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Bethléem, décembre 2504



 

 Un conte de Stéphane Duté

Aujourd’hui que tout le monde vit dans l’harmonie et la paix, il nous est difficile d’imaginer qu’il n’en fut pas toujours ainsi. Savez-vous par exemple, qu’il y a cinq siècles (ce qui est peu à l’échelle du temps), la guerre faisait rage partout, sur chacun des continents, avec son lot de crimes, de larmes et de sang. Pourquoi les hommes se battaient-ils ? Nos historiens s’interrogent et en débattent encore, car rien n’est plus difficile que de comprendre les choses du passé avec les yeux du présent. Cela apparaît barbare et l’était sans doute, mais c’était il y a longtemps, très longtemps, en décembre 2004 précisément.

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Dessin d eLucette Baillergeon

Abraham était triste dans les Cieux. Il regardait avec mélancolie les hommes se déchirer les uns les autres sans n’y rien pouvoir faire. Le Père avait été formel : l’homme est libre et doit le rester, même dans ses erreurs. Mais Abraham s’en voulait. Souvenons-nous qu’il était né en Chaldée, dans l’Irak actuel, 1800 ans plus tôt. Or en Décembre 2004, l’Irak était une poudrière où presque toutes les nations du monde semblaient s’être rassemblées pour s’entre-massacrer. Et, c’étaient ses enfants qui se déchiraient, les descendants de ses deux fils : Israël et Ismaël. Le premier avait été à l’origine des peuples juif et chrétien ; le second du peuple musulman.

Alors que l’anniversaire du fils de Dieu approchait, il n’en pouvait plus de rester inactif et décida, pour la première fois depuis près de 1800 ans, de désobéir à son Père et d’intervenir. Abraham, comme tous les prophètes, avait le don de double vue. Il pouvait voir l’avenir. Il savait que le 25 décembre, le jour de la naissance du Christ (pour les Chrétiens) et celui du prophète Jésus (pour les Musulmans), une énorme manifestation aurait lieu à Jérusalem et dégénérerait en un immense bain de sang, prélude à d’autres bains de sang, prélude à d’autres bains de sang.....

Il eut une idée. Il y avait en Israël et dans les territoires palestiniens trois sages. Trois personnes qui, contre vents et marées, tentaient de ramener le calme, de faire converger les idées, de ramener l’espoir et la paix. Le premier était rabbin, il s’appelait David. Le second était prêtre, c’était le père Benoît. Ali, le troisième était Iman. Ils se connaissaient fort bien, étaient amis et menaient régulièrement des actions en commun pour convaincre Palestiniens et Israéliens de travailler ensemble au service de l’amour et de la paix. Au service de Dieu aussi. Mais le travail à accomplir était titanesque, inhumain pourrait-on dire.

Un jour qu’ils déjeunaient tous les trois, ils en vinrent à cette triste conclusion :
« Que pouvons nous faire, nous sommes si seuls, si peu à vouloir la paix ? Les Palestiniens, qu’ils soient chrétiens ou musulmans n’arriveront jamais à s’entendre avec les Israéliens. Les intérêts politiques sont trop divergents. La haine est partout. Chaque mort dans un camp appelle la vengeance dans l’autre et c’est chaque jour de pire en pire »
Ils étaient au bord du découragement lorsque Abraham apparut.
- Voilà ce que vous devez faire, leur dit-il
Les trois sages furent interloqués
(on l’eut été à moins !).
- Qui es tu ? demanda l’un d’entre eux.
- Tu sais bien qui je suis répondit le prophète. Alors écoutez-moi tous les trois car nous n’avons pas de temps à perdre en présentations inutiles.

De fait, les sages l’avaient reconnu. Mais cela paraissait tellement invraisemblable que ça valait bien quelque confirmation. Ils n’en croyaient pas leurs yeux. Face à eux, se dressait le prophète, leur prophète à tous trois : Abraham !

