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1843 (de juillet à décembre)



27 juillet 1843 : le maire de Châteaubriant, Louis Brosays, prend un arrêté pour régler la cérémonie traditionnelle correspondant « aux mémorables journées de 1830 » (= avènement du roi Louis Philippe).

Brossays n’est plus maire

6 août 1843 : installation de 12 conseillers municipaux, élus ou réélus, qui prêtent le serment : « Je jure fidélité au Roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle du Royaume ». M. Louis Brossays ne figure pas dans la liste. Ce jour-là, M. Biolay, seul adjoint en exercice, est absent. C’est M. Ernoul-Provôté, « premier dans l’ordre du tableau », quii préside la séance.

L’objet de la réunion est le remplacement d’une poutre brisée au plafond supérieur du salon de compagnie de M. Chauveau-Lagarde, dans la partie communale du château. Un conseiller explique que le plancher inférieur est actuellement en voie de reconstruction (voir au 23 avril 1843). « Il s’est tout-à-coup manifesté au plancher supérieur un mouvement dont on s’est empressé de rechercher la cause. Vérification faite, il a été reconnu que la poutre du milieu a fléchi par l’effet de vastes crevasses en divers sens qui présagent une rupture complète et prochaine, qu’il est impossible de la consolider et qu’elle doit être remplacée ».

Les travaux semblent considérables puisque « l’extraction de la vieille poutre et surtout la mise en place d’une poutre nouvelle, entraînera le dérangement à peu près intégral de tout le plancher et d’une cloison ». (...) . Il est recommandé d’établir « un fort colombage engagé dans la cloison à reconstruire, reposant sur l’extrémité d’une poutre armée qui offre un point d’appui inébranlable » et de substituer, à la terrasse et au carrelage actuel, un simple parquet « en planches de sapin à toute leur longueur » qui sera moins lourd et permettra de lier les diverses parties.

En fin de réunion, M. Ernoul-Provôté et M. Guibourg sont chargés d’aller offrir à M.Brossays, ancien maire, « le témoignage du Conseil Municipal, pour les services qu’il a rendus, et de la reconnaissance qu’inspirent les améliorations réalisées pendant le cours de son administration ».

24 août 1843 : une femme, aliénée, qui était hospitalisée à Saint Jacques à Nantes, a été renvoyée à Châteaubriant, parce que « la maladie mentale dont elle est atteinte n’offre pas un danger sérieux pour la sûreté publique ». Mais le maire constate que « elle vient de retomber pour la troisième fois dans le même état de maladie qui aujourd’hui la rend furieuse et fait craindre des malheurs ». Sa ré-hospitalisation est demandée

2 septembre 1843 : les souverains de France et d’Angleterre se rencontrent amicalement. Un tel événement, resté dans l’histoire sous le nom « d’Entente cordiale », ne s’est pas produit depuis trois siècles ! La reine Victoria a 24 ans, le roi Louis-Philippe en a 70 ans. Elle est jeune et jolie. Il est imposant mais chaleureux. La visite est organisée depuis près de deux ans, mais tenue secrète jusqu’au dernier moment, pour avoir l’air d’être impromptue. Et quand le yacht de la reine Victoria, et du prince Albert son époux, mouille au Tréport, Louis Philippe et les siens sont là, comme par hasard ! La visite dure jusqu’au 7 septembre avec banquets, concerts, promenades en char à bancs, pique-nique dans le parc et les environs du château d’Eu. Il n’y a que le dimanche 3 septembre que tout s’interrompt : les Anglicans consacrent leur journée à la religion.

Si l’entente est cordiale entre Anglais et Français, la colère gronde en France du côté des « légitimistes » furieux de cette visite de la reine Victoria à celui qui reste pour eux « l’usurpateur ». Le duc de Bordeaux, petit-fils du roi Charles X, se fait proclamer « Henri V » et se rendra à Londres en novembre avec une délégation conduite par François-René de Chateaubriand.

3 septembre 1843 : M. Biolay, adjoint, fait fonction de maire. Il informe le Conseil Municipal de Châteaubriant que la traverse par les rues de Saint Michel et du Dos d’Ane, « paraît désormais indubitable ». Il explique qu’il faudrait, pour l’embellissement de la ville, « un plan d’élévation présentant un genre d’architecture simple mais uniforme pour les constructions bordant cette traverse ». Décision renvoyée à la prochaine fois.

