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Au jour le jour

1795 (5)- d’octobre à décembre



 Octobre 1795

10 Vendémiaire (2 octobre 1795) : Le Comte d’Artois (frère de Louis XVI, qui sera roi plus tard sous le nom de Charles X) débarque à l’Ile d’Yeu

12-13 Vendémiaire : tentative de rébellion royaliste à Paris. Un certain Buonaparte dirige les opérations et fait canonner et mitrailler les colonnes qui marchent sur la Convention. Bonaparte restera, dans l’esprit des nobles, le « Général Vendémiaire » celui qui mit en déroute les nouveaux espoirs de la Contre-révolution.

12 Vendémiaire (4 octobre 1795) : les mesures de sécurité exigent que le mur d’un jardin situé sur la Place de la Motte « en face de la redoute du four banal » soit abattu à la hauteur du terrain qui domine la dite redoute

17 Vendémiaire (9 octobre 1795) : le citoyen Pierre Gérard, demeurant à la métairie de la Porte des Fougerais vient déclarer à la municipalité que la nuit passée, vers 9 heures, il entendit frapper rudement à sa porte . « N’ouvre pas ta porte, sacré coquin » . N’ayant pas ouvert, il n’est allé à l’étable que le matin et il s’est aperçu qu’il lui manquait des brebis et des moutons.

18 Vendémiaire (10 octobre 1795) : « La nation française vient d’adopter librement une constitution destinée à faire son bonheur » lit-on sur le registre des délibérations de la municipalité qui pense à tous les citoyens et à « la consolation qu’ils vont en recevoir en apprenant la résolution formelle du peuple français de vivre sous le gouvernement qu’il vient d’adopter ». Est présenté aussi le décret des 5 et 13 fructidor concernant le mode de réélection « des deux-tiers de la convention nationalle »

Il est alors décidé une proclamation officielle pour le lendemain à 10 h, dans la cité et les faux-bourgs, « par la municipalité en costume ». Les autorités civiles et les militaires seront invités à cette cérémonie, le tout en présence d’un grand peuple aux cris redoublés de Vive la République.

19 Vendémiaire (11 octobre 1795) : loi créant les cantons comme unité territoriale. La ville de Châteaubriant ayant plus de 2000 habitants constituera un canton à elle toute seule.

19 Vendémiaire (11 octobre 1795) : Deux ouvriers faucheurs ont été requis par la municipalité pour donner leurs connaissances sur la quantité de foin du champ de foire de Béré volé au citoyen Masseron. L’un après l’autre, les deux ouvriers ont dit que : « ayant aidé à faucher laprée du Champ de Foire, ils estiment que celui de la partie basse pouvait bien monter à douze milliers, et que c’est celui qui a été volé dans la nuit du 12 au 13 Thermidor dernier » (NDLR, en examinant le « cahier des aprécis » on constate en effet qu’il se vend des « milliers » de foin, unité de mesure inconnue pour nous désormais)

19 Vendémiaire (11 octobre 1795) : la citoyenne Julienne Le Lierre, avec un enfant en bas âge et sans fortune, « ne vivait que par le travail de son feu mary tué par les chouans ». Elle obtient un certificat d’indigence qui lui permet d’obtenir de la nation les secours que la loi lui accorde.

19 Vendémiaire (11 octobre 1795) : l’ancienne domestique du citoyen Ballé, ex-moine Trinitaire, réclame trois années de ses gages à raison de 36 francs par an. Mais pour les obtenir il faut un certificat de la commune constatant que le citoyen Ballé n’est point en état de faillite ou insolvabilité. La commune reconnaît que le moine est absent de la commune depuis la fin de juin 1792. (Elle mènera une enquête et, le 3 Brumaire, 25 octobre 1795, quatre témoins vinrent attester que cette femme a été réellement et constamment au service du citoyen Ballé, « en qualité de domestique ou fille de confiance et gardiataire de sa maison »)

23 Vendémiaire (15 octobre 1795) : Louis Joseph Margat vient consigner « l’absence de sa récolte qu’il n’a pu recevoir parce que les campagnes sont occupées par les chouans qui empêchent les habitants d’amener à la ville » et il détaille toutes ses propriétés à Erbray, Noyal, Soudan, Rougé, qui auraient dû lui rapporter 80 à 100 boisseaux de froment, 75 à 95 boisseaux de froment et seigle, 60 à 70 boisseaux d’avoine, 130 à 160 boisseaux de blé noir.

24 Vendémiaire (16 octobre 1795) : on retrouve le problème, chronique, de l’hôpital, « manquant des choses de première nécessité et sans moyens de se les procurer » - « La force armée constante en ce district, et allante et venante sur son territoire, envoie nombre de frères d’armes dans cet hospice pour y recevoir les secours que leur état exige. Il faut une quantité de linge dont le blanchissage devient de la plus grande difficulté. On ne peut se procurer ni bois, ni savon, ni cendres sans numéraire.

Un membre de la municipalité explique qu’il existe en magasin dans cette ville une quantité de savon destinée à être répartie entre les communes du district de Châteaubriant . « Cette part ne peut donner qu’une portion imperceptible à chaque individu. Je connais assez l’esprit et le cœur de nos concitoyens pour penser qu’ils approuveront votre zèle pour le service et le soin de nos frères d’armes et que, pour cette raison, ils se démettront avec satisfaction de leur contingent de savons puisque la destination sera tout entière pour l’hospice civil et militaire »

Par ailleurs, « le four occupé à cuire le pain pour la troupe doit faire nécessairement beaucoup de cendres » : il est suggéré que ces cendres soient vendues de préférence à l’hospice. La commune, considérant que la loi a ôté aux municipalités l’administration des hôpitaux civils, en réfère au Directoire du District.

