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Accueil > Histoire > Histoire au jour le jour > 1821-1824

1821-1824

 La ville achète le château

14 janvier 1821 : c’était bien la peine de faire des économies ! À Châteaubriant le Conseil Municipal accepte, « pour donner une preuve d’amour au prince nouveau-né » (c’est-à-dire au fils posthume du Duc de Berry), de voter 100 F pour le rachat du Château de Chambord. Rappelons que le petit prince est « comte de Chambord ».

Et puis, pour la fête publique qui aura lieu le jour du baptême de Monseigneur le Duc de Bordeaux, le Conseil Municipal de Châteaubriant vote une somme de 300 F. Mais qui c’est le Duc de Bordeaux ? C’est le même bébé que le Comte de Chambord, fils du Duc de Berry et de Marie-Caroline de Bourbon-Sicile !

21 janvier 1821 : une institutrice de Châteaubriant réclame une indemnité pour le loyer d’une salle destinée à l’enseignement. Le Conseil observe qu’il y a 7 institutrices de différents degrés « toutes munies du brevet », « la plupart d’entre elles se livrent à l’instruction des enfants pauvres » et ne manqueraient pas de réclamer, elles aussi, les secours du Conseil.

Cependant, pour encourager une institutrice d’un degré plus élevé « à redoubler de zèle au service des élèves, à leur inspirer surtout des sentiments moraux et religieux qui doivent toujours être la base principale de l’éducation », le Conseil vote, pour cette année seulement, une gratification de 100 francs.

27 février 1821 : les évêques auront droit de surveillance sur l’enseignement secondaire. François René de Chateaubriand fut l’un des plus violents dans cette campagne dirigée contre l’Université.

2 avril 1821 : le Sous-Préfet suggère à nouveau l’établissement d’une école d’enseignement mutuel à Châteaubriant, s’engageant à concourir pour les frais du premier instituteur. Le Conseil Municipal, présidé par Martin Connesson, refuse en disant que, si les moyens de la ville le permet-

taient, il préférerait l’instruction des frères des écoles chrétiennes, « qui forment moins vite mais plus sûrement les jeunes gens à la pratique des vertus sociales et religieuses en gravant insensiblement dans leurs cœurs les principes de la morale, de la religion, de la soumission aux loix et de l’amour du souverain légitime, tous principes qui ne sauraient être trop profondément gravés surtout dans le siècle où nous vivons »

5 mai 1821 : mort de Napoléon. La nouvelle mettra trois mois pour atteindre l’Europe

La légende de Napoléon

« Vivant, il a manqué le monde. Mort, il le possède » écrit Chateaubriand à propos de Napoléon. Car la plus grande conquête de Napoléon n’est pas l’Europe, mais celle de l’imagination des générations qui ont suivi l’empire. Adulation et haine se disputent le personnage. De nombreuses "légendes" l’accompagnent :

Il y a la légende officielle : le génie de Napoléon est d’avoir compris très tôt l’importance de la propagande et la nécessité de se créer une légende. « Courrier de l’armée d’Italie », « La France vue de l’armée d’Italie » sont des journaux créés par lui, pour exalter son image : « Napoléon vole comme l’éclair, frappe comme la foudre, il est partout et il voit tout. Il sait qu’il est des hommes dont le pouvoir n’a d’autres bornes que leur volonté, quand la vertu des plus sublimes vertus seconde un vaste génie ». Plus tard Napoléon créera un troisième journal « Journal de Bonaparte et des hommes vertueux ». Puis les Bulletins de la Grande Armée imposeront la version officielle des combats avec des chiffres souvent modifiés et les batailles refaites selon un schéma différent de la réalité. De la littérature à l’architecture, de la musique à la peinture, tout vise à glorifier Napoléon. Le catéchisme impérial renforce encore cette légende vivante. On y apprend que Dieu a manifesté sa volonté « en conduisant l’Empereur par la main dans les circonstances les plus difficiles, en lui faisant partout obtenir la victoire et en lui donnant constamment la volonté pour le rétablissement de la société, de la justice et de la sainte religion »

Et puis il y a la « légende noire », véhiculée par les royalistes après les désastres de Russie et d’Allemagne, celle qui dénonce le despotisme de Napoléon, la ruine économique de la France, la saignée démographique.

