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Au jour le jour

1796 - de septembre à décembre



  La Troupe manque de pain

15 Fructidor (1er septembre 1796) : les magasins militaires de Châteaubriant sont sur le point de manquer de froment et la troupe se plaint de la qualité du pain qui lui est délivré. La municipalité arrête que « tous les contribuables qui sont en retard d’acquitter la portion de contribution qu’ils doivent en nature pour l’an III, sont sommés d’en faire le versement au magasin militaire, faute de quoi des mesures de rigueur seront prises contre eux »

Elle invite en outre les contribuables à la contribution foncière de l’an IV, à faire verser au magasin militaire, dans les plus brefs délais, la portion qu’ils doivent faire en nature, « ayant attention de le faire en froment autant que faire se pourra et que leur récolte le permettra »

Tenant compte des plaintes des militaires sur la qualité du pain, le garde-magasin des vivres indique qu’il fait extraire 5 livres de son par quintal de froment et 15 livres de son par quintal d’orge et seigle. Il fera désormais extraire 5 et 20 livres de son.

16 fructidor (2 septembre 1796) : trois citoyennes viennent dire qu’elles reçoivent du trésorier de l’hospice, 15 livres en assignats, chacune, par mois et par enfant, lorsque cet enfant est admis à l’hospice civil. « Cette somme est bien insuffisante pour nourrir les enfants dont elles sont demeurées nourices. La réduction des mandats rend leur traitement nul et, de plus, elle n’ont rien reçu depuis plusieurs mois » . L’administration est d’avis qu’il leur soit payé pour chaque enfant la somme de 5 livres en numéraire.

  Des hommes de bras payés en grains

16 fructidor (2 septembre 1796) : il faut faire des réparations urgentes au magasin à grains de Châteaubriant. Le citoyen Janvier, garde-magasin, demande « des hommes de bras pour les travaux ». Les frais nécessaires seront payés « en nature de grains »

16 fructidor (2 septembre 1796) : l’administration municipale considère qu’il est important, pour les intérêts de la nation, d’établir une surveillance exacte pour la rentrée des récoltes des grains nationaux, et sur la conduite des fermiers. Elle décide de nommer deux commissaires à cet effet, mais ajoute « qu’on ne peut trouver aucuns commissaires sans une rétribution honnête et proportionnée à leurs travaux ». Elle décide donc de les salarier « sur le pied d’une quantité de grains représentant 10 francs en numéraire métallique par jour ».

19 Fructidor (5 septembre 1796) : le garde-magasin des grains nationaux à Châteaubriant demande à recevoir en grains les 3 francs qui lui sont accordés par jour et à être autorisé à toucher son traitement à la fin de chaque mois.

19 Fructidor (5 septembre 1796) : suite à la démission de Jambu, le citoyen Jean-Baptiste Delourmel est nommé officier municipal jusqu’aux prochaines élections.

21 Fructidor (7 septembre 1796) : la commune de Châteaubriant doit verser à la caisse du Payeur Général à Nantes, la somme de 1951 livres 8 sous 8 deniers, dans le courant d’une décade. La municipalité demande aux contribuables « qui sont en retard de payer leur contribution foncière an IIIe, et ceux qui désirent s’acquitter de leur contribution de l’an IVe, de se présenter dans le délai de 4 jours pour compléter la somme de 1951 livres 8 sous 8 deniers ». Faute d’y satisfaire, la municipalité imposera les 20 ou 30 plus riches de la commune.

23 Fructidor (9 septembre 1796) : des soldats songent à se révolter au Camp de Grenelle à Paris. Averti par des espions, le ministre de la justice, Lazare Carnot, facilite cette insurrection pour justifier ensuite une répression accrue : les officiers font tirer sur les manifestants, 20 morts et 132 arrestations. Une commission militaire, qui se tiendra le 10 octobre suivant, prononcera 32 condamnations à mort.

