu’en argent. Toutes les denrées et marchandises sont portées à des prix excessifs de manière qu’il n’est plus possible de s’en procurer. Cet état alarmant dans un moment de pénurie générale cause un mécontentement dont les suites peuvent devenir funestes »

10 Prairail (29 mai 1795) : la Convention prend des décrets pour le désarmement des suspects de terrorisme. La chasse aux révolutionnaires est ouverte !

11 Prairail (30 mai 1795) : décret de la Convention restituant aux fidèles les lieux de culte non vendus, moyennant une simple déclaration civique des ministres du culte. (|voir plus loin : 21 prairial->120#21])

15 Prairial (3 juin 1795) : un cantonnement ayant été attaqué quelques jours auparavant du côté de Mésanger, près d’Ancenis, un courrier extraordinaire, venant de Nantes, ordonne l’arrestation des chefs et sous-chefs chouans. Les administrateurs du district de Châteaubriant s’y refusent : « il n’y a pas d’espoir de pouvoir s’emparer de ces chefs qu’en attaquant leurs rassemblements avec des forces supérieures. Les chouans se sont considérablement accrus par les enrôlements qu’ils n’ont cessé de faire et par les désertions qu’ils ont provoquées et accueillies »

Or la garnison de Châteaubriant est réduite à 370 hommes et suffit à peine à protéger la ville ...

21 Prairial (9 juin 1795) : le chef chouan Pacory (dit « Cœur de Roi », d’Issé) écrit au district de Châteaubriant, à propos des municipalités de son ressort : « Je vous prie pour le bien public de mettre de nouveaux municipaux et juges de paix, afin que les affaires aillent mieux. Surtout mettez des gens de confiance et qui ne soient point buveurs de sang »

  Les chouans approvisionnent ...

Les chouans sont demandeurs, mais en position de force, dans la mesure où ils assurent en partie l’approvisionnement de Châteaubriant et même des troupes : « Vous nous avez demandé des lits pour la troupe. Je ne crois pas qu’on soit dans le devoir d’en fournir pour le casernement de plus de 250 républicains » dit encore Pacory. Il est évident que les chouans, profitant de la Paix de la Mabilais, se renforcent considérablement au point de pouvoir porter à peu près simultanément des coups très durs aux Bleus (= Républicains) en utilisant toujours les méthodes de la guérilla. Et puis, ils attendent des renforts du côté de la mer : une escadre anglaise et un convoi d’émigrés.

 ... pillent et volent ...

21 Prairial : les chouans ont volé dans une maison : « une grande charette roullante à chevaux, qu’ils ont incendiée sur les landes des Cohardières, trois belles vaches dont une prête à faire veau, un beau veau de deux mois, un fort essieu de tombereau qu’ils ont démonté (...) des rideaux de lits, fonds de lits et garnitures de lits jumeaux, un traversin, une couëte, 22 chemises, un gros paquet de fil de léton à lapin, 6 bouteilles de vin étranger, un flacon de tabac en poudre, etc, etc »

  La réouverture des lieux de culte

(21<-]21 Prairail (9 juin 1795) : le citoyen Mathurin Joseph Phelippes, prêtre, écrit de sa main, sur le registre municipal : « Conformément au décret de la Convention du 11 courant, je déclare me soumettre pleinement et entièrement aux loixs de la République française une et indivisible. Loixs, dis-je, venües et à venir, décrettées et à décretter. Je déclare secondement être, en conséquence, dans l’intention d’exercer mes fonctions sacerdotales dans cette cité, dans le lieu destiné par les loixs à ce pieux usage (...). je déclare au surplus ne point abdiquer de ma place d’instituteur de cette commune, ni renoncer à la pension que la Convention, dans sa justice bienfaisante, a daigné m’accorder comme prêtre conformiste ».

23 Prairial : le local occupé au château pour « les malades galleux » se vide et va cesser d’être nécessaire. La municipalité y voit l’occasion de profiter de cet appartement pour continuer le casernement, d’autant plus que cet hôpital laisse une certaine quantité de fournitures : « paillasses, draps de lits, couvertures et ustanciles de cuisine appartenant à la république ». La municipalité de Châteaubriant fait remarquer avec regret que les habitants des campagnes n’apportent pas les effets qu’on leur demande.

