Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Aller au plan simplifié  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Histoire > Histoire au jour le jour > 1818-1819

1818-1819

Douze enfants de la classe pauvre ...

Grâce au Duc de Richelieu, l’année 1818 voit l’évacuation totale, deux ans avant la date prévue, des troupes étrangères qui occupent la France, ce qui déplaît aux ultraroyalistes (dont François René de Chateaubriand). Malgré le petit nombre des électeurs, les ultras perdent les élections. Les indépendants, où vont s’introduire de plus en plus de bonapartistes et d’éléments révolutionnaires et antidynastiques, sont de plus en plus influents. La proposition de modifier les lois sur les élections entraîne une crise ministérielle. Richelieu doit partir, c’est Elie Decazes qui, trop jeune pour devenir Président du Conseil du Roi, devient Ministre de l’Intérieur tout en étant, de fait, le véritable chef du gouvernement. Il virera vite à Droite.

Les ultraroyalistes (c’est-à-dire plus royalistes que le roi), un temps tenus en échec, reviendront en force, imposant une réforme de la loi électorale à leur profit

10 février 1818 : non sans difficulté, Armand Emmanuel du Plessis, Duc de Richelieu, Premier Ministre de Louis XVIII, signe avec les Alliés une convention qui doit diminuer de 20 % les troupes d’occupation, à partir du 1er avril, et ceci, malgré l’opposition des ultraroyalistes ! Pour obtenir une libération anticipée, il propose de rembourser rapidement l’indemnité de guerre et lance une souscription publique. Il demandait 40 millions, il en trouva 100.

20 février 1818 : il y a des réparations très urgentes à faire à l’abattoir de Châteaubriant. Par ailleurs l’indemnité versée à l’hospice sera portée à 500 francs (au lieu de 400), « vu la cherté des grains ». Il y a aussi nécessité absolue de paver les halles et la place du marché aux grains, de réparer le chemin des Briotais et de Paluel empierrés l’an dernier, et de construire le mur de la promenade des Terrasses avec couverture en pierre ardoisière (couverture qui existe toujours de nos jours).

Le maire signale par ailleurs qu’un côté des halles est continuellement couvert d’immondices « qui exhalent une odeur insupportable ». Comme il n’existe que fort peu de latrines dans la plupart des maisons de la ville, et qu’il en résulte une grande malpropreté, une commission est chargée d’examiner dans quel lieu on pourrait établir des latrines publiques. (La chose n’est pas nouvelle, on en parlait déjà le 30 novembre 1813 !)

20 février 1818 : à Châteaubriant un système de poids et mesurages est vivement sollicité par les acheteurs et les vendeurs et aussi « par les marchands dont les boutiques sont remplies les jours de marché, ce qui nuit à leur commerce ». (Cela signifie sans doute que, à défaut de poids public, les acheteurs et vendeurs du marché vont utiliser les instruments de mesurage des commerçants ayant une boutique installée en ville). « Il existait avant la Révolution un poids public sous les halles. Son rétablissement devient indispensable » dit le Conseil Municipal.

L’église de Béré

L’église de Béré a été fermée en pleine révolution française. En cette année 1818, les habitants souhaitent sa réouverture, sans se faire trop d’illusions sur l’éventuelle décision de l’évêché « de disposer d’un ecclésiastique qui pourrait y dire la messe ». Dans cet espoir, tout de même, ils ont proposé en juillet 1818 de faire une souscription volontaire pour faire réparer la couverture de l’édifice afin de le préserver d’une destruction totale. Ces travaux ont été effectués.

Le 20 février 1818, les paroissiens demandent au maire de mettre à leur disposition 146 pieds d’arbres épars, « pour frayer aux dépenses de vitrage et de fermeture ». Le Conseil municipal n’y est pas favorable en disant que « la paroisse était établie dans l’église Saint Nicolas, au centre de la ville, où l’appelions, bien avant la Révolution, le vœu des habitants. Cette église de Béré est éloignée de la ville et de longtemps on ne pourra obtenir un prêtre pour la desservir et, auparavant il faudrait faire une dépense considérable pour réparer l’intérieur » et notamment relever les autels détruits.