« La légende populaire », nouvelle légende dorée, popularisée par des chansons et des poèmes, retient la simplicité de l’empereur « Il avait petit chapeau et redingote grise », « son sourire était bien doux ». N’a-t-il pas, sous le toit d’une vieille grand-mère, mangé une tranche de pain bis et bu un verre de piquette ? « On parlera de sa gloire, sous la chaumière bien longtemps »

La légende libérale et républicaine naîtra dès 1823. Napoléon sera présenté comme le défenseur des peuples opprimés. Le soldat de la Révolution relèguera dans l’ombre le César antilibéral.

La légende romantique apportera au mythe une justification artistique avec Victor Hugo, Musset, Vigny, Balzac en France. L’universalité du mythe inspira même les écrivains étrangers. Le cinéma s’en emparera à partir du « Napoléon » d’Abel Gance.

 Cherche château pour faire prison

6 mai 1821 : « Le secrétaire des commandements de Monseigneur le Duc de Bourbon » indique à la ville de Châteaubriant que « la vente du château est depuis longtemps dans les vues de Son Altesse ». Le Conseil répond que les autorités de l’arrondissement souhaitent depuis longtemps acheter ce château pour y réunir toutes les administrations, et notamment les prisons : « le besoin urgent d’écouter la voix de l’humanité, celle du Roi, d’abandonner les prisons insalubres et hideuses où l’homme prévenu d’un léger délit, souvent innocent, est confondu avec les coupables, lui fait renoncer avec plaisir au projet de les édifier sur une partie des Terrasses » (revoir au 30 novembre 1819)

Le Conseil fait remarquer que la première cour du Château offre un local spacieux, avec notamment le "bâtiment des archives" (aile orientale du Grand Logis) et le Donjon (dont il ne reste que les murs). Ces bâtiments appartiennent en partie à "Son Altesse" et en partie à d’autres personnes à qui il faudra les racheter « mais les bâtiments des autres cours, quoique moins endommagés par les ravages du temps, sont d’un entretien dispendieux. Un coup de vent enlève des ardoises des charpentes qui sont très élevées ». Et de plus, MM. Bernard Dutreil et Martin Connesson en ont l’usufruit. Bref, c’est bien compliqué !

Le Conseil Municipal, « se rappelant avec reconnaissance que l’illustre famille Bourbon-Condé a toujours daigné honorer de sa bienfaisance et de sa protection les habitans de cette ville, est d’avis que le Préfet demande à Monseigneur le Duc de Bourbon les conditions de la vente du château »

18 juillet 1821 : deux députés de Droite, Villèle et Corbière, souhaitent des ministères importants, dont le ministère de l’Intérieur. Les négociations avec le Duc de Richelieu échouent, François René de Chateaubriand envoie sa démission d’ambassadeur à Berlin.

20 juillet 1821 : le Conseil Municipal de Châteaubriant a reçu de l’évêché l’avis de nomination d’un nouveau curé pour l’église St Nicolas. Depuis 1815, à la mort du Doyen Bédard, c’est l’abbé Michel Delsart qui était curé à Châteaubriant, mais ses sympathies pour l’Empire lui valurent l’antipathie d’un certain nombre de ses paroissiens, il dut donc démissionner et fut nommé curé de Pornic. Pour le remplacer c’est Jacques Ribot qui fut nommé. Il fut installé le 23 juillet 1821 et resta 37 ans curé-doyen de Châteaubriant. C’était un « ecclésiastique distingué, estimable mais sans fortune », c’est pourquoi à Nantes « messieurs les grands vicaires souhaitent qu’il lui soit accordé un supplément de traitement pour lui permettre de vivre honnêtement et décemment et aussi de pouvoir exercer la charité envers les malheureux, ce qui fait les plus douces et les plus belles prérogatives d’un pasteur ».

Le Conseil arrête de lui verser annuellement 500 francs sauf à diminuer cette somme quand son traitement du gouvernement réuni à ce supplément excédera 1800 francs.

20 octobre 1821 : la négociation autour de la vente du château de Châteaubriant fixe le prix à 26 000 francs.