27 Vendémiaire (19 octobre 1795) : Pierre Gérard cultivateur à la Métairie de la Porte des Fougerais, a entendu du bruit dans sa cour la nuit dernière et au matin, il a constaté qu’il lui manquait 3 moutons et 6 volailles . Les Chouans encore ? ou les soldats ??

Les Chouans, ou les soldats ? Voilà que les plaintes de la population changent : les Bleus, dont on dira bientôt qu’ils n’ont de républicain que le nom, lancent de véritables razzias sur la population, sur de la nourriture, certes, mais aussi sur des objets de valeur. Et on s’aperçoit alors que, s’il y a des indigents, il y a encore des personnes ayant de la fortune dans la région de Châteaubriant : la liberté et l’égalité restent encore à construire ...

D’un point de vue politique, la Convention se termine, le Directoire va se mettre en place, la révolution s’embourgeoise, les Sans-Culottes seront les grands perdants. L’économie du pays s’effondre, des bandes terrorisent les campagnes.

 Le chef boit, s’yvre ...

Déjà, il y a un an, les administrateurs du District de Châteaubriant se plaignaient auprès de Comité de salut public de la Convention Nationale, en écrivant, le 28 octobre 1794 : « Ce qui augmente la guerre des chouans est l’indiscipline militaire, la mauvaise tenue des chefs, l’insubordination du soldat ». « Le chef boit, s’yvre, fait ses parties de plaisir avec le soldat qui apprend dans ces orgies l’insubordination qui se manifeste dans le service militaire et qui ne peut plus être réprimée par des hommes qui se sont avilis et dont la conduite immorale ne porte plus après elle que le mépris des subordonnés. Le service ne se fait plus, le militaire débauché et enhardi par l’impunité, vexe tout ce qui l’environne, il se livre au viol, au pillage ; des pères, des frères, des maris ont vu violer leur fille, leur sœur, leur épouse en leur présence. Le voyageur tremble même de les rencontrer sur la route ».

« Si les officiers municipaux osent réprimer ces excès, on les maltraite, on les traite de chouans, on menace de les fusiller, de brûler leurs propriétés et de faire de leur pays une nouvelle Vendée. Plusieurs nous ont déclaré qu’ils voulaient quitter leur poste, ne pouvant plus tenir aux vexations qu’ils éprouvent de la part des cantonnements ». « Cette conduite, citoyens représentants, fait plus de recrues à nos ennemis que le fanatisme et est, peut-être, une des principales causes de l’existence actuelle des chouans qui ne sont, pour la majeure partie, que des habitants des campagnes »

Ainsi, les habitants des campagnes sont d’un côté exposés à être assassinés et pillés par les chouans, et d’un autre côté à être pillés et vexés de toutes manières par ceux qui devraient les protéger. Au point que lorsqu’on leur demande s’ils ont vu « les brigands », ils demandent si ce sont les Bleus ou les Chouans. En ce mois d’octobre 1795, la situation est toujours la même ...

28 Vendémiaire (20 Octobre 1795) : selon le registre de la Municipalité de Châteaubriant, le citoyen Pierre Ronzeray déclare que des soldats, le 17 ou le 18 de ce mois, venant de Bain pour escorter un convoi de vivres pour la troupe, sont entrés en grand nombre dans sa demeure.

 Le tablier de la domestique

Ils lui volèrent : « un coutil de couëte, une garniture de rideaux et perdirent la plume, 27 ou 28 chemises, 14 ou 15 draps, burent ou perdirent deux bariques de cidre, prirent deux chaudrons d’airain, deux hachereaux, cassèrent et emportèrent de la vaisselle de terre, prirent quatre plats d’étain, une potée de 20 livres de beurre, 24 francs en argent, tuèrent et emportèrent un cochon d’environ 100 livres, et 20 volailles, prirent deux mouchoirs de col, un bon chappeau, deux seaux à l’eau, trois grands sacs dans lesquels ils mirent du blé noir, le tablier de la domestique qu’ils lui firent détacher pour emporter du blé noir, un poids à crocq, quatre pains entiers. Ces mêmes militaires maltraitèrent de propos la domestique qui voulait s’opposer à ces excès »

28 Vendémiaire (20 octobre 1795) : une lettre de l’administration rappelle la loi du 4 Thermidor portant établissement de patentes. A Châteaubriant « cette loi ne reçoit point son exécution » ce qui est attribué « au peu de publicité qu’a eüe cette loi ». L’administration témoigne le désir qu’elle soit publiée de nouveau.

