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1814-1815

 Vers l’abdication de Napoléon

1er janvier 1814 : Le Comte de Provence, futur Louis XVIII, lance une proclamation à ses « sujets » : « Recevez en amis ces généreux Alliés, ouvrez-leur les portes de vos villes, prévenez les coups qu’une résistance criminelle ne manquerait pas d’attirer sur vous, et que leur entrée en France soit accueillie avec les accents de la joie ».

2 janvier 1814 : Napoléon envoie des « commissaires extraordinaires » pour impulser la défense nationale. mais il avoue pathétiquement : « J’ai trop fait la guerre. Annoncez à nos départements que je vais conclure la paix. Que je leur demande uniquement les moyens de rejeter l’ennemi hors du territoire, que j’appelle les Français au secours des Français ». Il décrète une « levée générale populaire »et se prépare à faire front malgré la disparité accablante des forces. Les maréchaux sont partout en pleine retraite devant un ennemi qui n’avance pourtant qu’avec prudence.

La « Campagne de France » commence. L’abdication de Napoléon est proche ...

 Le premier plan d’urbanisme de Châteaubriant

Le 13 janvier 1814 : à Châteaubriant le Conseil Municipal est réuni pour examiner un projet présenté conjointement par le maire Martin Connesson, et le Géomètre Demolon. C’est sans doute le premier plan d’urbanisme de la commune. Les travaux projetés sont d’importance. Les voici :

- qu’il soit tracé une rue à travers le four Banal et donnant sur la place St Nicolas

- qu’il soit tracé aussi une rue passant devant la maison de M. de la Porte, traversant un bout de son jardin et la Cour de la Coquerie pour communiquer à la Grande Rue

- qu’une autre rue soit projetée à partir du Pont de la Planche Marguerite à aller rejoindre la rue de Rigale et celle du Dos d’âne

- que la Grande Rue soit alignée, au moins dommageable, eu égard aux principaux édifices, sur une largeur de sept mètres d’un bout à l’autre

- que les rues secondaires aient six à sept mètres suivant leur importance

- que l’alignement projeté de la place St Nicolas depuis l’auberge du Pot d’Etain, jusqu’à la Tour du Four, se réduise à une ligne droite partant du Pot d’Etain et allant dans le coin de l’angle de la maison de M. Guérin.

- qu’il sera utile de projeter la suppression des portes de ville

- que les puits existants sur la place St Nicolas et au bas des Halles soient indiqués sur le plan

- que le projet de promenade tracé sur l’esplanade du Château, s’étende dans une partie des douves à communiquer à celle du haut par des rampes en pente douce, que cette promenade basse soit assez large pour qu’on puisse y planter deux rangs d’arbres et que les talus des deux côtés soient plantés d’arbrisseaux.

- qu’il soit projeté une rue de six mètres de large allant de la rue de la Porte Neuve en droite ligne dans la Grande Rue, en passant derrière le chœur de l’église.

Il est étonnant de voir que presque tous les projets du Conseil Municipal du 13 janvier 1814 ont été réalisés ...
26 janvier 1814 : Napoléon prend le commandement de l’armée impériale à Vitry-le-François. Il dispose de 50 000 hommes à peine mais il déclare « 50 000 hommes et moi, ça fait 150 000 ». Il va le prouver : victoire de Champauvert, victoire de Montmirail, victoire de Vauchamps, Victoire de Montereau...

 Insoumis

Supprimer les portes de la ville, c’est une des propositions de M. Demolon, mais ...

le 19 février 1814 : le maire explique que le mercredi précédent « vers les quatre heures de l’après-diné », des insoumis, refusant de partir à la guerre, entrèrent dans la ville, qu’ils allèrent à la maison d’arrêt délivrer un homme (père d’un conscrit réfractaire), qu’ils se présentèrent à la municipalité pour y prendre les fusils qui y étaient déposés (que le maire avait cachés pendant qu’ils étaient à la prison), qu’ils se firent délivrer par différents marchands deux kilogrammes de poudre et que les habitants, surpris de cette visite inopinée, ne purent faire aucune résistance.

Craignant des événements postérieurs et dans le dessein de ménager le service de la garde nationale, le maire propose de rétablir les anciennes portes de ville et d’en faire de nouvelles. A la suite de ce rapport le Conseil Municipal, considérant qu’il est utile de fermer la ville pour éviter une surprise, est unanimement d’avis qu’il faut réparer les portes qui existent et en faire là où il n’y en a plus. Un corps de garde est mis en place.

