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Au jour le jour

1833



18 janvier 1833 : le maire de Châteaubriant écrit à l’entrepreneur d’éclairage de la ville pour lui signaler l’extinction totale des réverbères placés sous les halles, « dans les rues de Quenillette, de Tournebride et de la Grande Rue et même de la place St Nicolas » (c’est la première fois qu’on voit apparaître la « Rue Tournebride » qui s’appelait auparavant : rue de la Planche Marguerite). Le maire rappelle qu’il fait surveiller cet éclairage avec la plus grande sévérité . Il condamne l’entrepreneur à payer 10 francs « afin de vous apprendre que l’administration n’entend pas qu’on se joue de ses avertissements légaux »

6 février 1833 : la ville cesse de réquisitionner la maison qu’elle avait prise pour y établir une infirmerie temporaire propre à recevoir les personnes qui auraient été atteintes de choléra-morbus. La région de Châteaubriant ne semble pas avoir été gravement touchée.

7 février 1833 : M. Ernoul Provôté est adjudicataire des boues de la ville pour une période de 5 ans moyennant la somme annuelle de 30 francs.

11 février 1833
 : l’entrepreneur de l’éclairage de la ville se voit dresser un procès-verbal pour le défaut d’éclairage des réverbères de la Place St Nicolas, de la Rue des Quatre-Œufs et de la Rue Tournebride. « Comme vous vous trouvez en état de triple récidive, je vous rappelle que vous aurez à verser 20 francs à titre d’amende » lui dit le maire.

24 février 1833 : le Sous-Préfet faire savoir au maire que la loi de finances de 1832 donne aux communes la faculté de payer une partie de la contribution mobilière sur la caisse municipale. Le Conseil à l’unanimité refuse cette possibilité.

Il décide par ailleurs la réparation d’un mur du château pour 165 francs.

3 mars 1833 : le Conseil Municipal met 11 francs à la disposition du maire pour faire réparer une fenêtre à la gendarmerie, mais refuse de prendre sur la caisse municipale pour réparer l’un des abat-vents de la maison, située au château, appartenant à la ville et louée à M. de la Contrie, « parce que la dégradation de cet abat-vent provient de la négligence qu’a mise le locataire à le faire fermer ou attacher pendant le dernier ouragan ».

Par ailleurs, un habitant demande à construire une maison de 40 pieds de long sur 32 de large (un pied fait environ 0,324 m) sur le terrain des anciennes douves, place de la Motte. Le Conseil Municipal refuse, en considérant que les douves ont été comblées pour agrandir la place du marché aux bestiaux et qu’il serait absurde d’admettre un projet qui aurait pour but d’en diminuer l’étendue.

3 mars 1833 : le Sous-Préfet écrit au maire pour lui demander de faire la liste des enfants indigents susceptibles d’être admis gratuitement à l’école d’enseignement mutuel.

 Un droit et un honneur

Ce même jour, le Conseil Municipal de Châteaubriant examine 20 demandes de gardes nationaux qui désirent être retranchés du service ordinaire. Après une vive discussion sur chacun des cas, huit d’entre eux sont portés à la réserve et les autres sont maintenus pour le service ordinaire. Quelques hommes sont radiés des listes : l’un parce qu’il a 60 ans, ou est en mauvaise santé, un autre parce qu’il n’est plus domicilié à Châteaubriant, un troisième « par mesure de sûreté contre les écarts de son intempérance ».

Un conseiller (M. Lebreton) proteste contre ces radiations imposées : « c’est priver [ces hommes] d’un droit et d’un honneur que tout bon Français et conséquemment tout bon Citoyen doit ambitionner »

10 mars 1833 : seront admis gratuitement à l’école : 12 garçons à l’école d’enseignement mutuel et 5 filles à l’institution de Mlle Jambu.

Le Conseil Municipal de Châteaubriant continue les opérations relatives à la révision des contrôles de la Garde Nationale. Cela se passe mal, car M. Lebreton se retire. Un autre conseiller en fait de même. Le maire déclare s’abstenir de prendre part au vote car il considère que cette opération de révision est contraire à ses principes. Il quitte donc la présidence de la réunion. Il l’offre au premier adjoint, qui refuse à son tour et quitte la salle. Le second adjoint ne veut pas non plus, prendre la présidence. Le maire quitte la salle. Aucun des conseillers présents ne veut prendre la présidence ! La séance se termine de la sorte, par force majeure et les conseillers demandent que la question soit soumise à l’autorité supérieure et appréciée par elle.