De plus la ville n’est pas sûre de pouvoir disposer des arbres sus-mentionnés, et si elle le pouvait, « elle demanderait que leur produit soit employé à concourir à l’achat d’une cloche, objet indispensable dont la paroisse Saint Nicolas manque »

« Et même si les finances de la ville pouvaient le permettre dans quelques tems, le Conseil demanderait l’autorisation nécessaire pour prolonger l’église Saint Nicolas ce qui serait préférable à autre chose ». Donc l’église de Béré attendra.

74 décalitres

31 mars 1818 : un acte avec donation a été fait, devant notaire, par un habitant de St Julien de Vouvantes, officier de santé, « portant création d’une rente annuelle et perpétuelle de 74 décalitres de froment en faveur de cet établissement sous la condition qu’il y aura toujours à l’hospice un lit destiné à recevoir un pauvre malade né ou domicilié à St Julien de Vouvantes, présenté par MM. les maire et curé, pour y être traité et nourri comme les autres malades jusqu’à guérison »

La commune accepte ce don avec reconnaissance et manifeste le désir de voir se former d’autres fondations du même genre

9-27 mai 1818 : pour liquider l’indemnité de guerre due aux Alliés et obtenir une évacuation anticipée, le Duc de Richelieu lance une souscription publique. Il espérait 40 millions, il en obtient 100. Les ultraroyalistes ne sont pas contents, ils estiment que « la présence des troupes étrangères est un appoint pour l’ordre royaliste et un frein pour les libéraux »

10 mai 1818 : le chouan Jean Terrien, « Cœur de Lion » reçoit ses lettres de noblesse, avec le titre d’écuyer, le plus modeste de tous. Il n’osera pas se faire appeler « Monsieur de Terrien ». Il se fait cependant attribuer la perception de Riaillé.Colonel, écuyer du Roi, percepteur : c’est un petit notable local, mal accepté d’ailleurs par les grandes familles nobles de la région, comme celle de Demangeat, directeur des forges de Moisdon, de Riaillé et d’Indret.

Son fidèle adjoint, Pacory « Cœur de Roi » réussit à obtenir une retraite de 800 francs par an, mais ne peut pas faire reconnaître ses états de service comme major dans les armées vendéennes. Lui qui a fait la guerre pendant 24 ans, se voit contraint, dit-il, « de prendre la queue de la charrue, pour payer les dettes que j’ai été obligé de faire pour soutenir le parti du Roi ». En 1819, le Préfet, interrogé à son sujet, dira de lui qu’il est « un cultivateur, il est vrai plus ivrogne que laborieux ».

Octroi : 1

14 mai 1818 : le préfet de Loire-Inférieure demande à la ville de Châteaubriant de former un nouveau tarif pour l’octroi, conformément à l’ordonnance du roi du 9 octobre 1814.

Le Conseil considère que « la ville a toujours jouï depuis 1661 d’un octroi établi sur les débits de boissons qui, en 1788, était affermé 5000 livres. Depuis le rétablissement de cet octroi, elle a établi le sien sur les entrées [de boissons] en ville, au lieu de le mettre sur les débitans ce qui lui convient bien davantage ». Il explique en outre les frais énormes que la ville aurait à supporter si elle établissait cet octroi sur d’autres denrées, étant donné que « la ville est ouverte de toutes parts sans bureau aux barrières » et que l’adoption du tarif demandé par le Préfet réduirait les revenus très médiocres qu’elle tire de cet octroi. Donc elle maintient son tarif « jusqu’à nouvel ordre, sauf si les dépenses de la ville peuvent le permettre ».

Octroi : 2

9 juillet 1818 : le Préfet insiste, la ville doit se conformer à l’ordonnance du Roi. Il suggère « qu’il y avoit de l’avantage à le faire porter sur quelque autre objet et principalement sur la consommation de viande ». (NDLR : On est surpris d’une telle proposition dans une région où la consommation de viande a toujours été faible, du moins jusqu’au milieu du XXe siècle !).