3 décembre 1821 : le gouvernement dépose deux projets concernant la prolongation pour 5 ans de la censure sur la presse. La Chambre y étant opposée, Richelieu ne peut espérer une dissolution, comme en 1816, puisqu’il n’a pas un appui suffisant du côté du Roi. Celui-ci est de plus en plus sous l’influence de l’extrême-droite et de son amie Zoé de Cayla.

Le Duc de Richelieu n’obtient pas non plus le soutien que lui avait promis le Comte d’Artois, frère du Roi (et futur Charles X). Il se trouve donc contraint à démissionner le 13 décembre 1821.

14 décembre 1821 : le Comte d’Artois constitue le nouveau ministère. Pas de Président du Conseil. Villèle est aux finances. Corbière à l’Intérieur et le Duc de Montmorency-Laval aux Affaires étrangères. François René de Chateaubriand reçoit l’ambassade de Londres.

Dès la fin de l’année 1821, le roi Louis XVIII est de plus en plus malade : diabète ayant provoqué une obésité précoce et crises de goutte répétées, gangrène dévastatrice et galopante du pied et de la colonne vertébrale. Le vieux souverain qui se qualifiait malicieusement de « roi fauteuil » sait qu’il n’en a pas pour longtemps.

2 janvier 1822 : dépôt d’une nouvelle loi établissant les « procès de tendance » : un journal pouvait être suspendu si son esprit et sa tendance portaient atteinte « à la paix publique, au respect de la religion, à l’autorité du roi ». Cette loi sera votée le 18 mars 1822. Une nouvelle loi, votée dès le 25 mars aggravera encore le nombre des délits de presse et les peines encourues. Du coup les journaux de gauche deviendront très modérés.

3 février 1822 : à Châteaubriant le Conseil Municipal envisage d’établir l’Hôtel de Ville au château et de revendre les deux maisons achetées à la Porte St Jean l’année précédente et qui sont en mauvais état (revoir au 20 février 1820). De son côté l’hospice demande l’autorisation de vendre la portion de la « Maison du Sauvage » qui lui appartient et la chambre place St Nicolas (revoir legs Cotelle, 3 janvier 1820)

26 mars 1822 : le projet d’acquisition du château de Châteaubriant se précise, mais les choses ne sont pas simples :

- . Le sieur Bernard Dutreil a l’usufruit de la Salle des Gardes, la cour, les bâtiments annexes et le pré sur le bord de l’étang de la Torche

- . Monsieur et Madame Connesson ont l’usufruit, dans la Galerie Renaissance, du Pavillon à l’italienne, et de la cour de la Gendarmerie.

- .il faut aussi acheter le jardin dans la douve joignant « le bâtiment des archives » (aile orientale du Grand Logis) et le « Donjeon », bâtiments qui font suite à celui dont jouit Bernard Dutreil

- quant à la Terrasse du château, plantée ou non plantée, et aux terrains vis-à-vis la promenade, et ceux au midi de la grande Route, ils appartiennent au Duc de Bourbon.
Tant de propriétaires ou d’usufruitiers compliquent le dossier ...

26 mars 1822 : Le château de Châteaubriant, avec ses bâtiments, cours, jardins, douves, promenades et terrains, est estimé à 13 900 francs, mais cette somme est réduite à 10 900 francs parce que le Préfet de Loire-Inférieure veut acheter le « Pavillon des Champs » au Duc de Bourbon. Il envisage de verser 4000 francs au Prince et de payer 3000 francs à la décharge de la ville (ce qui portera le prix du pavillon à 7000 francs), parce que « au moyen des 3000 francs qu’il paye pour la ville, cette dernière sera chargée de payer annuellement, leur vie durant, à Monsieur et Madame Connesson, usufruitiers, la somme de 300 francs de valeur annuelle de loyer »

 Difficultés

Le maire, Martin Connesson, attend une lettre définitive de Monsieur de Patigny, intendant général de Son Altesse Sérénissime le Duc de Bourbon, parce que « il y a une petite difficulté pour l’intérêt des sommes à verser » et qu’il y a aussi un désaccord sur la forme du contrat à rédiger. Une lettre de M. de la Haye Jousselin, intendant de Bretagne, à son fils inspecteur à Châteaubriant, annonce en effet que Bernard Dutreil souhaite obtenir la préférence pour l’acquisition de la parcelle dont il est usufruitier.