29 Vendémiaire (21 octobre 1795) , Jean Thomerie, cultivateur à la Ville Marie, dit que le 22 de ce mois, « alors qu’il était dans les champs à cueillir des pommes », des militaires de la garnison de Châteaubriant entrèrent chez lui après avoir enfoncé la porte. Ils lui prirent « environ 250 livres de lard dans son charnier, deux andouilles, un barreau d’environ 5 pots rempli de cidre, un grand pot à lait, 7 ou 8 pelotons de laine de quoi faire une paire de bas, deux étuis avec des épingles et aiguilles, une grande poche pouvant contenir quatre boisseaux, un pain de 9 à 10 livres, un petit piché et une boite à confiture d’une livre à moitié plaine de beurre, une livre de saindoux et quatre mouchoirs de poche »

29 Vendémiaire (21 octobre 1795) : un cultivateur de Rougé déclare qu’un vol a été commis « par un détachement venant de Bain et escortant un convoye et s’en retournant le lendemain » . Ils ont pris 400 livres en assignats, quatre pains de chacun 12 livres, six paires de bas dont quatre de laine et deux de fil de coton, 11 ou 12 mouchoirs de cols, 7 serviettes, 3 napes, une paire de souliers à femme, 2 paires de ciseaux, deux couteaux, un razoir et une pierre à razoir, 6 tabliers à femme, 30 livres de beurre dans une moche, et le beurrier rempli de 2 livres de beurre et même « une culotte de cotonade à son domestique »

Ces vols s’accompagnent même de violences : le cultivateur se plaint qu’ils « le maltraitèrent de coups, le firent mettre à genoux par trois différentes fois pour le fusiller, qu’ils maltraitèrent également ses deux filles et voulurent attenter à leur honneur, leur résistance leur attira nombre de coups de crosses de fusils de la part de ces militaires qui leur vomirent des horreurs et leur firent les plus terribles menaces »

 Trois douzaines de coiffes à sa mère

29 Vendémiaire toujours : un cultivateur du village des Nardais à Châteaubriant dit que le 18 courant, un détachement militaire venant de Bain enfonça les portes des maisons du village et dans la sienne ils prirent « quatre chemises à homme, trois douzaines de coiffes à sa mère, quatre mouchoirs de col, une paire de bas de laine à femme, un bonnet de laine foulée, deux tabliers dont l’un de toile fine, 37 livres 10 sous de numéraire, puis dans un coffre, après avoir forcé la serrure, 3 pains d’environ 12 livres chacun, 20 livres de beurre, une hache, un razoir, deux fourchettes de fer, un beurrier plein de beurre ». Ils jetèrent même deux chemises au feu.

29 Vendémiaire (21 octobre 1795) : fin des élections législatives. 379 Conventionnels sont réélus, presque tous d’extrême-droite. Très grosse majorité de royalistes dans les nouveaux élus. Le pays « gouverné par les propriétaires » a un fort penchant à droite.

30 vendémiaire (22 octobre 1795) : la citoyenne Louise Pellerin raconte la mort de son mari Jean Chatellain : « Il se rendait au lieu dit Jarier pour acheter une paire de sabots et là il rencontra des harnois chargés de pierres d’ouvrage pour la forge de la Hunaudière auquel il indiqua le chemin. S’en revenant, il fut rencontré par une troupe venant de Bain, accompagnant un convoi de vivres pour Châteaubriant. Les militaires lui parlèrent et il fut quelques temps avec eux. L’un ayant fait la remarque que le dit Chatellain avait les mains noircies, prétendant que c’était pour de la poudre, dit qu’il venait d’aider les chouans et lui tira un coup de fusil et le tua ».

La femme précise que son mari était charpentier et bûcheron et qu’il pouvait bien avoir les mains noircies « par la sève des châtaigniers à l’exploitation desquels il avait travaillé la veille et la surveille pour Julien Ricoul, serrurier de cette cité »

 Républicains ... de nom

1er Brumaire (23 octobre 1795) : des citoyens viennent dire que « journellement des militaires en garnison dans cette cité sortent des faux-bourgs et dilapident les fruits et légumes des habitants au point qu’après avoir souffert jusqu’à ce jour ils ne peuvent plus tenir, leurs pertes deviennent trop considérables pour garder le silence plus long tems »

Par exemple, dans le pressoir de Bellêtre, à Châteaubriant, « dès l’ouverture des portes, ils s’y rendent et y sont tout le jour à boire le cidre et à en emporter avec toutes sortes de vaisseaux, ce qui fait une quantité considérable par jour et lorsqu’on fait la plainte à des citoyens militaires sur leur conduite désastreuse, ils menacent les habitants et reviennent avec des armes »

2 Brumaire (24 octobre 1795) : le citoyen Guéméné, faisant fonction de procureur de la commune, rappelle que « la loi naturelle porte : ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fit. Faites constamment aux autres le bien que vous voudriez en recevoir » et il se désole : « l’expérience n’a pas encore secondé notre attente. Des républicains de nom troublent l’ordre social en dilapidant les propriétés. Journellement les fruits, les légumes, le bois, le cidre sont la proye de ces prétendus républicains qui ne sont que les amis du pillage »

« Ce qui agrave ces désastres c’est que des militaires suivent ces dangereux exemples et ne se privent de rien de ce qui est à leur convenance. Qu’ils occasionnent donc des maux, ces désorganisateurs, par leur conduite criminelle ! ».

« Il faut rappeler à ces braves militaires qu’ils ont à deffendre le cultivateur et les produits de son travail et de son industrie puisqu’il partage avec ses deffenseurs son grain et ses bestiaux »

3 Brumaire (25 octobre 1795) : le citoyen François Boisseau de la Borderie dit que son cheval lui a été volé le 17 vendémiaire dernier et que le 22 vendémiaire des militaires enfoncèrent la porte de la grange et prirent « environ 60 livres de lard sallé », burent et emportèrent une barrique de cidre et 18 ou 19 volailles. « Précédemment les militaires de la garnison ont pris journellement des légumes et des pommes pour faire bien trois bariques de cidre ». Ce témoignage montre la régularité des pillages dus à la troupe.

