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Un étranger, comme c’est étrange !

Un étranger, comme c’est étrange !
Les italiens
Les Espagnols
Les Portugais
Les Turcs

UN ETRANGER ?
Comme c’est étrange !

Autrefois la France s’appelait La Gaule et ses habitants s’appelaient les Gaulois. Nos ancêtres avaient les yeux bleus et de longues moustaches tombantes.

C’est ce que nous avons tous appris à l’école. Mais en regardant autour de nous, nous sommes bien obligés de dire que notre race a singulièrement évolué ou, plus vraisemblablement, qu’on nous avait raconté des « craques ».

La majeure partie de l’Europe, dont tout l’Ouest de la France jusqu’en Auvergne, a été peuplée par des Celtes d’origine indo-européenne, qui ont eux-mêmes succédé à des populations et des civilisations plus anciennes.

Dans l’Ouest, s’y sont ajoutés des immigrés bretons (il s’agit là de la Grande Bretagne par rapport à notre Bretagne dite « petite Bretagne »).

Sur les côtes normandes et en remontant la Seine, se sont installés les envahisseurs venus du Grand Nord (les Huns d’Attila), tandis que l’ensemble de la Gaule était pénétré peu à peu par les Francs (qui ont ensuite donné son nom à la France). Les Francs venaient de Germanie.

La partie méridionale de l’Europe, quant à elle, a connu les invasions Sarrasines, les Arabes ont été stoppés à Poitiers, la langue d’Oïl (par rapport à la langue d’Oc) n’est devenue la langue romane, puis le français, que par hasard.

Chaque grand port a été colonie de peuplement des navigateurs : Marseille par exemple, la Cité Phocéenne, a été fondée par les Grecs.

Alors Bonjour ! Pour les ancêtres aux yeux bleus et aux longues moustaches tombantes.

D’authentiques langues régionales subsistent toujours, heureusement, à commencer par le breton, le basque et l’alsacien. A vrai dire, l’unité des grandes familles de nations européennes, pour ne parler que de celles-là, ne s’est pas faite sur des races, mais a été forgée par les religions. La France, en ce qui la concerne, ne connaît l’unité réelle que depuis à peine cinq siècles, unité constituée successivement autour d’un certain Hugues CAPET, des républicains des années 1789 et de Bonaparte.

Catherine a fabriqué la Russie, Frédéric la Prusse, Bismarck l’Allemagne et Garibaldi l’Italie, au prix de beaucoup de sang, de beaucoup de guerres, de beaucoup de larmes. Et nous pourrions continuer longtemps ainsi.

Si l’on en croit la Bible, Noé eut trois fils : Sem, Cham et Japhet. L’un peupla l’Afrique, l’autre peupla l’Asie, le dernier peupla l’Europe. La Bible a oublié l’Amérique.

Quelle femme leur a donné des enfants ? La Bible ne le dit pas non plus.

Si l’on en croit les scientifiques, certains prétendent que l’homme descend du singe ou du poisson ou de l’oiseau ou des trois successivement. On dit aussi que le berceau de l’homme est en Afrique. L’homme aurait donc été largement basané si ce n’est noir, et dans certains pays, sous l’effet du climat, aurait en quelque sorte dégénéré et serait devenu blanc.

Il n’est pas question d’écrire un traité d’histoire ou d’anthropologie. Il y a des spécialistes pour ça. Mais cet avant-propos est destiné à mettre le doigt sur l’inanité de tout discours raciste. Certes les différences existent. Heureusement. Encore que, comme c’est déjà arrivé dans l’histoire, de nouveaux brassages se font et se feront, créant d’autres types d’individus.

Un mot encore : chacun souhaite se référer à sa patrie ou sa matrie, c’est à dire à cet univers familier qu’il a connu depuis sa naissance ou celui de sa famille mais qui ne remonte guère dans le temps. Cela correspond d’ailleurs rarement à des frontières administratives ou nationales.

Autrement dit, le Pays c’est ce qui le compose au moment où on vit, donnée qui demeure variable dans le temps et dans l’histoire. Pour le reste, c’est la grande aventure de l’homme et elle est universelle.

Pour illustrer cette grande aventure, en pays castelbriantais, LA MEE a rassemblé les témoignages d’une dizaine de ceux qui ont quitté un jour leur lointain pays pour venir habiter chez nous. En commençant par les plus anciens, voici : les Italiens, les Polonais, les Espagnols, les Portugais, les Turcs.

Immigrés ? Oui.
Etrangers ? Encore, surtout dans la tête de nos compatriotes.
Mais souvent naturalisés français.
Français de par leurs enfants, Français de cœur.