24 fructidor (10 septembre 1796) : « J’ai la douleur de vous annoncer qu’il n’y a que le citoyen Margat qui ait versé une somme de 50 livres » dit un membre de la municipalité de Châteaubriant. Celle-ci décide de « faire injonction aux 26 plus forts contribuables de 1793, de payer dans le jour un avaloir à leur imposition de l’an IV ». On trouve dans cette liste les Dupin de la Ferrière, Mathurin Louis Rousseau, Normant veuve Hochedé, Normant de la Baguais, etc.

26 fructidor (12 septembre 1796) : Les 26 contribuables les plus fortunés n’ont pas tous obéi. L’administration municipale demande à un huissier de se rendre, sur le champ, « avec deux assistants et une force armée suffisante », à la demeure de la citoyenne Veuve Hochedé « à l’effet de la contraindre au payement de la somme de 200 livres ». Pareillement la citoyenne Victoire Hochedé de la Pinsonnais doit verser 115 livres à l’huissier et le citoyen Normant de la Baguais 218 livres. Il est question de faire vendre les meubles de ces citoyens s’ils ne s’acquittent pas de cet impôt.

27 fructidor (13 septembre 1796) : vu le besoin de la troupe, en manque de subsistance, deux citoyens castelbriantais sont priés de fournir chacun « une vache grasse pour la distribution de ce jour »

  La ville est sale

Ce même jour, il est ordonné à tous les habitants « de cette ville et faux-bourgs » de balayer immédiatement « les rües ainsi que les places publiques et halles, d’en enlever toutes les matières fécales, terreaux et marnis, et de débarrasser les rües de ce qui peut nuire au passage, sous peine de 3 jours de prison et 3 livres d’amandes ».

« De même il est deffendu à toutes personnes de faire leurs immondices sous les halles et places publiques, ainsi que d’exposer sur les fenêtres des pots à fleurs et autres objets qui seraient susceptibles de tomber et de nuire à la sécurité des passants ». Cela prouve au moins qu’en 1796 les habitants avaient pris l’habitude de décorer leurs maisons avec des fleurs ...

  Marquez le pain

27 fructidor : il faut à nouveau fixer le prix du pain, en raison « du rapport qui a été fait sur l’appréci des grains au marché de cette ville ». Les nouveaux prix sont les suivants, « pour chaque livre de 16 onces » :
- le pain de fine fleur de froment : 4 sous 6 deniers
- le pain de méteil  : 3 sous 6 deniers
- le gros pain  : 3 sous
- le pain de seigle avec toute la fleur : 3 sous

Ainsi le pain vient d’augmenter en 15 jours (voir au 10 fructidor)

De plus, les boulangers doivent mettre sur leur pain l’empreinte de leur nom (on en revient ainsi aux pratiques de 1594 !) et il leur est défendu de cacher le pain : « Il est ordonné aux boullangers de tenir leurs boutiques suffisamment garnies de pain. Deffense leur est faite de le tenir caché dans l’intérieur de leur maison ». Sans doute que cela se faisait ...

28 Fructidor (14 septembre 1796) : les troubles de la guerre civile en France ne sont pas terminés. Hoche écrit au Directoire : « L’armée des chouans est partout »

1er jour complémentaire an IV (17 septembre 1796) : l’administration municipale fixe les prix pour les mois de vendémiaire et brumaire précédents (sep-tembre-octobre-novembre 1795), ces prix servant de référence pour payer aux particuliers la fourniture de ces objets :

Pour vendémiaire :
le millier de foin 96 livres
le millier de paille 48 livres
le quintal d’avoine 18 livres
la corde de bois 22 livres 10 s
la livre de chandelle 1 livre 10 s

Pour brumaire :
le millier de foin 100 livres
le millier de paille 50 livres
le quintal d’avoine 18 livres
la corde de bois 22 livres 10 s
la livre de chandelle 0 livre 30 s
(le tout en numéraire)

Cela permet de voir que le foin et la paille ont augmenté de 4 % en un mois. En revanche, la chandelle est moins chère.