24 Prairial (12 juin 1795) : Pas de répit décidément : les Chouans « pillent et volent les marchands, les voituriers ; un juge du tribunal du district, retiré à la campagne il y a un mois, a été arrêté chez lui par ces scélérats et emmené on ne sait où. Ces actes atroces se renouvellent fréquemment et donnent les plus vives inquiétudes ».

24 Prairial : la Convention prend un décret interdisant le nom de « révolutionnaire » à toute autorité constituée.

26 Prairial (14 juin 1795) : La ville de Châteaubriant souffre de la hausse des prix. La municipalité écrit : « pendant les mois de germinal et de floréal dernier, le quintal de meleard de froment, seigle, et avoine s’est vendu de gré à gré 200 livres. Pendant le mois actuel, prairial, le quintal de grain n’a pas de prix, il se vend 500 livres et au dessus » (il était à 80 livres quatre mois plus tôt !). La municipalité accorde donc, pour la nourriture des prisonniers de la maison d’arrêt 2 francs la livre de pain pour les mois de Germinal et Floréal, et 5 francs la livre de pain pour le mois de Prairial, « sans qu’il soit question des frais de garde et geolage » (geolage, comme geôle, peut-être ?)

26 Prairial : le citoyen Guillaume Passart, charpentier de marine vient raconter que le 18 germinal, vers 7 heures du soir, sont entrés chez lui 5 à 6 hommes armés de fusils qui demandèrent « où sont les bœufs, il nous les faut ». Ils obligèrent Guillaume « et les deux aides femelles de la maison » de les conduire aux étables. Là ils lièrent les deux bœufs au joug et les emmenèrent. « Il fallut cédder pour éviter les mauvais traitements »

28 Prairial (16 juin 1795) : une loi de la Convention demande la réorganisation de la Garde Nationale. Tout est fait pour exclure de la Garde Nationale de Paris les citoyens les moins aisés.

  Réparation de l’orloge

28 Prairial : même le temps s’en mêle : « l’orloge du chef lieu de cette commune va mal et le plus souvent ne va pas. Cependant elle est bonne mais manque de soins. Il faut qu’elle soit netoyée, huilée, que le tambour dans lequel elle est, seroit racommodé et que la fenêtre du lieu où elle est, seroit fermée d’un venteau ». On décide de faire les dépenses nécessaires pour la faire sonner régulièrement

28 Prairial (16 juin 1795) : une escadre anglaise quitte la côte Sud de l’Angleterre en direction de Quiberon, emmenant à son bord plusieurs milliers d’émigrés, avec le projet d’opérer une jonction avec les chouans de l’Ouest de la France, en attendant la venue du Comte d’Artois (frère de Louis XVI, qui sera roi plus tard sous le nom de Charles X)

2 Messidor (20 juin 1795) : le citoyen Masseron « préposé à la fourniture des vivres de campagne pour les troupes en marche » avait deux vaches dans la pièce du Bourgérard. Des hommes armés sont arrivés et ont dit : « il fournit bien aux pateaux, il faut qu’il nous fournisse aussy » et ils sont partis avec les vaches. (Les pateaux dont il s’agit sont bien évidemment des patauds, c’est-à-dire des républicains).

5 Messidor (23 juin 1795) : Entre le moulin à vent de Choisel et la métairie de Bellêtre, il a été pris deux fortes vaches et une génisse. On sait qu’elles ont été emmenées au bourg de Rougé car quelques personnes les ont « suivies à la piste jusqu’au moulin à vent du Rigné à l’entrée du grand chemin de Rougé »

  Seul le riche est capable

5 Messidor (23 juin 1795) : un rapport préparatoire à une nouvelle constitution est présenté devant la Convention à Paris. Il dit ceci : « Vous devez garantir la propriété du riche. L’égalité absolue est une chimère. Nous devons être gouvernés par les meilleurs [c’est-à-dire] ceux qui possèdent une propriété et qui doivent à cette propriété et à l’aisance qu’elle donne, l’éducation qui les a rendus propres à discuter avec sagacité et justesse les avantages et les inconvénients des lois »