3 Brumaire encore : Paul le Ray, cultivateur à la Jandelais déclare que le 20 vendémiaire, « la troupe allante et venante de Bain à Châteaubriant » passa chez lui et lui prit « 10 livres de beurre, une andouille, un seau à puiser l’eau, un pannier avec des coiffes et un mouchoir, des chemises à ses enfants, les trois-quarts d’un pain pesant 20 livres, un bon chapeau, une paire de souliers, un razoir, un marteau et une tenaille, une courroye, deux paires de cizeaux, un peloton de fil à coudre, des aiguilles et des épingles ». De plus, ils ont cassé plusieurs pots à lait.

3 Brumaire (25 octobre 1795) : à la citoyenne Renée Chevé, « la troupe allante et venante de Bain à Châteaubriant » a volé « 4 courroyes à bœufs, deux paires de rideaux de serge verts, 15 draps de lits, 5 douzaines de chemises (3 douzaines à femme et 2 à homme), trois douzaines de coiffes, 13 mouchoirs de cols à homme, 2 chapeaux neufs, 4 tabliers, 4 cotillons d’étoffes, 2 paires de souliers neufs, un gilet, une veste et une culotte d’étoffe, une culotte de cotonade, une culotte de dräp jaune, deux cerceaux, une paire de guestres de toile toute neuve, une autre paire d’étoffe, une couverture piquée, la toile de 3 oreillers, 5 napes, une serviette, 4 paires de bas de laine dont 2 à femme et 2 à son fils, une autre paire à homme, 3 poches, 2 tabliers de toille, un cotillon de soie tout neuf, un bissac tout neuf, une veste de peaux de chèvres, un sac et un presse-farine, un crible, une hache, une paire de battement, deux coins de feu, deux clavreuils, une cuiller à pot de feu, un poëlon d’airain tout neuf, trois chaudrons d’airain, une poële d’airain ». On voit ainsi que les militaires savent reconnaître les maisons où le butin sera conséquent.

Car la citoyenne Renée Chevé poursuit son énumération : les militaires ont emporté « 96 livres en numéraire, la viande d’une vache sallée depuis huit jours, une barique de cidre bue et perdue, deux seaux à puiser l’eau, un couloir de cuivre, un poids à crocq, un razoir avec sa pierre, une douzaine de pots à lait emportés et cassés, 11 écuelles, 11 cuillers de bois, 3 cuillers d’étain, une fourchette de fer, un plat et une assiette d’étain, un chandellier de fer blanc, deux pichers, un anneau d’argent, six boisseaux de froment, quatre de blé noir et un cochon de 12 francs »

 Une oreille de cochon

3 Brumaire : les plaintes continuent. Cette fois c’est Madeleine Deroualle, de Rougé, qui dit que la troupe lui a pris « 40 livres de pain, 6 livres de lard, deux pieds et une oreille de cochon, 4 livres de beurre, un pot de crème, 4 francs et 10 sous en numéraire, une bague d’argent » . Il cassèrent la ferrure de la porte d’entrée de la maison et brisèrent la porte de derrière et prirent « une chemise, un chapeau, une nape, un couteau, 3 mouchoirs de col, deux paires de ciseaux, des broches à brocher, une demi-livre de savon, un miroir, 2 cuillers d’étain, une petite paire de souliers » . Ils ont même cassé « un piché et un pot », « fait boire ou couller une demi-barique de cidre »

3 Brumaire : Marie Bazille de Rougé dit que la troupe prit dans sa demeure : « six aunes de toile neuve pour des draps, un drap my usé de deux aunes et demi, 6 chemises à homme ou femme, une paire de bande laine à homme, 27 livres de pain, 6 livres de beurre, un plat et une assiette d’étain, 2 cuillers d’étain, une beurrier de fayence, une écuelle de terre, un razoir, une paire de cizeaux, un marteau, une haleine, deux beguins, deux aunes de dentelles, 5 francs en numéraire, une ceinture de buffle »

Et les plaintes, toutes du même genre ,continuent. Le cahier de délibérations de la municipalité montre que celle-ci a reçu et écouté Françoise Roux, Jeanne Mallier, Perrine Chevé, Marguerite Erline, Anne Huché, Perrine Boudé, toutes de Rougé, et puis Bertrand Courtois de la métairie de Choisel, et encore René Besnier, Nicolas Torille, Marie Lasne, tous de Rougé.

3 et 4 Brumaire (25-26 octobre 1795) : à Paris, on ne se soucie pas de ces pillages en campagne. C’est la fin de la Convention. Avant de se séparer celle-ci crée de nouvelles fêtes nationales (de la Jeunesse, des Epoux, de la Reconnaissance, de l’Agriculture, des Vieillards, en plus du 14 juillet, du 10 août, de l’exécution de Louis Capet, de la Fondation de la République et du 9 Thermidor). Elle décide aussi que la Place de la Révolution à Paris s’appellera Place de la Concorde.

4 Brumaire : la Convention vote en se séparant une amnistie générale « pour les faits proprement relatifs à la Révolution ». Les Conventionnels réélus complètent par cooptation les Deux-Tiers requis.

Ce même jour, le général Buonaparte est nommé commandant en chef de l’armée de l’intérieur.