23 mars 1833 : le maire écrit au chef de travaux de l’école des Arts et Métiers d’Angers pour demander quand sera faite la livraison de l’horloge.

28 mars 1833 : lettre du maire au sous-préfet : « le travail du conseil de recensement est terminé. Trois séances orageuses ont été employées à cet effet. Lors de la dernière, cinq membres formant la minorité, pensant que le Conseil excédait ses pouvoirs, se refusèrent à prendre part à un travail évidemment dirigé dans un esprit tout-à-fait illégal et se retirèrent. Partageant l’opinion de la minorité, je crus de mon devoir de m’abstenir »

« Je vous envoie copie du procès-verbal de cette séance et des dires des membres de la majorité. Déjà j’aurais eu l’honneur de vous adresser copie de ce factum très inexact si nous avions eu le moyen de le faire rectifier, s’il avait été signé et si même il faisait mention des motifs qui nous ont engagés à refuser notre concours à un tel mode de procéder ».

9 avril 1833 : nouveau conseil municipal, en séance extraordinaire, sous la direction de Lucien Delourmel qui fait inscrire sur le cahier des délibérations une explication de son comportement. Que dit donc Delourmel ? « que le Conseil de recensement excédait ses pouvoirs en faisant passer [des hommes] du service ordinaire à la réserve, et sans réclamation de leur part, et qu’il pensait que c’était illégal ». L’incident est clos, sauf que le Conseil refuse d’écrire les explications de M. Lebreton, les jugeant offensantes.

Et on revient à l’horloge, objet de toute l’inquiétude du Conseil qui vote 75 francs pour le remontage et le petit entretien et 30 francs pour la réparation nécessaire car, en février dernier « elle s’est tout-à-coup trouvée dérangée au point de ne plus sonner les heures par suite d’avaries dans les rouages » ...!

24 mai 1833 : le cahier des délibérations de la ville comporte la liste des 23 personnes les plus imposées à la contribution foncière. On y trouve notamment :

Dufresne de Virel 1780
Picot 584
Ernoul Provôté 519
De Boispéan 400
Gérard de la Gibardais 393
Guibourg 380
Le Pays de la Riboisière 345
Besnier 325
Ballais 306
Brossays 268
Baguet de la Rolandière 257
Margat 224
Bongérard de Grandmaison 207

 Changement de maire

Que s’est-il passé dans cette période-là ? Est-ce lié aux divergences sur la Garde Nationale ? En tout cas le registre des courriers de la mairie signale que le maire est désormais M. Lebreton.

31 mai 1833 : le maire M. Lebreton, écrit au sous-préfet : « des circonstances péremptoires et locales s’opposent au succès de la réunion fixée au mercredi 5 juin prochain, jour de marché en cette ville. J’ai l’honneur de vous donner avis que pour satisfaire à tous les besoins j’ai cru devoir la remettre au lendemain afin que les personnes appelées à en faire partie ne puissent alléguer aucun motif propre à s’en dispenser »

3 juin 1833 : le maire écrit à un citoyen : « la largeur du ruisseau est fixée à 2 mètres. Ainsi, Monsieur, je ne puis que vous inviter à vouloir bien lui conserver cette largeur en établissant le mur de clôture en bas de votre jardin »

6 juin 1833 : le maire au capitaine Derouet : « vous êtes autorisé à réunir la garde nationale pour assister volontairement à la procession de la Fête-Dieu »

28 juin 1833 : à Paris est promulguée la loi Guizot, véritable charte de l’enseignement primaire : pour la première fois depuis la Révolution, les Pouvoirs Publics ont la charge de l’enseignement primaire qui doit être gratuit pour les indigents. Les autres élèves paient au maître une rétribution, appelée « droit d’écolage ». La loi Guizot institue en outre la liberté de l’enseignement primaire, ce qui va favoriser les écoles privées.
Cependant, il est à noter que l’école n’est pas obligatoire : à Châteaubriant comme sans doute beaucoup d’autres communes, les enfants n’iront à l’école qu’au fur et à mesure que se libéreront des places.