Le Conseil « voit avec peine qu’en lui proposant un autre genre de perception pour compléter les revenus ordinaires de la commune, on lui imposerait un impôt de plus du double par les frais énormes que la perception exigerait. On connaît en effet parfaitement qu’une petite ville ouverte ayant cinq faux-bourgs dont trois sont très considérables, serait obligée d’avoir plusieurs employés ad hoc et que, pour retrouver les 2000 francs qu’elle perdrait en réduisant son tarif, elle en dépenserait autant en frais ». Le Conseil pense aussi qu’un octroi sur la viande pousserait le boucher à augmenter sa viande « au lieu de l’augmenter de 2 centimes, il l’augmenterait de suite d’un sol ».

« L’intention du gouvernement en baissant les droits d’entrée a été de soulager les propriétaires » estime le Conseil qui considère qu’il est juste, au contraire, « que l’Etranger, le Voyageur et le Marchand, qui fréquentent nos marchés, contribuent un peu aux réparations des pavés » de la ville.

Le Conseil reste donc ferme : « les intérêts des habitants s’opposent positivement à ce qu’un autre objet que les boissons soit soumis aux droits d’octroi »

L’école charitable

27 juillet 1818 : l’histoire de l’école charitable revient périodiquement dans les préoccupations du Conseil Municipal de Châteaubriant. Ce 27 juillet 1818, le maire a réuni son conseil en raison de « la perte récente et inopinée que nous venons de faire » : la directrice Jeanne Defermon est morte.

« Elle avait succédé à madame sa sœur,(1), morte en 1813 et dont la réintégration avait eu lieu en 1810, d’après un arrêté du Préfet du 12 mai, intervenu à la demande du Conseil Municipal. Pour l’exécution de cet arrêté, on fut obligé de distraire de l’hospice la maison d’école charitable » et la ville avait donné un dédommagement des 500 francs par an à l’hospice.

Le Conseil municipal en demandant le rétablissement de cette maison avait compté « sur les moyens et le zèle de Madame Defermon et tout faisait présager que son attente serait couronnée du plus heureux succès ». Mais la mort vient ruiner cette espérance. « Madame Defermon, aussi vertueuse et bienfaisante que sa sœur, voulut bien lui succéder par respect pour sa mémoire et aussi dans l’espoir d’associer par la suite quelques dames charitables qui, réunissant leurs moyens aux siens, feraient prospérer cet établissement. Son espoir a été trompé, elle est restée seule et a sacrifié ses revenus au soulagement des pauvres qui reçoivent d’elle au moins le double de la valeur du loyer de la maison. Sa mort est une perte irréparable pour la commune et laisse cette maison sans chef ni moyens ».

Inconvenante !

La tristesse du Conseil se double de colère à la lecture d’une lettre écrite par les demoiselles Bernard et Thuillier « sans autre qualité que celles, apparentes, de vouloir s’arroger le droit de placer des filles, sans autres moyens d’existence que ceux qu’elles questeront pour les faire vivre, et sans aucune ressource pour donner du secours à domicile ». Sans doute le ton de cette lettre devait-il être déplaisant puisque le Conseil « réprouve et rejette l’opposition inconvenante et innommable formée par les dames » et nomme une commission pour étudier l’affaire de plus près.

2 Août 1818 : la commission rend son rapport et refait un historique, remontant jusqu’au Sieur Legrand, mandataire du Sieur Ollivier, prêtre, qui acquit le 20 octobre 1796 une maison, près de La Porte Neuve, pour y fonder une maison de charité pour l’instruction des enfants pauvres, le soulagement et la consolation des malades. « Prévoyant qu’il serait un jour difficile de conserver un établissement appuyé sur de faibles moyens, ce prêtre se chargea de louer les biens, d’en recevoir les revenus s’ils venaient à vacquer et après 5 ans de les réunir à l’hôpital de Châteaubriant ».