 Le Directoire

C’est du 26 octobre 1795 que les historiens datent le début du Directoire.

Le Directoire c’est la Révolution de la République bourgeoise. Celle-ci recherche un équilibre entre toutes les forces en présence, tant sur le plan national qu’international. Equilibre difficile entre une bourgeoisie enrichie par la spéculation et la guerre, et un peuple affamé et privé des droits qu’aujourd’hui nous jugeons élémentaires.

Le Directoire s’appuie sur la Constitution de l’an III qui rétablit le « suffrage censitaire ». « Tout homme, né et résidant en France, qui âgé de 21 ans accomplis (...) a demeuré pendant une année sur le territoire de la république, et qui paie une contribution directe, est citoyen français » (ainsi, ceux qui sont pauvres ne sont pas des citoyens français ?) - « Nul ne pourra être nommé électeur s’il n’a 25 ans accomplis, et s’il n’est (...) dans les communes de moins de 6000 habitants, propriétaire ou usufruitier d’un bien évalué à la valeur locale de 150 journées de travail ». Ce mode de suffrage élimine les femmes, et les pauvres gens, mais fait les beaux jours des propriétaires

Deux assemblées se partagent le pouvoir législatif : le « Conseil des Cinq-Cents » a l’initiative des lois. Ses membres sont renouvelés par tiers tous les ans par un collège de 30 000 électeurs. Le « Conseil des Anciens » vote les lois mais ne les discute pas.

Le pouvoir exécutif est exercé par un collège de cinq Directeurs. Chaque année le Conseil des Anciens choisit un nouveau Directeur à partir d’une liste établie par le Conseil des Cinq-Cents.

Les parvenus et les profiteurs sont les grands gagnants de la Révolution. Acquéreurs de biens nationaux, spéculateurs, trafiquants et fournisseurs des armés, ils sont farouchement républicains car leur bien-être matériel dépend de la république. Après la période troublée de la Terreur, ils n’ont plus peur d’étaler au grand jour leur richesse. Dans les Salons, les jardins, les théâtres, la belle vie reprend. Cependant cette minorité qui modèle les lois pour son propre avantage vit dans la crainte car elle sait son pouvoir fragile et menacé par les royalistes, le peuple et l’armée.

Le peuple est miséreux, l’assignat ne vaut plus rien. Les routes, les ponts ne sont plus entretenus. L’ordre n’est plus assuré, L’Etat est en pleine déconfiture. Cette disproportion entre l’état du pays et l’étalage des richesses, ne restaure pas la confiance du peuple.

 Si peu de savon

4 Brumaire (26 octobre 1795) à Châteaubriant nous sommes loin de ce qui se passe dans les assemblées de Paris. Il y a en magasin 70 livres de savon à répartir entre les 3188 âmes de la commune. « La portion serait bien faible pour chaque individu et j’aime à croire qu’il en fera aisément l’abandon en faveur de l’hôpital de cette ville » dit un membre de la municipalité. Il est alors décidé que « ceux qui croiront ne pas devoir abandonner à l’hôpital leur savon sont invités d’en venir faire la déclaration au secrétariat de la municipalité sous 8 jours, passés lesquels leur silence sera regardé comme un abandon »

5 Brumaire (27 octobre 1795) : la loi du 10 Vendémiaire fixe la formation de « la garde départementale de la législature pour laquelle le district de Châteaubriant doit contribuer pour 8 hommes ». Le citoyen Julien Chauvière est proclamé « Garde près du Corps législatif »

 Joséphine

6 Brumaire (28 octobre 1795) : lettre de Joséphine faisant de tendres avances à Buonaparte, c’est le vrai début de leur liaison. En réalité, c’est le 15 octobre environ, qu’a eu lieu la première visite de Buonaparte à Joséphine Tascher de la Pagerie, veuve du ci-devant vicomte et général Alexandre de Beauharnais. Joséphine de Beauharnais est alors une femme très entourée de nombreux amants dont le Conventionnel Barras.

9 Brumaire (31 octobre 1795) : sur une liste de 50 candidats est élu le Directoire Exécutif : La Révellière-Lépeaux, Reubell, Letourneur et Barras. Sieyès, vexé de l’échec de son projet constitutionnel, refuse, il sera remplacé par Carnot

12 Brumaire (3 novembre 1795)
 : après l’assemblée constituante, l’assemblée législative et la Convention, c’est LE DIRECTOIRE qui entre en fonction. Il a bien du mal à trouver des ministres en particulier pour les Finances dont personne ne veut.

 Frais de gésine

15 Brumaire (6 novembre 1975) : les citoyens de Châteaubriant n’ont pas réclamé leur part de savon.

Ce même jour, la municipalité accorde des « frais de gésine » à la citoyenne Marie Chatelain : 30 francs. Avec les frais de nourrice qui sont accordés aux femmes indigentes, ce sont, avant l’heure, les « allocations familiales »

A Paris, Babeuf inaugure une nouvelle série de son journal « Le Tribun du peuple » dans laquelle il écrit : « Qu’est-ce que la révolution française ? Une guerre déclarée entre les riches et les pauvres ». Toute l’histoire montrera que ce sont les riches qui ont gagné.

