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1843 (de janvier à juin)



6 janvier 1843 : cette fois le maire de Châteaubriant, Louis Brossays, sans doute rétabli d’une longue maladie, préside le Conseil. Il annonce que le droit d’étal n’a pas pu être adjugé, parce que le prix de 750 francs a été jugé exagéré « et hors de proportion avec les chances de produits ». Mais si l’on tarde de trop à renouveler le bail, la ville éprouvera un préjudice. M. Brossays demande alors au Conseil Municipal d’insister avec lui auprès du Préfet pour obtenir une nouvelle adjudication. « Le marché ne peut être pris que par un citoyen domicilié ; et tous les habitants ont une parfaite connaissance des conditions puisque lecture leur en a été donnée dans une séance publique annoncée longtemps à l’avance par des publications réitérées. Ainsi la plus grande célérité, par l’abréviation la plus complette possible des délais, est une mesure indispensable ».

Le Conseil est d’avis de réduire la mise à prix à 500 francs « afin de laisser aux concurrens une latitude qui, dans cette occasion, comme presque toujours, tournera infailliblement à l’avantage de la ville ».

 Du premier au rez de chaussée

7 janvier 1843 : lettre au Préfet pour demander un secours de 150 francs pour la classe pauvre du Bureau de Bienfaisance : « pour établir un plancher en remplacement d’un mauvais carlage dans le plus pitoyable état. Alors la réparation était utile, aujourd’hui elle est plus qu’urgente, le plancher est troué par endroits et les dégradations augmentent tous les jours, la classe du premier menace de descendre au rez de chaussée, vous devez concevoir la distraction qu’ont les enfants d’âge le plus tendre quand il vient à tomber quelque chose de l’étage supérieur. Il est important d’occuper et de discipliner les enfants pauvres. Nous sommes privés de salle d’asile ».

Le maire réclame aussi l’accord du ministère de l’intérieur pour la ratification du traité entre la ville et les Sœurs de Chavagnes, traité qui « demeure dans un bureau ».

22 janvier 1843 : le maire est à nouveau malade. Le Conseil se réunit de façon extraordinaire sous la présidence de M. Bivaud pour délibérer sur l’acquisition d’une maison destinée à servir de presbytère à la paroisse de Béré. Le rapporteur de la commission constituée le 27 novembre fait référence à une note rédigée par M. Broët, architecte, d’où il résulte que les bâtiments, appartenant à l’abbé Robert, sont jugés d’une solidité satisfaisante mais offrent cependant quelques dégradations auxquelles on remédierait moyennant une dépense d’environ 600 francs, qui serait portée à 1600 francs si l’on voulait reconstruire à neuf le pignon occidental et la façade Nord du bâtiment principal, ce qui est loin d’être nécessaire actuellement. Il est jugé qu’avec de simples réparations locatives peu dispendieuses, la maison est habitable jusqu’à nouvel ordre.

Par 16 voix contre 2, le Conseil arrête « comme expression de son ultimatum » :
- 1.- que l’acquisition de l’ancienne cure de Béré sera faite par la commune de Châteaubriant moyennant une rente annuelle de 650 francs.
- 2.- cette somme sera payée ainsi :

    • 400 francs par la commune
    • 250 francs par la Fabrique de l’église de Béré
      - 3.- M. Robert ne pourra, dans quelque cas que ce soit, avoir aucune action contre la commune pour le paiement de la partie de rente due par la Fabrique. Il ne pourra non plus demander la résolution de la vente par défaut de paiement de la Fabrique.
      - 4.- le presbytère se composera de 24 ares de terrain situé à l’est du jardin principal et le long du chemin conduisant à la Fontaine St Jean et d’un pré contenant 13 à 14 ares situé au dessous et au midi du jardin.

28 janvier 1843 : le maire se plaint au Préfet : « les passeports des condamnés libérés qui vous ont été adressés ne nous sont renvoyés de la Préfecture que 8 ou même 12 jours après leur envoi. Il en résulte des inconvénients très graves en retenant dans la localité, malgré eux, pendant un temps illimité, des individus dangereux et sans ressources ».

