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1830

3 janvier 1830 : publication à Paris du premier numéro du journal « Le National » qui écrit « le roi règne mais ne gouverne pas » et qui défend la candidature de Louis Philippe d’Orléans. Le journal est condamné par les tribunaux.

31 janvier 1830 : réunion extraordinaire à Châteaubriant sous la présidence du maire Nicolas François Ballais. Il s’agit de la donation d’un capital de 400 francs fait au profit de l’hospice de la ville, à charge de service religieux, par Marie Renée Thuillier de la Coquerie. Le Conseil estime que, ce capital devant produire à 5 %, une rente annuelle de 20 francs sur le montant de laquelle l’hospice n’aura à payer que 2,50 francs de frais chaque année, est avantageuse, et qu’il vaut mieux que ce capital « soit colloqué sur particulier avec intérêt à 5 % sous bonne et valable hypothèque » plutôt que de le placer en rentes sur l’Etat « en raison du cours actuel très élevé de la Bourse »

 Macadam

Le même jour, le maire appelle l’attention du Conseil sur l’adoption d’un système de raccordement du pavé de la Rue de Bourbon (actuelle Rue Joseph Hervouët) avec la traverse de la Grande Route (actuel Bd Victor Hugo) qui, par suite de travaux « récens » a subi « un dénivellement qui dérange la pente ancienne et arrête les communications ». Le Conseil considère qu’il y a alors deux moyens :

- ou bien le rétablissement du pavé avec les pierres actuelles sur une étendue de 134 mètres après les déblaiement convenables (coût 159 francs)

- ou bien le dépavage de la surface susdite et ensuite macadamisage pour 54 francs et 80 centimes.

Mais le Conseil considère que « le macadamisage est bon pour les chemins, mais ne peut pas convenir dans les villes à cause de la boue et de la poussière qui en résultent et de la difficulté du nétoiement ». Il choisit donc le pavage et, étant donné « la mince importance des travaux » il est d’avis que le maire soit autorisé à faire exécuter, par voie de régie, le repavage de la rue de Bourbon sur toute la surface qu’il sera nécessaire de remonter pour obtenir un raccordement convenable avec la traverse de la route.

[NDLR : le macadamisage est un procédé nouveau à l’époque. Il date de 1827, il est dû à un ingénieur écossais nommé John Loudon McAdam, premier réalisateur de revêtement de chaussées à l’aide de pierres concassées et de sable agglomérés au moyen de rouleaux compresseurs]

 Chasse-mouches

4 février 1830 : Polignac envoie aux différentes puissances une circulaire annonçant l’intention de la France de se venger de l’injure faite par le dey d’Alger, le 30 avril 1827, qui a frappé l’ambassadeur de France de trois coups du manche de son chasse-mouches, pour une histoire embrouillée d’achats de blé, faits par Napoléon et non encore payés. Il est question aussi de détruire un foyer de « pirates ». L’Angleterre craint une éventuelle conquête de l’Algérie par la France.

16 mars 1830 : dans une adresse au roi, connue sous le nom de « adresse des 221 », les députés demandent le renvoi du ministère Polignac. Le roi s’y refuse. Seuls les ultras sont satisfaits.

6 mai 1830 : le Conseil municipal de Châteaubriant fait une nouvelle fois la liste des travaux nécessaires :

- Un plan général et détaillé de la ville « avec une feuille d’ensemble encadrée et sous verre » et ensuite un atlas portatif par feuille et presque par rue. Coût 400 francs.

- Continuation du palatrage et du remblai de la douve à l’ouest, depuis le pont de la rue de Bourbon jusqu’à celui de l’éperon, afin de prévenir les accidents et d’épargner à la vue des passants « le spectacle dégoûtant d’un cloaque au bord d’une promenade par ailleurs fort agréable et susceptible d’être encore embellie par la plantation d’un nouveau rang d’arbres »

- La conversion en chemin praticable par les charrettes, au moyen d’un aqueduc souterrain, « de la voie de pied qui, pour se rendre rue de la vannerie, prend naissance au bord de la route royale d’Angers à Rennes, vis-à-vis La Poterne et s’embranche au bas du chemin dit de la Boule d’Or dans le chemin des Briotais » (coût 732 francs). Cette opération est, paraît-il, de première nécessité en raison des sinuosités du Chemin de la Boule d’Or qui est le seul débouché dans cette partie pour arriver en ville de plusieurs communes « circum-voisines »

- L’assurance contre l’incendie pour l’hôtel du Boisdulier et les parties du château appartenant à la ville « pour la mettre à même, en cas de sinistre, de faire renaître de ses cendres les propriétés bâties ». Le maire est autorisé à faire assurer par la compagnie qui offrira le double avantage d’une bonne garantie et de la plus grande économie.