20 et 22 brumaire (11 et 13 novembre 1795) : Julien Gautron a eu 3 vaches volées par les Chouans. Le citoyen Dorange se plaint de la dilapidation journalière que les militaires occasionnent en coupant du bois dans les forêts. La municipalité de Châteaubriant arrête que le citoyen commandant la force armée sera prévenu « de la conduite condemnable des militaires »

A Paris, le 13 novembre, est promulguée une loi tentant d’améliorer l’approvisionnement des armées et des villes.

25 Brumaire (16 novembre 1795) : par suite d’un abstentionnisme massif reflétant le dégoût et la dépolitisation des masses, le Directoire est chargé de nommer provisoirement les juges partout où les assemblées électorales feront défaut. Une assemblée électorale est prévue à Châteaubriant pour le 22 novembre.

27 Brumaire (18 novembre 1795) : le Comte d’Artois, frère de Louis XVI et futur Roi Charles X, qui a débarqué à l’Ile d’Yeu le 2 octobre 1795, retourne en Angleterre sans avoir rien tenté.

29 Brumaire (20 novembre 1795) : le citoyen Rousseau adresse une lettre à l’administration du District de Châteaubriant pour faire ensemencer ses terres parce que, dit-il, il ne peut le faire lui-même.

La municipalité considère, elle, qu’il lui serait bien possible de venir à Châteaubriant , « où il y a toujours une force armée et où les autorités n’ont jamais désemparé ».

Elle s’inquiète aussi de devoir intervenir sur un terrain privé mais, « considérant que l’interret public exige que les terres soient ensemencées » elle arrête de nommer deux commissaires pour visiter les terres de la métairie de la Porte du Parc, le verger du citoyen Rousseau et une pièce de terre près des Cohardières « et faire un devis estimatif des frais de labour et ensemencement des dites terres »

 Le réquisitoire de Lelièvre

1er Frimaire an IV (22 novembre 1795) : les habitants de Châteaubriant sont réunis en assemblée primaire pour élire un juge de paix, des assesseurs et officiers municipaux. Le citoyen Le Sage est élu juge de paix. Le citoyen Lelièvre est élu Président du Canton (Châteaubriant constitue à elle seule un canton car sa population dépasse les 2000 habitants)

3 Frimaire (24 novembre) : ce jour-là il s’agit d’installer officiellement la municipalité, mais deux citoyens ont déjà démissionné et les autres ne sont pas encore arrivés. Il est midi. « On se reverra à deux heures de relevé » . Mais à 2 heures, le citoyen Lelièvre annonce sa démission de la Présidence du Canton. Dans une longue lettre, il explique :

« Je me suis toujours fait un devoir d’obéir aux loix. J’ai sacrifié mon repos, ma tranquilité, mes interrets. Un vrai citoyen en révolution ne doit pas compter ses sacrifices.

J’en ai fait comme député aux assemblées de commune et corporation à Rennes en décembre 1788, puis comme électeur dans le département d’ille et Vilaine et comme procureur de la commune. Ensuite vice-président administrateur du district pendant les attroupements séditieux de la guerre civile ce qui a beaucoup contribué à altérer ma santé.

J’ai quitté le District parce que j’ai insisté beaucoup auprès du représentant du peuple pour me remplacer afin de me défatiguer.

J’ai fait les frais comme électeur à Nantes et ces sacrifices sont les seuls que je puisse faire, vüe que j’ai quatre enfants, que les chouans m’ont enlevé mes grains blancs et autres denrées qui auraient pu faire subsister ma famille et qu’ils m’ont privé de toute ressource.

Je suis nommé assesseur du juge de paix. J’accepte cette place et promet d’en remplir les fonctions. Mais accepter de remplir la place du Président Municipal du Canton de Châteaubriant cumulativement avec celle d’assesseur, il m’est impossible d’y suffire dans un pays en révolte et qui n’a que ses murs qui en soient garantis par une garnison, dans un pays accablé d’impôts par une mauvaise répartition, dans

un pays enfin où les patriotes ne sont pas secondés et où il ne s’en trouve aucun qui voulut faire des sacrifices à sa patrie ».

Finalement, 5 des 6 membres nouvellement nommés pour composer la municipalité ayant démissionné, et le 6e étant absent, les membres anciens sont obligés de continuer leurs fonctions jusqu’à nouvel ordre !

3 Frimaire : oui mais voilà que les citoyens Cathelinays, Lefebvre et Delourmel, « membres du ci-devant Conseil Général de la Commune et officiers publics d’icelle » estiment que la municipalité de ce canton a été organisée conformément à la nouvelle constitution et qu’il ne leur est donc pas possible de continuer leurs fonctions d’officiers publics. « C’est pourquoi, pour éviter les risques de se compromettre, ils déposent les sept registres, à savoir : deux de naissances, deux de mariages, deux de décès et un pour servir à l’enregistrement des promesses de mariage, bannies et affiches, avec chacun les clefs de l’armoire où étaient renfermés les dits registres, ainsi que la clef de la chambre destinée pour servir aux dits enregistrements »

Malgré cela, la municipalité les invite à continuer leurs fonctions « pour ne pas faire souffrir la chose publique ». On trouve alors, dans la suite du cahier des délibérations, mention de « l’assemblée de la municipalité provisoire »

4 frimaire (24 novembre 1795) : Jeanne Jusset, veuve Caris, vient déclarer être enceinte « d’un enfant bougeant de huit mois, du fait de Raymond Laizoiniat volontaire au 1er bataillon du 4e régiment d’infanterie »

8 Frimaire : le trésorier de l’hôpital civil de Châteaubriant a reçu un mandat de 25 000 livres, payable aux administrateurs du dit hôpital par le citoyen Le Roux Payeur Général du Département, et accordé par la Commission des Secours. Il demande, pour toucher ce mandat, à y être autorisé par la municipalité.