7 Mars 1814 : Victoire de Napoléon à Craonne. Le lendemain, craignant que leur coalition se disloque face aux victoires de l’Empereur, les Alliés s’engagent, par le traité de Chaumont, à rester ligués contre la France pendant 20 ans et promettent d’engager toujours, au besoin, 150 000 hommes chacun.

10 mars 1814 : Napoléon doit battre en retraite à Laon. Mais le 13 mars 1814 il remporte la victoire de Reims. C’est sa dernière grande victoire. Les Alliés marchent sur Paris.

31 mars 1814 : les Alliés entrent dans Paris. Les faubourgs populaires, qui étaient prêts à se battre, n’ont pas obtenu d’armes. Les beaux quartiers pavoisent. Talleyrand propose le retour des Bourbons sur le trône de France. Le Sénat est invité à nommer un gouvernement provisoire et à préparer une Constitution.

2 avril 1814 : le Sénat prononce la déchéance de Napoléon Bonaparte et délie les soldats du devoir de fidélité envers lui.

4 avril 1814 : les maréchaux d’Empire notifient leur refus d’obéir à l’Empereur. « Je lui ai dit qu’il était temps pour nous de jouir du repos. Croit-il donc que, lorsque nous avons des titres, des hôtels et des terres, nous nous ferons tuer pour lui ? » dit le maréchal Lefebvre.

6 avril 1814 : Napoléon abdique sans condition et le Sénat appelle « librement » Louis-Stanislas-Xavier de Bourbon à être roi des Français « du vœu de la Nation »

 Vive le Roi

16 avril 1914 : pour célébrer la chute de Napoléon, le sous-préfet, le maire et le curé-doyen de Châteaubriant conviennent de marquer concrètement l’événement : l’arbre de la liberté est abattu le jour-même et un Te Deum est prévu pour le lendemain avec feu de joie sur la place publique, bénédiction du drapeau blanc, rafraîchissements distribués au peuple, illumination de toutes les maisons.

20 avril 1814 : Napoléon dit adieu à la Garde avant de quitter Fontainebleau pour l’Ile d’Elbe, accompagné de Bertrand, Drouot, Cambronne et 600 hommes. Partout à Paris, c’est la course précipitée de presque tous ceux à qui Napoléon a accordé des faveurs et qui se hâtent de se rallier au nouveau régime.

24 avril 1814 : Louis XVIII que ses sujets appelleront « Louis le Désiré » débarque à Calais accompagné de Blacas son favori, et du Prince de Condé.

29 avril 1814
 : au Conseil Municipal de Châteaubriant monsieur le Maire dit : « ce fut un jour heureux pour nous celui qui, terminant l’affreuse tirannie sous laquelle nous gémissions, nous annonça le retour si désiré de S.M. Louis 18 sur le trône de ses ancêtres nos rois. Nous en avons senti tout le prix. Pendant trois dimanches consécutifs les habitants de cette ville ont déjà célébré avec une allégresse qui était inconnue depuis 25 ans, un événement si glorieux pour la nation et qui nous promet un bonheur réel, augmenté du bienfait de la paix générale en Europe.

Nous avons supporté le joug de la tirannie mais au moins messieurs nous n’avons pas à nous reprocher de l’avoir provoquée ou agravée par des adresses adulatrices dans lesquelles on faisait offrir au tiran la vie et la fortune des français. Nous sommes francs Bretons et nous avons résisté courageusement à toutes les insinuations et invitations de ce genre ».

 Moderne Attila

Martin Connesson poursuit : « L’événement heureux qui, en nous affranchissant de la tirannie du moderne attila, nous rend notre légitime souverain, est d’un si grand prix pour nous que je n’hésite pas à vous proposer non seulement de faire une adresse à S.M mais aussi de l’envoyer par une députation de trois nobles citoyens de cette cité »

Les « trois nobles citoyens » sont alors désignés :
- Connesson, maire
- De la Pilorgerie, sous-préfet
- De Virel, marchand

et ils portent à S.M. (Sa Majesté) l’adresse suivante :

« Des enfants désolés et malheureux retrouvent un bon père. L’allégresse qu’ils éprouvent de son retour efface les vestiges mêmes de ces tems désastreux qui leur ont coûté tant de larmes et de sang. Du moment que vous avez touché le sol de la France, berceau de votre auguste famille, les acclamations et les transports de joye d’un peuple sensible nous ont persuadés que vous régnerez sur les cœurs. Sire, quel beau jour pour la nation française, l’anarchie disparaît, l’ordre et la justice vont lui succéder » dit cette "adresse" à Louis XVIII dont on dit que « la bonté, les lumières et les vertus vont donner un nouvel état à la morale et à la religion et faire refleurir les arts et le commerce ».