- Le raccordement de la partie Nord des Terrasses à la grande route nouvellement nivelée, parce que la route qui traverse cette esplanade a été mise de beaucoup en contrebas de celle-ci.

- L’aménagement sur la même terrasse, au midi de la route, d’un emplacement convenable pour servir de chantier et de lieu de dépôt, « chose indispensable à la ville qui n’a plus dans son voisinage aucun vague disponible pour pareille destination »

- Le repavage des Basses Rues où, par défaut de pente et par le mauvais état des pavés, des eaux fétides sont perpétuellement stagnantes (on en parle depuis des années, mais cela ne se fera encore pas cette fois-ci, la ville n’ayant pas les fonds suffisants)

- L’élargissement du Pont de la Torche au bout de la rue de Rigale, au moyen de l’acquisition et de la démolition de la tour.

- L’exhaussement du plancher au dessus de la petite halle, (ce qui nécessite l’achat et la démolition de la chambre qui repose sur le plancher dont il s’agit).

- L’acquisition d’un puits privé dans le faubourg de Couëré pour en faire un puits à l’usage des habitants du quartier qui sont privés d’eau de source, « à condition qu’il soit constaté que ce puits ne doit point être un jour supprimé comme formant saillie sur l’alignement de la grande voirie »

Une fois encore les projets sont nombreux, et les fonds publics insuffisants.

 Deux écoles

9 mai 1830 : le Conseil Municipal de Châteaubriant reconnaît la nécessité des deux écoles primaires existantes dans cette ville.

- L’une du 1er degré avec M. Hamon
- L’autre du 2e degré avec M. Pohier.

La première reçoit un secours de 350 francs par an, à charge d’instruire 6 enfants pauvres. La seconde n’a encore reçu aucun encouragement pécuniaire. Le Conseil lui accorde alors, pour 5 ans, à partir du 1er janvier 1831, un fonds de 100 francs à condition qu’il y sera placé 3 élèves gratuits. Les enfants qui ne sont pas admis aux leçons gratuites paieront, par mois :

Chez M. Hamon :
- 2 francs pour lecture, écriture, calcul
- 3 francs pour un enseignement comportant en plus la grammaire et la géographie.

Chez M. Pohier :
- 2 francs pour la lecture
- 2,50 francs pour lecture, écriture, calcul.

16 mai 1830 : une ordonnance royale dissout la Chambre des Députés. La campagne électorale commence aussitôt avec passion et même violence. Le mot d’ordre : réélire les 221, quels qu’ils soient (de droite ou de gauche) et faire l’union autour du candidat unique de la majorité des 221.

Mai 1830 : Victor Hugo : Lorsque l’enfant paraît

14 juin 1830 : pour faire diversion au malaise intérieur, une expédition de 37 000 hommes débarque dans la baie de Sidi Ferruch en Algérie. Les Français sont victorieux à Staouéli où l’armée du Dey est mise en déroute le 19 juin. En France l’opinion se désintéresse.

23 juin - 3 juillet 1830 : élections nationales. Victoire de l’opposition qui gagne 53 voix, ce qui lui fait 274 députés contre 143 amis du gouvernement. Ce résultat est un mouvement contre le ministère mais pas contre la monarchie. Mais Charles X et Polignac le prennent fort mal.

4 juillet 1830 : les troupes de Bourmont de Freigné entreprennent le bombardement de Fort l’Empereur en Algérie. Alger capitule le lendemain. Bourmont déclare : « Vingt jours ont suffi pour la destruction d’un Etat dont l’existence fatiguait l’Europe depuis trois siècles ». Le dey d’Oran fait sa soumission. Celui de Bône y est contraint. Dans ce début de conquête, la France n’a aucun projet politique précis. François René de Chateaubriand s’inquiète : « La Providence peut du même coup agrandir un royaume et renverser une dynastie ».

 Agitation sur ordonnance

7 juillet 1830 : le Conseil des Ministres prend trois ordonnances, la première suspend la liberté de la presse, la seconde dissout la Chambre, la troisième modifie la loi électorale.

25 juillet 1830 : après la messe, le Roi signe ces trois ordonnances. Elles paraissent au Moniteur le lendemain et les parisiens protestent aussitôt contre cette « éclatante violation des lois ». Les journalistes du Moniteur écrivent : « Le régime légal est interrompu, celui de la force a commencé ... l’obéissance cesse d’être un devoir ».

