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1845 (de juillet à décembre)



10 juillet 1845 : « il arrive fréquemment que des propriétaires ou éleveurs de chevaux viennent s’informer à la mairie de la taille et de l’âge des animaux propres à la remonte. J’ai vainement cherché dans les actes administratifs des indications qui me permissent de faire une réponse positive aux éleveurs » écrit le maire au Sous-Préfet, lui demandant les indications nécessaires

18 juillet 1845 : l’établissement provisoire de la prison se fait dans une maison servant encore d’école aux petites filles pauvres, près de la Porte Neuve , moyennant une somme de 500 francs par an payable par le Département. Mais le maire estime qu’il faudrait compter aussi 300 francs pour que les lieux soient appropriés pour recevoir les prisonniers.

2 août 1845 : le ministre de l’Intérieur a accordé à une personne un « Brevet de libraire à la résidence de Châteaubriant ». Le maire félicite cette personne et lui rappelle les formalités à accomplir :
- faire viser son brevet au greffe du Tribunal de Première Instance de Châteaubriant
- prêter serment devant le Tribunal.

6 août 1845 : le maire envoie au Sous-Préfet les plans de la maison de la Torche dont la propriété appartient à l’Evêché de Loire-Inférieure et dans laquelle il est question d’établir une école secondaire.

10 août 1845 : M. de la Pilorgerie est toujours « maire par vacance ».

Le sieur Doré, adjudicataire du pesage et du mesurage, dit que la patente de 27 francs « qui lui est imposée inopinément, pour une activité déjà fort peu lucrative » va nécessairement le mettre en difficulté si le Conseil Municipal n’a pas égard à sa position.

Le Conseil reconnaît qu’à l’époque où le sieur Doré a pris le marché d’adjudication, il était affranchi de la patente et que, par conséquent, son adjudication pouvait lui devenir dommageable. Il décide donc « sans pour autant tirer à conséquence pour d’autres circonstances » de réduire de 27 francs le prix de ferme de M.Doré pour 1845.

 Fondation d’un lit

« Janvier 1843, au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, étant restée seule au monde, je maintiens, d’accord avec mon bon mari, le don d’un lit à l’hôpital pour un pauvre de la paroisse présenté par ma famille à chaque décès » : tel est le testament de Mme Connesson (veuve d’un ancien maire de la ville) auquel le Conseil Municipal donne un avis favorable. Il est fait lecture, aussi, d’un écrit du 26 juillet 1845, émanant d’un héritier de Mme Connesson, s’obligeant de verser à la caisse de l’hospice une somme de 4000 francs.

 Pavés

M. de la Pilorgerie informe le Conseil des difficultés de trouver « de bons pavés pour la place St Nicolas ». La carrière du Perray ne peut en fournir qu’en petite quantité et encore dans un laps de temps assez long et de plus le transport va coûter plus cher que ne le laissait penser la délibération du 12 juin dernier. En effet, le 30 juin, M. de Boispéan a écrit : « Entendons-nous bien, je pense toujours qu’il est possible de faire venir cette pierre à raison de 28 francs les 8 mètres-cubes, mais pour cela il ne faut pas être pressé. Il faut choisir son temps et profiter d’une saison morte »

[notons que cela fait 3,50 francs du m3 alors qu’il a proposé 3,38 francs il y a deux mois]. « Ce que j’ai dit dans la séance du 12 juin dernier était tout dans l’intérêt de la ville et il ne m’est pas entré dans l’esprit de faire une spéculation (...). J’entends donc dans cette affaire aider la ville de tous mes soins et peines mais nullement de ma bourse ».

Le Président de séance en conclut que, pour réaliser le pavage de la place St Nicolas de façon économique, il faut commencer par s’adresser aux diverses carrières convenables des environs, s’assurer des pavés, et quand on sera bien sûr des approvisionnements dans les conditions voulues, imposer à l’entrepreneur l’obligation de les prendre aux prix fixés par un marché préalable. Ceci étant dit, le Conseil choisit de faire livrer à la ville des pavés extraits de la carrière de la Rousselière, voisine de la carrière du Moulin du Perray.

