Après la Foire de Béré à Châteaubriant :
LE MONDE A L’ENVERS
Et encore une petite tournée De cidre de cidre Et encore une petite tournée De foire de Béré
Comme il était joli le discours - à Béré du patron des patrons de la Loire-Atlantique comme il était touffu dense et argumenté intelligent pugnace empreint de volonté tout à la gloire de ceux - créateurs de richesse - qui radio-téléphone et Benz-Mercédes se défoncent chaque jour et à longueur de semaines pour donner du travail aux petits, aux manants et qui en plus les payent - parfois cinq mille francs - sans qu’ils les remercient sans même qu’ils soient contents
Ah qu’il était joli le discours -à Béré - et dieu que son auteur s’est montré sympathique et moderne dans le coup et pas un brin gêné d’afficher sans rougir sa couleur politique entonnant le refrain libéral et classique haro sur les baudets et haro sur le SMIC sus à l’Etat aux charges aux grilles de salaires ruines des entreprises et mères de misère empêcheurs d’embaucher Ducon pour pas un rond et de se faire du fric en pressant les citrons
Oui qu’il était joli le discours -à Béré - et qu’il fut merveilleux qu’il prit de la hauteur quand sans doute par la fougue vengeresse emporté le tribun sur la scène énonça ses valeurs travail famille patrie j’en passe et des meilleures puis enchaînant facile dans le réactionnaire sus à la mauvaise graisse et sus aux fonctionnaires cossards et inutiles et qui coûtent si cher qui sont à diminuer que dis-je à supprimer pour que France rime avec compétitivité
Je suis parti marri éberlué -de Béré - triste hagard égaré me posant mille questions et plaignant sincèrement tous ces pauvres patrons qui -et c’est malheureux- ne sont pas écoutés qui se serrent la ceinture tenant le pantalon écrasés par les charges et les cotisations qui créent l’emploi la vie et font l’économie sans que rien ni personne ne daignent leur dire merci qui offrent philanthropes leur savoir et leur don à un peuple d’ignares demandeur de pognon
Je vous le dis mes frères Rmistes et Smicards n’importe quel boulot bientôt il va falloir prendre pour quelques jours sans même être payé pour que France rime avec compétitivité Je vous le dis mes frères arrêtez de rêver à l’avenir radieux et aux congés payés car si je me réfère au discours - à Béré - un jour de ces patrons nous serons les tricards ils auront tout plaqué à jamais écoeurés et pauvres comme job au dix du mois de mai Bientôt de ces patrons nous porterons le deuil ils auront tout plaqué se seront envolés direction Berne, Lausanne, Zurich ou Monaco là où ils ont placé une partie des lingots et là où ils possèdent villas chalets bateaux et pendant que tranquilles ils se feront bronzer il ne nous restera que nos yeux pour pleurer
De la casquette du chef, des horaires harassants, du salaire ridicule et des licenciements lors nous éprouverons les regrets éternels
Encore une petite tournée, de cidre de cidre, Et encore une petite tournée de Foire de Béré
Léopold