M. Biolay présente les plans et devis des constructions à faire pour l’installation de la mairie dans la Salle des Gardes du château. Mais aucun membre du Conseil n’ayant eu le temps d’en prendre connaissance, la délibération est renvoyée à la fois suivante.

Le Conseil s’occupe ensuite du nouveau tracé du chemin de grande communication n°14, de Châteaubriant à Bain [de Bretagne]. Il reconnaît que l’agent voyer a fait une étude sérieuse des lieux, et toutes les rectifications nécessaires. Il émet donc le vœu que les travaux soient effectués le plus vite possible, mais il remet à la prochaine séance l’étude des accords à passer avec les riverains.

Enfin le Conseil autorise le maire à renouveler le bail du Tribunal (qui expire le 31 décembre prochain), aux mêmes conditions que précédemment, et pour une durée de 9 ans. La commune demande cependant une augmentation de 100 francs du prix du loyer puisqu’elle fait exécuter des travaux dans la salle d’audience. (voir au 22 mai 1842).

5 septembre 1843
 : Perrine, domestique, âgée de 17 ans, et demeurant à La Galinière à Soudan, est entrée dans son neuvième mois de grossesse. Le maire de Soudan indique qu’elle est sans moyen d’exister et dans un état notoire d’indigence. La mairie de Châteaubriant demande son admission à l’Hôtel-Dieu à Nantes, le temps d’y « faire ses couches »

8 septembre 1843 : un habitant du faubourg de Couëré demande l’autorisation de faire blanchir sa maison. Demande transmise au Préfet.

10 septembre 1843 : Le Conseil, sous la présidence de M. Biolay, revient sur la route n° 14. M. Guibourg s’inquiète car, dit-il, le Maire de Rougé a déclaré que sa commune ne se souvient pas qu’elle a voté des fonds pour cette route. Guibourg propose qu’une réclamation soit faite auprès des autorités compétentes et que des explications soient demandées au maire de Rougé.

40 centimètres

M. Biolay présente ensuite les plans des travaux à faire pour installer la mairie dans la Salle des Gardes. Par exemple « le plancher du premier étage sera relevé de 40 cm pour qu’il se trouve de plain-pied avec le palier du grand escalier. Les fenêtres du secrétariat de la Chambre des Délibérations et du Cabinet du Maire seront revêtues de volets intérieurs ». Coût des travaux : 13 500 francs. Les ressources de la commune étant insuffisantes, le Conseil décide de vendre sa rente sur l’Etat dans le plus court délai. (voir au 5 juin 1843).

M. Biolay demande un crédit de 404 francs pour remplacer trois croisées des appartements qu’occupe la mairie [dans la partie sud de l’aile renaissance], et pour établir un balcon à une fenêtre. Le Conseil rejette le balcon et alloue 350 francs au reste des travaux.

Ce 10 septembre 1843 une personne demande l’autorisation d’extraire de la terre glaise au bas de la première côte du chemin d’Issé. Accordé.

Un élu rappelle au Conseil « que la ville devrait autoriser, sans indemnité, la destruction d’un mur fixé près de l’extrémité méridionale de la rue de Rigale, ce qui donnerait environ un mètre de largeur de plus à cette rue qui est fort étroite à cet endroit ». Une somme de 100 francs est prévue à cet usage.

L’irritation s’accroît

21 septembre 1843 : l’architecte vient présenter un projet de flèche pour le clocher de l’église Saint Nicolas. « il a paru présenter toutes les garanties de solidité et de convenance pour le service de la cloche mais il augmente le coût de la construction ». Ce même jour, M. Biolay, qui doit s’absenter pour quelques jours, demande à M. Ernoul-Provôté de le remplacer. Celui-ci refuse.

25 septembre 1843 : « à défaut de maire, à raison de l’absence du seul adjoint disponible, et par suite de la renonciation de M. Ernoul-Provôté, conseiller municipal le premier dans l’ordre du tableau » c’est M. Lesage qui préside le Conseil Municipal. Celui-ci émet le vœu que l’église Saint Nicolas « se trouve, dans le plus bref délai, close de manière à ce qu’il n’y ait plus de courants d’air gênants et dangereux »

26 septembre 1843 : la mairie envoie au Préfet un procès-verbal à propos de trois habitants « pour envahissement de terrains communaux ».