7 juillet 1833 : un Conseil Municipal est réuni à Châteaubriant sous la direction de M. Lebreton, pour délibérer comme Conseil de recensement pour la révision annuelle du contrôle de la Garde Nationale. Sujet apparemment sensible car les Conseillers doivent voter par assis et levé à l’issue de vives discussions sur l’injustice passée « de ne pas admettre dans la garde nationale des personnes qui avaient le droit d’en faire partie ».

M. Guibourg dresse un bilan : à cette époque la Garde Nationale de Châteaubriant ne se compose plus que de 228 personnes. Il en résulte que chacune des 4 compagnies ne compte plus que 57 hommes ce qui est formellement contraire au texte de la loi qui stipule qu’il doit y avoir au moins 60 hommes.

Le Conseil, dans une déclaration, explique ceci :

La loi exige deux conditions pour la formation d’un bataillon de la Garde Nationale :
1.- il doit se composer de 500 hommes au moins
2.- ces hommes doivent être répartis en 4 compagnies

« Ce chiffre n’a jamais été atteint à Châteaubriant aussi la formation d’un bataillon n’est pas légale et aujourd’hui que le service ordinaire ne se compose que de 228 hommes, le bataillon ne peut plus être conservé ». Le Conseil prie donc l’autorité supérieure de donner à la Garde Nationale de Châteaubriant une organisation définitive et légale. En attendant, les 26 hommes admis nouvellement à faire partie du service ordinaire sont répartis provisoirement dans les Compagnies de Grenadiers, de Voltigeurs et la première compagnie de Chasseurs, de manière à ce que ces compagnies atteignent au moins le chiffre de 60.

Juillet 1833 : à Paris, un procès intenté à Raspail et à 22 conspirateurs qui veulent relancer l’insurrection, s’achève par un acquittement général. Les jurés n’ont pas voulu en faire des martyrs. On retrouvera le biologiste François Vincent Raspail, précurseur de la théorie cellulaire, de l’histochimie et de la cytochimie, comme l’un des premiers à proclamer la République en 1848 .

26 juillet 1833 : un Conseil municipal est convoqué à Châteaubriant à 2 heures du soir. Huit conseillers sont présents. Ils attendent jusqu’à 3 heures et se retirent « pour défaut de nombre ».

27 juillet : conseil municipal extraordinaire. Cette fois il y a 19 présents. Le but de la réunion est de solenniser les fêtes de juillet (anniversaire de l’avènement de Louis Philippe) et de faire des distributions à domicile aux indigents. Le Conseil discute pour savoir quelle somme affecter à ces fêtes publiques. « Des boules ont été remises à chaque membre qui les a déposées l’une dans une urne, l’autre dans une autre urne ». Alors 150 francs ? Non.- 100 francs ? Non - Finalement une somme de 50 francs est accordée à la majorité de 11 boules contre 9.

 La Garde Nationale dissoute

4 Août 1833 : le maire de Châteaubriant a reçu l’ordonnance du Roi, en date du 28 juin 1833, prononçant la dissolution de la Garde Nationale de la ville. Il écrit, très déçu, au Sous-Préfet :

« je ne me dissimule pas les regrets qu’éprouveront les patriotes qui en faisaient partie en apprenant une mesure dont l’utilité alléguée sera pour eux au moins fort douteuse. Les carlistes (= partisans de Charles X) de Châteaubriant sont déjà, je le sais, au comble de la joie de voir que leurs plus vifs désirs, en ce qui touchait notre garde citoyenne, sont enfin accomplis. »

« L’existence du bataillon leur déplaisait et ces hommes si avides d’ordre légal » sont parvenus « par leurs plaintes hypocrites et de fallacieuses insinuations, à faire croire à une illégalité organisée qui, quoi qu’ils aient pu dire, était sans fondement ».

« Puisse l’organisation nouvelle ne pas donner aux ennemis irréconciliables de la Révolution de 1830, les moyens de paralyser dans des circonstances graves l’action de la Garde Nationale »

12 août 1833 : le maire au lieutenant de Gendarmerie : « ayant appris que des rassemblements nocturnes avaient lieu et qu’ils menaçaient la sûreté de quelques habitants, j’ai l’honneur de vous inviter à vouloir bien donner des ordres pour qu’ils soient surveillés »

14 août 1833 : le maire au procureur du Roi : « me faire connaître les circonstances dans lesquelles il pourrait y avoir lieu d’interdire toutes les communications avec tel ou tel prisonnier » (de la maison d’arrêt de Châteaubriant°

 Le fouet pour les jeunes : ah non !