 Canal contesté

Nouvelle lettre de M. de Boispéan : « vous venez de faire réparer le lavoir de la Fontaine St Jean et de refaire l’aqueduc qui sert à sa décharge. (...). Vous devez penser que ce n’est point pour obtempérer à l’ordre intimé par votre agent que j’ai fait curer une rivière. Je n’ai eu qu’un but, toujours le même, celui d’être utile aux habitants de Béré. En conséquence et pour éviter toute surprise à l’avenir j’entends faire reconnaître authentiquement par la commune que le canal servant à l’écoulement du lavoir St Jean de Béré n’a été établi sur mon terrain que par pure tolérance et non à titre de servitude, que ce canal peut être supprimé à ma volonté, enfin qu’on ne saurait me contraindre sous aucun prétexte au curage d’une rivière factice que j’ai fait creuser dans mon parc et que je puis combler quand bon me semblera ».

Une longue discussion s’engage alors à la suite de la lecture de cette lettre et le Conseil désigne une commission pour examiner l’affaire.

Ce même 10 août 1845, les plans relatifs à la construction de l’Hôtel de Ville et de la Halle sont communiqués et mis à la disposition des membres du Conseil.

 La Borderie

Et puis un membre du Conseil propose de faire élargir, redresser et réparer le chemin de la Borderie, à ses frais et aux frais de plusieurs autres propriétaires et habitants. Est sollicitée la construction d’un ponceau sur le ruisseau qui coule de la Ville Marie vers la queue de l’étang de Choisel. Le Conseil accepte en conséquence de déclarer « vicinal » le chemin de la Borderie, à l’Ouest des fours à chaux de M. de Boispéan et à l’Est du Bois de la Galissonnière.

 Le canal de la discorde

17 août 1845 : Revenons au lavoir de la Fontaine St Jean. La commission est remontée au Conseil Municipal du 17 août 1834 et à un arrêté du Préfet du 11 mars 1834 : « des renseignements recueillis, il résulte que les eaux du lavoir St Jean se rendaient à un ras de la rivière de Chère par une rigole ou fossé d’une longueur d’environ 57 mètres qui faisait séparation du pré dit de la Cure d’avec la propriété de la Trinité et cela depuis un temps immémorial, ce qui constituait une servitude sur le terrain par lequel les eaux s’écoulaient. (...) En 1834 la commune a donné au lavoir une forme régulière, en le renfermant de murs, y a fait pratiquer une bonde et a construit tant sur son propre terrain que sur celui de M. de Boispéan, un canal couvert d’environ 4 mètres de longueur pour porter les eaux du lavoir dans un autre canal de plus de deux mètres de largeur creusé antérieurement par M. de Boispéan pour écouler dans la rivière des eaux d’une fontaine et d’un réservoir qui existent dans sa propriété ».

Le rapport ajoute qu’il paraît évident que le changement opéré en 1834 dans le mode d’exercice de la servitude, n’a dû être que le résultat de conventions entre le maire et M. de Boispéan car la commune n’aurait pas pu opérer ce changement sans le consentement du propriétaire du terrain « qui, autrement , s’y serait opposé et n’aurait pas attendu plus de 10 ans pour s’en plaindre. Il semble même que c’est à la demande de M. de Boispéan que le changement a eu lieu » . Perfidement la commission signale « qu’il y a aujour-d’hui beaucoup moins de terrain grevé de la servitude » et que M. de Boispéan a lui-même « fait disparaître la rigole qui servait autrefois à l’écoulement et qu’enfin il a amélioré le terrain sur lequel se trouvait cette rigole ». Bref, la commission ne dit pas que ce M. de Boispéan est un mauvais coucheur, mais c’est tout comme !