Janvier 1843 : à Paris, Alphonse de Lamartine, poète et homme politique, condamne, dans une envolée à la Chambre des Députés, la politique du gouvernement et même le régime qu’il accuse de ne pas tenir sa promesse : conserver au pays ses conquêtes démocratiques. « Ne me parlez pas des poètes qui parlent de politique » soupire le roi Louis Philippe.

 Pétitions

5 février 1843 : le maire est toujours suppléé par M. Bivaud qui communique une lettre du Sous-Préfet du 17 janvier 1843 concernant les alignements des routes royales 163 et 178 dans la « traverse » de Châteaubriant. La commission d’enquête souhaite que :

- 1.- au lieu d’attaquer les maisons du boulevard de l’Eperon [route 178, actuel boulevard Victor Hugo], l’élargissement projeté soit reporté sur le cours d’eau.
- 2.- que pour le faux-bourg de Couëré (route 178), l’administration procède non par la voie lente des alignements, mais par expropriation avec indemnité.
- 3.- que le Ministre des travaux publics autorise l’ouverture de la traverse, précédemment sollicitée, par les rues de Saint Michel et du Dos d’Ane, afin de favoriser ce quartier de la ville et d’abréger le parcours de la route n° 163 entre le bas de la Terrasse et le Pont St Jean

Une pétition signée d’un grand nombre de propriétaires et d’habitants réclame l’ouverture de la rue du Dos d’Ane. Une autre pétition signée par un aussi grand nombre de propriétaires, marchands et chefs d’atelier, tend au même but. Deux autres pétitions d’habitants et de propriétaires dans les faux-bourg de Couëré demandent que l’élargissement de la route n°163 soit pris exclusivement du côté occidental où se trouve l’hospice. Ca pétitionne dur !

 Contournement

Déjà à l’époque on parle de contournement de Châteaubriant puisque la discussion du Conseil Municipal tend :

- à la continuation en ligne droite de la route depuis le boulevard de la Motte jusqu’à la Trinité, pour éviter le faux-bourg de Couëré
- à l’ouverture d’un tracé nouveau commençant vers l’entrée du faux-bourg des Loges et se poursuivant en ligne droite jusqu’au bas du jardin Saint Sauveur et de la maison du Chêne Chollet
- au prolongement par une ligne droite, (depuis le Moulin de la Torche jusqu’au point situé entre l’enclos de la Trinité d’une part, et l’entrée du chemin des Fours à Chaux d’autre part), de la traverse nouvelle indiquée pour la route n°163 par les rues de Saint Michel et du Dos d’Ane

Le Conseil Municipal, « considère que la ville de Châteaubriant est traitée dans la répartition des travaux publics avec une parcimonie d’autant plus désolante que d’autres points de l’arrondissement ont obtenu des faveurs marquées. » et qu’elle a besoin d’être enfin l’objet de quelque sollicitude. Il indique qu’au nombre des entreprises « propres à influer sur la prospérité et l’avenir du pays, figure en première ligne le remplacement de la traverse actuelle de la route royale n° 163, autour des murs de la ville, par une nouvelle traverse établie par les rues de St Michel et du Dos d’Ane ». Mais il déplore qu’un projet « longuement élaboré et peu dispendieux » ait été rejeté par le Ministre des Travaux publics le 15 janvier 1843.

« Cette décision a jetté le découragement dans l’esprit de la population qui se voit appelée à payer, sans compensation, un fort contingent d’impôts »

Le conseil municipal regrette que les élargissements projetés ne soient exécutés qu’au fur et à mesure des demandes d’alignement « c’est-à-dire qu’il s’écoulera immanquablement de forts longs délais avant que le public jouisse d’aucune amélioration un peu sensible ». De plus, les propriétés atteintes ou traversées « se trouveront indéfiniment frappées d’une dépréciation équivalant à une sorte de confiscation », le Conseil estime donc qu’ainsi « l’intérêt privé se trouvera gravement compromis sans que l’intérêt général en profite ».

