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Femmes célèbres

Françoise de Foix



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Françoise de Foix

 FRANCOISE DE FOIX à la cour d’Anne de Bretagne

1501 : le jeune Jean de Laval a 14 ans. Il est page à la cour d’Anne de Bretagne, Duchesse de Bretagne et femme du Roi de France Louis XII.

1503, François de Laval, Seigneur de Châteaubriant, meurt brutalement à 40 ans, laissant la baronnie à son fils Jean de Laval. Celui-ci, les jours de deuil passés, s’en revient prendre son service de page auprès de la Duchesse Anne, mûri par cette douleur inattendue. "Maturité qui lui fait regarder avec un intérêt de plus en plus vif le groupe charmant formé autour de la Duchesse-Reine par les 59 dames et les 41 jeunes filles assurant le service de la souveraine, la plupart de très grandes maisons, et toutes choisies avec un soin raffiné pour leur grâce, leur beauté, leur souci d’élégance, leur adresse à faire valoir les splendeurs des toilettes de Cour, et aussi pour leur qualité de cœur et d’esprit, leur instruction, leurs connaissances aux arts et aux lettres. Car Anne de Bretagne exige que, autour d’elle, la culture intellectuelle aille de pair avec les diverses perfections de la mondanité" dit Georges G. Toudouze.

1505 : Jean de Laval a le coup de foudre pour une exquise jeune fille, nouvellement arrivée au service de la Duchesse-Reine : Françoise de Foix (née vers 1475). Une petite beauté, raffinée d’esprit et de culture, mais sans aucune pédanterie.

Françoise de Foix est cousine d’Anne de Bretagne. Venue de l’Ariège, elle est la fille d’un noble, Jean de Foix, Seigneur de Lautrec, et de sa femme Jeanne d’Aydie, héritière du Comte de Comminges. "Quoi qu’elle sortit à peine de l’enfance, et qu’elle ne fust que sur sa douziesme année, sa beauté estoit si achevée qu’elle enlevoit les cœurs. Une taille avantageuse et qui se perfectionnoit de jour en jour ; un air engageant mêlé de fierté et de douceur ; des cheveux noirs et grande quantité qui relevoient la blancheur et l’éclat de son teint, cela joint à un esprit aysé, juste, fin, de bon sens, qui commençoit à briller, la rendoit la plus rare et la plus belle personne du siècle".

Françoise de Foix a 11 ans à peine, Jean de Laval a 19 ans. La jeune fille est noble mais pauvre. Le jeune homme est possesseur d’une des plus grosses fortunes de Bretagne. Mais qu’importe. Anne de Bretagne a une règle ne supportant aucune exception : ceux qui se plaisent doivent s’épouser.

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Jean de Laval

 Fiançailles

Alors le 4 septembre 1505, à Morlaix, la souveraine fait célébrer les fiançailles de Jean et de Françoise. A cette dernière elle attribue une dote de 20 000 livres, prise sur les revenus des finances de Bretagne.

Chose extraordinaire pour l’époque, Jean et Françoise partent aussitôt pour le Manoir de Châteaubriant, fiancés mais non mariés, vivant en quelque sorte en union libre. Une fille Anne, nait de cette union en mars 1507. Le mariage officiel des deux jeunes gens n’eut lieu qu’en 1509.

 LA BAGUE DU SORTILEGE

1514, mort d’Anne de Bretagne.
1515, mort de son époux, le roi Louis XII.

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Duc d’Angoulême, futur François 1er

La France a un nouveau roi, François d’Angoulême, qui devient François Premier. Celui que le peuple appellera "François Cœur de Lion" et qui aimait se dire "Le Roi-Chevalier", bouleverse la vie à la Cour, délaissant sa femme Claude pour ce qu’il appelle lui-même "sa petite bande" : une étincelante compagnie de jeunes femmes, jolies, spirituelles et assez faciles en morale et en actes. Parmi elles ne figure pas Françoise de Foix qui coule des jours paisibles et austères en son château de Châteaubriant.

François 1er, le roi-galant, ne néglige pas pour autant la politique et sa réflexion porte sur un problème délicat : la question bretonne. Malgré le mariage d’Anne de Bretagne avec le roi de France Charles VIII, puis Louis XII, la Bretagne reste un état souverain, libre de s’allier, à égalité, avec la France ou de s’en séparer.

