Homme jeune Homme beau Homme de près de trente ans
Et tant de choses à faire De montagnes à gravir et d’amour à donner De cimes à espérer et de filles à cueillir Tant de mains de douceur à mettre dans la main
Et puis la maladie Pour vous apprendre à vivre
Lors on déclare la guerre Debout Longtemps debout Las entre deux béquilles Et puis bientôt assis sur un fauteuil à roues Assis à tout jamais avec les yeux ouverts Sur la Terre qui tourne et sur les gens qui passent Demandant à voix basse et pour ne pas gêner Des nouvelles du front du malade du blessé Du condamné à mort et du guillotiné
On mène le combat Fier et désespéré Et puis bientôt vaincu Tué assassiné on rend son tablier Couché à tout jamais avec les yeux ouverts Sur deux petites soeurs et une aimante mère Un frère et des amis à qui on tend le coeur Et à qui on murmure Aimez-moi je vous aime Et qui vous crient l’amour et qui vous donnent l’eau
On meurt Pourquoi on meurt
On meurt tout bêtement on meurt injustement On meurt de maladie allongé sur un lit On meurt de chagrin d’accident de la route Ou de guerre mal finie
On meurt Pourquoi on meurt
On meurt parce que c’est l’heure Et parce qu’il n’est plus l’heure de tutoyer la vie Les chemins de montagne Et les robes des filles
On meurt Pourquoi on meurt
On meurt à coeur ouvert à visage découvert On se meurt en plein vol tiré comme un col-vert On meurt sans rien savoir Et sans rien demander
On meurt Pourquoi on meurt
On meurt au coin du bois bouffé par le cancer Avec des pleurs d’enfant et pour amie la peur On meurt sous le soleil et dans la cour d’école On meurt au jeu de billes dans ses pantalons courts
On meurt Pourquoi on meurt
On meurt dans la douceur La tête reposée sur les genoux d’une mère On meurt comme tout le monde et comme tout un chacun Sans trop savoir pourquoi et sans rien y comprendre
On meurt Pourquoi on meurt
On meurt Pour rien
Parce que c’est l’heure
Léopold