Il explique que le faux-bourg de Couëré « où il existe des sinuosités et des angles dangereux » a besoin d’une amélioration urgente consistant dans l’ouverture d’une nouvelle traverse pour faciliter l’accès et la sortie de la ville en face du Pont St Jean et qui se réduira à l’établissement de vastes pans coupés pratiqués dans les maisons qui, à l’est et à l’ouest, forment à présent des angles droits. Il argumente : « un moyen puissant de rendre efficaces ces pans coupés, dans l’intérêt de la facilité et de la sûreté de la circulation, serait d’élargir en occupant une partie de la douve voisine, sans attaquer les maisons d’ailleurs fort solides ». Mais on en reste là.

7 février 1843 : le maire avise le Sous-Préfet de la vente de la Métairie de la Touche d’Aguent, sise commune de Nozay, appartenant à l’hospice de Châteaubriant . M. Jules Rieffel s’est porté acquéreur pour 15 100 francs.

12 février 1843 : toujours sous la présidence de M. Bivaud, adjoint, l’agent voyer de l’arrondissement de Châteaubriant annonce que, « sauf quelques dissidences » il est entièrement d’accord avec l’avis exprimé par le Conseil Municipal dans ses délibérations sur le chemin n° 14 d’Ancenis à Bain [de Bretagne] (revoir 17 avril et 28 août 1942) et demande qu’une commission se transporte avec lui sur les lieux

Il demande par ailleurs à louer une portion du local dont jouit actuellement le Sous-Préfet dans la partie communale du château. Le Conseil fait remarquer que le Département vient d’acheter un bâtiment situé proche la place Saint Nicolas, pour servir d’hôtel de la Sous-Préfecture et donc que le logement actuel du Sous-Préfet sera vacant à la Saint Jean prochaine, de même que l’emplacement des bureaux « qui seront transférés on ne sait où encore ».

Le Conseil Municipal accepte le principe de louer à l’agent voyer, pour un an :
- . Le cabinet de M. le Sous-Préfet composé de deux pièces avec la cave et le grenier en dépendant
- . Le salon chauffé par un poêle
- . La chambre à coucher avec alcôve
- . La petite tour ronde (rez de chaussée) au nord-est de ce dernier appartement
- . La grande salle ouvrant sur l’étang
- . Le jardin tout entier
- . Le parterre, sous réserve du passage pour le service des locaux non compris dans le bail
- . Le droit au puits en passant par la chambre à alcôve
- . Le droit de promenade sur la Terrasse

Montant du loyer annuel : 250 francs. Le locataire pourra être dispensé de l’impôt des portes et fenêtres.

 Insolvabilité notoire

La famille Yvon ; dans une lettre, expose « la situation malheureuse dans laquelle elle se trouve par suite des pertes nombreuses et notables qu’elle et son chef, mort le 7 septembre 1842, ont essuyées dans la perception du droit d’étal sous les halles et sur les places publiques ». Elle reconnaît le « bienfait déjà concédé par la délibération du 21 août dernier » (à savoir une indemnité de 50 francs) et demande au Conseil Municipal d’autoriser le receveur municipal à ne rien exiger au delà des 381 francs qu’elle a versés entre ses mains le 31 janvier 1843 et à la tenir entièrement quitte envers la ville.

Le Conseil admet que la famille Yvon est dans un état d’insolvabilité notoire. Il annule l’indemnité de 50 francs accordée le 21 août 1842 et fait remise à la famille des 389 francs dont elle est encore redevable à la ville.

Mais il tient à marquer que ce geste devra rester une exception : « Il est bien entendu que cette faveur, motivée par une position tout-à-fait exceptionnelle, ne doit, en aucune façon, engager l’avenir dans d’autres conjonctures ».