- Je vous demande de m’écouter et de faire exactement ce que je vais vous dire : le 25 décembre, une énorme manifestation aura lieu à Jérusalem et finira en bain de sang. Et il leur expliqua que cette tragédie serait le prélude à d’autres tragédies de plus en plus monstrueuses et qu’il fallait empêcher cela à tout prix.
- Que devons nous faire, demanda Ali ?
Voilà : près de 500.000 enfants des trois confessions vivent dans un périmètre de 50 km autour de Jérusalem. Vous allez les rassembler auprès des soldats israéliens et palestiniens pour faire une grande, une gigantesque fête. Les enfants israéliens porteront un tee-shirt blanc sur lequel sera inscrit : Je suis dans mon pays. Si tu veux tuer un Juif, commence par moi. Sur le tee-shirt des chrétiens sera écrit : Je suis dans mon pays. Si tu veux tuer un Chrétien, commence par moi. Sur le tee-shirt des enfants musulmans sera inscrit : Je suis dans mon pays. Si tu veux tuer un Musulman commence par moi. C’est par les enfants que viendra la paix car nul ne pourra tirer sur eux. Les hommes prendront conscience de ce qu’ils s’apprêtaient à commettre et auront honte d’eux mêmes. Et ce sera la fête. Et ce jour là sera à jamais marqué du sceau de l’Amour

David devenait de plus en plus triste. Abraham lui demanda : pourquoi cette tristesse David ?
- Comment pourrais-je être heureux alors que tu viens nous annoncer un massacre pour le 25 décembre ?
- Tu connais bien la Torah, David. Qu’est-il écrit au 14e verset du chapitre XVI du livre du Deutéronome ?
Et David répondit :
- Et tu te réjouiras à ta fête, toi et ton fils et ta fille, et ton serviteur et ta servante, et le Lévi et l’étranger, l’orphelin et la veuve qui se trouvent dans tes portes"
- C’est une fête que je vous ai annoncée. Pas un massacre, répondit le prophète.
Et David baissa les yeux.

- Pourquoi est-ce toi qui viens. Pourquoi Dieu ne fait-il plus rien pour guider les hommes s’écria Ali, plein de colère ?
- Tu connais le Coran par Cœur, lui répondit Abraham. Que dit le verset 11 de la sourate XIII ?
Et Ali répondit :
- « Dieu ne change rien dans les hommes tant qu’ils n’ont pas changé ce qui est en eux ».
Il baissa les yeux et sa colère s’apaisa

- Mais ce que tu nous demandes est impossible, ajouta Benoît. Comment pourrions nous rassembler 500.000 enfants et fabriquer autant de tee-shirt en si peu de temps ?
- Benoît, répondit Abraham, rappelle-moi ce qui est écrit au chapitre 20 de l’évangile selon Saint-Jean.
Et Benoît répondit : « Heureux ceux qui croient sans voir ».
Benoît se souvînt que la foi peut tout.

- Je vous laisse, dit Abraham. Il vous faudra beaucoup prier et beaucoup travailler. Puis il disparut.

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Des milliers de soldats israéliens et palestiniens, tous armés jusqu’aux dents, convergeaient vers Jérusalem, prêts à en découdre. Cette fois-ci les uns ou les autres devaient mourir ou quitter le pays. Il n’y avait pas d’autre issue.

Alors que les deux camps se faisaient face, une marée d’enfants, plusieurs centaines de milliers de gamins portant un tee-shirt blanc, surgirent de nulle part et s’infiltrèrent parmi les militaires des deux nations. Les gosses souriaient, embrassaient les soldats et les prenaient par la main. Passées les premières secondes de surprise, les armes tombèrent et les larmes envahir les yeux des adultes qui, quelques minutes auparavant, s’apprêtaient à en découdre. Et ce qui devait être une bataille monstrueuse fut la plus grande farandole de tous les temps. Une fête gigantesque qui dura plusieurs jours et résonna dans tous les pays du monde.

Il paraît qu’Abraham, qui observait la scène dans le ciel, fut très ému et pleura beaucoup. Et c’est depuis ce jour qu’il n’y a plus de guerre sur la terre.

PS :

On ne sait pas très bien comment David, Ali et Benoît s’y sont pris pour parvenir à un tel résultat. Néanmoins, depuis près de quatre siècles et demi qu’ils sont au ciel, on les voit très souvent en compagnie d’Abraham. Sans doute ont-il un secret commun !!!

Stéphane Duté