27 septembre 1843 : M. Lesage écrit au Préfet : « Nous sommes toujours sans maire ni adjoint et les premiers conseillers dans l’ordre du tableau sont absents. Je fais les fonctions de maire depuis quelques jours. Il y va de votre devoir de ne pas laisser plus longtemps sans maire et de ne pas laisser croître l’irritation qui commence à s’emparer du conseil municipal ».

Octobre 1843 : en France la prospérité économique se poursuit. La Bourse connaît un engouement véritable pour les actions des chemins de fer dont la valeur a doublé depuis le vote de la loi du 11 juin 1842.

4 octobre 1843 : les travaux reprendront à l’église Saint Nicolas dans le délai de 8 jours au plus tard. Il est recommandé à l’architecte « d’apporter toute l’activité nécessaire pour que les travaux soient terminés avant les gelées ».

La route en panne

7 octobre 1843 : lettre inquiète au Sous-Préfet : d’après un bruit qui circule, « qui a été l’objet d’une observation au sein du Conseil », des travaux seraient exécutés sur le chemin de grande communication n°14, d’Ancenis à Bain [de Bretagne], entre la route royale n°163 et le Pont du Marais, et « on n’y emploierait que les fonds votés par la commune de Châteaubriant. La commune de Rougé qui devait également concourir à l’exécution de ce travail ne s’en occuperait pas et serait autorisée à employer tous ses fonds pour la réfection de son chemin vicinal conduisant du bourg à celui de Noyal ». « Cette autorisation, si vraiment elle avait été donnée, serait entièrement contraire aux principes admis en pareille matière ».

19 octobre 1843 : avec retard, les travaux d’agrandissement de l’église Saint Nicolas viennent d’être repris.

Ce même jour la mairie écrit au Sous-Préfet : « J’ai appris que des Frères de la Doctrine Chrétienne sont dans l’intention d’ouvrir une école pour l’instruction des enfants pauvres ou autres de la commune. Je crois que cette école sera une école privée » [il s’agit des prémices de ce qui est actuellement l’institution St Joseph]

4 novembre 1843 : l’école privée d’enseignement primaire s’installera à partir du 6 novembre 1843 dans le bâtiment anciennement occupé par l’école mutuelle au château. La mairie fait contrôler la convenance et la salubrité des lieux conformément à l’ordonnance royale du 16 juillet 1833. Elle contrôle aussi « le brevet de capacité » du directeur et son « certificat de moralité ».

12 novembre 1843 : le Conseil Municipal, sous la Présidence de M. Lesage, revient sur les journées de prestations dues par la commune de Rougé, pour le chemin n°14 . Le Sous-Préfet a fait savoir que Rougé n’a ni demandé ni obtenu l’autorisation de distraire une partie de ces prestations mais que « l’inaction que l’on remarque sur le chemin de grande communication n°14, depuis Châteaubriant jusqu’à la limite du département vers Teillay, est due à l’absence de tracés approuvés. Mais ces tracés seront bientôt terminés et seront incessamment soumis à l’approbation de M. le Préfet ».

M. Delourmel insiste et remarque qu’au détriment du chemin et des finances de Châteaubriant, « qui paie toujours son contingent en numéraire », les prestations de Rougé et probablement aussi des autres communes appelées à concourir aux travaux, « sont épuisées au profit de la petite vicinalité sans qu’il soit possible d’obtenir par la suite récompense au profit du chemin n°14 ».

Le Conseil regrette « que l’extrême lenteur de l’administration à produire un plan pour le chemin de Châteaubriant à Bain [de Bretagne], ait mis la commune de Rougé dans le cas de bénéficier d’une année de prestations, tandis que les fonds de la commune de Châteaubriant, qui ne contribue que pécuniairement, ont été, du moins en partie déjà, retraits de la caisse municipale ».

Ce 12 novembre 1843 : un conseiller se plaint des « réparations illicites » faites à des maisons, hors alignement, dans les rues de la ville, « ce qui, indépendamment de gêne ou d’irrégularités, implique injustice envers les personnes qui ont été précédemment ou qui pourraient être à l’avenir condamnées pour pareil fait ».

Plusieurs habitants du quartier de Couëré sollicitent des réparations aux lavoirs pratiqués au bas des ouvertures ménagées dans le parapet du rempart de la Torche. Le Conseil approuve cette demande mais constate que le crédit alloué aux lavoirs, fontaines et abreuvoirs est épuisé et que l’année est trop avancée pour proposer l’ouverture d’un crédit supplémentaire. Et que de plus la saison et la hauteur des eaux ne permettent pas de faire convenablement les réparations « qui, du reste, peuvent sans inconvénient être différées au printemps ».