François 1er est marié avec Claude, Duchesse de Bretagne, fille d’Anne de Bretagne, mais cela ne lui suffit pas. Il rêve d’attirer à sa cour les barons bretons et parmi eux ce Jean de Laval, seigneur de Châteaubriant, propriétaire des baronnies de Châteaubriant, Derval, Candé et Malestroit ; des châtellenies de Chanzeaux, Vioreau, Nozay, Issé, Teillay et Bain ; et des seigneuries de Jans, Guéméné, Beauregard, Le Theil, Combourg, Châteaugiron, Amanlis, Fougeray, Guildo, Beaumanoir, La Hardouinaye, Le Bodister, les Hughetières en Retz et Le Langoët. Soit 24 domaines, d’une importance politique considérable, car assis mi-partie en Bretagne, mi-partie en Anjou, lien naturel entre le Royaume de France et le Duché de Bretagne.

Au lendemain de la victoire de Marignan, les Châteaubriant, mari et femme, font leur entrée à la Cour de France.

Cela ne s’est pas fait facilement, si l’on en croit le récit d’Antoine Varillas, auteur en 1685 d’une "Histoire de François Premier". D’après lui, le roi avait invité Jean de Laval, à plusieurs reprises, à venir à la Cour de France avec sa jeune femme Françoise. Mais le Sire de Châteaubriant s’y refusait, faisant passer sa femme pour une "beauté farouche qui estoit impossible d’apprivoiser". Indication bien propre, on s’en doute, à aiguiser le désir du roi-galant. Alors le roi insiste. Il se fâche. Il ordonne. Jean de Laval doit obéir. Mais il se rend seul à la Cour, ayant inventé "un expédient capable d’éviter les importunités du roi sans s’oster la liberté de mander sa femme quang il lui plairoist".

Cet expédient est digne des plus beaux contes de fées. En effet, Jean de Laval avait fait fabriquer deux bagues identiques. L’une pour lui, l’autre pour Françoise, avec cette consigne impérative : n’ajouter foi à aucune lettre de lui si, dans le pli, ne se trouvait la bague emportée par lui-même.

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Françoise de Foix, par Fragonard

Voilà Jean de Laval à la Cour du Roi. Et Françoise de Foix en son château de Châteaubriant. Le roi réclame Françoise, ordonne de la faire venir. Jean de Laval s’empresse d’obéir. Il écrit à Françoise, mais n’y joint pas la bague. Françoise ne vient pas.

Le roi insiste. Jean écrit à nouveau, sans y mettre le signe convenu. Françoise ne vient pas. Et le jeu dure ainsi longtemps, jusqu’à ce qu’un valet vende au roi le secret du sortilège.

On devine la suite : une nouvelle lettre de Jean à Françoise, le roi fait intercepter le courrier et y glisse une exacte copie de la bague. Le signe convenu est là, Françoise fait ses bagages et se présente à la Cour où elle est accueillie avec ravissement par le roi et avec stupeur par son mari, qui comprenant qu’il a été joué "partit sur-le-champ pour retourner en Bretagne, de peur d’estre témoin de sa honte".

L’histoire de la bague est-elle vraie ? Ou inventée par un historien en mal de romanesque ? Ce qui est sûr c’est que l’austère Jean de Laval avait tout à craindre à voir sa femme au premier rang des Dames de la cour d’un Roi à la galanterie intrépide.

  "La mye du roi"

Tout de suite, entre Françoise de Foix et François Premier, ce fut le coup de foudre. Irrésistible. Mais le roi doit conquérir la belle. D’abord il offre à son mari, Jean de Laval, le commandement de 40 hommes d’une compagnie d’ordonnance du roi.

Puis, il nomme "Gouverneur de Milan", le frère aîné de la dame, Monsieur de Lautrec.

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Françoise de Foix
Françoise de Foix, d’après un dessin de Janet

Enfin, il offre à la belle Françoise de Foix, un objet d’art, une broderie, qu’il lui fait porter par messager spécial. Et Françoise lui répond par une lettre, remerciant à la fois pour la broderie et les avantages accordés à Jean de Laval et à Monsieur de Lautrec.

"Lettre combinée avec une adresse consommée : respectueuse dans un rien de désinvolture, annonçant la possibilité acceptée d’un accord discret entre deux candidats amants que la montée d’un fleuretage de plus en plus pressant liera dans un avenir certainement tout proche".