« Nos descendants, jaloux de notre bonheur, béniront votre mémoire en regrettant de n’avoir pas vécu sous votre règne qui accroîtra l’ornement et la gloire de la dinastie des Bourbons et partageront nos sentiments de fidélité, d’amour et de respect »

 Altesse Sérénissime

Avec le retour du Roi se fait aussi le retour des princes émigrés dont le Prince de Condé, ci-devant seigneur de Châteaubriant. Martin Connesson, décidément très en verve, oubliant qu’il s’est bien enrichi grâce à la Révolution, écrit à Son Altesse Sérénissime le Prince de Condé :

« Monseigneur, les habitans de la ville de Châteaubriant ont vu leurs vœux et leurs plus chers désirs comblés par le retour et le rétablissement sur le trône de ses ancêtres de Sa Majesté Royale Louis 18 »

« Mais ce qui a beaucoup ajouté à leur bonheur dans cette circonstance, c’est de la voir accompagnée par votre A.S. et son auguste fils Monseigneur le Duc de Bourbon que 25 ans d’infortune avaient éloigné de nous. Ce long espace de tems n’a point effacé les traces des bienfaits que vous et votre auguste famille avez répandus sur eux. Leur cœur en est pénétré, ils vous supplient d’agréer l’expression des sentiments de joye, de reconnaissance et de dévouement dont ils sont animés et de vouloir bien leur continuer votre haute bienfaisance à laquelle ils attacheront toujours le plus grand prix ».

Ainsi, Martin Connesson, qui s’était refusé aux « adresses adulatrices » du temps de Napoléon, n’a pas les mêmes réserves vis-à-vis de Louis XVIII et du Prince de Condé.

3 Mai 1814 : Louis XVIII entre à Paris. Les faubourgs populaires se taisent. Environ 10 % des Français acceptent les Bourbons avec joie. Les autres se résignent à la monarchie par lassitude et besoin de paix.

13 mai 1814 : Louis XVIII constitue son gouvernement avec notamment Talleyrand aux affaires étrangères. Les Princes du Sang font partie du Conseil du Roi. Par souci d’économie, 100 000 soldats sont mis en congé illimité et 12 000 officiers sont en demi-solde. Les choix sont faits discrètement sur critères politiques. Mais quand le Roi rétablit sa « Maison Militaire », corps somptuaire et peu efficace qui coûtera fort cher, les Français comprennent l’hypocrisie des motifs d’économie allégués pour les congés illimités et les mises en demi-solde. Par ailleurs une commission est créée pour examiner les états de service des émigrés ayant porté les armes contre la Révolution et les réintégrer dans l’armée avec avancement. C’est vraiment « la restauration ».

16 mai 1814 : le temps des proclamations est passé, il faut revenir aux affaires concrètes. Par exemple au traitement du vicaire de la paroisse de Châteaubriant : les dépenses de "la fabrique" ont un peu diminué, le Conseil décide d’accorder toujours les 250 francs pour le logement mais de réduire à 150 francs (au lieu de 250) ce qu’il verse pour le traitement du vicaire. Parallèlement, en plus des 300 francs alloués par la commune à l’hospice, le Conseil rajoute 100 francs « vu que l’hospice n’a aucune réserve pour faire subsister les pauvres »

7 juin 1814 : arrêté royal imposant le repos du dimanche et la fermeture, ce jour-là, des cafés et cabarets, sous peine de lourdes amendes. Trois jours plus tard sont rétablies les processions solennelles de la Fête-Dieu avec interdiction aux voitures de circuler et ordre aux habitants de pavoiser sur le passage de la procession.