Le prix de la journée des ouvriers est ainsi fixé :
- chef ouvrier 1 livre 16 sous
- ouvrier ordinaire 0 livre 24 sous

2e jour complémentaire an IV (18 septembre 1796) : la petite Marie Roul, de St Julien de Vouvantes, est orpheline, sa mère ayant été assassinée à Carquefou lors d’un voyage qu’elle fit à Nantes. La petite, âgée de 20 mois, a été recueillie par la citoyenne Voiton, fileuse de laine, âgée de 70 ans qui, en raison de son grand âge et de son peu de faculté, « est dans l’impuissance de pourvoir à sa subsistance ». Mais il n’existe pas d’hôpital dans le canton de St Julien, et celui de Châteaubriant est hors d’état de recevoir la petite. L’assemblée municipale de Châteaubriant accepte de verser un secours de 5 livres par mois à la personne qui se chargera de sa subsistance.

5e jour complémentaire an IV (21 septembre 1796) : le citoyen Lelièvre, commissaire du Directoire Exécutif dit : « J’ai reçu par le courrier d’hier au soir une lettre qui m’annonce un nouvel ordre de choses » : la commune de Châteaubriant sera délivrée « des réquisitions militaires, des abus et de l’oppression qui en sont la suite (...) : à compter du 1er vendémiaire prochain, les troupes stationnées dans les 12e, 13e, 14e et 22e divisions militaires seront pourvues de pain, viande, bois, fourages et souliers par le soin du corps administratif ». Châteaubriant respire mais constatera vite que cela ne va pas tout seul sur le terrain !

4 Vendémiaire an V (25 septembre 1796) : « Pour la subsistance des troupes il faut 1303 livres deux onces de riz par mois, ou 2606 livres quatre onces de légumes secs », mais il se trouve qu’on parle d’enlever quelques barriques de riz à Châteaubriant pour les faire transporter à Nantes. L’administration charge le citoyen Lefebvre, garde-magasin des vivres militaires, « de veiller à ce qu’il ne sorte du cy-devant château servant de magasin, aucun riz, grains, sel et effets appartenant aux magasins pour les transporter à Nantes ou ailleurs, sous quelque prétexte que ce soit »

  Ma chandelle est morte

8 Vendémiaire an V (29 septembre 1796) : l’administration municipale réquisitionne 32 livres de chandelles, chez 16 marchands de la ville, chandelles nécessaires aux portes de la ville. Mais les marchands n’obtempèrent pas, puisque c’est désormais au corps administratif « de subvenir à l’approvisionnement des subsistances militaires, des bois et lumières et autres d’enrées ». Sauf que ... le corps administratif est défaillant et qu’il faut bien des chandelles pour éclairer les portes ! L’administration municipale s’avise alors que « la ci-devant administration du District doit avoir une quantité de chandelles assez considérable. Cette administration est donc priée de remettre la chandelle dont elle n’a plus affaire, n’étant plus en activité »

  Le lief des scellés

14 Vendémiaire an V (5 octobre 1796) : la troupe n’a pas eu de viande ces deux derniers jours. Un membre de l’administration municipale déclare : « Vous avez fait en remplacement d’icelle distribuer deux onces de riz à chaque militaire. Quel moyen allez-vous employer pour la distribution de demain ? Vous savez que les communes se refusent à fournir des bestiaux aux invitations que vous avés faites différentes fois. Je vous propose de demander au juge de paix le lief des scellés (1) apposés sur la caisse du préposé aux subsistances militaires » afin de prendre les 186 livres qui y sont en dépôt pour servir à l’achat de bestiaux.

De plus, il est demandé aux contribuables de verser en numéraire, dans la caisse du percepteur, un « à-valoir » sur leur contribution de l’an IV. « Et ce sous trois jours pour tout délay »

Le cahier des délibérations municipales comporte, pour ce même jour, le traité signé par le citoyen Jean Adam, de Rennes, qui s’engage à fournir foin, avoine et paille « de bonne qualité, loyale et marchande » et tout ce qu’il faut pour le chauffage et la lumière des troupes « bois de chêne, hêtre, charme, à la corde de 112 pieds-cubes ». Le prix de ces fournitures lui sera payé « en numéraire, espèces sonnantes »

20 Vendémiaire (11 octobre 1796) : on apprend que le citoyen Bouquet, commissaire des guerres dans la région de Châteaubriant, est parti pour l’armée d’Italie et que les scellés ont été mis sur ses papiers. Ce qui est bien ennuyeux car il s’y trouve « des procès-verbaux de prisage des bestiaux, de délivrance des cuirs faite aux tanneries, de suif en grappe, foin, paille et bois, et des procès-verbaux des grains qui ont été versés par les communes ». L’administration communale a absolument besoin de ces papiers « pour régler avec les tanneurs et fournisseurs et autres ». Elle demande, là encore, la levée des scellés en présence du juge de paix.