Le Conseil Municipal « regrette de ne pouvoir se rendre aux désirs de Bernard Dutreil » car il estime que la Salle des Gardes est tellement liée au reste des bâtiments qu’elle ne peut en être distraite.

Le Maire explique également au Conseil qu’il y a, au bout du Pavillon des Champs, « quatre chambres occupées par le Directeur des Droits Réunis » et qu’il serait intéressant d’y faire des travaux pour réaliser un appartement convenable que la ville pourrait affermer.
Vraiment, l’acquisition du château n’est pas une simple formalité.

1er juillet 1822 : Et voilà qu’il y a un malentendu entre le Préfet et l’Intendant général à propos de cette vente. La négociation est compromise ! Le Prince veut bien vendre mais sans l’intervention ni du département, ni de la ville. Pour tenter de dénouer la crise, Martin Connesson propose au Prince, de façon réitérée, de se rendre personnellement responsable du paiement. « Mais ce projet d’acte offrant toute espèce de garantie fut renvoyé de Paris, biffé, avec ordre de Monsieur l’Intendant de Bretagne de rompre tout-à-fait si je faisais la moindre difficulté » dit Martin Connesson.

« Je fus donc obligé de contracter en mon nom pour le tout. L’acte a été enregistré et envoyé à la satisfaction du Prince » conclut-il.

Il ne reste donc plus qu’à rétrocéder à la ville et au département la portion qu’ils avaient convenu de prendre, aux prix et conditions déterminés le 26 mars 1822.

 Martin Connesson démissionne

31 août 1822 : le Conseil Municipal se tient en l’absence de Martin Connesson, « démissionnaire » . On ne sait pas les raisons de cette démission ? Peut-être a-t-il été lassé par les difficultés liées à la négociation d’achat du château ? Peut-être a-t-il estimé ne pouvoir rester maire dans la mesure où la ville doit lui verser 300 francs de rente annuelle ? En tout cas, il est démissionnaire mais reste membre du Conseil Municipal. Il est suppléé provisoirement par l’un de ses adjoints, M. Gautron, ou M. Lafond, selon les cas, en attendant qu’un nouveau maire soit nommé.

La demoiselle Renée Freulet, décédée, lègue 2000 francs au profit de la Fabrique (c’est-à-dire de la paroisse) et 1000 francs au profit de l’Hospice. Le Conseil Municipal autorise ces legs.

7 septembre 1822 : à Paris Jean-Baptiste de Villèle devient Président du Conseil. En tant que Ministre des Finances, on lui doit une série de règles : le budget est voté dans le courant de l’année, pour l’année à venir ; la Cour des Comptes et le Parlement contrôlent les dépenses de l’Etat ; chaque ministère ne peut dépasser le budget qui lui est attribué.

20 septembre 1822 : coup de force contre l’Université. L’Ecole Normale Supérieure est fermée, de même que l’Ecole de Médecine et l’Ecole du Droit. Des cours d’histoire et de philosophie sont suspendus. L’épuration des professeurs est en cours. Les Petits Séminaires, tenus par les Jésuites, sont en vogue dans les classes dirigeantes : discipline rigoureuse, séances littéraires, cours d’escrime et même de danse.

Novembre 1822 : élections. Villèle a ordonné aux fonctionnaires de tout faire pour assurer le succès des candidats de la majorité gouvernementale. Ils ont même ordre de faire pression sur les électeurs et d’aller jusqu’à menacer les intérêts locaux. De ce fait, 36 députés de Gauche sont battus.

25 décembre 1822 : le duc de Montmorency souhaite intervenir en Espagne où règne l’anarchie : le roi Ferdinand VII, y est ballotté entre les royalistes « absolutistes »et les royalistes « exaltados », il fait appel à la France mais Villèle n’est pas favorable à cette intervention. Louis XVIII non plus. Montmorency doit démissionner.