 Sans aubier ni nœuds vicieux

M. Lesage rend son rapport concernant la couverture du château, « depuis la tour du grand escalier jusque et y compris la tour de l’escalier de la gendarmerie ». Il explique qu’il y a 1257 m2 à refaire, que les toitures sont arrivées à un état alarmant de vétusté qui ne pourrait être amélioré qu’au moyen de l’addition de nouveaux chevrons afin de réduire l’espace excessif de 50 à 55 cm qui se trouve entre les chevrons existants. Au total la toiture coûterait 4500 francs, avec chevrons supplémentaires, traverses de soutènement, pointes, lattes, ardoises, clous et main d’œuvre. On est très loin de l’estimation faite le 27 novembre 1842 !

Le Conseil décide de faire les choses dans les règles de l’art :

- . les chevrons supplémentaires auront une épaisseur de 34 mm, ils seront en chêne ou en châtaignier sans aubier et sans nœuds vicieux. (ndlr : l’aubier est la partie tendre et blanchâtre qui se forme chaque année entre le bois dur et l’écorce de l’arbre)
- . les traverses destinées à supporter les nouveaux chevrons seront en chêne de 40 mm d’épaisseur et seront espacées de 2 mètres en 2 mètres
- . les lattes de 7 mm au moins seront fixées sur les vieux et les nouveaux chevrons au moyen de pointes renforcées de 27 mm de longueur
- . l’ardoise sera attachée avec des clous pesant au moins 3 kg par quantité de deux milliers, et ces clous auront 27 mm de long (...) (la délibération indique même comment les ardoises seront fixées avec les clous)
- . pour le faîtage on emploiera des clous dits « à palâtres » de 41 mm de long pesant 3 kg par mille
- . les doublis seront en bon chêne sans aubier et d’une force proportionnelle à la couverture

(ndlr : les doublis dont il s’agit ici sont vraisemblablement ces pièces de bois en sifflet, rapportées sur la partie inférieure d’un chevron, pour le prolonger et donner au pan de toiture une moindre inclinaison. La partie de versant ainsi relevée est dite retroussis).

 Dépêches

Ce 12 février 1843 il est aussi question du services des dépêches entre Châteaubriant et Nozay, c’est-à-dire du courrier. M. Guibourg déclare : « il existe une route fort belle de Châteaubriant à Nozay. De ce dernier point elle conduit à Blain et Savenay. C’est cette route en excellent état dans toute sa longueur, que parcourent les nombreux attelages qui transportent le sel au lieu et place des chevaux et mulets de bâts qui finiront par disparaître tout à fait. »

C’est sans doute faute de bons renseignements que cette route est dédaignée par l’administration des Postes toujours si empressée d’améliorer son service et que les dépêches de Châteaubriant pour Nozay et vice-versâ continuent d’être dirigées par Meilleraie. En suivant cette direction le trajet est beaucoup plus long et ensuite il est plus difficile. La distance de Châteaubriant à Meilleraie est de quatre lieues et demi et celle de Meilleraie à Nozay, par un chemin à peine tracé, sans entretien, sillonné par des marres et des ornières presque continues ainsi que par des gués dangereux pendant une partie de l’année et traversant un pays de forêts, est au moins égal, soit quatre lieues et demi. Ainsi il s’agit de parcourir neuf lieues pour moitié sur un très mauvais chemin. De Châteaubriant à Nozay, au contraire, en suivant la ligne directe, la distance est de six lieues trois-quarts, ce qui offre une économie de deux lieues un quart. »

 Privatisation ?

M. Guibourg continue : « L’entrepreneur du service des dépêches de Meilleraie à Nozay, et qui l’est en même temps de Nozay à Blain a monté depuis le 1er février courant, un service de voitures entre ces deux derniers points, pour l’exploitation de son entreprise. Je sais encore qu’il est disposé à continuer ce service jusqu’à Châteaubriant si l’administration des Postes l’autorise à opérer, par la route directe, le transport des dépêches entre notre ville et Nozay. ». A notre époque, ne parlerait-on pas de privatisation du service des Postes ?

« L’entrepreneur n’exigerait aucune augmentation de prix parce qu’il trouverait, dans le bon état de la route, une compensation de l’excédent de chemin qu’il aurait à parcourir et qu’il pourrait en outre, dans certaines saisons, avoir le bénéfice du prix des places de quelques voyageurs ».