20 vendémiaire (11 octobre 1796) : il sera payé 25 sous par jour aux ouvriers des magasins et 1 sou 6 deniers à celui « qui s’occupe de la grellure au moulin »

25 vendémiaire (16 octobre 1796) : le prix de la façon des souliers pour la troupe est ainsi fixé :

- coupe et façon d’une paire de souliers simples, fourniture de fil, poix et clous : 28 sous

- coupe et façon d’une paire de souliers piqués, clous, fil et poix : 2 livres 2 sous, le tout en numéraire métallique (comme toujours !)

Le citoyen Desbois, cloutier, demande 500 livres de fer en verges, à prendre dans le stock qui se trouve au château, pour faire les clous nécessaires pour la forge de Moisdon.

  Ouvre-moi la porte

27 Vendémiaire (18 octobre 1796) : un citoyen déplore que la Porte St Michel soit fermée depuis longtemps « personne ne peut passer, cela fait un tort considérable aux habitans de ce quartier » qui désireraient être autorisés « à faire entr’eux une somme pour faire une porte pareille à celle de la Porte Neuve ». Donc, ils sont prêts à se cotiser pour satisfaire la revendication de leur quartier.

L’administration municipale reconnaît qu’il est avantageux d’avoir « des portes ouvrantes et ermantes aux rües St Michel et de la Poterne, que c’est un moyen sûr de faire renaître le commerce et ranimer l’industrie dans ces deux quartiers de la ville qui ont été isolés si long tems »

30 Vendémiaire an V (21 octobre 1796) : le citoyen Duradier, « conservateur des hipotèques à Châteaubriant », demande à l’administration municipale de lui indiquer un autre logement où il puisse transférer son bureau et ses papiers et il explique : « qu’il vient de s’établir un jeu de billard dans la chambre au dessus de son bureau, de manière que ce voisinnage rend sa demeure actuelle peu sûre. Ce jeu doit amener une affluance de citoyens qui font du bruit, tant au billard qu’en s’y rendant par le même escallier » ... que celui qui sert aux appartements du citoyen Duradier

  Des clous !

8 Brumaire (29 octobre 1796) : le citoyen Etienne Villefeu, cloutier, a besoin de fer pour la Porte St Michel. Il demande deux paquets de verge de fer de 50 livres chacun, « pour former des clous de 5 pouces de long et de six lignes de grosseur à tête carrée » en précisant que le fer de verge n’est pas assez gros et qu’il est obligé d’en pétrir « trois ou quatre morceaux ensemble, ce qui exige un travail considérable et occasionne une grande diminution pour le dit fer »

10 Brumaire (31 octobre 1796) : le citoyen Lelièvre, commissaire du Directoire exécutif, s’inquiète : « différentes personnes se permettent de débiter des poudres, pierres à fusils et plomb à giboyer, depuis que le commerce en est toléré publiquement dans les villes de Rennes, Nantes et Angers. Ces munitions ne doivent pas être livrées indistinctement entre les mains de toutes personnes, ni être délivrées et vendues sans des précautions ». L’administration municipale désigne les citoyennes Dorange comme marchandes de poudres et leur demande de tenir un registre des acheteurs.