Deuxième message du roi. Deuxième réponse de Françoise de Foix. Car c’est "Françoise de Foix" qu’elle signe et non pas, Françoise de Châteaubriant, comme si elle voulait rayer dix ans de sa vie et redevenir, pour le royal amant qui s’approche, la jeune ariégeoise en fleur, qui, jadis, arrivait de sa province natale.

François est fou d’amour et la Cour tout entière, cachant sous les sourires la déception des uns et la jalousie des autres, salue l’astre nouveau, la "mye du roi".

Jean de Laval est furieux, d’autant plus que les amants s’affichent, par exemple durant les fêtes somptueuses du Camp du Drap d’Or, en 1520. Jean de Laval, jaloux, ne se résigne pas, et l’historien Michelet va jusqu’à dire qu’il "soulageait sa rage par des violences bourgeoises et des corrections manuelles", bref qu’il battait sa femme comme un vulgaire manant. Histoire vraie ? Légende encore ?

En butte à la rancune et aux violences, au moins verbales, de Jean de Laval, son mari, Françoise de Foix se heurte en outre à la mère du roi, Louise de Savoie. Et celle-ci veille, prête à arracher son fils à sa maitresse ironique et triomphante.

1520, Jean de Laval est à Châteaubriant où il fait construire le "château neuf". Françoise est restée à la Cour du roi.

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Le roi François 1er

 "La bataille de Pavie"

1521, le 6 janvier, le jour des Rois. On s’amuse beaucoup à la Cour et on fait les fous. Soudain, quelqu’un lance un tison enflammé, le roi François 1er est frappé à la tête et s’effondre, brûlé profondément. Il restera malade pendant 2 mois, veillé par sa mère, Louise de Savoie, rigide et autoritaire au point d’obliger Françoise de Châteaubriant à rentrer sur ses terres. Et puis, en avril 1521, le drame à Châteaubriant : Anne, la fille des châtelains meurt et est enterrée au Couvent de la Trinité et François 1er s’en vient à Châteaubriant rendre visite à sa "mye" à l’occasion du plus barbare des deuils.

Jean de Laval et Françoise de Foix retournent alors à la Cour de France. Le premier pour y recevoir un commandement dans les Ardennes, la seconde pour reprendre sa place de "dame d’honneur de la reine" et de favorite du roi.

Mais les nuages s’accumulent sur la France qui est menacée d’encerclement par Charles Quint et les Hasbourgs, maîtres de la Flandre, de l’Allemagne, de Naples, la Sardaigne, la Sicile, l’Espagne et l’empire colonial espagnol. D’abord son mari, Jean de Laval, se laisse arracher Mouzon, dans les Ardennes. Ensuite les trois frères de Françoise de Foix sont battus, l’un en Navarre, l’autre dans Crémone (Italie) et le dernier à Milan. La favorite est perdue, dit-on dans l’entourage du roi.

Mais Françoise fait face, défend son mari et ses frères, plaide et gagne leur cause. François 1er leur rend sa confiance. Et comme la France est victorieuse en 1524, tout s’arrange.

Sauf que le roi se laisse griser par ce succès et s’engage, avec enthousiasme, dans une campagne de conquête de l’Italie ... qui se termine avec la bataille de Pavie le 24 février 1525. François 1er est prisonnier de Charles Quint. La dame de Châteaubriant s’en retourne retrouver son château et son mari, tout en échangeant une abondante correspondance avec son amant prisonnier. Celui-ci, par le traité de Madrid, en janvier 1526, retrouve sa liberté, non sans avoir abandonné à Charles Quint, la Bourgogne, la Franche-Comté, l’Artois, Arras, Lille, etc, et non sans avoir promis d’épouser la sœur de Charles Quint (François 1er est veuf depuis 1524).

François 1er est libre. Il rentre en France. Pour accourir près de lui, Françoise de Foix n’attend qu’un signe.

Mais ce qu’elle ignore, c’est qu’il y a dans l’entourage de Louise de Savoie, une jeune fille noble de Picardie, Anne de Pisseleu, d’une extraordinaire beauté et âgée seulement de 18 ans.

Anne de Pisseleu est aussi blonde que Françoise de Foix est brune.