  Babeuf

Jamais la crise économique n’a atteint un tel seuil de gravité, aux limites du supportable : l’Etat est ruiné, les impôts ne rentrent pas. Indigents et mendiants pullulent dans les rues où ils meurent à l’entrée de l’hiver. Dans les campagnes le banditisme sévit dangereusement. Mais le temps des « colères » populaires est révolue. La seule tentative vient de « la Conspiration des égaux » menée par Babeuf. Elle est sévèrement réprimée. Au delà de nos frontières, la guerre continue, les victoires de ses généraux procurent au gouvernement l’unique moyen de subsister : les produits du pillage.

9 Frimaire (30 novembre 1795) : Babeuf fait paraître le n° 35 du Tribun du peuple, préconisant ouvertement, bien que de façon encore rudimentaire, LE COMMUNISME. Son « Manifeste des égaux » dit : « Nous ne voulons pas seulement l’égalité écrite dans les droits de l’homme, nous la voulons au milieu de nous, sous le toit de nos maisons » (cinq jours plus tard il sera décrété d’arrestation et devra se cacher).

10 Frimaire (1er décembre) : discours de Dauchy à l’Assemblée Nationale, contre l’impôt progressif . « C’est surtout dans les circonstances actuelles que nous devons sentir combien de grands capitalistes pourront être utiles à la République ».

11 Frimaire (2 décembre 1795) : le citoyen Huquereau, Commissaire des Guerres, annonce qu’il va quitter la place de Châteaubriant. La municipalité « qui n’en fait que provisoirement les fonctions jusqu’à ce que le Département ait statué sur le deffaut d’acceptation de la majorité des nouveaux élus », estime être hors d’état de remplir les fonctions de commissaire des guerres. Elle explique :

« Il n’est pas croyable qu’on veuille laisser la place de Châteaubriant sans le secours d’un Commissaire des Guerres, dans un tems surtout où tout annonce qu’il va s’y faire une réunion de troupes, que le pays nécessite un mouvement continuel des gens de guerre, qu’il y existe des magasins de toute espèce, hôpital, dépôt des Galleux, cazernes, corps de garde, etc, etc à surveiller, tout quoy est plus que suffisant pour occuper un homme instruit dans ces parties »

La municipalité répond donc au citoyen Huquereau qu’il est requis de continuer ses fonctions et qu’elle s’abstiendra absolument de tout ce qui regarde cette place et « laissera tout à ses risques et périls et fortune et sous sa responsabilité personnelle ».

En conséquence de quoi le citoyen Huquereau reste à Châteaubriant .

22 Frimaire (13 décembre 1795) : le citoyen Regnault est nommé par arrêté du gouvernement, à la place de « Commissaire provisoire du Directoire exécutif auprès du tribunal correctionnel de la ville » de Châteaubriant

24 Frimaire (15 décembre 1795) : on apprend qu’un arrêté a été pris par le Département le 9 Brumaire dernier, d’après la loi du 3 Brumaire, concernant l’arrestation des ecclésiastiques sujets à la Déportation ou à la Réclusion. Un commissaire, accompagné de la force armée, se rend donc chez la citoyenne Fouché, place de la Pompe, pour y chercher son frère, chez la Veuve Hochedé, Grand-Rüe, pour y chercher un dénommé Martin, et chez la Veuve Pitrault, Grand-Rüe, pour y chercher son frère. Perquisitions. Mais on ne les trouve pas.

25 Frimaire (16 décembre 1795) : loi autorisant le Directoire à nommer les membres des administrations municipales là où il n’a pu en être élu, faute d’électeurs ou de candidats.

 20 sous c’est mieux que 100 francs

26 Frimaire (17 décembre 1795) : Louis Joseph Baguet dit que les chouans lui ont volé deux bœufs et ont laissé un papier disant : « Au nom de la religion et du Roy, bon pour deux bœufs pris pour le service de l’armée royalliste de Bretagne, appartenant à Rolandière, pris chez son métayer Poulain de Lanoë. Fait à notre camp à Rougé le 16 décembre 1795, l’an premier du règne de Louis XVIII »

27 frimaire (18 décembre 1795) : lors d’une réunion de l’assemblée de la municipalité provisoire, le trésorier de l’hôpital dit une nouvelle fois qu’il manque de fonds pour subvenir au traitement des militaires malades qui sont journellement reçus et soignés. Il rappelle que le Directoire du District avait fixé le prix de journée à 9 francs dans sa délibération du 25 Prairial an III (13 juin 1795), pour le dernier semestre de l’an III, et que c’est maintenant la municipalité qui se substitue au District et qui doit fixer le prix de journée pour le premier semestre de l’an IV. Il fait valoir que « les denrées ont renchéri considérablement, que les assignats sont discrédités au point que l’on préfère 20 sous en numéraire à un assignat de 100 francs, ce qui met l’hospice dans le plus grand embarras ». La municipalité arrête que le prix de journée sera fixé à 120 francs par jour pour chaque militaire soigné à l’hospice.