16 Brumaire (6 novembre 1796) : la citoyenne Marie-Anne Guibourg, veuve Dubreil du Chatellier, sera déchargée du casernement des gendarmes à partir du 6 Messidor prochain (24 juin 1797), en sa maison de la Poterne. Les 10 appartements (= chambres) autrefois occupés au château par le sieur Jousselin, ex-agent du cy-devant Prince de Condé, seront affectés « pour local des cazernes de la gendarmerie »

23 Brumaire (13 novembre 1796) : le citoyen Bureau, qui est commandant de la Garde Nationale de Châteaubriant est aussi chargé de commander la force armée (c’est-à-dire la garde nationale et la gendarmerie), « pour assurer aux bons citoyens la tranquillité qu’ils ont lieu d’attendre »

Par précaution, « de crainte qu’ils ne soient enlevés par des ennemis de la République », il invite la municipalité à « faire ramasser les pierriers qui sont placés sur les différentes batteries autour de cette ville »

25-27 Brumaire (15-17 novembre 1796) : bataille autour d’Arcole en Italie. Les soldats français commencent à faiblir, Bonaparte prend un drapeau, et s’élançe à la tête de ses grenadiers sur le Pont d’Arcole, mais il tombe dans les eaux de la rivière. Les soldats, entraînés par tant de dévouement, le délivrent, l’emportent sur leurs épaules, et reviennent au combat. Cette bataille d’Arcole, légendaire, est dans la lignée des nombreuses batailles menées, avec plus ou moins de succès, par Bonaparte.

1er frimaire (21 novembre 1796) : la citoyenne Marie-Anne Guibourg est autorisée « de faire rétablir l’ancienne porte qui communiquait à son jardin de la Poterne, à la charge de faire fermer la dite porte à clef, de garder la dite clef avec soin et de la déposer à l’endroit qui lui sera désigné par l’administration quand elle sera requise à cet effet »

A Paris, le Directoire décide que les prix des Biens Nationaux sont exigibles en numéraire ou en papier « au cours ».

  Défaut d’avoine

Nous sommes toujours sous le Directoire. A Paris la crise politique est permanente. Le peuple miséreux se tait. Les parvenus et les profiteurs étalent leur richesse. Les hommes d’affaires (négociants des principales villes de commerce, et banquiers) sont en guerre avec le Directoire. Les royalistes, et les catholiques traditionnalistes relèvent la tête et essaient de reconquérir le pouvoir d’une manière légale. L’armée est l’un des derniers bastions des idéaux républicains, une institution dans laquelle le mérite et la valeur sont reconnus comme en témoigne la carrière d’un Bonaparte qui poursuit avec succès sa Campagne d’Italie

A Châteaubriant on se débat avec les petits problèmes quotidiens :

5 frimaire an V (25 novembre 1796) : « il s’élève journellement des plaintes contre les citoyens Adam et consorts, résultant du défaut d’avoine et autres fourrages . Il n’est pas possible de laisser la garnison sans avoine » : depuis que la fourniture du foin, de l’avoine et de la paille, du bois et des chandelles, a été confiée à un prestataire privé, le 14 vendémiaire dernier (5 octobre), les plaintes se multiplient au point que l’administration municipale décide de fournir immédiatement 20 quintaux d’avoine à la troupe, aux frais du citoyen Adam.

6 frimaire an V (26 novembre 1796) : le département de Loire-Atlantique a besoin de chevaux pour le contingent et en demande à Châteaubriant. L’administration municipale s’y refuse disant que « après de nouvelles informations prises, il n’existe dans le canton que des juments et petits chevaux dont la jeunesse, la taille et la construction (sic !) les rendent absolument incapables d’être employés au service des armées »

8 Frimaire an V (28 novembre 1796) : le directeur des Forges de Pouancé demande 18 livres de poudre à canon, pour faire sauter la mine de fer de Rougé et alimenter ainsi les Forges de Pouancé. La municipalité répond que l’arsenal de Châteaubriant « n’a que des cartouches dont la plupart sont gâtées, et qu’il n’existe aucune poudre en nature »

16 Frimaire (6 décembre 1796) : la contribution personnelle et somptuaire de la commune de Châteaubriant pour l’an IV se monte à 31 225 livres 1 sou 1 denier. La publication en est faite au son du tambour aux lieux accoutumés et le rôle est remis au percepteur pour en faire le recouvrement.