A la demande de M.Ozanne, instituteur de l’école d’enseignement mutuel, une commission du Conseil Municipal a constaté que des réparations sont nécessaires au bâtiment nouvellement construit « par suite de vices de construction » (école ouverte en juin 1842 ! )

M.Brossays est mort. Polémique sur des pommiers

Toujours le 12 novembre 1843 : un conseiller appelle l’attention de l’assemblée sur un article du journal de Châteaubriant [tiens ! Première fois qu’on entend parler d’un journal à Châteaubriant ], à l’occasion de la sépulture de M. Brossays, ancien maire. On impute au Conseil Municipal d’avoir rejeté le projet de plantation d’arbres funéraires dans le cimetière, parce que, dit le journal, une proposition aurait été faite, « par impiété ou par dérision, d’y planter des pommiers ». [ndlr : un journal qui fait de la polémique à Châteaubriant, voilà qui est nouveau !].

M. Lesage, en retraçant l’historique des délibérations relatives à la plantation du cimetière, « a surabondamment démontré que la proposition impie et dérisoire dont parle l’auteur, n’a jamais existé que dans l’imagination de celui-ci. Le Conseil Municipal n’a pas cru devoir perdre son temps à réfuter un sarcasme ridicule qui ne mérite que l’oubli le plus complet »

Un maire ! Un maire !

Changeant de sujet, le Conseil réitère sa demande auprès de l’autorité supérieure « dans le but d’obtenir que la commune de Châteaubriant soit enfin et le plus tôt possible, pourvue d’une administration définitive » [c’est-à-dire au minimum d’un maire].

Enfin une souscription est ouverte au sein du Conseil Municipal au profit de M. Pierre Bricard, journalier, demeurant à la Confordière, qui a perdu dans la nuit du 7 au 8 novembre, un enfant et des objets mobiliers sous les décombres de son habitation qui s’est éboulée en partie par vétusté et par suite de pluies abondantes. [la collecte rapportera 101 francs].

15 novembre 1843 : la commission administrative de l’hospice vote une addition de 120 francs à son budget « pour faire face à l’acquisition de boissons, à cause de l’augmentation survenue dans le prix des vins et cidres ». Mais elle ne sait pas combien d’hectolitres cela pourra représenter, ni s’il s’agira de vin ou de cidre, car « le prix va toujours s’élevant ».

17 novembre 1843 : un enfant de deux ans a été laissé à la veuve Gautron, par sa mère, en juillet 1842. L’enfant a, par la suite, été admis à l’hospice de Châteaubriant car on attendait de voir ce qu’était devenue sa mère. On apprend que celle-ci est détenue à Beaupréau (Maine et Loire) pour banqueroute frauduleuse. Le maire de Châteaubriant demande au Sous-Préfet de délivrer un passeport à l’enfant pour le faire conduire près de sa mère. Il y a vraiment des enfants qui démarrent mal dans la vie ...

17 novembre 1843 : depuis février 1841, il est question de refaire un plan de la ville à une plus grande échelle. Le Préfet a demandé au maire de passer une convention avec la personne qui sera chargée de ce travail. Mais aucun membre du Conseil Municipal n’a voulu examiner le projet de convention.

Finalement, ce 17 novembre 1843, la mairie considère que l’affaire est ajournée définitivement « d’autant mieux qu’avec de l’attention on peut se servir du plan actuel pour donner des alignements. ».

21 novembre 1843 : le maire (ou celui qui en fait fonction, sans doute M. Lesage) écrit au Sous-Préfet à propos de la Société Maternelle créée en novembre 1832 : « due à la philanthropie de feu M. Brossays maire de cette ville, elle subsiste au moyen de souscriptions volontaires. Elle compte aujourd’hui 70 souscripteurs. Son rôle est de soulager la femme indigente en couches. Elle fournit pour l’enfant un trousseau formé de : 2 langes en laine, 5 couches, 2 brassières, 2 mouchoirs de cou, 2 bonnets, 3 petites chemises, 3 béguins. Pour la mère : des draps, des chemises, une couverture en laine, des gilets de laine. En outre l’association lui donne de la viande pour bouillon, du pain, du vin, des tisanes, du sucre et, dans l’hyver, du bois. Si quelque accident vient compliquer l’état de l’accouchée, l’association veille à pourvoir à tous les besoins ». La mairie signale que cette association n’a pas encore reçu l’approbation du Ministre de l’Intérieur, et demande le concours du Sous-Préfet pour qu’elle soit organisée légalement et régulièrement.

