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1831

Février-mars 1831 : à Paris, les troubles qui se poursuivent presque quotidiennement prennent un aspect nettement anticlérical, refusant l’alliance du trône et de l’autel même si, depuis 6 mois, la religion catholique n’est plus religion d’Etat. Le 2 mars la foule défile devant le Palais Royal en réclamant de l’ouvrage et du pain.

Mars 1831 : Jean Terrien est signalé « du côté de Sion »

11 mars 1831 : une lettre est envoyée à MM. Duhamel de la Bothelière, Victor Thuillier de la Coquerie et David des Châteaux, leur faisant connaître une ordonnance du roi en date du 21 février 1831 : « les officiers de tout grade des armées de Terre et de Mer, soit en activité soit en retraite, qui sont chevaliers de l’Ordre Royal et militaire de St Louis, et de l’institution du mérite militaire, ne pourront continuer à porter les insignes de ces ordres qu’autant qu’ils seront conformes aux modèles déposés » . Le changement dans la décoration est la suppression ... des fleurs de lis ... se trouvant au bout des branches

16 mars 1831 : lettre du Conseil Municipal de Châteaubriant à M. le Préfet à propos des 1000 francs qui ont été attribués à la ville : « une certaine quantité de ces malheureux ouvriers sans ouvrage, je les occupe à aplanir la butte des Terrasses et à en transporter l’excédent des terres dans une ancienne douve du château, d’où il résultera une place très belle et très vaste et beaucoup plus commode pour les foires qui s’y tiennent le lendemain de la Trinité et le 24 octobre de chaque année ».

Budget 1832

12 mai 1831 : le Conseil municipal établit son budget de 1832. On y relève :

- 800 francs pour bois, papier, port de lettres, lumières, frais de bureau de la mairie et traitement du secrétaire.
- 250 francs pour le loyer de la maison commune (Hôtel du Boisdulier) et 20 francs pour la location d’un magasin.

- 500 francs pour le salaire de l’agent de police
- 490 F pour les réverbères
- 100 francs pour l’entretien des fontaines, des abreuvoirs et de l’horloge
- 360 francs d’indemnité à l’instituteur sous réserve d’instruire 10 élèves gratuits
- 920 francs de rente viagère à Martin Connesson pour abandon de ses logements de la gendarmerie et du local du Tribunal
- 300 francs de rente viagère au même pour abandon du Pavillon des Champs
- 534 francs pour l’entretien de la couverture du château, des parapets et pavés, du chemin de St Aubin et des promenades publiques
- 100 francs pour les fêtes publiques
- 300 francs pour les secours de l’hospice

13 mai 1831 : 340 francs sont destinés à l’achat de deux nouveaux réverbères à Châteaubriant, l’un à l’angle des rues Quenillet de de la Pompe, l’autre au carrefour de la rue de la Ruette et des Quatre-Œufs

Il est à nouveau question du comblement d’une partie des anciennes douves à l’ouest de la ville pour agrandir l’emplacement du marché aux bestiaux que le maire considère comme trop resserré.

Mais le Conseil refuse, considérant que l’envahissement des bestiaux à cet endroit serait plus incommode qu’utile, en ce qu’il rendrait la promenade inabordable aux passants. Et que, de toutes façons, « la dépense serait trop considérable pour cette année ».

Démission du Maire. encore !

15 mai 1831 : « Lorsque j’acceptai les honorables fonctions de Maire, j’y fus décidé par le désir de me rendre utile à mes concitoyens et par l’espoir de pouvoir y réussir. Aujourd’hui qu’il m’est bien démontré que la bonne volonté ne suffit pas, je viens vous prier de vouloir bien recevoir ma démission et faire connaître ma détermination à notre digne préfet afin qu’il ait la bonté de pourvoir à mon remplacement » écrit Gérard, maire de Châteaubriant en donnant sa démission.