« Les vues bienfaisantes du sieur Ollivier ont été secondées à différentes reprises par des personnes animées du Bien Pu-blic qui ont consacré leurs biens et une partie de leur fortune pour soutenir cette maison de charité ». Mais il semble qu’en 1786 elle n’offrait plus les mêmes avantages car la Communauté de Ville, de concert avec le général de la paroisse a refusé de consentir qu’elle obtint des lettres patentes.

Et le Conseil continue : « Demoiselle Marthe du Boispéan acquit une maison contiguë à celle de l’école charitable et elle les fit démolir pour les remplacer par une seule dont il ne restait que l’intérieur à parachever lors de la Révolution. Cet édifice fut élevé avec ses deniers, des dons et des emprunts. Cette maison est aujour-d’hui une habitation commode et propre à l’usage pour lequel elle est destinée. Il ne lui manque que des revenus suffisans pour remplir les intentions du fondateur ».

Vengeance

La commission d’étude en vient alors à la lettre des demoiselles Thuillier et Bernard dont elle stigmatise « les expressions injurieuses semées dans cette lettre ridicule » - « la seule vengeance que vous devez en tirer est de les mettre dans l’oubli » d’autant plus que les dites demoiselles, si elles offrent de fournir aux personnes qui seront placées dans la maison de charité une existence suffisante pendant 3 ans, « ne promettent point de mobilier dont la maison est dépourvue et se flattent de le tirer d’une source qu’elles n’ont pas voulu désigner ».

« Nous avons évalué à 1000 francs la pension et l’entretien des deux Dames de la Sagesse et de la sœur converse que ces demoiselles veulent choisir, sans l’agrément du Bureau de Bienfaisance » (...).« Les aumônes, les dons versés pour les besoins de la maison de charité n’auront plus la destination affectée par le fondateur qui n’a jamais entendu gratifier celles qui devaient seulement les distribuer »

Le Conseil, considérant que ce serait frauder les intentions du sieur Ollivier de réclamer avant le délai de 5 ans la réunion des biens de la Maison de Charité à l’Hospice, est d’avis de procéder de suite à la location de la maison de charité dont le prix sera versé dans la caisse du trésorier du bureau de bienfaisance.

8 octobre 1818 : François René de Chateaubriand lance le premier numéro du « Conservateur », journal ultraroyaliste, « plus royaliste que le roi »

9 octobre 1818 : les Alliés accordent l’évacuation totale de la France avant le 30 novembre, c’est-à-dire deux ans avant la date prévue.

14 octobre 1818 : Jacques Defermon des Chapellières, qui a fait intervenir ses nombreux amis bonapartistes, est l’un des premiers exilés à rentrer en France, non sans faire allégeance au roi : « Jamais roi de France n’aura été plus puissant, jamais le Français n’aura été plus libre » écrit-il à son fils, dans une lettre qui parviendra au Préfet de Police ! Le 6 août 1821 Jacques Defermon sera même fait grand officier de l’ordre royal de la Légion d’Honneur, par Louis XVIII, un des ces Bourbons dont il affirmait, en 1815 « qu’ils avaient toujours violé leurs promesses ».

Le Pont Glémois

7 novembre 1818 : ça y est, le Pont Glémois est terminé. Mais pour pouvoir y passer, il faut démolir des maisons. Le Conseil Municipal de Châteaubriant aurait souhaité « que l’état de la caisse de la ville lui eut permis de se charger de l’indemnité entière » des propriétaires. Cela n’est pas le cas, mais le Conseil décide quand même, « malgré la pénurie de fonds que l’on éprouve » de prendre en charge cette indemnisation « pour que le passage puisse être livré de suite au public ». Le Conseil demande cependant que les parties qui ne seront pas employées à la traverse du pont, à savoir le terrain qui est devant l’hospice, à venir à l’alignement de la rue et jusqu’au pont de l’hôpital, lui soient également abandonnées pour accroître d’autant la cour de l’hospice.