« Ainsi la servitude requise depuis longtemps par la possession plus que trentenaire, n’a éprouvé ni entrave ni interrogation. Seulement le mode de son exercice a été changé. Dans l’intérêt du débiteur de cette servitude ».

Quant au canal, il est « pour M. de Boispéan un objet d’utilité et d’agrément » et doit être mis pour un quart aux frais de la commune et le surplus à la charge de M. de Boispéan.

Le Conseil adopte ce rapport à l’unanimité et passe à autre chose.

 Les pavés ...... glissants

Ce 17 août 1845, un conseiller municipal dit s’être entretenu avec les propriétaires de la carrière de la Rousselière (Erbray). Ceux-ci ont expliqué que les pavés calcaires offrent plusieurs inconvénients graves « par exemple de devenir au bout de peu de temps infiniment trop glissants par la propriété qu’ils ont de se polir ; ensuite d’offrir dans les saisons pluvieuses la chance d’une boue comparable à celle d’un macadamisage ; enfin d’être d’une faible durée ». Le Conseil Municipal renonce donc aux pavés calcaires.

Un crédit de 50 francs est voté pour faire des fouilles dans la région, et pour vérifier les échantillons « afin de ne pas être exposé aux conséquences de l’erreur, ni sous le rapport de la qualité, ni sous celui de la dépense » . « Il ne faut pas risquer le succès par une précipitation qu’en définitive rien ne commande de façon absolument impérieuse ».

 Pipi !

Une pétition réclame un cabinet de latrines publiques en remplacement de celui qui existait il y a peu de temps et qui a été démoli par le sieur Mercier (revoir au 23 février 1845). Ce dernier avait accepté d’en construire un autre à ses frais : un lieu lui est désigné, en aval du pont de l’hospice, avec l’accord du quartier.

Enfin le Conseil examine les plans de la Halle et de l’Hôtel de Ville, décide de porter de 10 à 15 mètres la largeur des rues latérales ... et s’interroge encore : serait-il possible de « bâtir l’Hôtel de Ville au sud de la Place de la Motte, dans la ligne comprise entre la maison de l’école charitable et l’entrée du faux-bourg de la Barre ? ». Dans ce cas, seule la halle serait installée dans le pré de M. Dupin. Des études sont décidées.

 La folie, encore

26-27 août 1845 : le maire écrit au Sous-Préfet parce que deux jeunes femmes, atteintes d’aliénation mentale, sont à l’hospice de Châteaubriant « qui ne peut que recevoir provisoirement les personnes frappées de folie » en attendant la décision du Préfet de les faire admettre à l’hospice général Saint Jacques à Nantes. L’une de celles-ci, d’Erbray, y a déjà séjourné il y a quelques années et a été renvoyée dans sa famille « attendu qu’elle n’était nullement méchante ».

 Et la grêle

9 septembre 1845 : le maire envoie au Sous-Préfet un tableau nominatif de malheureux fermiers qui ont vu leur récolte de blé noir ravagée par la grêle les 14 et 23 août 1845. « Tous ces fermiers sont fort peu aisés et dignes en conséquence des bienfaits du gouvernement ».

 Des plaies factices

Le 12 septembre 1845, à la veille de la Foire de Béré, le maire rappelle au lieutenant commandant la Gendarmerie qu’il y a un arrêté de police de la mairie, relatif à la vente des bestiaux qui doit se faire sur le champ de foire et non ailleurs. « Veuillez aussi faire en sorte que les malheureux mendiants qui pour la plupart ont des plaies factices qu’ils découvrent pour inspirer la pitié aux passants, ne s’établissent pas sur les routes ou chemins conduisant au Champ de Foire ni aux abords de la ville ».

 Réclusionnaire

27 septembre 1845 : le maire écrit au Sous-Préfet à l’occasion du passage d’un « réclusionnaire libéré » soumis à la surveillance de la Haute Police. [Le mot « réclusionnaire » est relativement nouveau puisqu’il n’est apparu qu’en 1836. On dit plus souvent « forçat libéré » ou « correctionnel »].