« Nozay est l’un des chefs-lieux de canton de l’arrondissement et il fournit à notre ville un nombreux contingent de plaideurs et autres [ndlr : du fait de la présence d’un tribunal, Châteaubriant comportait de nom- breux avocats]. D’autre part, il y a de fortes et fréquentes foires dans le pays de Blain et de Savenay. Les marchands qui les fréquentent viendront plus volontiers à nos foires et marchés quand ils auront un moyen sûr et commode de communication. Réciproquement nos propres marchands pourront être satisfaits et être à même de profiter de la même occasion pour aller aux foires de ces contrées ».

Le Conseil Municipal approuve la proposition de M. Guibourg. Plus tard, le 5 avril 1843, le maire écrira au Préfet que, « pour plus de célérité », le Conseil souhaite que le service des dépêches entre Châteaubriant et Nozay se fasse désormais, non plus par La Meilleraye, mais par la route directe « qui est fort belle et qui sert à communiquer avec Blain et Savenay ».

 Imbécile

16 février 1843 : le maire écrit à M. Biolay, premier adjoint à la mairie de Châteaubriant : « Ma santé ne me permettant pas de m’occuper des affaires de la mairie, et M. Bivaud le jeune se trouvant suspendu des fonctions d’adjoint en vertu d’un arrêté de M. le Préfet du 31 janvier 1843, j’ai l’honneur de vous prier, dans l’intérêt de la commune, de vouloir bien vous charger de cette honorable mais pénible mission ».

Ainsi M. Bivaud, qui a fait fonction de maire depuis le 7 novembre 1841 a été « remercié ». On n’en connaît pas la raison.

19 mars 1843 : le conseil municipal se réunit sous la présidence de M. Biolay, adjoint. Le maire M. Brossays est absent . Le deuxième adjoint M. Bivaud, est présent.

La commune est sollicitée pour contribuer à hauteur de 132 francs à la pension, à l’hospice Saint Jacques de Nantes, de trois aliénés castelbriantais. Un élu demande de les renvoyer dans leur famille aussitôt que leur folie ne sera plus dangereuse pour la société. C’est le cas d’un dénommé Simon « qui n’a jamais été furieux mais simplement imbécile ». Le Conseil vote cependant les 132 francs et la séance est levée.

23 avril 1843 : session extraordinaire du Conseil Municipal, sous la présidence du Maire Louis Brossays (qui est présent).

La mairie se trouve alors au premier étage de la Porte Neuve (bail du 16 septembre 1826) mais le neveu de Mme Connesson a écrit au maire pour dire que le bail va se terminer à la Saint Jean 1843 et que Mme Connesson ne continuera pas au même prix. Elle désire passer de 333 francs à 450 francs par an.

Un élu propose alors de transférer la mairie au château, « là où sont présents mais où ne seront plus présents au 24 juin prochain les bureaux de la Sous-Préfecture » (c’est-à-dire au premier étage du château Renaissance, dans les bâtiments situés actuellement entre l’escalier d’honneur et la bibliothèque municipale, là où se trouve le greffe du tribunal d’instance, voir photo page précédente), en attendant d’installer définitivement la mairie dans la salle verte du château (dite encore « salle des Gardes »).

Le Conseil considère qu’il importe que le siège d’un Hôtel de Ville soit permanent afin d’éviter les déménagements périodiques « dont l’un des inconvénients est d’égarer quelques pièces, titres ou documents précieux contenus dans les archives », qu’il importe « °également que l’édifice consacré à cette destination soit un immeuble communal afin de pouvoir y pratiquer, en sécurité, les dispositions et améliorations utiles au bien du service sans avoir à redouter les vicissitudes sous le point de vue du loyer et sous tous autres rapports que peuvent amener quelquefois les combinaisons d’intérêt privé ».

La question d’une mairie revient donc sur le tapis ! Cela fait si longtemps qu’on en parle ! (voir 18 février 1786 !)