28 décembre 1822 : François René de Chateaubriand remplace Montmorency et se montre chaud partisan d’une intervention en Espagne, estimant que la monarchie de Louis XVIII se meurt faute de victoires

27-28 janvier 1823
 : à l’ouverture de la session législative, le roi Louis XVIII déclare que « 100 000 Français sont prêts à marcher pour conserver le trône d’Espagne à un petit-fils d’Henri IV ». Ne fallait-il pas remettre un Bourbon (Ferdinand VII,petit-fils d’Henri IV) sur son trône, ou plus exactement rétablir l’absolutisme à la frontière du Royaume de France ? Les ultras applaudissent, le député de Gauche, Manuel, s’y oppose violemment

26 février 1823 : la Chambre des Députés est réunie pour voter les crédits nécessaires à la Guerre d’Espagne. Manuel prend la parole, parle du « gouvernement atroce » de Ferdinand, « Prenez garde de renouveler les circonstances qui ont conduit à l’échafaud ceux pour qui vous témoignez un si vif intérêt » . Accusé d’avoir voulu faire l’apologie du régicide, Manuel est exclu de la Chambre des Députés. Il y revient quand même le 4 mars . Il faut faire appel aux gendarmes pour l’expulser. La gauche décide alors de ne plus siéger.

3 avril 1823 : le Conseil Municipal de Châteaubriant ne s’est pas réuni depuis sept mois, mais il faut bien voter le budget de 1823 et statuer sur quelques affaires urgentes. Le Conseil décide par exemple que la ville continuera à payer le supplément de traitement de 500 francs accordé au curé de la paroisse.

Il rappelle aussi que la ville doit payer 300 francs de rente annuelle à M. et Mme Connesson, suite à l’acquisition du Château et qu’il faut inscrire cette somme dans les « dépenses ordinaires »

200 francs sont affectés à la réfection du Chemin de Saint Aubin dit « du Bois Hamon » qui devient impraticable. Les métayers ont promis de charroyer les matériaux nécessaires.

Plusieurs propriétaires demandent d’affermer une portion des douves le long de la Motte et du Marché aux Bestiaux. Le Conseil donne son accord « sans nuire toutefois à la promenade et à la place du marché »

26 juin 1823 et 30 août 1823 : le Conseil Municipal de Châteaubriant se réunit. Rien d’important à signaler

7 avril-20 août 1823 : sous la direction du Duc d’Angoulême, neveu du Roi, les Français s’enfoncent en Espagne, acclamés comme des libérateurs. Le gouvernement espagnol s’enfuit et se réfugie à Cadix avec le roi Ferdinand VII. Le Duc d’Angoulême occupe le fort du Trocadéro, Cadix capitule, Ferdinand VII est libéré mais ulcéré, il ne cherche qu’à se venger. Arrestations et exécutions reprennent de plus belle. C’est la « terreur apostolique ». Ecœuré, le duc d’Angoulême rentre en France.

23-24 décembre 1823 : pour faire échec aux ultras, Villèle fait nommer 27 nouveaux Pairs de France et dissout la Chambre des Députés. Le gouvernement se lance à fond dans la campagne électorale. L’armée, le clergé participent à la campagne. On voit même le Préfet de l’Aisne menacer ses électeurs, s’ils ne votent pas pour le candidat du gouvernement, de faire transférer le chef lieu de Laon à Soissons ! L’opposition, elle, manque de moyens et de personnel.

 Thermodynamique

1824 : c’est l’année où Sadi Carnot, officier du génie, publie ses « Réflexions sur la puissance motrice du feu ». Dans ce livre, il définit l’équivalence du travail et de la chaleur, posant ainsi les principes de la thermodynamique moderne et ouvrant la voie à d’extraordinaires applications matérielles.

 Un pantalon et un chapeau

15 février 1824 : le Conseil se réunit à Châteaubriant sous la présidence de M. Pierre Gautron, adjoint, toujours pour des questions budgétaires. Il est urgent de faire « des travaux extraordinaires sur les promenades pour favoriser la croissance des arbres ». Il y a aussi des travaux d’entretien nécessaires pour les chemins vicinaux.

Le Conseil décide d’affecter 30 francs et 28 centimes pour acheter un pantalon et un chapeau pour le Garde de la ville et 10 francs pour un râtelier destiné à la conservation des armes de la Garde Nationale déposées à la mairie. Et enfin 824 francs pour la clôture du cimetière à l’entour de l’église de Béré.