25 septembre 1814 : le Préfet de Loire-Inférieure demande si le Conseil de la ville de Châteaubriant désire avoir de la troupe, cavalerie ou infanterie, en garnison. Le Conseil considère que le pays ne produit que peu de fourrage, qu’il n’y a aucun bâtiment propre à loger les troupes, que l’habitant est trop étroitement logé lui-même pour pouvoir loger des militaires. Il remercie donc le Préfet de son offre « qu’il regrette de ne pouvoir accepter »

16 décembre 1814 : vote d’une loi accordant un crédit de 80 millions pour payer les dettes contractées par les Bourbons pendant leur exil.

 1815

21 janvier 1815 : cérémonies expiatoires pour l’anniversaire de la mort de Louis XVI

Pendant ce mois de janvier Louis XVIII refuse de verser à Napoléon la rente de 2 millions stipulée par le traité de Fontainebleau. Bientôt l’ancien empereur ne pourra plus payer ses soldats. Comment se défendra-t-il des tentatives d ’enlèvement, de déportation et d’assassinat qu’il redoute à bon droit ?

 Le Corse féroce


26 février 1815
 : Napoléon quitte l’Ile d’Elbe sur le brick l’inconstant » et promet à ses officiers : j’arriverai à Paris sans tirer un coup de fusil (c’est ce qui se passera). Il rédige une proclamation à l’armée disant : « La victoire marchera au pas de charge. L’Aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame. Alors vous pourrez montrer avec honneur vos cicatrices, alors vous pourrez vous vanter de ce que vous aurez fait ; vous serez les libérateurs de la patrie »

6 mars 1815 : ordonnance royale déclarant Napoléon traître et rebelle et ordonnant de « lui courir sus ».

11 mars 1815 : à Châteaubriant, au vu de cette ordonnance, Martin Connesson rédige une nouvelle adresse au roi :

« Les membres du Conseil ont été indignés de cette audace de ce Corse féroce qui voudrait de nouveau ensanglanter le sol de la France. Ils ont témoigné les sentiments d’amour et de dévouement dont ils sont animés pour la personne sacrée du Roi, étant prêts à lui donner tous les secours que les circonstances pourraient exiger »

« En conséquence, il a été unanimement arrêté qu’il serait fait séance tenante une adresse à S.M. pour lui faire connaître nos véritables dispositions » :

« Sire, nous avons frémi d’indignation en apprenant la tentative patricide faite par Napoléon. Nous détestions la tirannie bien avant sa chute, nous l’avions oubliée pour ne plus nous occuper que du bonheur que le retour d’un bon roi nous promettait. Pourquoi faut-il qu’il soit troublé un instant ? »

 Triple rempart

Martin Connesson poursuit : « Croit-il donc, l’infâme, que nous ayons oublié les maux qu’il nous a faits ? Où sont nos frères ? Nos enfants ? Le Cruel les a tous dévorés. »

« Nous espérons qu’aucun moyen extraordinaire ne sera nécessaire pour anéantir le rebelle, mais Sire, si Votre Majesté faisait appel à ses sujets, elle peut compter sur l’entier dévouement de ce pays ».

« A votre voix, notre population entière marchera contre lui et environnera votre personne sacrée du triple rempart de son amour, de sa fortune et de sa vie »

11 mars 1815 : le Préfet a communiqué une ordonnance du Roi qui autorise les villes à reprendre les anciennes armoiries. Le Maire dit qu’il a retrouvé trace d’une ordonnance du roi du 6 février 1698 portant confirmation des armoiries de Châteaubriant, et que des morceaux de casaque des anciens hérauts en portent encore le dessin. Le Conseil affirme qu’il y a des armoiries depuis plus de 250 ans et autorise le maire à poursuivre ses recherches.

11 mars 1815 : Napoléon est accueilli partout avec délire, notamment à Lyon où il prend divers décrets : rétablissement des Trois Couleurs, suppression des Ordres Royaux, annulation de toutes les nominations faites dans l’armée et la Légion d’Honneur, abolition de la noblesse et des droits féodaux, restitution aux communes des biens nationaux rendus aux émigrés, séquestre des biens attribués aux Bourbons depuis un an

 Egorgés ?

20 mars 1815 : Après Villefranche, Tournus, Chalon, Autun, Avallon, Auxerre, Pont-sur-Yonne, où il est partout acclamé, Napoléon entre aux Tuileries à Paris (Louis Le Désiré a quitté les lieux la veille).

25 mars 1815 : les quatre Alliés se lient par un nouveau traité contre Napoléon.