Entre les deux le combat sera sans merci, même si le mordant s’écrit en vers :

"Blanche coulleur est bientost effacée,
Blanche coulleur en un an est passée,
Blanche coulleur doibt estre mesprisée,
Blanche coulleur n’est pas longuement necte,
Mais le tainct noir et la noire coulleur
Est de hault prix et de plus grant valleur"

écrit Françoise de Foix qui se vante d’être noire et belle alors que sa jeune rivale est pâle et blonde.

 Anne de Pisseleu

Mais François 1er, poussé par sa mère, Louise de Savoie, qui tient enfin sa revanche, a choisi : la femme de 30 ans passés, qui ne peut plus offrir au maître que beaucoup de souvenirs et peu de nouveautés, doit disparaître devant la fille de 20 ans qui apporte avec elle l’avenir et l’inconnu.

François 1er propose quand même à Françoise de Foix de la garder près de lui, parmi d’autres amies évidemment. Mais la dame de Châteaubriant repousse pareille idée infamante et s’en retourne en son château, avec dignité, non sans mettre les rieurs de son côté en adressant au roi un "huitain" mordant que toute la Cour répète, de bouche à oreille.

1528, Françoise de Foix est chez elle. Elle a quitté la Cour par fierté, mais elle conserve la protection de Roi pour sa famille. En 1531, par exemple, Jean de Laval est nommé Gouverneur de Bretagne, c’est à dire le Représentant du Roi en Bretagne, une sorte de vice-roi, arbitre sans appel de tous les cas litigieux et ne devant rendre des comptes qu’au roi seul. Châteaubriant devient ainsi une manière de capitale administrative de la Bretagne et c’est la grande vie de château qui se déroule en cette ville, à longueur de semaines.

 LES JOYAUX FONDUS

Françoise est là, tantôt en sa "chambre dorée" tantôt dans les jardins et les vastes salles de réception du château. Mais elle n’oublie pas son amour pour François et jette sa douleur infinie sous forme d’une élégie en vers.

Mais elle n’est pas au bout de ses peines. "J’ay ouÿ conter que lorsque le roy François Premier laissa mademoiselle de Chasteau-Briand, Madame d’Etampes (c’est-à-dire Anne de Pisseleu) pria le roy de retirer à ladicte Madame de Chasteau-Briand tous les plus beaux joyaux qu’il lui avoit donnez, non pour le prix et la valeur, mais pour l’amour des belles devises qui estoient mises, engravées et empreintes".

Le Roi François s’incline et envoie dans ce but un messager à Châteaubriant. Françoise de Foix, de dépit, "envoya quérir un orfèvre et luy fist fondre tous ces joyaux sans avoir respect ni acception des belles devises qui y estoient engravées". Françoise de Foix renvoie ces bijoux au roi, sous forme de lingots d’or. "Pour quant aux devises, je les ay si bien empreintes et colloquées en ma pensée, et les y tiens si chères, que je n’ay peu permettre que personne en disposast, en joüist et en eust de playsir, que moi-même".

Une fois de plus, à la Cour du Roi, les rieurs apprécient la rudesse spirituelle de ce camouflet adressé au roi et à sa favorite de l’époque.

En 1532, François 1er a des affaires à régler en Bretagne et le 14 mai, il s’installe à Châteaubriant. Il s’y trouve si bien qu’il y demeure 6 semaines et Françoise est transportée de joie. Son mari, Jean de Laval, l’est moins, de même que la mère de celui-ci, Françoise de Rieux, veuve austère. Mais Françoise n’en a cure et François Premier, repris d’une superbe flambée de tendresse est redevenu le plus empressé des amoureux. Et la Cour applaudit.

Mais François 1er n’est pas là pour conter fleurette. Pendant son séjour, il édicte 139 Ordonnances, Lettres et Mandements, allant des plus graves questions internationales, économiques et financières, jusqu’à des dispositions concernant la crise alimentaire et la dot des filles des gens de finance. Et puis le 22 juin 1532, il lui faut retourner à Paris.

 JEAN DE LAVAL est-il un assassin ?

Que devient alors la belle Françoise ? On la dit prisonnière en son château, prisonnière de son mari. Rien n’est moins sûr. Et puis brusquement le 16 octobre 1537 ... Madame de Châteaubriant est morte.

Morte ? Mais de quoi ? Et comment ? Une maladie subite et rapide.

Morte le 16, enterrée le 23, cependant que le 26 sont signées par le roi les lettres concédant au Sire de Châteaubriant la jouissance des terres et seigneuries que François 1er avait offertes à sa maitresse.