 Les trois glorieuses


27-28-29 juillet 1830
 : c’est ce qu’on appelle « les trois glorieuses » : les journaux paraissent malgré l’interdiction du préfet de police, des ouvriers descendent vers le centre de Paris, des commerçants et industriels ferment leurs maisons pour permettre aux ouvriers de manifester. Des patrouilles de police sillonnent la ville de Paris, les attroupements se reforment après leur passage. Du haut des étages des bûches de bois, des pots de fleurs, des vieilles marmites pleuvent sur la troupe. Dans la rue les gamins lancent des pierres. Des barricades se forment, les premières cocardes tricolores apparaissent . Les rues sont dépavées, les armureries sont pillées. On commence à crier « A bas les Bourbons ». On arrache des magasins les couronnes et fleurs de lis.

Le roi Charles X refuse de retirer les ordonnances. Et Polignac, à qui l’on vient dire que la troupe fraternise avec le peuple, répond : « Eh bien, il faut aussi tirer sur la troupe ».

Dans la nuit du 29 au 30 juillet, Charles X accepte enfin de signer les six nouvelles ordonnances, plus démocratiques, qu’on lui présente. Mais il est trop tard. Le 30 juillet vers 8 h du matin deux journalistes impriment et affichent dans tout Paris un texte appelant à la candidature de Louis-Philippe Duc d’Orléans. Dans l’après-midi de ce 30 juillet, la Commission Municipale fait imprimer la proclamation de la déchéance de Charles X : « Habitants de Paris ! Charles X a cessé de régner sur la France »

31 juillet 1830 : Louis Philippe, Duc d’Orléans, 57 ans, accepte la lieutenance générale, puis, précédé d’un gavroche tapant sur un tambour crevé, il se rend à l’Hôtel de Ville. Et c’est le tableau final : La Fayette et le futur roi s’embrassant sous les plis d’un drapeau tricolore. Le « Lieutenant Général » rétablit la cocarde tricolore, nomme des ministres provisoires et refuse l’investiture de Charles X. Celui-ci tente en vain de mettre sur le trône de France le jeune Duc de Bordeaux, 10 ans, (fils du Duc de Berry et de Marie Caroline de Bourbon-Sicile) mais il doit y renoncer et il embarque à Cherbourg vers l’Angleterre. Les « Trois Glorieuses » ont mis en place la « Monarchie de Juillet ». C’est la fin du règne des Bourbons.

Pendant ce temps, à Châteaubriant , Sœur Marie Elégie, supérieure de la maison de l’école charitable, demande, le 27 juillet 1830, des réparations urgentes au cabinet des latrines de cette maison. Le Conseil Municipal accepte cette dépense qui se monte à 76 francs et 75 centimes.

9 août 1830 : 219 députés votent la nouvelle Charte qui crée la Monarchie constitutionnelle et fait de Louis Philippe le roi des Français. La liberté de la presse est rétablie. La censure est abolie, le catholicisme cesse d’être religion d’Etat, le drapeau tricolore est de retour

29 août 1830
 : Louis Philippe passe en revue la Garde Nationale. Sous les fenêtres du Palais Royal la foule vient chanter La Marseillaise. Du balcon, Louis Philippe reprend le refrain en battant la mesure. Mais les ouvriers des faubourgs sont mécontents. Ils comprennent qu’une fois de plus on leur a volé la révolution. Les jours suivants, la colère de la foule se manifeste par des troubles. On réclame le procès des ministres de Charles X

 Démission du Maire de Châteaubriant

28 septembre 1830 : M. Ballais, maire de Châteaubriant, écrit au Sous-Préfet de l’arrondissement : « Je reçois aujourd’hui à 11 h 3/4 du matin la lettre bien polie et très instante que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire par laquelle vous me conseillez, conformément aux intentions de M. le Préfet de ce département, de mettre ma démission de maire de cette commune, pour éviter une révocation désagréable ».

28 septembre 1830 : sous la présidence de M. Luneau, Sous-Préfet et en présence du procureur du roi, du juge d’instruction, de la Garde Nationale et du Commandant de Gendarmerie, M. Gérard est installé comme maire de Châteaubriant en remplacement de M. Ballais démissionnaire. Le nouveau maire jure fidélité au Roi des Français, obéissance à la Charte Constitutionnelle et aux lois du Royaume. La séance est levée aux cris de « Vive le Roi des Français, vive la Charte ». [On ne dit plus : le Roi de France, mais : le Roi des Français]

14 octobre 1830 : deux adjoints sont nommés, M. Delourmel , premier adjoint en remplacement d’Ernoul de la Provôté. Et M. Roul de la Hallière comme deuxième adjoint.

19 octobre 1830 : Le Préfet informe le curé de Châteaubriant que la Cour de Rome vient de reconnaître le nouveau gouvernement de la France. Il lui demande d’en faire la publication au prône de la messe paroissiale.