25 février 1824 : le résultat des élections est excellent pour les candidats du gouvernement. « Une Chambre Retrouvée » dit Louis XVIII. Sur les 110 députés de l’opposition, 91 sont battus. Absents du monde parlementaire, ils s’expriment beaucoup dans l’opinion publique. Le journal de gauche, « Le constitutionnel », reparu, connaît une énorme diffusion.

2 mai 1824 : le Conseil est réuni à Châteaubriant sous la direction de M. Lafond, adjoint qui déclare que « Depuis très longtemps on a le projet d’abattre la Porte St Jean dont le passage très étroit, est extrêmement gênant et occasionne souvent des malheurs aux habitans ». Il ajoute que les travaux de « relargissement des arches et démolition de l’avant-porte, décidés le 3 octobre 1820 et approuvés par le Préfet le 4 juin 1821 » ont toujours été ajournés mais que cette fois, la caisse de la ville permet de ne plus en différer l’exécution. Il est même urgent de démolir, non seulement l’avant porte mais encore la seconde arche et le massif qui en dépendent.

 Rue du Cul de sac du four

2 mai 1824 : l’adjoint profite de la réunion du Conseil pour faire part de l’urgente nécessité d’ouvrir la rue dite du « Cul de sac du four ». « Cette rue permettra de déboucher la place St Nicolas, de donner entrée aux habitans des communes du Sud et de l’Ouest de l’arrondissement ». Le Conseil décide alors de faire faire un devis pour les travaux et les indemnités à accorder aux propriétaires voisins.

15 mai 1824 : la rue du Four, portée sur le plan à 8 mètres sera réduite à 7 mètres pour moins gêner les propriétaires voisins.

D’autre part, la veuve Sinoir demande une subvention de 200 francs pour faire entrer son fils, au mois de novembre suivant, à l’école royale vétérinaire d’Alfort.

Le Conseil, considère la position de cette femme chargée d’une nombreuse famille, « dont le mari, capitaine dans les armées royales, est mort par suite de blessures reçues au service de Sa Majesté », et se dit aussi que le pays aura tout avantage à fixer « un artiste vétérinaire, ce qui est à désirer depuis bien des années, des épidémies successives n’ayant cessé d’enlever beaucoup de bestiaux, causant un préjudice notable tant aux propriétaires qu’aux fermiers ». Il vote donc « avec plaisir » la somme de 200 francs et demande au Préfet d’accorder à cette femme un secours de pareille somme.

Le Conseil décide en outre de dépenser 200 francs pour des réparations ordinaires au château. Quant aux chemins de Bain et du Grand Auverné, ils auraient besoin de réparations considérables. « En plus des charrois faits par les métayers » le Conseil demande au Préfet, « pour travaux de charité » la somme de 400 francs, « ce qui produira l’avantage d’occuper des ouvriers indigens sans ouvrage »

 Lafond, maire

1er août 1824 : la réunion du Conseil Municipal est présidée par M. de Boispéan, Sous-Préfet de l’arrondissement de Châteaubriant , en l’absence du Préfet qui est en congé. Sont présents les conseillers municipaux et les commandants de la Garde Nationale et de la Garnison Royale. Mazette ! La réunion est solennelle : c’est que la Préfecture a décidé que « Monsieur Lafond Jean-Baptiste, adjoint à la mairie

de Châteaubriant , sera nommé maire de cette commune, en remplacement de Monsieur Connesson appelé aux fonctions de juge de paix ».

M. Lafond entre immédiatement en fonction et prête le serment de « fidélité au Roi, d’obéissance à la Charte Constitutionnelle et aux lois du Royaume ». La réunion est alors levée aux cris de « Vive le Roi ».

15-16 août 1824 : prenant prétexte de la faiblesse des tribunaux, la censure est rétablie. Le gouvernement décide que les « mauvais livres » et les « mauvais journaux » seront supprimés des cabinets de lecture et des bibliothèques. Tiens donc !