7 Messidor (25 juin 1795) : l’escadre anglaise arrive à Quiberon. Trois jours plus tard le débarquement est terminé, les Chouans sont au rendez-vous mais déchantent vite car les officiers nobles, qui viennent de débarquer, n’ont que mépris pour eux et refusent même, parce qu’il la trouvent trop ... populaire, d’assister à la fête religieuse au cours de laquelle les drapeaux blancs à fleur de lys doivent être remis aux chefs chouans. Il faudra toute la référence à Dieu et l’espoir d’un futur Roi pour que les paysans-soldats participent au soulèvement de la Bretagne et de la Vendée, avant d’espérer chasser « la faction parricide qui depuis 5 ans a causé tous nos malheurs » et de rétablir « la religion sainte qui, depuis 14 siècles, a fait le bonheur et la consolation du peuple »

15 Messidor (3 juillet 1795) : le citoyen Emanuel-Anne-Marie Vissault (71 ans), se plaint des dégradations faites en sa maison par les troupes qu’il a dû loger. Sa déclaration tient en trois pages dont voici seulement quelques extraits : « Il est cruel que nos deffenseurs soient nos dévastateurs. Ils nous privent de la satisfaction que nous aurions de leur offrir au besoin des objets dont ils mesusent ». Il énumère alors tout ce qui a disparu ou a été dégradé : « 50 volumes des ouvrages de Voltaire, des deux frères Corbeille, de Molière, de la fontainne » « une garniture de canne en argent, un étui complet de mathématiques avec les compas, porte-crayons, demi-cercle et règle d’argent, un prisme, un multipliant, une longue vüe et une loupe (...). Une demi-rame de papier de hollande »

« On a cassé le bocal pour se procurer le tabac râpé. On a pris deux bouteilles d’eau de lavande, des poires et des fruits glacés en sucre, trois aulnes de belle mousseline, une pièce de toile fine pour faire une chemise, une veste de drap d’or brodée, sept caleçons de toile, dix-huit cols de mousseline, douze bonnets de coton, seize paires de bas de soie de différentes couleurs, vingt-trois bouteilles de vin d’Espagne »

« on a bu plus de 500 bouteilles de Bordeaux Blanc et Rouge, 30 bouteilles de bourgogne et tout mon cidre ». Et le bonhomme ajoute, avec une candeur et un humour involontaire : « l’on voit par le détail que ma perte est considérable vu la modicité de mes revenus ».

16 Messidor (4 juillet 1795) : Lanjuinais, avocat à Rennes, défenseur en 1782 de la paroisse de Ruffigné contre l’administration fiscale du prince de Condé, est l’un des négociateurs du traité de la Mabilais. Il est aussi celui qui demande à la Convention, dans la projet de Constitution, de supprimer le célèbre article de 1789 : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Il est aussi celui qui, le 21 Messidor, fait rejeter une proposition en faveur du vote des femmes

22 Messidor (10 juillet 1795) : alerte générale, vers les 9-10 h du soir, les officiers municipaux de Châteaubriant se déplacent en toute hâte « pour savoir ce qu’il pouvait avoir qui ait donné lieu à battre la Général ». Quelques heures plus tard le Commandant de la place les rassure, disant que tout est tranquille, que les portes sont suffisamment garnies et que s’ils ont pris ces mesures de sûreté « c’est qu’ils avaient découvert des rassemblements dans les environs des faux-bourgs »

23 Messidor (11 juillet 1795) : le citoyen Baguet père dit que vers 5 h du matin de ce jour, les deux vaches et la génisse qui lui avaient été volées le 5 du mois, et qu’il avaient retrouvées, ont de nouveau été volées. « Elles sont sorties par la barrière et dirigées par sur les chaussées de l’étang de Choisel vers la Borderie » - « et qu’il est à présumer qu’elles ont été conduites au bourg de Rougé par les chouans »

25 Messidor (13 juillet 1795) : Terrien (« Cœur de Lion ») essaie de s’emparer du stock de fer et des munitions des forges de Martigné-Ferchaud. Il se heurte à la population locale qui a constitué « la confédération des Bleus de Retiers » (confédération d’Ercé) et aux généraux Muscar et Léopold Sigisbert Hugo (qui sera plus tard le père de Victor Hugo). Terrien refera une tentative le 3 août et le 29 septembre, toujours en vain.