16 Frimaire aussi : la municipalité décide de s’abonner aux « Annales de la République » pour connaître les lois « et l’esprit dans lequel ces loix ont été rendües ».

Ce même jour, le citoyen Besnier est autorisé à faire ouvrir la porte qui communique à son jardin dans les douves. C’est celui-là même qui avait dû reconstruire cette porte le 1er fructidor dernier (18 août 1796). Comme quoi les choses changent.

A partir de cette date on note que les délibérations de l’assemblée municipale ne sont plus signées à chaque fois...

20 Frimaire (10 décembre 1796) : les cordonniers de la ville ont fourni 159 paires de souliers pour la troupe entre le 25 vendémiaire et le 24 brumaire (c’est-à-dire entre le 16 octobre et le 14 novembre), à raison de 5 livres 15 sols la paire.

Par ailleurs, à partir de ce 20 frimaire, c’est la période où les habitants demandent des dégrèvements sur leurs impôts personnels et somptuaires. La municipalité examine chaque demande et veille à ce que la contribution soit « assise sur les bases de la justice et de l’équité »

30 Frimaire an V (20 décembre 1796) : la perception est mise en adjudication. « Nul ne sera admis à l’adjudication qu’après s’être présenté devant la municipalité pour y faire connaître sa solvabilité et les cautions qu’il pourra donner »

  Un deux, ... six feux

L’adjudication est faite de la façon suivante :

« Il a été allumé un feu et le prix annoncé à qui moins de 12 deniers pour livre voudroit faire valloir la dite perception. Le citoyen François de la Porte a mis 11 deniers, le citoyen Jean Baptiste Cocquelin à 10 deniers, le citoyen de la Porte à 9 deniers.

Un second feu allumé et éteint sans enchère.

Un troisième feu allumé, le citoyen Cocquelin a mis 8 deniers.

Un quatrième feu allumé, a été mis par La Porte à 7 deniers, par Cocquelin à 6 deniers.

Un cinquième feu allumé, La Porte a mis à 5 deniers, Cocquelin à 4 deniers et La Porte à 3 deniers.

Un sixième feu allumé et éteint sans son enchère. La dite adjudication est demeurée adjugée au citoyen François de La Porte »

30 frimaire (20 décembre 1796) : la citoyenne Marteau réclame du riz pour l’hospice, dont elle est directrice, en provenance des magasins militaires de Châteaubriant. L’administration communale considère que le riz n’est plus délivré à la troupe comme subsistance extraordinaire et que l’approvisionnement en grains paraît assuré. D’autre part, il y a 25 à 26 militaires malades. C’est pourquoi l’administration arrête de livrer 7 quintaux et 60 livres de riz au fur et à mesure des besoins des militaires malades.

3 Nivôse an V (23 décembre 1796) : le Directoire décide de confier à un petit nombre de compagnies spécialisées l’approvisionnement des armées. C’est une perte de marché pour les artisans et commerçants locaux. On sait déjà que ce ne fut pas une réussite à Châteaubriant (voir au 5 Frimaire précédent)

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  Certificat de résidence

Régulièrement, quelques citoyens demandent un certificat de résidence comme celui-ci :

Nous administrateurs municipaux, certifions sur l’attestation des citoyens Victorien Delaunay, Jean Baptiste Dupin, rentiers, et Pierre Juhel, serrurier, tous domiciliés de cette commune, que Jacques François Bernard Tertrais, âgé de 45 ans, rentier, taille de 4 pieds onze pouces, cheveux et sourcils blonds, yeux gris, nez petit, bouche moyenne, menton rond, front découvert, visage plein, désigné dans l’attestation et certificat qui nous a été présenté par le citoyen Victor Bernard son fondé de pouvoir, a résidé dans une maison appartenant à Louis Joseph Capet, et dans une autre appartenant au dit Bernard, depuis 1789 jusqu’au 19 octobre 1793, vieux style.

Certifions en outre que les citoyens attestant ne sont à notre connaissance et d’après leur affirmation, ni parents, alliés, agents, fermiers, créanciers, ni débiteurs du certifié ou employés à son service.