Un étranger, comme c’est étrange !
Les italiens
Les Espagnols
Les Portugais
Les Turcs

Les italiens : le père Migli

LE PERE MIGLI : L’AVENTURE DES 12 ANS

Il n’est pas facile de refaire l’histoire de la famille MIGLIORETTI : cela remonte à près de 100 ans et les gens modestes ne laissent guère de traces écrites dans l’histoire.

Le père MIGLIORETTI, originaire de Masséro, au nord de l’Italie, dans le Piémont, près de Turin, a toujours été un grand voyageur. En Suisse, dès l’âge de 12 ans, puis en Amérique, il est venu s’installer à Châteaubriant en 1897 (il avait 20 ans) et n’a été naturalisé français qu’en 1927.

Son métier : cimentier. Une nouveauté pour le pays castelbriantais qui ne connaissait que la maçonnerie traditionnelle. Personne ne voulait utiliser le ciment ici. Et c’est le Père Jules HUARD qui, le premier, a fait travailler Segundo Luigi Quinto (dit « Quentin ») dans son usine de la rue des Vauzelles.

En 1910 Segundo Luigi Quinto s’en retourne au pays, le temps de prendre femme. Puis il s’en revient vivre à Châteaubriant, dans les vielles maisons du Faubourg St Michel. On ne peut pas dire que c’était le luxe dans ces bâtisses datant, pour certaines, du Moyen Age.

C’est là que vivront les onze enfants.

Les quatre filles dormaient dans la même chambre que les parents, dans un lit de coin, deux à la tête et deux au pied.

Les sept garçons dormaient dans la petite chambre située au-dessus du porche, si haute de plancher qu’il n’était pas possible d’y tenir debout.

Le père Luigi s’en allait le matin à vélo pour faire son travail, parfois jusqu’à Guéméné Penfao. La Mamma avait fort à faire avec ses onze enfants. Les galoches des garçons étaient raccommodées le soir à la veillée, avec des boites de sardines. Les vêtements portaient souvent des pièces. Mais les enfants étaient toujours tenus propres. Le soir, les blouses d’école étaient lavées et séchées devant le feu de bois, mais nul n’avait le temps de les repasser.

« C’est pour ça qu’à l’école des filles de Châteaubriant, on ne nous mettait jamais devant au moment des cérémonies : nous n’étions pas assez belles. Dans cette école, il y avait deux cours de récréation séparées, l’une pour « l’externat » (les gens ordinaires), l’autre pour le « pensionnat » (les gens plus aisés). On disait : la cour des vilaines et la cour des belles. Mais cela ne nous choquait pas trop : c’était comme ça » raconte Thérèse.

Cela se passait dans les années 30. Dans une école catholique de Châteaubriant.

Dans la famille Miglioretti, si ce n’était pas la misère, cela y ressemblait beaucoup. Les temps étaient durs, le père travaillait de nombreuses heures du jour « et ma mère n’hésitait pas à nous donner le sein la nuit, pour nous empêcher de pleurer, de peur de réveiller le père dont le temps de sommeil était compté ». La journée, à la saison, la mère s’en allait, deux ou trois enfants dans la brouette, ramasser des patates ou aider aux battages dans les fermes autour des Fougerays.

LA POLENTA DE LA MAMMA

Chez les Migli, c’était pas le luxe. « Nous avions une grande table ronde, en béton bien entendu. Seuls les aînés pouvaient s’installer autour. Les autres mangeaient debout ou autour de l’unique cheminée. Quand il faisait beau, on mangeait dehors ».

Mais pour autant, les enfants Migli n’en gardent pas un souvenir douloureux. « J’ai eu de la chance, disait souvent maman, de trouver dans le quartier des gens formidables, les BARBAZANGES par exemple ». Ils ramassaient en campagne les ferrailles et guenilles et les peaux de lapin et ils avaient le cœur sur la main. Quand il faisait beau, tout St Michel vivait dehors et les filles des maisons voisines se régalaient de la polenta, du risotto, qui cuisaient sur le feu de bois dans l’immense chaudron des Migli.

« Des fois, la mère passait sa main sur le fond noir de la poêle et nous en barbouillait le nez. D’autrefois, c’était de la confiture. Jeux d’enfants. Sourires et rires sur fond de misère ».

Cela n’a pas empêché les Migli de faire leur chemin. Dans le bâtiment le plus souvent. L’un d’entre eux, QUENTIN MIGLIORETTI, s’illustrera dans les camps de concentration pour l’aide qu’il a pu apporter à des Castelbriantais. Une rue de la ville porte son nom.

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