14 août 1833 : la présence d’un régiment en garnison à Châteaubriant provoque des frictions avec la population, notamment avec les jeunes, si l’on en croit cette lettre du maire au commandant du 56e régiment de ligne :
« Rien ne serait plus fâcheux que les collisions qui pourraient naître entre le bataillon du 56e que vous commandez et les habitants de cette ville ».

« Cependant, si j’en crois les faits qui m’ont été rapportés, il semblerait exister des ferments de discorde. Je viens vous inviter de joindre vos efforts aux miens et vous dénoncer un fait qui, s’il est vrai, mérite sans doute de sévères réprimandes »

« Plusieurs de vos officiers auraient été s’approvisionner de fouets et de cravaches chez un marchand de cette ville pour, auraient-ils dit, corriger les jeunes gens de Châteaubriant . Si le fait existe, il n’est pas besoin de commentaires ».

« Les jeunes gens peuvent avoir eu le tort de se croire appelés à soutenir l’honneur de certaines personnes appartenant aux localités et aussitôt que j’ai su que leur susceptibilité était éveillée, j’ai fait prendre les précautions que la prudence commandait pour en arrêter l’effet. Aussi vous comprendrez que, si après cela, des menaces et des démonstrations de correction sont faites par MM. les officiers de votre bataillon, il me sera bien difficile d’atteindre le but que je me suis proposé ».

« Braves comme ils sont, MM. du 56e doivent savoir que les menaces ne sont pas françaises et qu’elles n’intimident pas une jeunesse ardente à laquelle il ne manque que l’occasion de prouver son courage. Nous avons jusqu’ici vécu en bonne intelligence avec toutes les garnisons qui se sont succédé et j’aime à me flatter de l’espoir que vos efforts et les miens arrêteront aisément ces premiers symptômes d’une fâcheuse dissidence entre vous et nous »

 Pas pour tous ...

18 août 1833 : Le Conseil Municipal décide que la commune de Châteaubriant ne pourra disposer que d’une seule école publique pour l’instruction publique élémentaire et que l’école d’enseignement mutuel, qui existe actuellement, sera la seule à être entretenue par la commune. Le Conseil se réserve cependant le droit d’accorder des secours à titre d’encouragement aux instituteurs privés qui les mériteraient.

Une commission d’une dizaine de membres est désignée pour former le tableau des enfants qui ne peuvent payer aucune rétribution à leur instituteur.

25 août 1833 : cette commission note qu’il y a déjà 47 enfants inscrits à l’école d’enseignement mutuel, et compte 72 enfants, non admis jusqu’à ce jour et tous « ayant droit d’y suivre les cours gratuitement ». Cela montre bien les besoins scolaires à Châteaubriant .

25 août 1833 : Le directeur de l’école d’enseignement mutuel fait connaître au Conseil Municipal de Châteaubriant « les dépenses nécessaires en livres, papier, compas, équerre, graphomètre, pour l’enseignement de la langue française, du dessin linéaire et de l’arpentage ».

Le Conseil reconnaît que ces fournitures ne peuvent pas être à la charge du directeur d’école, mais ajourne toute décision à cet égard.

Enfin le directeur d’école, M. Ozanne, propose de faire un cours gratuit pour les adultes « en ne réclamant pour ce travail que les frais qu’il entraînera, l’éclairage par exemple ». Le Conseil ajourne aussi sa décision à ce sujet « car le nombre de jeunes gens décidés à suivre ces cours n’est pas connu ».

 Visites médicales

25 août 1833 : Par souci de santé publique, M. Delourmel, docteur en médecine et membre du Conseil Municipal, suggère que chaque enfant admis à l’école soit d’abord vacciné et exempt de « petite vérole » (= variole). Un autre Conseiller demande que tous les élèves soient visités de temps en temps « afin que l’on puisse renvoyer ceux qui auraient des maladies de nature à être communiquées à leurs condisciples. ». On voit ainsi apparaître les premières visites médicales scolaires.