27 mars 1815 : l’agitation gagne Châteaubriant. Le Conseil Municipal est réuni à la demande de son maire Martin Connesson qui déclare que, la veille, « a eu lieu dans cette ville une émeute populaire occasionnée par des malveillans : on a supposé une liste de prescription de citoyens destinés à être égorgés. Le soir on a fait répandre par des hommes ivres que cela devoit avoir lieu à onze heures, qu’un rassemblement se faisoit à St Julien de Vouvantes »

« Vers huit heures du soir un cri d’aux armes se fit entendre. On accourut à la maison de Ville en demandant des armes. On m’appela dans la maison voisine où j’étois. Je trouvois monsieur le capitaine de la première compagnie qui me dit qu’on demandait des armes. Je lui dit que je m’étonnois fort de ce train et que je n’en voyois pas le sujet, que tout le monde était tranquille, que M. Drouin, gendarme, arrivoit de Saint Julien et que tout y étoit tranquille. Je remis des armes et des cartouches au capitaine commandant en lui disant que l’ordre public et le respect des propriétés étaient réunis sous sa sauvegarde et sa responsabilité, que d’ailleurs je ne le quitterois pas. »

« Le bivoaque s’établit sous les halles, les portes furent fermées, des patrouilles nombreuses commandées directement par moi se firent sur toutes les routes et on ne découvrit pas la moindre chose et au jour chacun rentra chez soi »

« Cependant la tranquillité publique a été troublée, les malveillans doivent être punis » ajoute le maire qui fait faire une enquête et qui, compte tenu du désir des citoyens, fait « reprendre le service public, établir un corps de garde et voter les fonds nécessaires ».

Le maire se résigne au retour de Napoléon mais sans enthousiasme :« Je suis d’autant plus chagrin de cette algarade que nous avons toujours été bien unis. Nous avons toujours été soumis aux gouvernements stables. Nous le serons à celui-ci comme auparavant. Le drapeau tricolore flotte depuis hier matin sur notre clocher, que la patrie soit donc toujours notre point de raliement, son bonheur est le nôtre même »

Le Conseil Municipal, pour calmer les esprits, demande que la garde soit montée jusqu’à ce que les doutes sur la tranquillité soient dissipés. Pour diminuer le service de la garde, il demande que les portes de la ville soient fermées la nuit, « et même le jour si les craintes augmentoient »

 La benjamine

10 avril 1815 : le drapeau tricolore flotte à nouveau sur tout le territoire français

22 avril 1815 : Napoléon promulgue un « Acte additionnel aux constitutions de l’Empire ». Cette constitution qu’on appellera "La Benjamine" est reçue partout sans chaleur : les bonapartistes n’y retrouvent plus le "vieux bras" de Napoléon, les bourgeois la jugent trop démocratique (par exemple, le nombre des électeurs passe de 15 000 à 100 000), le peuple aurait préféré une constitution plus révolutionnaire et est glacé par l’institution d’une pairie héréditaire.

Début Mai 1815 : Fouché, Ministre de la Police, multiplie les intrigues, il croit à la chute prochaine de Napoléon, il lui cherche un successeur, il se ménage des amis dans tous les camps. « Avec des bonnes Chambres, de bons Ministres, une bonne armée, ce serait bien le diable si l’on ne venait pas à bout d’un roi cul-de-jatte, de princes crétins et d’émigrés caducs et imbéciles » dit-il. Il s’occupe donc de "faire" les élections pour se procurer "une bonne Chambre". Il réussira à faire élire une énorme majorité de libéraux, aussi hostiles aux Bourbons qu’à Napoléon.

12 juin 1815 : Napoléon, que ses proches trouvent moins optimiste, plus influençable, et pas en bonne santé, dispose d’une armée de 300 000 hommes mais est obligé de la disperser pour assurer la défense de toutes les frontières. Il prend lui-même le commandement de l’armée du Nord. « Le moment est arrivé de vaincre ou de périr » dit-il. En Vendée la rébellion se manifeste à nouveau.

16 juin 1815 : Napoléon bat à Ligny le maréchal prussien Blücher, général en chef des troupes de Frédéric-Guillaume roi de Prusse, mais ne peut pas compter sur ses généraux : Bourmont passe à l’ennemi, Ney, vieilli, atermoie ; Drouet ne fait pas la manœuvre prévue ; Grouchy est incapable de commander à de grands ensembles ...