Jean de Laval, veuf affligé, se montrait ainsi un maître calculateur.

"Alors subitement, sans que personne sache tout d’abord ni de quelles bouches, un bruit court, rasant la terre, et soudain s’enfle et éclate en coup de tonnerre ... Monsieur de Châteaubriant est un assassin" raconte G. Toudouze.

Assassin ? L’histoire est terrifiante. Depuis plusieurs semaines, Françoise aurait été séquestrée dans une chambre obscure tendue de draperies noires, où, à la lueur d’un unique flambeau funèbre, des servantes vêtues de noir lui auraient apporté de maigres plats eux aussi drapés de noir. Puis, une nuit, Jean de Laval, six hommes armés et deux chirurgiens, seraient entrés, surprenant dans son sommeil la malheureuse femme, maintenue tête, bras et jambes par ses soudards, à la lueur d’une torche ; et son époux lui aurait fait, par les deux chirurgiens, ouvrir les veines des poignets et des chevilles.

Est-ce-vrai ? Qui étaient ces chirurgiens si obéissants ?

L’opinion publique ne s’interrogeait pas et répétait la scène avec horreur, en l’amplifiant chaque fois un peu plus. On reparlait de la liaison de la belle avec le roi, liaison publique pendant 10 ans, on parlait de jalousie meurtrière à retardement, et ceux qui jalousaient le Baron de Châteaubriant parlaient d’une vengeance assouvie, retardée jusqu’à ce que Jean de Laval ait pu bénéficier de tous les cadeaux fait par le roi à l’époux de "sa mye".

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Epitaphe de Clément Marot

Le roi eut beau conserver sa confiance à Jean de Laval, les accusateurs poursuivirent leurs accusations jusqu’à la mort du Baron de Châteaubriant, le 11 février 1543, âgé de 56 ans, "miné par le remords de son crime", dit-on, léguant son château au Connétable Anne de Montmorency.

Pourquoi au Connétable Anne de Montmorency ? Pourquoi Jean de Laval a-t-il ainsi déshérité ses héritiers naturels en léguant ses immenses biens à "son ami" Anne de Montmorency ... " à celui qui fut son juge dans une affaire de vol par prévarication et qui l’acquitta ... à celui qui serait encore son juge si l’affaire de l’assassinat supposé entrait dans la voie judiciaire " explique G. Toudouze. Est-ce donc le moyen "de se tirer de la poursuite qu’on faisoit contre luy pour la mort de sa femme dont il étoit accusé" ?

C’est ce qu’on disait par mille allusions, à la Cour ...

 UNE TACHE ET UN FANTOME

Un crime vraiment ? C’est là que la légende rejoint l’histoire. Mais qu’est-ce qu’une légende ? sinon "une vérité, vue à travers une série de tempéraments" dit G. Toudouze.

Ici la légende repose sur une tache et un fantôme.

La tache, c’est celle faite par le sang de Françoise de Foix, sur le plancher de sa chambre, entre la cheminée monumentale et la porte du petit oratoire. Et qu’importe si des incrédules osent affirmer que le concierge du château, chaque année, ravive cette tache avec un peu de peinture ...

Le fantôme, lui aussi, est bien réel. Il revient sans exception tous les 16 octobre à minuit, accompagné de religieux du Couvent de la Trinité et des Moines de St Michel et de Béré. Il y a aussi des chevaliers en armes, et Anne de Laval, et François 1er tenant Françoise de Foix par la main. Et, derrière, six démons cornus entraînent Jean de Laval et l’obligent à baigner ses pieds dans le sang de la tache brusquement redevenu liquide. Si ! C’est vrai, des tas de gens l’on vu depuis 450 ans ...

Source : Françoise de Châteaubriant et François 1er par Georges G. Toudouze


 Le chansonnier de Françoise de Foix

Voir le site

La musique au XVIe siècle dans l’entourage des Comtes de Laval


Voici d’autres sites à consulter sur :

François 1<SUP>er</SUP> :

Françoise de Foix

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François 1er

A propos de François Premier, cet article du Figaro : http://www.lefigaro.fr/lefigaromaga...