Le Conseil municipal adopte ces mesures d’autant plus volontiers que le docteur Delourmel déclare qu’il se chargera de ces visites quand ce sera nécessaire.

 60 élèves par classe

Enfin, ce 25 août 1833, le Conseil Municipal décide que l’école d’enseignement mutuel aura 60 élèves au cours de l’année 1834 et que 900 francs seront alloués à l’instituteur à condition qu’il fournisse aux élèves gratuits : livres, encre, papier et chauffage.

Le Conseil classe les 72 enfants « indigens » non encore scolarisés, par ordre de priorité (les critères ne sont pas indiqués). En tête de liste on trouve des enfants de 10 à 13 ans. Sept d’entre eux seront admis à l’école en 1833 et les six suivants en 1834.

Le Conseil ajoute qu’il donne 130 francs pour le logement de l’instituteur et que cette somme, ajoutée aux 900 francs précédents, « représente un sacrifice considérable relativement aux revenus de la commune, et que cependant l’école communale ne peut accueillir que la moitié des enfants indigens de la commune. Si le gouvernement accordait une somme de 600 francs à la commune, l’école deviendrait véritablement publique ».

« Le Conseil fixe également à 2 francs par mois la contribution payée par les élèves (= droit d’écolage) non admis à la gratuité dans l’école communale et dresse la liste des individus admis gratuitement dans la dite école ».

[dans ce texte, copié sur le cahier des délibérations, on notera les différences de vocabulaire : il est question des "élèves payants" et des "individus admis gratuitement". Les mots ne sont pas innocents].

1er septembre 1833 : le maire Félix Lebreton fait établir un devis pour couvrir le côté occidental du lavoir public.

Et puis il lit une lettre du Sous-Préfet qui conseille la réorganisation de la Garde Nationale de Châteaubriant en deux compagnies, l’une de Grenadiers, l’autre de Voltigeurs, tandis que les deux compagnies de Chasseurs seraient versées dans les deux premières. Une longue discussion s’engage, avec protestations, et contestations, autour de deux idées :

1.- faut-il « abréger l’opération et se borner à verser l’ancienne première compagnie de Chasseurs dans l’ex-compagnie de Grenadiers, et l’ancienne deuxième compagnie de chasseurs dans la ci-devant compagnie de Voltigeurs » ?

2.- ou bien faut-il « diviser le territoire de la ville en deux sections d’importance égale pour former deux compagnies comprenant chacune tous les hommes des quartiers voisins ? »

Alors, on vote, par assis et levé. La première proposition emporte 8 voix sur 15 donc le maire pense qu’elle est adoptée et commence la répartition des gardes nationaux. Peu de temps après un conseiller fait remarquer qu’il y a eu « une double erreur fort grave quoique involontaire ». Et il explique qu’en réalité il y avait 16 présents et que la première proposition n’a eu que 7 voix, donc elle est rejetée.

Mais comme cette double erreur n’a pas été signalée immédiatement et que la répartition des gardes nationaux est commencée, le maire décide de continuer. Les contestataires protestent, « persua-dés que tout ce qui est fondé sur l’erreur, surtout sur une erreur matérielle démontrée, est essentiellement vicieux et caduc ». Mais le maire fait la sourde oreille et termine la réorganisation de la Garde Nationale.

9 septembre 1833 : M. Guibourg écrit au sous-préfet à propos de la Garde Nationale. Consulté à ce sujet, le maire ne prend pas de gants : « Cette combinaison, selon moi, n’a pour objet que de porter atteinte à une institution [la garde nationale] que M. Guibourg qui se dit ami de l’Ordre et de la Liberté, ne cesse d’attaquer depuis son existence avec une ténacité d’une violence manifestement contraire avec l’amour dont il affirme être animé »

15 septembre 1833 : nouveau conseil municipal. Bien sûr on revient sur la Garde Nationale parce que ... elle se compose de 235 hommes, tandis que, d’après les procès-verbaux antérieurs, il n’y en a que 226. Allez ! Vous faîtes pas de soucis : le maire répond tout simplement que 226 était une erreur. Ca fait bien des erreurs tout ça. Mais pourvu que la ville soit bien gardée, on se moque du reste.