18 juin 1815 : bataille de Waterloo. Les Français sont en grande difficulté. Ils croient voir venir Grouchy à leur aide, mais c’est le prussien Blücher qui attaque, suivi de l’anglais Wellington. Les Français crient à la trahison, Napoléon, désespéré, veut se jeter au milieu des ennemis pour se faire tuer. Les Anglais demandent à Cambronne de se rendre. « Merde ! » répond celui-ci, « La Garde meurt et ne se rend pas ». Le désastre est complet

21-22 juin 1815 : Napoléon est de retour à Paris. Devant l’Elysée des milliers d’hommes du peuple acclament l’Empereur à qui la Chambre des Députés demande d’abdiquer dans l’heure, sinon elle prononcera sa déchéance. Napoléon abdique « en faveur de son fils », mais sans se faire d’illusion.

22 juin 1815 : Martin Connesson exprime à Louis XVIII la joie de son retour.


L’aventure des « Cent jours », est quasiment terminée, voici donc la Seconde Restauration. Les Alliés s’abattent sur la France comme des vautours sur une proie. Les plus enragés sont les Prussiens qui veulent la démembrer comme la Pologne et annexer l’Alsace, la Lorraine et la Franche-Comté. Pendant cinq ans, 150 000 « Alliés » occupent la France, essentiellement le Nord et l’Est. Mais il y eut aussi des Prussiens à Châteaubriant et Martin Connesson dut reconnaître que pour la ville l’avenir était affligeant.

Mais nous n’en sommes pas encore là....

 L’infernal Corse

22 juin 1815 : Martin Connesson exprime à Louis XVIII la joie de son retour, rappelant que dès le 11 mars dernier « une jeunesse nombreuse se mit de suite en marche pour arrêter l’infernal Corse, mais la force des bayonnettes décida l’épouvantage catastrophe qui devait éloigner de nous le meilleur et le plus aimé des rois. Cet événement nous plongea dans le deuil et la consternation »

« Cependant nous ne perdîmes pas courage, nous repoussames le parjure et cessames des fonctions que nous ne pouvions plus exercer avec honneur au milieu des menaces et des vexations de tout genre. Notre fidélité fut inébranlable, la population courut aux armes, on refusa de payer l’impôt et on détruisit autant que possible les ressources des factieux. »

« Nous recevons le prix de notre fidélité, Votre Majesté nous est rendue pour ne plus nous quitter. Elle a bien des maux à réparer, des coupables à punir et beaucoup d’hommes égarés à pardonner. Sa sagesse, sa justice et sa bonté pourvoiront à tout. Nous la prions de nous permettre de lui offrir un nouveau gage de notre amour, de notre fidélité et de notre dévouement sans bornes »

Martin Connesson signe : « Nous avons l’honneur d’être, avec le plus profond respect, sire, de Votre Majesté, les très humbles et très francs dévoués sujets ».

Le Conseil Municipal de Châteaubriant demande au maire que cette "adresse" soit envoyée au Ministre de l’Intérieur « en le suppliant de la déposer au pied du trône »

22 juin 1815 : Laurois, fougueux défenseur de Napoléon, et sous-Préfet de Châteaubriant, qui ne sait pas encore que Napoléon a abdiqué, fait une descente à Sion-les-Mines à la recherche de royalistes.

Il en met 5 à 600 en fuite entre le bourg de Sion et les Forges de la Hunaudière, puis fait une descente chez « Cœur-de-Roi (Pacory) à Issé, sans le trouver.

25 juin 1815 : appelé par Wellington, Louis XVIII est de retour à Paris. A Châteaubriant, les Chouans, sous les ordres du général d’Andigné, exigent l’ouverture des portes de la ville. La garnison de la ville, commandée par Laurois, les met en fuite.

29 juin 1815 : le Prussien Blücher arrive devant Paris. Napoléon propose de se remettre à la tête de l’armée. Fouché refuse.

5 juillet 1815 : Talleyrand et Fouché se rallient à Louis XVIII mais n’obtiennent pas le maintien du drapeau tricolore.

Les hommes de pouvoir sont alors divisés en trois groupes :
- 1) l’école théocratique selon laquelle le pouvoir vient de Dieu. toute limitatation du pouvoir du prince est un acte contre la volonté de Dieu -

- 2) l’école historique selon laquelle le droit et les institutions se développent naturellement, la raison ne peut rien y remédier

- 3) le parti libéral rassemblant les bonapartistes et les hommes se disant "de gauche".