François Ier un monarque si français
Marc Fumaroli de l’Académie française*
24/07/2009 | Mise à jour : 18:02 | Ajouter à ma sélection
Au physique, le roi est un colosse. Une stature tempérée par l’élégance des vêtements masculins de la Renaissance (portrait de François 1er par Jean Clouet, musée du Louvre)
Au physique, le roi est un colosse. Une stature tempérée par l’élégance des vêtements masculins de la Renaissance (portrait de François 1er par Jean Clouet, musée du Louvre) Crédits photo : (Rue des Archives/TAL)
Gourmand, sensuel et débordant d’énergie, il incarne la grande figure du monarque au siècle de la Renaissance. Est-ce un hasard si Pantagruel fut son contemporain ? La guerre, les arts et les femmes : François Ier a tout aimé avec excès. Son œuvre immense fait oublier ses échecs. Car avec lui, la monarchie capétienne choisit la voie du prestige.

Dans la suite de nos rois, François Ier tranche par un tempérament physique et moral d’une éclatante santé, qui frappa ses contemporains autant que la vivacité et la gaieté de son esprit. Après Philippe Auguste consumé d’ambition, Saint Louis de dévotion, Charles V de sagesse, Charles VI de folie, Charles VII de tristesse, Charles VIII de donquichottisme, et Louis XII d’infirmités, surgit François Ier, athlétique, de grand air, débordant d’énergie et ne tenant pas en place, à la fois imaginatif, gourmand et intelligent. La mélancolie fait soudain place à la surabondance de vie et à l’appétit joyeux des saveurs terrestres. A lui seul, François Ier incarne un « beau XVIe siècle » et une « Renaissance » qui ne survécurent pas à ses trente ans de règne, et un royaume de France peuplé et prospère qui trouva en lui son identité charnelle et la conscience de son poids dans les affaires du monde.

Ni Henri VIII d’Angleterre, vrai Barbe-Bleue, ni l’avare Charles Quint, ni à plus forte raison les papes contemporains, Clément VII Médicis et Paul III Farnèse, deux monstres froids, n’attirèrent la sympathie qu’inspira François Ier jusque dans ses erreurs et ses épreuves et que sa légende, fait majeur et de longue durée, a perpétuée jusqu’à nous. Après la mauvaise étoile qui s’attacha à ses successeurs, les derniers Valois - son fils Henri II et ses trois malheureux petits-fils -, ceux de nos rois Bourbons qui furent les plus aimés et admirés de leur peuple, Henri IV, Louis XIV et Louis XV, ont retrouvé, mais en partie seulement, à leur façon, et temporairement, l’appétit, la santé, la vigueur, la joie terrestre, l’équilibre moral et intellectuel du Français par excellence qu’avait été, du début presque jusqu’à la fin, le roi François, de son nom « tout françois ». En 1521, dans sa Concorde des deux langages, Jean Lemaire des Belges avait décrit ainsi le caractère national français :

« La raison est pour ce qu’ils sont bien nés,

Sous l’horoscope et regard vénérique,

Ou que d’eux-mêmes ils se sont façonnés.

Leur oraison est pure rhétorique,

Leur liesse est propice et géniale,

Et leur attrait amoureux et lubrique.

Leur façon est humaine et sociale,

Sachant sa cour, très bien mondanisant,

Et leur habit de gorre spéciale...

François faitiz, francs, forts, fermes au fait,

Fins, frais, de fer, féroces, sans frayeur,

Tels sont vos noms, concordants à l’effet. »

Tel est le portrait que Rabelais fera du roi régnant dans le personnage mythique du roi-géant, le généreux Pantagruel, de livre en livre parus du vivant de François Ier, entre 1533 et 1546, fixant pour toujours, dans l’imaginaire national, le portrait idéal du roi de France, solaire et galant, main de fer, mais dans un gant de velours. Dans le personnage de Panurge, sujet-type du roi-géant et son inséparable, Rabelais a fixé les traits éternels du peuple français, rusé et mécontent, vindicatif et teigneux, égoïste et malveillant, exigeant de ses rois ce qui lui manque et dont il ne peut se passer : la vitalité, l’autorité et la décision. Couple aussi paradigmatique pour la France que l’est pour l’Espagne le couple Don Quichotte-Sancho. Nos historiens et nos instituts de sondage ne s’en servent pas assez pour mesurer, prévoir ou expliquer les hauts et les bas de nos humeurs politiques !