26 août 1824 : l’Université est mise sous la tutelle d’un « Ministère des Affaires ecclésiastiques ». Toutes sortes de sociétés sont créées : « La société catholique des bons livres », « la société des bonnes études » ou encore « La marmite des pauvres ». Les « Missions » prennent de l’importance. Villèle ordonne aux autorités civiles et militaires d’assister à leurs services religieux.

12 septembre 1824 : Louis XVIII agonise. Il meurt le 16 septembre. Son corps, d’abord exposé aux Tuileries, est enterré dans la crypte à Saint-Denis le 23 septembre.

 Le Roi est mort, vive le roi !

27 septembre 1824 : le comte d’Artois, frère de Louis XVIII, fait son entrée solennelle à Paris, sous une pluie battante. Voici le nouveau roi Charles X, 67 ans, qui s’est distingué à la cour de son frère Louis XVI par l’aménité de son caractère, la légèreté de ses mœurs et l’intransigeance de ses idées absolutistes. Sous le règne de son autre frère Louis XVIII, il était le chef du parti des ultraroyalistes. Il fait cependant deux gestes : d’abord il refuse un excès de service d’ordre « Pas de hallebardes entre mon peuple et moi » et ensuite il ordonne la suppression de la censure. Les libéraux sont surpris.

31 octobre 1824 : le Conseil municipal de Châteaubriant est réuni pour voter une adresse au Roi « afin de lui témoigner nos regrets et ceux des habitans de cette ville, de la mort de Sa Majesté Louis 18, du Restaurateur de la Monarchie et de l’ordre public, de celui qui à si juste titre a été nommé Le Désiré et pour déposer aux pieds du trône de Sa Majesté Charles 10 l’expression de nos sentiments d’amour, de fidélité, de dévouement à son auguste personne ». Une commission est alors nommée au sein du Conseil, pour rédiger cette adresse qui dit ceci :

« Sire, la mort d’un bon roi est toujours une calamité pour les peuples. Celui que nous pleurons fut le restaurateur de la Monarchie et de notre véritable liberté. Il emporte nos plus justes regrets mais malgré la douleur que nous cause un si triste événement, qu’il nous soit permis de joindre nos voix au concert de louanges et d’allégresse qui s’élève d’un bout de la France à l’autre pour célébrer l’avènement au trône d’un autre Bourbon, D’UN FRANCAIS de plus. Le même sang coule dans les veines de Charles 10, il aime son peuple, il saura le rendre heureux, il achèvera l’œuvre de Louis 18e, cicatrisant les dernières plaies de la Révolution et en extirpant les principes révolutionnaires qui ne cessent de miner les Trônes et les bases de l’ordre social »

2 Décembre 1824 : en ce jour anniversaire de la victoire d’Austerlitz, Charles X décide de mettre à la retraite les officiers généraux ayant atteint la limite d’âge. Mais nombre d’entre eux se sont distingués dans les armées de Napoléon et la mesure est mal accueillie par les nostalgiques de l’Empire. Première maladresse.

Quelques jours plus tard, lors de la séance d’ouverture des Chambres, le roi Charles X commet une seconde maladresse en annonçant le dépôt d’une loi sur l’indemnité aux émigrés : un milliard de francs accordé à la noblesse émigrée sous forme d’une rente à 3 %. Le principal bénéficiaire est le duc d’Orléans, avec 510 000 francs annuels. (ce Duc d’Orléans est le fils du futur roi Louis-Philippe, et le frère du Duc d’Aumale, futur propriétaire du Château de Châteaubriant)

Sources :

- Archives municipales série 1 D 17
- Marcel Buffé : Châteaubriant une cité dans l’histoire

- Histoire de la France et des Français par A. Castelot et A. Decaux (Editions Robert Laffont)
- Histoire du peuple français, par Pierre Lafue et Georges Duveau (Ed. Nouvelle Librairie de France)
- Encyclopédie Universalis
- le site très complet de Vincent Bugeaud sur la Chouannerie : http://chouannerie.free.fr/


L’orthographe, variable, n’est pas celle de notre époque : « martir », « essort », « loix », « cimitière », « projetter », « mobiliaire »,

« donjeon », « habitans », « indigens », « pilliers », « cathégorique », « amande » pour amande, « logemen », « bonne état », « tems », « Louis-fert », « Abaret »