7 novembre 1818 : depuis la délibération du 20 février dernier, le rétablissement d’un poids public a été décidé « moins dans l’intérêt financier de la ville que dans celui du commerce qu’on doit se faire un devoir de protéger ». Le Conseil décide donc de fixer un tarif, « peu élevé mais suffisant pour indemniser celui qui en sera chargé » :

- un centime 1/4 pour moins de 2 kg
- 2 centimes de 2 à 5 kg
- 3 centimes de 5 à 10 kg
- 4 centimes de 10 à 40 kg
- 5 centimes à partir de 40 kg avec 5 centimes de plus par tranche de 50 kg.

Tout acheteur intervenant dans les halles, sur le marché ou les places publiques, qui voudra peser ou mesurer de la marchandise, sera tenu d’avoir recours au Bureau des Poids et il sera défendu à tout individu d’exercer les fonctions de peseur ou mesureur dans l’étendue de la commune, sous peine de poursuites.

7 novembre 1818
 : maintenant que la commune a fait l’acquisition des halles, il est nécessaire de se conformer « aux loix » en fixant un tarif. Celui-ci est de 15 à 25 centimes par jour pour des étalages de 3 mètres de long (avec possibilité d’un abonnement annuel). Il est précisé que l’entrée du bureau des poids publics ne doit pas être embarrassée et que les étalages placés à l’entour du puits de la Place de la Pompe doivent laisser un passage convenable pour le service des maisons du fond de cette place.

Par ailleurs, ce même jour, le Conseil Municipal revient sur les foires établies, l’une au lendemain de la Trinité et l’autre le 24 octobre. « Ces foires ne procurent pas les avantages qu’on s’en était promis. Les marchés qui ont lieu tous les mercredis nuisent aux foires et les foires nuisent aux marchés ». Le Conseil trouve alors la solution : « la foire assignée pour le lendemain de la Trinité sera fixée au mercredy qui suit, et la foire du 24 octobre au mercredy qui suit la Toussaint ».

Octroi : 3

28 novembre 1818 : On revient au tarif de l’octroi car le Directeur des Contributions Indirectes le trouve inadmissible ! Le Conseil se débat. Il redit qu’il ne perçoit que 4000 francs d’octroi et que la réduction qu’on lui demande ramènerait cette somme à 2000 francs. « Sans doute si beaucoup d’objets étaient concernés comme dans les grandes villes, il serait facile de reporter sur une partie ce qu’on défalquerait sur les boissons. Mais ici tout porte sur les boissons ». Le Conseil, qui rappelle que la population agglomérée ne dépasse pas 2200 âmes, se refuse à taxer la consommation des viandes ou autres denrées et à « grever l’habitant d’un impôt énorme pour en retirer un faible produit ».— « La bonté de Sa Majesté Louis 18 ne permet pas de douter que son intention ne soit d’adoucir autant que possible le sort de ses sujets en leur laissant la faculté de s’imposer en famille pour leurs besoins, de la manière qui leur paraît la moins onéreuse »

Le Conseil demande donc à bénéficier des exemptions prévues par l’article 149 de l’ordonnance royale du 9 octobre 1814 et édicte un « règlement de l’octroi municipal et de bienfaisance de la commune de Châteaubriant » dans lequel on peut lire notamment :

- les frais de régie et de perception sont de 9 % du produit brut dans le cas où celui-ci sera inférieur à 4500 F et de 6 % pour tout produit excédant cette somme

- les limites de l’octroi sont fixées à la première maison de chaque faubourg en sortant des dits faubourgs.

- les métairies touchant aux faubourgs, « dont elles ne sont éloignées que d’un champ ou un pré », ayant la plupart du temps des pressoirs à cidre, « servent d’entrepôt aux fraudeurs pour introduire nuitamment des boissons en fraude et il est nécessaire d’y faire exercer une surveillance journalière et continuelle »

- les préposés de l’octroi auront droit au port d’armes. « il est défendu de les injurier, de les maltraiter et même de les troubler dans l’exercice de leurs fonctions. La force armée devra leur porter secours et assistance toutes les fois qu’elle en sera requise »

1819

9 janvier 1819 : Guizot, que Decazes a fait nommer Directeur de l’administration départementale et communale, fait destituer 14 Préfets ultras. Neuf autres sont mutés. Les nouveaux Préfets sont d’anciens fonctionnaires de l’Empire ou des libéraux, ils reçoivent des instructions pour protéger la liberté individuelle.