Ces trois groupes pensaient que la démocratie était impossible. Ils demandaient un gouvernement représentatif bourgeois avec respect de la propriété et liberté de l’industrie.

Les choses ont-elles changé ?

 Sainte Hélène

14 juillet 1815 : Napoléon écrit au prince-régent d’Angleterre et demande l’hospitalité à ses ennemis les plus acharnés, en signe de sa bonne foi : « J’ai terminé ma carrière politique » dit-il

31 juillet 1815 : le gouvernement britannique fait savoir à Napoléon qu’il le considère comme un prisonnier de guerre et a décidé de le déporter dans l’îlot perdu de Sainte Hélène, île volcanique de l’Atlantique Sud, située à 2000 kilomètres des côtes d’Afrique. C’est la fin des « Cent-jours » (mars-juin 1815), période pendant laquelle Napoléon gouverna la France pour la seconde et dernière fois. Napoléon mourra le 5 mai 1821. Son fils unique, le Roi de Rome, que les Français appellent l’Aiglon, fut élevé en Autriche sous le nom de Duc de Reichstadt et mourra jeune (21 ans).

14 et 22 août 1815 : Louis XVIII a rétabli le « scrutin censitaire » : le cens, très élevé, réduit le "pays légal" à 15 000 électeurs dont 5000 éligibles seulement. Les élections d’août 1815 se font, ici sous le contrôle des Alliés, là en ne convoquant que les électeurs favorables au régime.Toute opposition a disparu, une écrasante majorité d’ultras, royalistes ardents, sont élus, constituant ce que Louis XVIII appela "La Chambre Introuvable », entendant par là qu’on n’aurait pas pu trouver une Chambre plus hostile à la Révolution.

22 août 1815 : Châteaubriant revient à ses problèmes locaux. Celui de l’octroi par exemple. Le Maire estime qu’il y a besoin d’un commis qui exerce une surveillance continue. De plus, « malgré l’activité et le zèle qu’il peut montrer, il ne peut remplir seul ses fonctions pendant quatre mois de l’année, depuis le 1er septembre jusqu’au 1er janvier, époque où les habitants font leur provision de cidre et de vin. En conséquence il est nécessaire de lui adjoindre un autre commis sur cette période ».

Mais pour ne pas diminuer la recette de l’octroi, le Conseil décide d’augmenter d’un dixième, « en sus de prix actuel » sur toutes les boissons de quelque nature qu’elles soient qui entreront dans la commune, entre le 1er septembre et le 1er janvier

 Des lanciers prussiens

13 septembre 1815 : le Préfet de Loire-Inférieure prescrit de faire les approvisionnements nécessaires pour la nourriture des troupes. Le Conseil estime qu’il faut par jour « 250 francs de viande, 150 francs d’eau de vie, 100 francs de farinnes » et proteste en craignant « la ruine totale de la commune » et il explique :

« la ville de Châteaubriant a été portée sur les états de dislocation pour une population de 4000 âmes. Elle n’est en réalité que de 2800 âmes dont deux seulement dans la ville et faubourgs. Cette erreur lui a été funeste parce qu’elle l’a fait, depuis un mois, surcharger de troupes de plus de la moitié pour le moins : elle a eu pendant un mois un escadron de lanciers prussiens que les habitants ont nourris et logés à leurs frais. La justice exigeait que la commune fut exempte du cantonnement du sixième corps. Cependant 8500 hommes ont logé tant en la commune qu’en celles environnantes où elles ont commencé à épuiser toutes les ressources d’un pays dont le sol est mauvais, qui produit de modiques récoltes »

« En ce nombre n’est pas compris ce qu’il a passé de troupes par la route de Rennes à Nantes. Outre ce passage dispendieux de troupes, la commune a 1000 hommes de cantonnement. Plusieurs particuliers étroitement logés en ont six dans leurs maisons. Il a fallu en mettre deux chez les plus pauvres qui, forcés de céder leurs grabats, couchent sur la terre. Ces malheureux ne pouvant fournir à ces militaires les choses qu’ils réclament, en reçoivent les plus mauvais traitements »

« La moisson de cette année pour le froment surtout est en dessous de la moitié des années ordinaires. L’eau manque ici, il faut que les farines soient amenées de plus de trois lieues du département de Maine et Loire »