Le Conseil rappelle que « la ville de Châteaubriant est propriétaire de la plus importante partie du château, achetée il y a 20 ans dans le but d’y centraliser les diverses administrations du chef lieu d’arrondissement ». Il considère que la « salle verte » une fois réparée et distribuée en appartements, peut présenter « un cabinet dans la tour latérale, un magasin dans le rez de chaussée, des pièces pour le secrétariat, le cabinet du maire, la tenue des assemblées du Conseil Municipal, et une très vaste salle réservée pour les grandes réunions telles que les élections, le Conseil de Révision, etc ». Coût envisagé : de 8 000 à 9000 francs.

Par ailleurs, l’aménagement de la « salle verte » procurera l’avantage « de soustraire cette partie du château soit à une ruine fâcheuse, soit à une déplorable démolition, si, pour ne pas laisser dépérir sa propriété, la commune s’était un jour déterminée à la vendre ».

Le Conseil décide donc de s’établir provisoirement dans les appartements où sont les bureaux de la Sous-Préfecture et de voir avec un architecte le programme des travaux à réaliser dans la « salle verte »

Avril-juin 1843 : à Paris, le roi Louis-Philippe et son ministre François Guizot se préoccupent d’encourager les entreprises financières. Les dépôts des caisses d’épargne se gonflent, le Préfet Rambuteau transforme la capitale (notamment avec le percement de la rue qui porte actuellement son nom, et l’introduction de l’éclairage au gaz). Une bataille idéologique oppose Charles Forbes comte de Montalembert et Jules Michelet, « les fils des croisés opposés aux fils de Voltaire » comme il est dit dans « l’histoire des Français au jour le jour ». Montalembert défend la liberté d’association (surtout pour les ordres religieux), et la liberté de l’enseignement. En face, Jules Michelet et Edgar Quinet proclament les vertus de la libre pensée et leurs cours au Collège de France donnent lieu à de telles manifestations d’enthousiasme que certaines tournent à l’émeute. Ces éclats troublent assez peu le roi.

 La misère encore

Avril 1843 : si la richesse se fait insolente dans certains quartiers parisiens, il n’en est pas de même partout. Une lettre du maire de Châteaubriant dit que « la presse du 16 avril 1843 annonce aux Actes Officiels qu’un crédit est ouvert au Ministère de l’Intérieur pour secours aux hospices, aux bureaux de charité et aux institutions de bienfaisance » [noter que c’est la première fois qu’on entend ainsi parler de « la presse »].

En conséquence de quoi, le maire écrit au Préfet : « la position critique du bureau de bienfaisance de Châteaubriant vous est trop connue pour que je craigne que vous puissiez hésiter à appuyer d’une manière favorable la demande d’une somme quelconque en faveur de ce misérable établissement (...) qu’un hiver malheureux et le manque d’ouvrage a obéré d’une manière effrayante ».

 Ecole buissonnière ?

28 avril 1843 : l’instituteur primaire qui s’occupe de l’école mutuelle a signalé les absences répétées de quatre élèves de la ville. Le maire lui répond : « Il n’a été donné de la part de l’autorité municipale aucune permission ou autorisation d’absence à ces élèves. Vous voudrez bien pour cette fois seulement les reprendre en classe et faire connaître aux autres que la première absence sans autorisation écrite les mettra dans le cas de ne plus être admis à l’école ».

Le même jour, le maire rappelle que les postillons des propriétaires ou entrepreneurs de voitures publiques doivent être munis de livrets, selon une loi de 1822, mais reconnaît que c’est difficile à appliquer à Châteaubriant « parce que ces livrets ne se trouvent qu’à la direction générale des Postes ». La mairie les fait demander.