23 mai 1831 : le Conseil de Châteaubriant se réunit sous la direction de Delourmel, (faisant fonction de maire depuis la démission de Gérard), pour discuter du projet d’établir en cette ville une école d’enseignement mutuel. « L’établissement d’une école d’enseignement mutuel présente un très grand avantage en ce que la première instruction qu’on acquiert dans ces écoles exige beaucoup moins de temps et de dépenses que celle que les enfants reçoivent chez les instituteurs primaires ordinaires ». Considérant que les fonds libres qui restent dans la caisse municipale paraissent suffisants pour couvrir les frais d’établissement, le Conseil Municipal de Châteaubriant est d’avis « qu’il soit établi dans cette ville une école d’enseignement mutuel jusqu’à concurrence de 1153 francs »

23 mai 1831 : Jean-Baptiste Terrien, est arrêté à la place de son père Jean Terrien. Il est accusé d’avoir tenu à Petit-Mars et à St Mars du Désert, des propos injurieux contre le roi Louis-Philippe.

La déchéance des fleurs de lys

8 juin 1831 : lettre du maire à M. Ribot, curé à Châteaubriant : « les broderies qui existent aux quatre coins et de chaque côté de la bannière portée dimanche à la procession de la Fête-Dieu, ayant été reconnues pour être des fleurs de lys, je vous invite à ne plus faire sortir cette bannière avant d’avoir fait enlever ces insignes d’un gouvernement déchu, dont la vue excite des murmures et peut occasionner les plus grands désordres. Saisissant cette occasion, et en conformité de la circulaire de M. le Préfet, je vous prie également de faire disparaître les fleurs de lys placées aux extrémités des bras de la croix située sur le clocher de l’église St Nicolas »

20 juin 1831 : le Conseil Municipal de Châteaubriant est réuni en séance extraordinaire sous la présidence du premier adjoint, Delourmel-Picardière faisant fonction de maire. Il s’agit de former le Conseil de recensement qui, d’après la loi du 22 mars 1831 doit s’occuper de la réorganisation de la Garde Nationale.

Les citoyens sont classés : une première série de 20 à 36 ans pour le service ordinaire, et l’autre partie, de 36 à 60 ans pour la réserve. Ce jour-là, trois conseillers municipaux, placés dans le « service ordinaire » demandent à être dispensés de ce service, « les infirmités qu’ils déclarent les mettant hors d’état de le faire ». Le Conseil accepte pour l’un d’entre eux, sujet à de violents accès de goutte, et diffère sa réponse pour les deux autres.

21 juin 1831 : l’un des conseillers municipaux précédents présente un certificat médical faisant état d’une inflammation chronique du bas-ventre, accompagnée de crachements de sang. Il est dispensé du service ordinaire et versé dans la réserve.

22 juin 1831 : la Garde nationale de Châteaubriant est formée de 4 compagnies, une de grenadiers, deux de chasseurs et une de voltigeurs.

26 juillet 1831 : Demangeat, maire de Riaillé, directeur des Forges de la Provostière et adversaire de Terrien, fait porter au sous-préfet de Châteaubriant un pli urgent signalant la présence du chef chouan « Cœur de Lion » au village de la Chauvière au Grand Auverné. Deux gendarmes, déguisés, s’y rendent, mais l’oiseau s’est envolé, car il n’a pas le temps de traîner : sous les ordres du Maréchal de Bourmont (de Freigné) il est chargé de diriger une insurrection, sur la rive droite de la Loire, pour mettre sur le trône le fils de Marie Caroline, Duchesse de Berry (qui est aussi le petit-fils du roi Charles X).

28 juillet 1831 : le Conseil Municipal de Châteaubriant fait l’étude des réclamations concernant la Garde Nationale : ceux qui veulent passer des voltigeurs aux chasseurs, ceux qui veulent passer du service ordinaire à la réserve en raison de leur âge ou de diverses infirmités.

Un détachement de 25 hommes de la Garde Nationale est commandé pour aller à Nantes chercher 100 fusils, 40 obus et 2000 cartouches. Le Conseil lui alloue 200 francs d’indemnité pour ce déplacement en précisant que sous aucun prétexte cette somme ne pourra être dépassée, « quelque chose qui arrive »

16 septembre 1831 : un différend s’élève entre Delourmel-Picardière, faisant fonction de maire, et Lebreton, commandant de la Garde Nationale. Celui-ci souhaite que le règlement de la Garde impose une revue générale tous les 15 jours et deux exercices par semaine pour chaque compagnie.