Si le maladif Louis XII, marié pourtant trois fois, avait pu engendrer un fils viable, le jeune comte d’Angoulême, héritier de la branche cadette des Valois, n’aurait jamais pu aspirer au trône. Jusqu’à la veille de sa mort, le 1er janvier 1515, Louis XII, époux tardif de la toute jeune Marie d’York, fit de son mieux pour barrer cette éventualité. Mais dès la naissance à Cognac, en 1494, du petit comte, orphelin deux ans plus tard de son père Charles, sa mère Louise de Savoie et sa sœur aînée Marguerite parièrent sur la mauvaise étoile génésique de Louis XII et sur la vocation providentielle du vigoureux petit garçon. Louise dans son journal l’appelait « mon César ». Ces deux femmes supérieures et leur coterie l’entourèrent d’une adoration qui le traita et le fit éduquer en futur roi de France. Le narcissisme a du bon, s’il ne tourne pas à la mégalomanie.

Le jeune François trouva de quoi se gober dans ce culte anxieux de sa beauté physique et de son esprit vif, mais l’éducation qu’il reçut d’ecclésiastiques, de gentilshommes et d’humanistes qui partagèrent pendant vingt ans, à Amboise, puis à Paris, sa longue attente de la couronne, l’empêcha de s’idolâtrer. Les symboles et les devises énigmatiques élaborés dans ce cercle pendant cette période de latence (notamment la salamandre mythique, se nourrissant du feu qui devrait la dévorer) s’épanouirent en public dans les fêtes données après 1515 à la gloire du jeune roi, oint de Dieu et favori de la Fortune. Ils éclatèrent en feu d’artifice lorsque le « César » de Louise et de Marguerite aura remporté, peu après son avènement, la victoire de Marignan qui vengeait la défaite de Louis XII dans le Milanais.

Dès 1518, François est père d’un Dauphin, mis au monde par la reine Claude, fille de Louis XII. L’euphorie est complète. Le roi de 24 ans peut partir, à la tête d’un immense cortège, visiter de ville en ville, son fertile royaume et se faire acclamer de ses sujets, tout en s’adonnant aux plaisirs du voyage, de la chasse, de ses amours avec la comtesse de Chateaubriant et de la fête toujours recommencée. En mai 1520, à Guînes, non loin de Calais, la féerie improvisée du Camp du Drap d’or, avec tournois et banquets, accueille l’entrevue entre François Ier et Henri VIII, l’Anglais sur lequel le roi de France croit pouvoir compter, à tort, contre son grand rival Charles Quint.

Dès lors, la Fortune et la Providence semblent déserter le jeune roi. Défaite de ses troupes devant les Impériaux près de Milan, à la Bicoque (1522) ; lâchage du grand seigneur et habile général Charles de Bourbon, passant au service de l’Empereur (1523) et envahissant la Provence à la tête de ses lansquenets ; mort de la reine Claude (1524), et brochant sur le tout, désastre militaire devant Pavie, le roi lui-même rendu prisonnier de l’Empereur et le Milanais perdu pour la France (février 1525). C’est le tournant du règne.

La fermeté et l’habileté de la régente Louise de Savoie, et la conduite stoïque du roi captif firent mieux que « sauver l’honneur ». Au prix d’énormes sacrifices d’argent et de la remise en otage à Madrid des deux fils du roi, François au bout d’un an put regagner, libre, un royaume dont il n’avait rien sacrifié à son geôlier. Cette terrible humiliation fit du Roi-Chevalier, encore à demi-médiéval, un chef déjà moderne, un proto-Louis XIV, réformateur de son armée et de son administration (la fameuse ordonnance de Villers-Cotterêts, 1539, résume ce travail de longue haleine) et prêt à tous les doubles jeux machiavéliques pour regagner prestige et terrain perdus.

Il n’hésite plus après 1525 à conclure une alliance scandaleuse avec le sultan ottoman pour se donner de nouveaux atouts contre Charles Quint dans les Balkans et en Méditerranée. Sans cesser d’être un roi-soldat, il va demander aux lettres et aux arts « à l’italienne » un surcroît d’autorité, une gloire intérieure et extérieure, et une marge de manœuvre politique et diplomatique.