 Abd el-Kader

16 Mai 1843 : la colonisation de l’Algérie se poursuit. La présence militaire est destinée à protéger les colons. Mais un jeune chef, Abd el-Kader, résiste avec une farouche détermination. Il est fort savant, très intelligent, fervent croyant, respecté de tous. Le Duc d’Aumale, quatrième fils de Louis Philippe, qui n’a que 21 ans, parti de Boghar à la tête d’une colonne de 1300 fantassins, 560 spahis et 200 à 300 auxiliaires, est à la recherche de la smalah d’Abd el-Kader, base arrière de celui qui a déclaré la guerre sainte (Djihad) à la France. Le 16 mai, le duc d’Aumale donne l’assaut. La bataille dure une heure. Les 3000 tentes de la smalah sont dévastées, 300 combattants d’Abd-el-Kader ont trouvé la mort, la population civile a été épargnée. Mais Abd el-Kader n’est pas là ! Il a réussi à prendre la fuite, non sans abandonner une fortune considérable : troupeaux, armes précieuses, narguilés ouvragés, coffres incrustés de nacre, bijoux d’or, broderies, vaisselle et tapis précieux.

Mais ce n’est pas cette perte matérielle qui l’affecte : acculé de toutes parts, Abd el-Kader n’a d’autre issue que de se réfugier au Maroc, dans l’espoir de rallier le Sultan à sa cause. La guerre entre la France et le Maroc, en 1844, mettra fin à ses espérances.

 Allons bon !

24 mai 1843 : la population de Châteaubriant commence à s’inquiéter de la non-exécution des travaux prévus à l’église St Nicolas et acceptés par le Conseil Municipal, la Fabrique et le Préfet. Le maire fait demander à l’architecte et à l’entrepreneur, par huissier, de se rendre à Châteaubriant et il raconte : « Nous commençâmes par nous occuper du clocher. Nous nous plaignîmes de la mauvaise qualité du bois » et du fait que celui-ci n’était pas d’une seule pièce comme le demandait le devis. L’entrepreneur dit que le bois qu’il avait choisi valait bien l’autre mais « les pièces de bois destinées pour la construction du clocher furent examinées et sur dix-sept, dix furent rebutées par l’architecte lui-même ». Ca commence mal !

Il se trouve aussi que la population a des doutes sur la cloche. « Sur l’observation de M. l’architecte » il fut remarqué que pour la faire fonctionner dans la tour en tuffeau, « il y aurait un grattage de 17 cm à opérer ». Tout le monde est d’avis que la cloche doit être placée dans la partie de la tour close par des persiennes, au dessus de la tour en tuffeau : « le son serait plus clair et serait entendu plus loin ».

Le maire insiste, s’en référant au devis, pour que les huit poteaux, les huit arêtiers et la flèche soient d’une seule pièce chacun, et la cloche dans l’endroit que lui assignait le plan, « d’autant mieux que l’orloge [sic ! ] devait être placée dans cette tour ainsi que l’indiquaient les cadrans dessinés aux fenêtres de la tour en tuffeau ».

 A tous les vents

2 juin 1843 : le maire signale à l’architecte que les travaux devaient être terminés pour le 31 décembre 1842. « Si tous ces retards continuent, nous serons obligés de vous demander une indemnité ».

Le maire écrit en outre au Préfet que la population s’inquiète de voir l’architecte et l’entrepreneur toujours absents et laissant le travail à des ouvriers non surveillés. « Une plus longue interruption dans les travaux est intolérable, nous attendons le beau temps qui n’arrive pas. Serions-nous condamnés à voir demeurer dans le même état, un bâtiment ouvert de tous côtés, où les fidèles sont depuis plus d’un an exposés à tous les vents et à l’intempérie des saisons ? Cette population s’est imposé des sacrifices pour être plus à l’aise dans son église trop restreinte pendant les offices et ne peut concevoir comment, quand elle a payé, les ouvriers ses compatriotes, enrôlés pour travailler, demeurent les bras oisifs »

5 juin 1843 : « Je m’étais flatté de l’idée de me retrouver parmi vous » écrit le maire Louis Brossays à son Conseil Municipal. « Cet espoir m’est ravi, messieurs, jusqu’à une époque incertaine. Un repos complet m’est commandé malgré ce qu’il m’en coûte. Je vous prie d’agréer mes excuses et mes regrets et de recevoir, messieurs, l’hommage de mon respect ».