Delourmel, qui a examiné aussi le règlement de la Garde à Nantes, estime que les exercices de revue exigés sont trop fréquents. « Il faut considérer que la plupart des gardes nationaux sont aussi pères de famille, qu’ils ne peuvent pourvoir à leurs besoins que par un travail pénible de chaque jour et qu’ils n’ont que le dimanche pour vaquer à leurs affaires. Un exercice par semaine et un dimanche sur quatre me paraissent tout-à-fait suffisants »

Et il y tient, Delourmel, disant : « je ne prétends pas être infaillible ni avoir raison tout seul, je vous engage à vous entendre avec M. le Sous-Préfet qui, s’il est de votre avis, s’occupera de trouver quelqu’un qui entende mieux ce qu’il est convenable de faire pour la Garde Nationale ». En quelque sorte, il menace de ne plus faire fonction de maire : « Je quitterai avec plaisir des fonctions pénibles et au-dessus de mes forces, fonctions que je n’ai conservées jusqu’ici que dans la conviction et d’après le désir que j’en avais témoigné que l’on eut un maire »

28 septembre 1831 : les 80 moines irlandais présents dans l’abbaye de Melleray sont renvoyés et l’abbaye, centre de conspiration contre Louis-Philippe, est surveillée par un détachement de 400 hommes. La population voit disparaître avec plaisir une grande partie de ces moines qui exercent une concurrence sur les produits agricoles et l’outillage.

27 octobre 1831 : le Conseil est toujours réuni sous la Présidence de Delourmel-Picardière faisant fonction de maire. Le Préfet désire savoir ce que la ville de Châteaubriant a l’intention de faire pour le traitement de l’instituteur de l’école d’enseignement élémentaire.

Le Conseil, « malgré les charges qui pèsent sur la ville, dont les revenus sont excessivement bornés » voulant faire participer aux bienfaits de l’enseignement des jeunes concitoyens comme des enfants des communes voisines, arrête :

Une somme de 750 francs sera annuellement accordée à partir de l’exercice 1832 pour les dépenses de l’école d’enseignement mutuel soit : 300 francs pour le traitement de l’instituteur (chargé d’instruire gratuitement 30 enfants), 150 francs pour la fourniture et l’entretien des crayons, papier et encre, 150 francs à valoir sur le loyer de l’école et le logement de l’instituteur et 150 francs pour le chauffage de la classe, les récompenses et la distribution de prix.

Il sera demandé aux parents de la ville et des faux-bourgs :
- 1 franc par mois pour le 1er degré
- 1,50 francs pour le 2e degré
- 2 francs pour le 3e degré
non compris les fournitures et l’entretien des crayons qui se montera à 62 centimes et demi par mois (soit 7,50 francs par an, ce qui suppose que les écoliers n’ont pas de vacances)

Une classe si intéressante

« Les conditions ci-dessus seront communiquées aux ouvriers de la ville si l’instituteur donnait le soir des secours à cette classe si intéressante de citoyens ». C’est en quelque chose une invitation à organiser des cours du soir pour les adultes.

Le Conseil enfonce le clou, se dit « convaincu du bien-être qui en résulterait pour le pays si l’on pouvait admettre un grand nombre d’enfants des deux sexes à l’enseignement indispensable, pour répandre au plus tôt dans la classe la moins aisée de la société, le flambeau de la civilisation ». C’est pourquoi il demande au Préfet d’interposer ses bons offices pour obtenir du Conseil Général le vote d’une somme nécessaire à l’édification d’une école destinée à l’enseignement mutuel. « Par sa position centrale, à une distance assez grande et à peu près égale de quatre villes chefs-lieux de Préfecture, tout porte à croire à la prospérité de cet établissement ».

Roulière

Ce même jour, 27 octobre 1831, le Conseil municipal de Châteaubriant vote 26 francs et 25 centimes à Mme Veuve Boucher, roulière, pour le transport de 100 fusils et autorise l’acquittement, sur pièces justificatives, du transport de 150 kg de poudre et de 100 pierres à fusil.

8 novembre 1831 : à Lyon, les canuts, ouvriers de la soie, sont dans une situation misérable. Ils gagnent moins de 20 sous par jour alors qu’ils gagnaient 4 ou 6 francs sous l’Empire. Des « coalitions » se forment. Une violente révolte les oppose à 130 patrons. Le Préfet du Rhône obtient l’établissement d’un tarif minimum de salaire.

Mais les fabricants le refusent. Alors c’est l’émeute, la première grande manifestation des prolétaires du XIXe siècle, comme le souligne Louis Blanc. L’insurrection dure jusqu’au 9 décembre 1831 où 20 000 hommes dirigés par le maréchal Soult et le Duc d’Orléans, rétablissent « l’ordre » à Lyon.