19 octobre 1830 : le Conseil Municipal de Châteaubriant est renouvelé selon l’arrêté du Préfet de ce jour. Mais quatre des conseillers sont considérés comme démissionnaires par suite de non-prestation du serment de fidélité au roi. Ils sont remplacés aussitôt. Mais le 21 octobre, il est constaté que dix d’entre eux n’ont pas répondu à trois convocations qui leur ont été faites à domicile par le maire. « Considérant que, par le refus de comparaître aux délibérations, il en résulte que plusieurs affaires sont restées en souffrance et qu’il importe de réorganiser le plus promptement possible le Conseil Municipal », les dix sont suspendus de leurs fonctions et dix autres sont nommés provisoirement pour les remplacer. Le 30 octobre il faudra encore en remplacer deux. Ce n’est qu’à partir de cette date que l’administration municipale sera au complet.

28 octobre 1830 : le Conseil Municipal écrit au Préfet : « Monsieur le Ministre de l’Intérieur a mis à notre disposition une somme de 1000 francs pour soulager pendant l’hiver la classe des ouvriers indigents. Il est à regretter que cette somme soit aussi modique car, pour notre commune, il serait bien que vous voulussiez accorder au moins 12 à 1500 francs, ce qui nous aiderait à occuper la classe des journaliers et à les mettre à même de se procurer du pain pour eux et leur misérable famille. Nous faisons tout ce qui nous est humainement possible pour leur faire prendre patience, notamment aux veufs et aux orphelins des mémorables journées de juillet »

29 novembre 1830 : le chef chouan, Jean Terrien, (Cœur de Lion) ne peut supporter que Louis-Philippe, fils du citoyen « Philippe-Egalité », soit devenu Roi des Français. Ce « Philippe Egalité » descend de Louis XIV par Mme de Montespan sa maîtresse et il en est fier. Franc-Maçon, il fut l’un des premiers nobles qui donnèrent l’exemple de se réunir au Tiers-Etat. C’est sous la Convention qu’il prit le nom de Philippe-Egalité (septembre 1792) et il n’hésita pas à voter la mort de son cousin Louis XVI . Pour Jean Terrien, il est le régicide, ce qui enlève toute légitimité à son fils Louis Philippe. C’en est trop pour Jean Terrien : à 64 ans son univers s’écroule, ses combats de jeunesse sont effacés. L’idée de servir un traître lui est insupportable. Il réunit sa famille, annonce sa décision et s’enfonce dans la nuit ... Le 29 novembre 1830 le sous-préfet de Châteaubriant, Luneau, annonce au préfet qu’on l’a vu du côté de Freigné, au château de Bourmont, ce Bourmont qui a mené les troupes en Algérie. On le cherche partout, on le soupçonne d’avoir pris le part légitimiste, celui du fils de la Duchesse de Berry. On pense qu’il s’est réfugié à l’Abbaye de Melleray dont le supérieur est Dom Antoine, celui qui a prononcé à Nantes l’oraison funèbre du Duc de Berry (le 20 mars 1820) et accueilli la Duchesse de Berry, 8 ans plus tard, à l’abbaye

 La guerre des fleurs de lis

9 décembre 1830 : la ville de Châteaubriant a eu 104 francs de frais « relatifs au transport depuis Nantes des fusils destinés à l’armement de la Garde Nationale de Châteaubriant ». Il faut aussi prévoir 26 francs pour le salaire du Tambour de la Garde Nationale pour services faits depuis le 2 août dernier jusqu’au 31 décembre 1830. En revanche, le Conseil Municipal refuse de financer un habit pour le Tambour, en considérant que « le costume de la Garde Nationale n’est pas encore légalement déterminé ». Il vote cependant un crédit de 3 francs pour remplacer les boutons des anciens habits des tambours « garnis de boutons fleurdelisés » [la fleur de lis étant le symbole de la dynastie des Bourbons]

De plus, il a fallu dépenser 3 francs pour placer sur le clocher le drapeau de la nation.

Enfin le Conseil décide de changer le papier de tapisserie de la Salle du Conseil de la mairie, d’acquérir un buste du Roi des Français et un piédestal pour l’y placer (dépense : 48 francs et cinquante centimes)

Fin décembre 1830 : le commerce stagne. Les fonds publics baissent. Le banquier Lafitte, président du Conseil, doit même fermer sa banque. L’année s’achève dans le désarroi. Louis-Philippe a des qualités mais aucun génie et, comme dira Victor Hugo : « sa grande faute, la voici : il a été modeste au nom de la France »

Sources :

- Archives municipales série 1 D 17 et 2 D 8

- Histoire de la France et des Français par A. Castelot et A. Decaux (Editions Robert Laffont)

- Histoire du peuple français, par Pierre Lafue et Georges Duveau (Ed. Nouvelle Librairie de France)

- Les Chapellières, par Pierre Péan, éditions Albin Michel

- le site très complet de Vincent Bugeaud sur la Chouannerie : http://chouannerie.free.fr/

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