26 Messidor (14 juillet 1795), le citoyen Masseron, préposé à la fourniture des étapes pour les troupes en marche à Châteaubriant, vient dire à la municipalité que sa vache a été emmenée par deux hommes armés d’un pistolet : « Pourquoi gardes-tu la vache de ce bougre de pataud ? ont-ils dit à la personne qui la gardait. retire-toi, tu n’auras pas de mal ». la vache est de couleur rouge, les cornes rouges rabattues. Elle a été « emmenée à travers le bourg de Béré pour gagner la route de Rennes »

Le même jour, la citoyenne Marteau, directrice de la Maison d’Humanité de Châteaubriant annonce que le matin même, « la seule vache que cette pauvre maison possédait a été volée par les landes par trois voleurs qui ont dit au pâtre : ton hôpital guérie les patauds, nous prenons la vache »

26 Messidor (14 juillet 1795) : le citoyen Claude Richard annonce son intention « d’exercer le ministère d’un culte connu sous la dénomination de Culte catholique, apostolique et romain et déclare se soumettre aux loix de la République » Le même jour, c’est Etienne Mathurin Métayer, prêtre non assermenté, qui déclare aussi se soumettre « aux loix de la République »

  La Garde Nationale sans vétérans

27 Messidor (15 juillet 1795) : la loi du 28 Prairial demande la réorganisation de la Garde Nationale. L’assemblée de la municipalité décide « de faire proclamer par le tambour afin que personne n’en puisse prétendre cause d’ignorance »

28 Messidor (16 juillet 1795) : le Corps municipal se joint à l’administration du District pour demander au général de l’Armée des Côtes de Brest, à Rennes, « de nouvelles troupes pour mettre la garnison de Châteaubriant en état de repousser les efforts des ennemis de la République, pour veiller à la sûreté de la ville et assurer l’arrivée des subsistances »

29 Messidor (17 juillet 1795) : la Société Populaire de Châteaubriant ne s’est pas réunie depuis longtemps (voir 6 floréal).

Cela fait plus de deux mois et le citoyen Phelippes, instituteur (et prêtre), se désole, disant qu’il fait lecture des bulletins de la Convention Nationale, « ce qu’il n’a discontinué de faire tous les jours de son poste depuis le 22 floréal dernier (c’est-à-dire depuis le 11 mai 1795) ». Il dit qu’il continuera de le faire « tant que nos frères d’armes de la garnison en cette cité se rendront aux séances. Car ils sont communément les seuls qui s’y trouvent ».

En sorte que le pauvre Citoyen Phelippes, qui n’est en principe que vice-président de la Société Populaire, se trouve contraint « de faire tout à la fois fonction de Président et de secrétaire ». *

2 Thermidor (20 juillet 1795) : sous la présidence du citoyen Phelippes, en assistance les militaires de la garnison, la séance est ouverte aux cris de « Vive la République. Vive la Nation, vive la Convention Nationalle ». Le citoyen Président donne lecture des bulletins de la Convention. Ensuite la séance est levée.

2 Thermidor (20 juillet 1795) : les boulangers de l’armée demandent une augmentation de prix pour leurs journées « vu l’augmentation excessive des denrées, des logements et des vêtements et de dépréciation des assignats ». La municipalité de Châteaubriant accorde 60 livres par jour au Brigadier et 50 livres à chacun des boulangers, « étant entendu qu’ils continueront de recevoir en nature chacun par jour une ration de pain »

2 Thermidor : devant la Convention, Sieyès attaque le principe de la Souveraineté du Peuple

3 Thermidor (21 juillet 1795) : le général Hoche remporte une victoire complète à Quiberon. Quelques royalistes, seuls, peuvent regagner l’escadre anglaise, tous les autres « ont mis bas les armes sans conditions ». Les Chouans seront acquittés ; 748 émigrés seront condamnés à mort et fusillés. Mais cette victoire ne calme pas l’agitation dans la région de Châteaubriant.