Son roman est terminé. Il est entré dans la réalité politique. Roi mécène de l’humanisme, il va trouver dans ce rôle, auquel ses précepteurs l’avaient préparé, la voie médiane lui permettant de louvoyer entre les deux excès religieux qui lacèrent l’Europe et commencent à troubler le royaume : la réforme chrétienne radicale, iconoclaste et subversive, qu’il croit devoir combattre durement après l’affaire des Placards (1534), et la réaction violente et répressive à laquelle il ne cède qu’en dernier recours, mais que réclament l’orthodoxie théologique, le peuple et la papauté. La sœur du roi, Marguerite de Navarre, étroitement liée au « groupe de Meaux », dont le christianisme intérieur se refuse à la rupture avec les formes extérieures et populaires du catholicisme, l’a préparé à cette tactique de juste milieu.

En prenant ce parti dans la tourmente religieuse qui s’esquisse, il continue de rivaliser, mais sur d’autres plans que militaires, avec l’empereur. En effet, confronté le premier à la Réforme luthérienne et aux excès de l’anabaptisme, Charles Quint a pris pour boussole le réformisme modéré et médiateur d’Erasme, son fidèle sujet. Rejoint à son tour par la violence réformatrice et par son ressac répressif, François Ier choisit lui aussi une ligne médiane française, celle de Guillaume Budé, des frères Du Bellay, et de leur client Rabelais, humanistes gallicans hostiles à Rome, mais non au point de rompre avec elle et avec la majorité des Français.

Dans les vastes Etats de Charles, à Louvain et à Alcala de Henares, avaient été fondés des « collèges trilingues » où l’exégèse humaniste des textes latins, grecs et hébreux, étrangère à la théologie médiévale, était enseignée. A Paris, à partir de 1530, François Ier crée sur sa cassette personnelle les chaires de grec, d’hébreu, de latin classique et de mathématiques réclamées par Budé, imposant l’enseignement humaniste dans l’Université et amorçant avec prudence ce qui deviendra le Collège de France. Les humanistes français, et le plus génial d’entre eux, Rabelais, lui ont rendu au centuple, par leurs louanges, la concession symbolique et la protection relative qu’il leur a accordées.

C’est aussi en rivalité avec Charles Quint que le roi adopta, après l’empereur, mais à plus vaste échelle, le gouvernement par les arts qui avait si bien réussi au prestige de la papauté et des princes italiens. Faute du duché de Milan, il veut être en France le premier des princes à l’italienne. Charles Quint s’était attaché Titien et s’était fait construire à Grenade un palais des Césars. Mettant les bouchées doubles, François Ier invite à sa cour Andrea del Sarto, Benvenuto Cellini, Léonard de Vinci, le Rosso, le Primatice. Il ne se contente plus de fêtes éphémères et de Camps du Drap d’or, il se convertit à l’architecture « à l’antique », multipliant, en Ile-de-France comme sur les bords de la Loire, les châteaux dans le nouveau style et faisant de Fontainebleau le chantier d’un magnifique palais français revu « à l’italienne ». Le prestige qu’il en retira fut à la mesure de l’autorité « absolue » d’un Etat qu’il avait réformé, musclé et machiavélisé.

De 1531 à 1534, il put reprendre, à la tête de son énorme cour itinérante, le « grand tour » de son royaume, avec plus de faste qu’en 1518. Il visite, en pèlerin dévot, les sanctuaires, il associe partout à ses « joyeuses entrées », aux bals et aux fêtes en son honneur, la liesse du menu peuple, et il vérifie ou redresse, à chaque étape, l’état des forteresses, la tenue de l’administration royale et la nature des privilèges accordés aux autorités locales. Au cours de ce second voyage triomphal paraît à Lyon le Pantagruel de Rabelais. Pavie est oubliée.

Le roi veuf a épousé en 1529, dans le cadre d’une trêve avec Charles Quint (la « paix des Dames »), une sœur de l’empereur, Eléonore, reine effacée. Louise de Savoie est morte en 1531, Marguerite s’est retirée dans sa cour de Nérac. A quarante ans, le roi est toujours un grand vivant, affichant sa liaison avec Anne de Pisseleu, duchesse d’Etampes. Sa santé fléchit, mais il reste assez gaillard, à 52 ans, pour entreprendre, en 1546, un dernier grand tour de quatre mois, qui le conduit du Beaujolais en Bresse, de Bar-le-Duc à Sedan. A sa mort, en 1547, il lègue à son fils Henri II un beau et puissant royaume, mais plus menacé qu’il ne l’a cru par une guerre civile mortelle entre la tenace majorité catholique et l’inflexible minorité protestante. Les deux derniers livres de Rabelais (1552 et 1564, posthume) sont noirs d’angoisse.