Fait en administration municipale en présence du dit fondé de pouvoir et des attestants lesquels ont signé avec nous, le 8 pluviôse an V de la République une et indivisible


  Bonaparte

La campagne d’Italie commence, pour Napoléon, deuxième fils de Charles et Laetitia Buonaparte, le 27 mars 1796. Ce jour-là, il enflamme ses soldats par une proclamation impérieuse : « Je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde : vous y trouverez de grandes villes, de riches provinces ; vous y trouverez honneur, gloire et richesse. Soldats d’Italie, manqueriez-vous de courage ? ». A la tête de 38 000 hommes, et avec 30 pièces de canon, contre des forces austro-piémontaises presque deux fois supérieures, il mène une foudroyante campagne où se révèle tout son génie militaire. Aidé par des jeunes chefs comme Augereau et Masséna, il culbute l’armée piémontaise à Mondovi (22 avril 1796) et, en quinze jours, met le Piémont hors de combat (armistice de Cherasco 28 avril 1796).

Il se retourne alors contre l’armée autrichienne déjà battue à Montenotte (12 avril), et Millesimo (14 avril). Il franchit le Pô, force le passage de l’Adda au Pont de Lodi (10 mai 1796), et entre à Milan le 15 mai. Les souverains italiens, frappés de stupeur, abandonnent précipitamment l’alliance autrichienne : le duc de Parme, le duc de Modène et le pape demandent l’armistice. Naples retire ses troupes.

Mais l’Autriche envoie une nouvelle armée en Italie. Elle est battue à Castiglione (5 Août), Roveredo (4 septembre), Bassano (8 septembre) et doit s’enfermer à Mantoue après avoir perdu plus de 50 000 hommes.

L’Autriche envoie une troisième armée en novembre 1796. Les Français battent d’abord en retraite puis réussissent à forcer le Pont d’Arcole (15/17 novembre 1796) et à remporter la victoire de Rivoli (14 janvier 1797). L’armée autrichienne capitule à Mantoue (2 février 1797).

Bonaparte marche ensuite sur Vienne. Il bouscule en Syrie l’armée de l’archiduc Charles et s’avance jusqu’à Leoben où l’Autriche obtient l’armistice (18 avril). Cette campagne se termine par le traité de Campoformio (17 octobre 1797) qui assure à la France la rive gauche du Rhin et crée en Italie la République Cisalpine.

Les succès magnifiques remportés en Italie donnent à Bonaparte une immense popularité. Il songe alors à la conquête du pouvoir. Le Directoire, lui, ne pense qu’à éloigner cet encombrant général et l’envoie mener la campagne d’Egypte où il s’empare de Malte (11 juin 1798) et d’Alexandrie (1er juillet 1798). La victoire des Pyramides (21 juillet) lui ouvre la route du Caire. Il s’empare de Gaza, Jaffa et est vainqueur à Aboukir (25 juillet 1799) mais il comprend que ce n’est pas là qu’il peut mettre l’Angleterre à genoux, d’autant plus que, en Europe, les armées françaises sont battues par les Autrichiens et les Russes. Il abandonne alors son armée et rentre à Paris (octobre 1799) où le Directoire est très discrédité (loi sur la conscription, emprunt forcé, etc).




Sources :

- Archives municipales séries A, 1 D 14 et 1 D 15
- Jean Massin : Almanach du 1er Empire
(Ed ; Encyclopédie Universalis)
- Histoire du Peuple Français (tome III)
par Pierre Lafue et Georges Duveau
- Archives de Sciences-Po (Lyon)

L’orthographe, variable, n’est pas celle de notre époque : « rües », « renouvellé », « boullanger », « cadenat », « chappelle », « farinne », « suspention », « lieff ou lief » (pour levée), « débarasser », « antièrement », « chés », « rappeller » , « amande » (pour amende), « deffense », « d’enrées » (pour denrées), « hipotèques », « voisinnage », « affluance », « escallier », etc.

(1) le LIEF des scellés, c’est la levée des scellés. Le mot ancien LIEF a la même racine que « relief » qui veut dire « enlever », relever »