5 Thermidor (23 juillet 1795) : Pierre Jarril, fermier des Moulins de Choisel, raconte que la nuit dernière on est entré dans le moulin à eau de Choisel, « que la poche qui était à recevoir la farine sous l’auge a été vidée en partie dans l’auge et en partie par terre et la dite poche a été emportée ; qu’il a été pris environ 2 forts boisseaux de grains dans la barique appartenant au dit Jarril, qu’une autre petite poche contenant 2 mesures de grain a été vidée et le grain emporté »

5 Thermidor : rude journée qui a commencé à 8 h du matin et a duré jusqu’à 4 heures et demi de l’après-midi : les citoyens de Châteaubriant se sont réunis pour procéder à la réorganisation de la Garde Nationale. Deux compagnies ont été crées, l’une dite « de la Droite » et l’autre dite « de la Gauche ». L’élection des officiers a été renvoyée au lendemain : capitaine, lieutenants, sous-lieutenants, sergents, caporaux, un porte-drapeau par compagnie et deux tambours.

Le capitaine Masseron commande la première compagnie (85 hommes). Le capitaine Bureau commande la seconde (76 hommes)

Il est prévu aussi d’organiser une compagnie de vétérans et une compagnie d’élèves, devant comporter au moins 50 hommes. Hélas, malgré ses efforts, Châteaubriant n’a pu réunir que 9 vétérans et 3 élèves !

10 Thermidor : réception des officiers de la Garde Nationale de Châteaubriant. Chacun d’eux, ayant l’épée à la main a dit : « Je jure fidélité à la Nation, haine à la royauté et obéissance aux loix de la République »

10 Thermidor (28 juillet 1795) : deux citoyens viennent se plaindre de ce que « la nuit dernière il a été enlevé par les chouans une grande quantité de foin. Il en reste prêt à charroyer » mais ce n’est pas possible « faute d’escorte et de harnois », de le mettre en sûreté.

Le même jour, comme le 28 pluviose passé (16 février) un citoyen suggère à la municipalité d’inciter les artisans qui utilisent des échelles à les faire rentrer en ville « pour ôter aux malveillans toutes les ressources de faire du mal »

11 Thermidor (29 juillet 1795) : l’hôpital de Châteaubriant manque de pain depuis plusieurs jours et le trésorier recherche désespérément du grain. Il annonce qu’il vient de trouver « trois boisseaux de grain, mesure de Châteaubriant, pesant chacun 90 à 95 livres, mais le prix de 1000 livres qu’on veut vendre le boisseau lui semble si cher qu’il n’a pas osé prendre sur son compte de faire cette emplette sans avoir pris l’avis de la municipalité »

La municipalité lui répond que 1000 francs (elle a bien utilisé le mot francs) c’est véritablement considérable « mais que le discrédit des assignats ne permet pas de trouver à moindre prix des grains dans ce païs ». Elle autorise donc le trésorier de l’hôpital « à profiter de cette rencontre »

Elle s’adresse aussi à l’administration du District pour qu’elle veuille bien « interposer ses bons offices pour obtenir de la commission des secours qu’elle fournisse aux besoins de l’hôpital en proportion du prix des subsistances et des denrées »

13 Thermidor (31 juillet 1795) : la municipalité de Châteaubriant décide des « sous additionnels » nécessaires pour l’entretien de la maison « cy-devant presbytérale », le loyer du lieu ordinaire des séances de la municipalité, les appointements du secrétaire-greffier, les frais de bureau (papier, écritures extraordinaires, cire, plumes, encre, bois, lumière), l’entretien des réverbères, les gages des deux hérauts et du concierge de la maison commune, l’entretien de l’horloge et le traitement du percepteur

Ce même jour, le citoyen Masseron déclare que, sur le champ de foire de Béré, la veille, les chouans ont enlevé « 15 milliers de foin qui était destiné pour le service des troupes en marche »




Sources :

- Archives municipales séries 1 D et 1 S
- Alain Racineux : les Brigands du Roi
- Maryvonne Bompol : aux origines de la Contre-Révolution ( Châteaubriant )
- Jean Massin : Almanach du 1er Empire
- Histoire du Peuple Français (tome III) par Pierre Lafue et Georges Duveau
- Les Chapellières par Pierre Péan
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Les Cent Sous

Au nord de Châteaubriant, le district de Retiers était plutôt Républicain. Ses membres étaient surnommés « les Cent-Sous » parce que ceux qui permettaient la capture ou l’élimination d’un Chouan, recevaient une récompense de cinq livres (= 100 sous)