11 novembre 1831

 : révolte des esclaves. Pendu, écorché, décapité, Nat Turner paie la première révolte des Noirs aux USA. Quand Nat mène la rébellion pour libérer ses frères d el’esclavage, il tue 58 hommes-femmes-enfants. La répression sera terrible : Durant dix jours, des centaines d’esclaves complètement étrangers à la rébellion sont exterminés. Femmes et enfants sont abattus sans sommation. La réaction des fermiers est à la hauteur de leur peur. Il faut semer la terreur pour que plus jamais les esclaves n’osent prendre les armes. Ces deux massacres, aussi cruels l’un que l’autre, marquent les esprits pour des générations. Tous les affrontements violents à venir entre les communautés blanches et noires puiseront leurs racines dans la révolte sanglante de Nat Turner. Aujourd’hui encore, on en voit les séquelles.

14 novembre 1831 le Conseil Municipal de Châteaubriant répartit en trois sections, selon leur lieu d’habitation, les 248 électeurs municipaux. On découvre, dans la liste des électeurs, les métiers de l’époque : laboureur, boulanger, cirier, marchand de fer, peigneur, mégissier, taillandier, marchand de vin, teinturier, boisselier, cordonnier, cabaretier, marchand de poterie, meunier, charpentier, tourneur, épicier, couvreur, orfèvre, entrepreneur de diligence, roulier, bourrelier, sabotier, confiseur, perruquier, marchand tanneur, marchand de toile, marchand poêlier, marchand de draps, 2 officiers de santé, 3 médecins, 2 pharmaciens, 3 notaires, 2 juges de paix ...

Et aussi un conseiller à la cour royale de Rennes, le procureur du roi à Paimboeuf, un conseiller à la cour royale d’Angers, un avocat général à la cour royale de Rennes, le receveur à cheval des contributions indirectes, le Président du Tribunal d’Instance, le directeur des domaines à Rennes, le Sous-Préfet de l’arrondissement (Luneau), un juge au tribunal d’instance, un juge d’instruction, etc. et toutes les vieilles familles de Châteaubriant .

Décembre 1831 : le ministre de l’Intérieur demande au Préfet de s’occuper personnellement de Jean Terrien, quitte à dénicher un espion qui s’infiltre dans ses réseaux. Si cet homme existe « il peut compter sur un dédommagement de ses peines et, en cas de succès, sur une récompense très grande ».

10 décembre 1831 : est-ce un journal séditieux ? Ou légitimiste ? En tout cas, le maire de Châteaubriant écrit au Procureur du roi : « Au reçu de votre lettre, je me suis empressé de faire venir la personne que vous m’avez signalée. Elle ne possédait plus qu’un exemplaire du Franc-Breton qu’elle m’a remis. Les informations prises par l’agent spécial de police m’ont appris que presque tous les marchands d’almanachs de la ville vendent aussi le Franc-Breton »

30 décembre 1831 : le Sous-Préfet a réuni le Conseil Municipal de Châteaubriant, sous la présidence de Delourmel, pour répartir les 105 francs et 96 centimes donnés par le gouvernement aux instituteurs pour réparation de logement. Le conseil partage cette indemnité en fonction du nombre des élèves. Le cahier des délibérations montre qu’il y a alors 342 élèves à Châteaubriant (173 l’hiver et 169 l’été) et 8 instituteurs, les uns pouvant avoir 7 élèves et d’autres 33 élèves.

Le "maire" (ou plutôt celui qui en fait fonction), profite de la réunion pour appeler la sollicitude de l’assemblée « sur la classe pauvre et malheureuse de la commune à laquelle il est urgent de donner du travail pendant l’hiver qui s’annonce déjà par un froid rigoureux ». Le Conseil arrête que 1200 francs seront mis à la disposition du "maire" pour les travaux de charité.

Sources :

- Archives municipales série 1 D 17 et 2 D 8

- Histoire de la France et des Français par A. Castelot et A. Decaux (Editions Robert Laffont)

- Histoire du peuple français, par Pierre Lafue et Georges Duveau (Ed. Nouvelle Librairie de France)

- Les Chapellières, par Pierre Péan, éditions Albin Michel

- le site très complet de Vincent Bugeaud sur la Chouannerie : http://chouannerie.free.fr/