17 septembre 1833 : M. Bivaud remplit les fonctions de maire. Ce jour-là, la famille Bernard Dutreil (ancien sous-préfet de Châteaubriant) déclare remettre à la ville la portion du château dont elle a l’usufruit. Pour qu’il n’y ait pas de contestation par la suite, le Conseil Municipal fait établir deux actes. Le premier dit que « la famille Bernard Dutreil ratifiera formellement la donation entreprise avec rétention d’usufruit faite au profit de son altesse le Prince de Condé le 11 mars 1815 de la portion du château dont il s’agit, laquelle portion a été postérieurement vendue à la commune de Châteaubriant, et renoncera à se prévaloir de façon quelconque des moyens de nullité qui pourraient exister dans la donation en question ». Le deuxième acte précise « le maire donnera à la famille Bernard Dutreil une décharge complète de toutes les réparations usufruitières »

29 septembre 1833 : au cours du conseil municipal présidé par le maire Félix Lebreton, celui-ci annonce que, d’après une lettre du Sous-Préfet, des secours sont attribués à l’école d’enseignement mutuel « à charge d’instruire gratuitement pendant un an, 12 jeunes garçons et 5 jeunes filles ». Le Conseil est réuni pour désigner les enfants qui profiteront de cette faveur. Pour les garçons, pas de problème, il y a l’école d’enseignement mutuel dont le directeur de l’école, M. Ozanne, demande 1) « que l’on transforme une table servant aux ardoises en une table d’écriture au papier », 2) « qu’on lui fournisse 24 catéchismes, 36 grammaires, 36 arithmétiques » (d’après la Loi Guizot l’enseignement religieux est obligatoire à l’école publique).

Pour les 5 jeunes filles, c’est plus compliqué. Le Conseil décide d’en confier 2 à Mlle Jambu et 3 à Mlle Joubert (écoles privées). En fait Mlle Jambu est habilitée pour 5 élèves, mais comme l’une est morte, il ne lui en reste plus que 4. On lui propose de garder les 2 qui lui conviendraient et d’envoyer les deux autres chez Mlle Joubert. « mais si Mlle Jambu veut garder ses 4 élèves, le Conseil désignera deux autres jeunes filles à confier à Mlle Joubert ». Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

7 novembre 1833 : M. Dalimier, instituteur privé à Châteaubriant réclame une indemnité pour favoriser l’établissement qu’il a créé (sans doute une école d’études supérieures). Le Conseil désigne une commission d’enquête.

M. Dalimier ajoute qu’il a l’intention d’ouvrir un cours public, soit de dessin linéaire, soit d’arithmétique appliquée à l’industrie et au commerce. Le Conseil Municipale déclare qu’il n’a pas à s’occuper de cette proposition.

Enfin, à cette même réunion, le Conseil Municipal décide qu’il sera entièrement dégagé de l’obligation qu’il a contractée pour acheter une horloge, si celle-ci n’est pas placée avant le 1er janvier 1834.

 Ah ! L’horloge ....

10 novembre 1833 : Un membre du Conseil Municipal de Châteaubriant doit se rendre à Angers et le maire écrit au directeur de l’école Royale des Arts et Métiers d’Angers : « Plus nous allons, plus nous sentons le besoin d’avoir une bonne horloge. Celle que nous possédons actuellement ne marche plus du tout » et il menace d’aller voir ailleurs si la livraison n’est pas faite pour le 1er janvier 1834.

15 novembre 1833 : le Conseil Municipal est prêt à verser 400 francs à M. Dalimier si son école présente toutes les garanties nécessaires, « à charge pour lui d’instruire gratuitement les deux enfants qui se seront fait le plus remarquer dans l’école d’enseignement mutuel, par leurs progrès, leurs capacités et leur bonne conduite ».

Concernant l’horloge (encore !) le maire lit une lettre du directeur de l’école Royale des Arts et Métiers d’Angers qui promet qu’elle sera installée pour le 1er mars 1834. En soupirant, le Conseil accepte le délai demandé.

8 décembre 1833, sous la présidence de M. Bivaud, adjoint, le Conseil est réuni à la demande du sous-préfet pour que le maire s’explique sur le projet d’établir une école communale supérieure à Châteaubriant. Le Conseil estime que les ressources de la commune ne lui permettent pas de soutenir un établissement de ce genre et que, par ailleurs, l’examen de l’école de M. Dalimier est satisfaisant.