 Eau de vie

« La troupe ne peut pas se passer d’eau de vie, on n’en fabrique point dans le pays et il faut l’acheter à Nantes, les frais dispendieux de ce transport en augmentent le prix »

« La commune ne peut frapper de réquisitions dans celles qui ont des cantonnements. Les autres n’offrent que de faibles ressources. Faut-il arracher aux habitants de la campagne les grains dont ils n’ont pas une quantité suffisante pour leur consommation ? Faut-il leur enlever les bœufs dont ils ont un besoin journalier pour la culture de leurs terres ? Leur position est aussi pénible que celle des habitants de la commune »

« N’entendant pas la langue des militaires, hors d’état de satisfaire à toutes leurs demandes, il en naît des rixes qui deviennent funestes » (Jean Terrien, le chouan surnommé « Cœur de Lion », qui a été nommé à la tête de la garde nationale de l’arrondissement de Châteaubriant, est obligé de s’interposer plusieurs fois entre les Prussiens et la population)

Dans l’impossibilité de réquisitionner les subsistances nécessaires pour les troupes alliées, le Maire Martin Connesson a proposé d’imposer une somme de 15 000 francs pour un mois (ce qui est démesuré par rapport aux ressources de la ville, voir par exemple au 16 mai 1816) et de nommer une commission pour répartir cette somme sur les plus aisés de la commune. Le Conseil accepte mais, quelques heures après, il se réunit de façon extraordinaire sous la présidence de l’adjoint M. Gautron, pour annuler cette décision puisque, dit-il, « la lettre du Préfet permet de faire seulement des réquisitions en nature et qu’on ne peut faire aucune levée en deniers sans mépriser les ordres de l’autorité supérieure et s’exposer à des inconvénients graves »

Evoquant « l’avenir affligeant dont les communes sont menacées » le Conseil Municipal invite le maire à se rendre à Nantes pour solliciter Monsieur le Commandant Général Prussien « d’alléger le fardeau qui pèse sur la commune. »

26 septembre 1815 : au nom de la Sainte-Trinité, les souverains de Russie, d’Autriche et de Prusse se lient par un pacte mystique dirigé contre les aspirations de leurs peuples. Un mois plus tard, les Alliés signent le Pacte de Chaumont prévoyant la réunion périodique de congrès destinés à conserver ou à rétablir L’ORDRE en commun en Europe et dans le monde.

9 novembre 1815 : un député propose la peine de mort pour ceux qui détiennent un drapeau tricolore. Dans certains départements les gendarmes obtiennent une prime quand ils découvrent un bonapartiste.

20 novembre 1815 : signature du Traité de Paris. Les Alliés exigent de la France une indemnité de 700 millions. Ils prévoient d’occuper le pays pendant 5 ans et un article précise que les quatre ambassadeurs alliés tiendront une conférence chaque semaine pour surveiller les actes du gouvernement français.

 Pas de pompiers

30 novembre 1815 : le Préfet de Loire-Inférieure écrit au maire de Châteaubriant pour lui demander d’organiser un service d’incendie. Le Maire a pris « les renseignements les plus exacts à Nantes » et chiffré à 3538 F le prix d’une compagnie de pompiers avec une pompe, onze manches de tuyaux de 910 pieds, cinquante seaux de 4 litres et demi, deux chandelliers de fer, cinquante torches et un chariot pour porter les équipages.

Reste à savoir si la commune a les moyens de payer cela. Le Conseil municipal estime que non, et que, heureusement, les incendies sont rares.
« Avant que les revenus de la commune puissent permettre une pareille mise dehors, il y a des dépenses bien autrement urgentes et à faire d’année en année » dit le Conseil qui revient alors sur la liste qu’on connaît bien :

- le pont Glémois
- l’achat des halles
- l’achat d’une cloche
- le pavage de la rue de la Ruette et de la Rue Quenillet, etc.

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Sources :

- Archives municipales séries A et 1 D 17

- Jean Massin : Almanach du 1er Empire (Ed ; Encyclopédie Universalis)
- Histoire de la France et des Français par A. Castelot et A. Decaux (Editions Robert Laffont)
- le site très complet de Vincent Bugeaud sur la Chouannerie : http://chouannerie.free.fr/


L’orthographe, variable, n’est pas celle de notre époque : « après-diné », « tirannie », « agraver », « tems » (pour temps), « joye », « habitans », « dinastie », « malveillans », « bivoaque », raliement »