28 février 1819 : à Châteaubriant les comptes de l’année 1818 sont les suivants :
- Recettes 1818 8633,62 francs
- Dépenses 1818 6647,92 francs

Pour l’année 1819, le Conseil prévoit de ne plus rien verser pour le vicaire de la paroisse qui reçoit désormais un traitement du gouvernement.

Divers travaux sont envisagés :

- paver les halles et le marché aux grains
- entretenir le pavé à l’entrée extérieure de la Porte St Michel, et les chemins vicinaux
- acheter des poids et balance pour l’établissement des Poids Publics
- réparer les latrines Porte St Jean
- remonter à neuf le mur de soutènement du pont de la Porte Neuve

2 mars 1819 : à Paris la Chambre des pairs demande au roi de changer la loi électorale, pour barrer la route aux libéraux. L’émotion est grande dans l’opinion « La France est debout, elle ne se laissera ni outrager, ni dépouiller » dit la presse.

Août 1819 : les ministres allemands réunis à Carlsbad décident de faire la guerre au libéralisme. En France les ultras s’en montrent très satisfaits, mais dans le pays on s’arrache les nombreux livres ou brochures pleins de souvenirs de Napoléon et hostiles à la Restauration.

11 septembre 1819 : le jour des élections est une grande victoire pour la gauche, ce qui fait pencher Decazes vers la Droite. Il entame notamment des poursuites contre la « Société des amis de la liberté de la presse ».

21 octobre 1819 : à Châteaubriant la troisième arche du Pont St Jean, qui n’a pas été refaite en 1813, vient de s’écrouler et il a fallu y mettre tout de suite des ouvriers afin de profiter des basses eaux.

Par ailleurs le pavé du rempart sud de la ville, jusqu’à la porte St Michel, est en si mauvais état « que les voitures passent par la ville qu’elles encombrent ». La ville offre de contribuer pour 2000 F aux frais de réfection qui relèvent de l’administration des Ponts et Chaussées.

29 novembre 1819 : ouverture à Paris de la session parlementaire. Le roi Louis XVIII annonce une nouvelle loi électorale, ce qui provoque une hostilité de la classe moyenne du pays : toute confiance a disparu.

Les ultras sont déçus aussi, mais dans l’autre sens : ils espéraient davantage.

30 novembre 1819 : on croit comprendre, à la lecture du compte-rendu du Conseil Municipal, qu’il y a eu un plan, dressé en 1813 par un certain M. Ogée et approuvé par le Préfet de l’époque, M. de Barante, pour la construction à neuf des prisons et tribunal de l’arrondissement de Châteaubriant.

A la demande du Sous-Préfet, les élus municipaux en débattent, étant donné que le tribunal et les prisons sont « dans le plus mauvais état possible ». Plusieurs membres proposent une partie de la première cour du château dont les murs d’enceinte sont tout faits. Mais d’autres observent qu’il sera fort difficile d’avoir l’agrément de Son Excellence Sérénissime le Prince de Condé « qui trouverait probablement inconvenant qu’on veuille établir une prison au milieu de son château dont il est le maître de fermer ou d’ouvrir les portes quand il lui plaît ».

D’autres membres proposent d’acheter le local actuellement utilisé (NDLR : à côté de la Porte Neuve, d’après le plan du Sieur Demolon), en y réunissant une maison voisine, mais il y aurait un inconvénient « de ne pouvoir y pratiquer un préau, ce qui est de première nécessité ».

Le Préfet propose un emplacement vis-à-vis le château, qui réunit l’assentiment du Conseil : « Il est situé vis-à-vis une porte de ville, en vue de la Gendarmerie et n’expose à aucune entreprise malveillante ni à aucun inconvénient pour les habitants ». « Cet emplacement se compose de l’ancienne route d’Angers et d’une partie des douves dépendantes du château, lesquelles furent comblées en 1791 pour élargir la voye publique. C’est un terrain inculte contenant environ 500 cordes de rochers et pierraille, dont le Conseil est bien persuadé que Son Altesse Sérénissime fera volontiers l’abandon pour la destination indiquée ».


