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Accueil > Poésie > Textes de "Léopold" > L’heure

L’heure



Homme jeune
Homme beau
Homme de près de trente ans

Et tant de choses à faire
De montagnes à gravir et d’amour à donner
De cimes à espérer et de filles à cueillir
Tant de mains de douceur à mettre dans la main

Et puis la maladie
Pour vous apprendre à vivre

Lors on déclare la guerre
Debout
Longtemps debout
Las entre deux béquilles
Et puis bientôt assis sur un fauteuil à roues
Assis à tout jamais avec les yeux ouverts
Sur la Terre qui tourne et sur les gens qui passent
Demandant à voix basse et pour ne pas gêner
Des nouvelles du front du malade du blessé
Du condamné à mort et du guillotiné

On mène le combat
Fier et désespéré
Et puis bientôt vaincu
Tué assassiné on rend son tablier
Couché à tout jamais avec les yeux ouverts
Sur deux petites soeurs et une aimante mère
Un frère et des amis à qui on tend le coeur
Et à qui on murmure
Aimez-moi je vous aime
Et qui vous crient l’amour et qui vous donnent l’eau

On meurt
Pourquoi on meurt

On meurt tout bêtement on meurt injustement
On meurt de maladie allongé sur un lit
On meurt de chagrin d’accident de la route
Ou de guerre mal finie

On meurt
Pourquoi on meurt

On meurt parce que c’est l’heure
Et parce qu’il n’est plus l’heure de tutoyer la vie
Les chemins de montagne
Et les robes des filles

On meurt
Pourquoi on meurt

On meurt à coeur ouvert à visage découvert
On se meurt en plein vol tiré comme un col-vert
On meurt sans rien savoir
Et sans rien demander

On meurt
Pourquoi on meurt

On meurt au coin du bois bouffé par le cancer
Avec des pleurs d’enfant et pour amie la peur
On meurt sous le soleil et dans la cour d’école
On meurt au jeu de billes dans ses pantalons courts

On meurt
Pourquoi on meurt

On meurt dans la douceur
La tête reposée sur les genoux d’une mère
On meurt comme tout le monde et comme tout un chacun
Sans trop savoir pourquoi et sans rien y comprendre

On meurt
Pourquoi on meurt

On meurt
Pour rien

Parce que c’est l’heure

Léopold