27 Frimaire (18 décembre 1795) : suivant arrêté de l’administration du District du 20 brumaire dernier (11 novembre 1795), « le préposé aux subsistances de la section viande » a été autorisé à fournir « des suifs en grappe au trésorier de l’hospice civil et militaire de cette cité, jusqu’à la concurrence de 500 livres pezant ». Pour en effectuer le paiement, il est nécessaire que la municipalité en fixe le prix. Celle-ci décide que ce sera « 4178 livres le cent pezant poids de mare »

 Il n’y a plus personne

28 Frimaire (19 décembre 1795) : Pierre Jean Lesage déclare à la municipalité qu’il vient de « remercier la place de juge de paix » pour accepter celle de « Commissaire du pouvoir exécutif près le Tribunal de police correctionnelle ». Il faut donc trouver un nouveau Juge de Paix.

Par ailleurs Pierre Julien Lelièvre déclare qu’il vient de recevoir par la Poste sa nomination de Commissaire du pouvoir exécutif près l’administration municipale de Châteaubriant. Il accepte cette place et promet d’en faire les fonctions mais annonce qu’il ne peut plus exercer celles d’assesseur du Juge de Paix et encore moins celle de Président Municipal du Canton.

30 Frimaire (21 décembre 1795) : Parution à Paris du n° 37 du « Tribun du Peuple » de Babeuf clandestin : « Plus de propriété individuelle, la terre n’est à personne, Les fruits sont à tout le monde », idéologie en complète contradiction avec les idéaux de la révolution qui avait toujours affirmé haut et clair le caractère inaliénable de la propriété privée !

1er Nivôse (22 décembre 1795) : un rapport de police signale que Buonaparte ne jouit pas de la confiance publique et que les nobles le surnomment « le général vendémiaire », en souvenir du 5 octobre 1795 où il a noyé dans le sang une tentative de soulèvement royaliste.

5 Nivôse (26 décembre 1795) : le citoyen Pierre Cordeau a dit que le 24 Frimaire an III (15 décembre 1794) il a obtenu l’adjudication « de la coupe de 50 toises de large à prendre au long du grand chemin de Rougé, dans le taillis de la vigne situé au dessus du village du Grand Rigné ». Il a fait exploiter une partie de ce bois mais « 2500 fagots ou buailles luy ont été enlevés par les malvoulans, de même qu’une quantité de gaules propres à faire du cercle ». Mais quand il s’en plaignit à ses ouvriers, ceux-ci lui répondirent que les chouans leur avaient interdit de continuer la dite exploitation, « de manière qu’il a été impossible au dit Cordeau d’achever à ce jour l’abat et vidange de ce bois ».

5 Nivôse (26 décembre 1795) : Hoche est nommé commandant de l’armée des Côtes de l’Océan, réunissant toutes les armées opérant dans l’Ouest. Sa tâche : lancer des colonnes mobiles, établir des lignes fortifiées, désarmer systématiquement les paysans vendéens et chouans.

7 Nivôse (28 décembre 1795) : Il est nécessaire d’assurer la subsistance des chevaux attachés au service des armées. Le canton de Châteaubriant doit fournir 50 quintaux de foin et 259 quintaux de paille. La municipalité provisoire est chargée d’en faire la répartition entre les habitants de la commune, en recherchant, le plus scrupuleusement possible, « ceux qui pouvaient et devaient fournir sans nuire au commerce et à l’agriculture ». Le registre officiel comporte la liste des 6 cultivateurs qui doivent fournir les 50 quintaux de foin « dans trois jours pour tout délay » et les 46 qui doivent fournir la paille. Cette liste permet de retrouver des villages ou lieux-dits existants encore de nos jours : la Muloche, la Cochonnais, la Buffais, la Ferrière, la Goupillère, etc.

 Des délits dans les bois

10 Nivôse (31 décembre 1795) ; le citoyen Delaunay, percepteur des contributions, ne veut plus continuer à s’acquitter de cette tâche. Il a remis « les rolles » au citoyen Jambu qui, au bout de quelques temps, ne veut pas continuer non plus. En conséquence « il requiert qu’il soit fait des bannies pour parvenir à trouver quelqu’un qui voudrait se charger » de la recette des contributions.

10 Nivôse (31 décembre 1795) : le Receveur des Domaines de la République signale que des délits se commettent journellement dans les bois de la République et notamment dans le Bois du Parc à Châteaubriant, mais ce ne sont pas seulement les militaires qui sont en cause : les habitants y concourent eux-mêmes. La municipalité décide de faire une publication dans la ville et les faux-bourgs pour défendre aux habitants de commettre des délits dans ces bois. Elle arrête de stimuler le citoyen Lejeune, conservateur des bois, « de l’inciter à poursuivre les délinquans devant les Tribunaux judiciaires » et de le rendre personnellement responsable des délits « qu’une négligence ou une insouciance auraient pu occasionner »




Sources :

- Archives municipales séries 1 D et 1 S
- Alain Racineux : les Brigands du Roi
- Maryvonne Bompol : aux origines de la Contre-Révolution ( Châteaubriant )
- Jean Massin : Almanach du 1er Empire
- Histoire du Peuple Français (tome III) par Pierre Lafue et Georges Duveau
- Archives de Sciences-Po à Lyon
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District : on dirait aujourd’hui arrondissement. La commune est administrée par un « Conseil Général ».

L’orthographe, variable, n’est pas celle de notre époque : « un chapeau », « un piché ou un picher », « une boite à moitié plaine » , « une nape », « une proye », « un pannier », etc