23 novembre 1843 : il est à nouveau question de l’enfant, né le 8 février 1840, dont la mère est en prison (cf 17 novembre) et qui a été confié par sa mère à la veuve Gautron. Le Sous-Préfet refuse un passeport pour l’enfant et considère que c’est à la veuve Gautron de le garder jusqu’à ce que le sort de sa mère soit décidé. Le maire est fâché de cette position : « il ne me semble guère possible de reprocher à la veuve Gautron d’avoir pris cet enfant par la raison qu’elle a été trompée par la mère. Et sa conduite en la circonstance ne peut être envisagée que comme ayant été toute de bienfaisance et la preuve de sa sollicitude pour les malheureux. La seule chose que j’ai cru devoir lui observer est qu’elle fut plus réservée à l’avenir, sa position de fortune ne pouvant lui permettre pareil sacrifice ».

L’hospice de Châteaubriant, où cet enfant a été déposé provisoirement, ne peut le conserver. Le maire réclame donc son admission à l’hospice des enfants trouvés à Nantes, « soit sous le titre d’enfant abandonné, soit sous le titre d’enfant délaissé », jusqu’à ce qu’il puisse être remis à sa mère. [ndlr : il sera admis à Nantes à partir du 15 décembre 1843].

2 décembre 1843 : le maire s’étonne : l’évêché aurait l’intention de soumettre à l’agrément du Roi un projet de construction d’un oratoire dans une propriété située Faubourg de la Torche. Le projet est si vague que le maire « ne croit pas que c’est le cas d’aller au devant de désirs qui ne sont pas encore formulés »

4 décembre 1843 : la délégation avec le « roi Henri V » (voir au 2 septembre 1843), conduite par François René de Chateaubriand, est reçue à Londres (mais pas par la Reine Victoria). Dans les discours échangés le Duc de Bordeaux est tout de même qualifié de Roi de France. Louis Philippe se sent outragé et prépare un blâme qui sera présenté à la Chambre des Députés en janvier 1844 : « La conscience publique flétrit de coupables manifestations ...’ »

10 décembre 1843 : à Châteaubriant, en l’absence de tout adjoint en fonctions, c’est M. Jules Luette de la Pilorgerie qui préside la séance extraordinaire.

Pour éviter, s’il est possible, toute nouvelle contestation de la part de l’administration des Ponts et Chaussées, au sujet de l’ouverture de la Rue du Dos d’Ane, le Conseil se résigne à prendre au compte de la commune :

l’entretien de la voirie, « depuis la Porte Saint Michel, en suivant le boulevard du même nom, jusqu’à la jonction de la route royale n° 178 sur la Place de la Motte » [ce qui correspond de nos jours à toute la longueur de la rue Pasteur]. La dépense est évaluée à 150 francs.

2) la somme de 4000 francs qui sera appliquée à l’ouverture de la route n°163 par les rues St Michel et Dos d’Ane. [ ce qui de nos jours correspond à la rue du château].

Le Sous-Préfet fait diverses observations sur le projet d’établir l’Hôtel de Ville et la justice de paix dans la Salle Verte [salle des Gardes] du château et ses dépendances. Cet avis, accompagné de plans nouveaux, entraînerait un surcroît de dépenses que la situation financière de la commune ne permet pas.

Et si on vendait au Duc d’Aumale ?

Une longue discussion s’engage. « Le Conseil Municipal a acquis la conviction que de grands sacrifices, eu égard aux faibles ressources de la ville, seraient nécessaires pour disposer, dans un style convenable et en harmonie avec le reste de l’édifice, cette partie du château. La ville de Châteaubriant n’a acquis le château en 1823 que pour sauver ce monument de la destruction (et du vandalisme) dont il était menacé. Le Conseil Municipal en transférant la mairie dans l’une des parties de l’édifice qui ont le plus souffert et qui exigent des réparations immédiates, a surtout en vue de retirer quelque fruit du fonds destiné à cette restauration partielle. Mais l’extrême modicité des ressources de la ville fait craindre que cette œuvre ne soit au dessus de nos forces »

« Dans ces conjectures, mû pour le désir d’assurer la conservation d’un édifice remarquable par son architecture et les souvenirs qui s’y rapportent, le Conseil Municipal de Châteaubriant offre de céder à Son Altesse Royale le Duc d’Aumale, moyennant une somme de 80 000 francs,, les parties du château dont la ville est propriétaire ». Vote à l’unanimité.