Revenus imposables

La matrice générale des contributions directes de la Commune de Châteaubriant comporte 749 contribuables pour l’année 1818 dont seulement 373 sont imposables. En voici quelques-uns :

5611 francs pour la Veuve Houssaye, propriétaire dans la Grand Rue
1715 francs pour le sieur Gournay
1589 francs pour la veuve Ballais, propriétaire à Couëré
1206 francs pour Charles Bernard, rentier à la Porte Neuve
1100 francs pour les héritiers Bimont, rentiers à la ville
1050 francs pour S.A.S. le Prince de Condé

768 francs pour Luette de la Pilorgerie, Sous-Préfet de Châteaubriant
538 francs pour Bernard Dutreil, ex-Sous-Préfet, rentier au Château
469 francs pour René Dubourg, Président du Tribunal
440 francs pour Lacombe, contrôleur principal des Droits Réunis
336 francs pour Paul Guimené, Tanneur à Claire Goutte
334 francs pour Martin Connesson, maire de Châteaubriant
304 francs pour les héritiers Riot, laboureurs à la Ville Marie
165 francs pour Jean Yvon, boulanger rue de Couëré
164 francs pour Pierre Legeard, notaire royal, rue de Couëré
137 francs pour François Defermon, entreposeur des tabacs
132 francs pour le veuve Monnier, boulangère sur la Motte
121 francs pour Victorien Robert, aubergiste Grand Rue

85 francs pour François Pinson, marchand de poterie
80 francs pour François Pitrot, cirier Grand Rue
34 francs pour Charles Chevalier, cordonnier à Couëré
27 francs pour Philippe Hivelot, chaudronnier au Pélican
6 francs pour Le Normand, ex-chanoine

A noter que Bernard (juge au Tribunal) et Bigot (huissier à St Michel) n’ont aucun revenu imposable. Le revenu imposable global de la ville est de 54 066 francs pour 1818.

Un détail : l’impôt sur les portes et fenêtres est toujours en vigueur. Dans la Grand Rue, la Maison la Pinsonnais est mentionnée pour 56 portes et fenêtres.


Sources :

- Archives municipales série 1 D 17
- Histoire de la France et des Français par A. Castelot et A. Decaux (Editions Robert Laffont)
- Pierre Péan, « Les Chapellières » Ed. Albin Michel
- Charles Goudé, Histoire de Châteaubriant

- le site très complet de Vincent Bugeaud sur la Chouannerie : http://chouannerie.free.fr/

L’orthographe, variable, n’est pas celle de notre époque : « loix », « débitans », « quester », « vacquer »,« suffisan », mercredy », « exhorbitant »


(1) celle-ci était Mlle Emmanuelle-Armande Defermon des Chapellières (surnommée Jacquette), dont la famille était propriétaire de Gâtines à Issé. Elle était la sœur de Jacques Defermon qui fut successivement député de Châteaubriant aux Etats Généraux de 1789, co-fondateur du Club des Jacobins, Président de l’Assemblée Nationale, Président de la Convention, Président des Cinq-Cents (sous le Directoire), Président du Conseil d’Etat sous Napoléon avant d’être poussé à l’exil par Louis XVIII. « Jacquette » était aussi la sœur de François Defermon qui fut, lui, prêtre réfractaire.

A la mort de « Jacquette » c’est l’une de ses sœurs aînées, Jeanne Defermon, qui prit la direction de l’Ecole Charitable.

Les recherches publiées sur le site « Histoire de Châteaubriant » relèvent de la propriété
intellectuelle.

La reproduction de tout
ou partie de ce site, sur un support quel qu’il soit,
est autorisée
pour un usage privé,
sans modification du contenu
avec citation explicite de la source

Ecrivez-nous !