20 décembre 1833 : le commandant de la Garde Nationale de Châteaubriant a démissionné. « C’est avec un bien vif regret que je vous vois quitter le poste auquel vous avaient appelé les suffrages de vos concitoyens. Nos camarades de la Garde Nationale regretteront, comme moi, un chef dont ils n’oublieront pas la conduite patriotique du 1er août 1830 » écrit le maire. Rappelons que le 1er août 1830 se situe au lendemain des « Trois Glorieuses » de la fin juillet 1830 à la suite desquelles Charles X fut chassé du trône et remplacé par le roi Louis Philippe.

Stendhal

1830-1839, c’est la période la plus féconde pour l’écrivain Henri Beyle plus connu sous le nom de Stendhal. Un être assoiffé de bonheur, doué « d’une âme sensible jusqu’à la folie », avide de puissance et de célébrité. Son œuvre laissa ses contemporains indifférents ... quand elle ne les scandalisa pas ! Sa gloire ne fut que posthume. Il est considéré aujourd’hui comme l’un des écrivains majeurs du XIXe siècle.

Après divers essais et autobiographies, Stendhal publie en 1830 « Le rouge et le noir » où le héros affronte un double conflit, contre lui-même, et contre la société bourgeoise qui défend ses valeurs et ne laisse guère d’espoir à qui n’a pas la chance d’être « bien né ». Avec les « Chroniques italiennes » (1837-1839) et « La chartreuse de Parme » 1839, (roman en partie historique), Stendhal développe un certain art de vivre qu’on appelle le « beylisme » : les héros stendhaliens vouent un véritable culte à la force d’âme qui les anime, même s’ils se heurtent à l’incompréhension. La passion, lorsqu’elle est sincère, doit surmonter les obstacles que dressent la morale et les conventions sociales, pour parvenir à une triple jouissance : se justifier à ses propres yeux, savourer des sensations fortes, atteindre un bonheur d’autant plus vif qu’on lui a tout sacrifié.

L’école d’enseignement mutuel

Le 15 mars 1832, un bail est signé entre le maire (ou plutôt M. Lucien Delourmel qui en faisait fonction) et Jacques Lefeuvre, maître menuisier.

Ce bail, d’une durée de 9 ans, à compter du 24 juin 1832, concerne un local, destiné à servir d’école d’enseignement mutuel. Il est situé dans le château « dans la partie dite du Donjon ou des archives » et se compose de deux chambres au premier étage « dont une seulement se trouve maintenant à feu ». Les deux pièces sont éclairées par une croisée au nord-est. « Entre ces deux chambres et au sud d’icelles est un cabinet de latrines ». On communique à ces pièces par une petite cour dont l’entrée se trouve dans l’angle sud-est de la première cour du château et par un escalier en pierres donnant dans la première de ces cours.

Des travaux sont à y faire dont « une croisée de même hauteur et largeur que celle existante », elle sera faite de deux carreaux afin de donner le plus de jour possible et « on y fera disparaître la croix en pierre qui se trouve au milieu ». Il faut aussi réparer les portes, et le plancher, blanchir les murs et réparer le siège du cabinet des latrines « dont l’ouverture sera fermée hermétiquement au moyen d’un couvercle en bois avec poignée ».

ŒLe professeur ou maître d’école qui, au nom de la ville, habitera le dit local « aura le choix d’aller puiser ou faire puiser de l’eau à la rivière (= La Chère) en passant par le jardin sis derrière le Donjon, appartenant au bailleur, d’y laver ou d’y faire laver. »

Pour meubler l’école il est prévu : « une estrade, un bureau, 9 tables, 3 tableaux peints en noir, 1 tableau alphabétique, 68 porte-tableau d’arithmétique, 26 porte-tableau, 8 baguettes pour les moniteurs, une commode, un bois de lit, une table de nuit, une table à manger, une armoire »




Sources :

- Archives municipales série 1 D 17 et 2 D8
- Histoire de la France et des Français
par A. Castelot et A. Decaux
(Editions Robert Laffont)
- Histoire du peuple français,
par Pierre Lafue et Georges Duveau
(Ed. Nouvelle Librairie de France)
- Les Rois de France, fiches des Editions Atlas
- Itinéraires littéraires, XIXe s ; éd. Hatier

(*) Hazard, ygnorer, indigens, abondans ... c’est l’orthographe de l’époque

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