Le Conseil municipal s’ouvre alors sous la présidence de M. Biolay, premier adjoint, pour entendre le rapport préparé par la commission chargée d’étudier la Salle Verte [salle des Gardes] du château : « cet emplacement est fort convenable. Les diverses pièces nécessaires au service seront obtenues au moyen d’une distribution facile et bien calculée, et même on y trouvera, outre une salle fort vaste réservée pour les réunions nombreuses, un emplacement pour le prétoire de la justice de paix ». La dépense est estimée à 11 760 francs et pour faire face à cette dépense, la commission suggère de vendre l’inscription de rente sur l’Etat, possédée par la ville, « et susceptible de produire au taux actuel de la Bourse environ 14 000 francs ». Le Conseil donne son accord et dit que le surplus sera affecté aux frais de dépavage, nivellement et repavage de la place Saint Nicolas.

 Dégradations

Par ailleurs, M. Chauveau-Lagarde, Conservateur des Hypothèques, qui loge au château, sollicite la réduction de son loyer à 300 francs (au lieu de 430 francs) pour le terme à échoir à la Saint Jean prochaine, « à cause de dégradations majeures survenues dans son habitation et qui le privent, notamment, de la jouissance de la principale pièce ».

Le Conseil trouve la demande exagérée et invite le maire à négocier une réduction dans la limite de 100 francs.

Le maire est invité aussi à faire les démarches les plus actives pour que le retard [des travaux] qui compromet les intérêts financiers de la commune, soit levé le plus promptement possible.

De plus, répondant à une lettre du Sous-Préfet, le Conseil déclare que la ville est incapable de fournir, quand bien même le loyer lui en serait payé, un local, soit en rez de chaussée, soit à un étage supérieur, pour placer le matériel du bureau des poids et mesures. « la part du château qui est encore en ce moment la sous-préfecture [dans la partie renaissance du château qui correspond de nos jours au greffe du tribunal], pourrait peut-être offrir un emplacement mais la plus grande partie du rez-de-chaussée est louée, l’étage supérieur servira, au 24 juin, à loger provisoirement la mairie, et le surplus doit être incessamment livré aux ouvriers pour l’appropriation d’un hôtel de ville définitif ».

 Aucun ouvrier !

9 juin 1843 : à propos des travaux à l’église Saint Nicolas ; « tout est arrêté et malgré mes observations réitérées, rien n’annonce que la reprise des travaux ait lieu. Je ne transigerai sous aucun prétexte » écrit le maire en demandant au Préfet de fixer une pénalité par quinzaine de retard. Il faut dire que les ouvriers ne travaillent pas à l’église et n’osent pas non plus s’engager ailleurs « dans la crainte que l’achèvement des ouvrages commencés ne reprenne tout-à-coup et ne les empêche de tenir leurs promesses ». Comme quoi la situation est bloquée pour tout le monde.

11 juin 1843 : le Conseil Municipal, cette fois sous la présidence de Louis Brossays, sans doute guéri, procède à l’examen des comptes de la ville, de l’hospice et du bureau de bienfaisance.

14 juin 1843
 : le maire écrit à l’architecte : « aucun ouvrier ne paraît ». Oh grand Saint Nicolas, priez donc pour nous !

16 juin 1843 : le maire convoque le Conseil Municipal, les Gardes-Nationaux et les Sapeurs-Pompiers, pour le dimanche 18 juin, à 11 heures, pour la procession de la Fête-Dieu.

25 juin 1843
 : rien ne bouge du côté de l’église. Le maire écrit une nouvelle fois au Préfet : « un voyageur arrivant de Nantes, homme qui est digne de toute ma confiance, m’a assuré avoir ouï dire que la tour en tuffeau n’avait aucune solidité, que les tuffeaux n’avaient aucun assemblage susceptible de durer si l’on y fait descendre la cloche et la pousse ».



Quelques points d’orthographe relevés : completter, concurrens, carlage, jetter, vice-versâ, une marre


Sources :

- Archives municipales série 1 D 18 et 2 D 9

- Histoire de la France et des Français par A. Castelot et A. Decaux (Editions Robert Laffont)
- Rois de France, Ed.Atlas
- dictionnaire « Dicobat » Ed. Arcature