« Le Conseil Municipal aime à espérer que cette offre faite aux conditions les plus modérées, sera favorablement accueillie par Son Altesse Royale et que le Prince y verra une occasion de compléter les vastes et magnifiques domaines qu’il possède autour de Châteaubriant ».

Ce 10 décembre 1843
, aussi, le Conseil Municipal nomme une commission pour examiner la réclamation d’une femme et de son fils, contre les obstacles permanents apportés par un étalagiste à la libre communication de leur maison avec la voie publique.

Sortir des murs

15 décembre 1843 : le maire (De La Pilorgerie en fait fonction) avise le Sous-Préfet de son intention de vendre le château, ce qui procurerait à la ville « les moyens de faire exécuter les améliorations dont elle a si grand besoin pour obtenir développement en dehors de ses murs , et la mettrait enfin dans le cas de faire construire une halle et mairie qui, avec d’autres constructions, contribueraient à assurer son développement. D’un autre côté, le Prince, en acquérant le château, ferait sans aucun doute effectuer d’importantes réparations ce qui donnerait du travail aux ouvriers du pays et occasionnerait des dépenses en consommation de toute nature qui profiteraient au commerce ».

Sur la paille

16 décembre 1843 : le maire écrit au gardien de la prison de Châteaubriant qu’en 1884 il lui sera alloué 15 et 20 centimes pour la ration alimentaire des militaires détenus ou conduits sous escorte, et pour le remboursement de la paille de couchage.

29 décembre 1843 : le Conseil Général de Loire-Inférieure a créé 15 bourses pour l’école primaire supérieure de Nantes, en faveur d’enfants qui sont sur les cinq arrondissements du département, la ville de Nantes exceptée. Le maire se renseigne sur les conditions à remplir : degré d’instruction exigé des enfants et mode de présentation ou d’examen qui sera imposé. [trois jeunes de Châteaubriant sont admis à l’école primaire supérieure de Nantes (info du 17 février 1844)].


L’hélice de Frédéric Sauvage

Aux premiers jours de 1831, le poète-musicien-dessinateur Frédéric Sauvage, apprend par le journal la construction de bateaux à vapeur fonctionnant avec des roues à aubes. Que de force perdue, se lamente-t-il ! L’observation d’un poisson, qui change de direction d’un simple mouvement de queue, et le souvenir des courses de canots où, seul et à la godille, il devançait de vigoureux rameurs, lui donnent l’idée d’un propulseur de forme hélicoïdale placé à l’arrière des navires : le 15 janvier 1832 il fait une première démonstration d’une « hélice » et fait breveter son invention pour 15 ans. Le Ministère de la Marine, malgré une démonstration convaincante, juge que ce dispositif est inadapté à de lourds bâtiments. La réalité des choses, c’est que le génial inventeur se heurte aux intérêts d’ingénieurs parisiens qui viennent d’inventer « la seringue », système pour lequel le gouvernement a déjà investi 3000 francs.

Sollicité par les Anglais, il refuse de leur vendre son brevet afin d’en réserver la primeur à la France. Hélas un certain Françis Pettit Smith fait breveter une hélice sur le modèle de la sienne en

1836 ! Ce n’est qu’en janvier 1843 que le navire Napoléon subit avec succès toute une série d’épreuves qui valident le travail de l’inventeur. La foule des invités applaudit. Mais Frédéric Sauvage est absent : il a été arrêté pour dettes. Après quelques mois de prison, Louis Philippe lui accordera une indemnité de 2000 francs.

L’inventeur dut se battre encore pour faire prolonger son brevet et pour qu’on ne lui dispute pas la paternité de son hélice. Tout cela le perturbe. Abîmé dans ses rêveries, il se prend même pour le roi de l’Océan et est interné à la maison de santé de Picpus où il meurt le 17 juillet 1857. L’hélice lui a tourné la tête.

(source : Rois de France, Ed. Atlas)



Sources :

- Archives municipales série 1 D 18 et 2 D 9

- Histoire de la France et des Français par A. Castelot et A. Decaux (Editions Robert Laffont)