6 octobre 1845 : des fouilles sont faites au village de Beauchêne en Erbray. Devinez quoi ? On cherche de la pierre propre à faire du pavé pour la place Saint Nicolas.

20 octobre 1845 : les héritiers de Mme Connesson, inhumée au cimetière de Châteaubriant , demandent son exhumation. Le maire écrit à M. Ernoul-Provôté, docteur en médecine, pour qu’il prenne « toutes les précautions désirables afin que la salubrité publique ne puisse être compromise ».

 Acte de courage

25 octobre 1845 : le maire signale au Préfet l’acte de courage du sieur Rimbert, maçon : « n’écoutant que ses sentiments d’humanité, il n’hésita pas, le 7 octobre dernier vers les 5 heures du matin, à sauver d’une mort certaine une femme qui s’était précipitée dans la rivière. La femme se trouvait dans un grand état d’exaltation, elle pouvait saisir son libérateur avec cette énergie propre aux personnes qui se noient, en l’entraînant avec elle dans la partie profonde de la rivière. A quelques mètres se trouve la roue du Moulin de la Torche et de l’autre côté, un peu au dessus, l’étang très profond de la Torche qui baigne les murs du château ».

Le maire demande une récompense pour Louis Rimbert qui n’a pu qu’obéir à un sentiment de dévouement. « La situation précaire de sa nombreuse famille mérite bien votre bienveillance ».[le 20 novembre 1845 il recevra 15 francs à titre de gratification].

16 novembre 1845 : De la Pilorgerie est toujours « maire par vacance ». Des vérifications ont été faites pour savoir si l’on peut utiliser le puits existant dans la cour du sieur Victorien Monnier en se bornant à y introduire une pompe pour le service du faubourg de Béré. Seulement voilà : « sa capacité et sa profondeur ont été jugées insuffisantes ». En conséquence, le crédit voté le 10 juin 1845 (soit 200 francs) servira à établir un puits neuf, creusé sur la propriété du sieur Monnier qui en fait l’abandon gratuit. « Cet emplacement est situé à quelques mètres au midi de la route de Rennes, entre le chemin qui descend du Champ de Foire et le mur de Saint Sauveur ».

 Riches ....

L’entrée de la Rue de Rigale, au bord de la Grande Rue « est évidemment trop étroite et trop difficile et des accidents nombreux attestent combien il importe de l’élargir ». L’élargissement doit être pris du côté occidental et M. de la Pilorgerie s’est concerté avec les propriétaires de trois maisons et terrains qu’il s’agirait d’occuper. Ils ont consenti à reculer immédiatement leurs murailles de manière à donner à la rue une dimension uniforme et régulière, sous la seule condition qu’on leur tiendrait compte des frais de démolition et de reconstruction de leurs murs. Coût 609 francs que le Conseil s’est empressé de voter « en reconnaissant l’urgence de l’opération projetée ».

Toujours ce 16 novembre 1845, on apprend que Françoise Besnier, aliénée, dont la mise en liberté serait dangereuse, est maintenue à l’hospice St Jacques à Nantes.

Par ailleurs, à Beauchêne en Erbray, les héritiers de M. Bernard-Tertrais sont prêts à autoriser l’administration à pratiquer des fouilles sur leur terrain pour reconnaître s’il est possible d’y ouvrir une carrière de pavés de bonne qualité. Mais leurs exigences paraissent « exagérées et inadmissibles » : de ce fait les fouilles auront lieu sur le terrain contigu ....

Le Conseil Municipal vote des fonds pour l’école communale : 300 francs pour le traitement du sous-maître, M. Tessier — 100 francs pour frais d’éclairage du cours d’adultes qui se fait le soir et qui est très fréquenté — 50 francs pour renouveler les livres de l’école qui ne doivent être fournis qu’aux enfants indigents (le Duc d’Aumale y ajoute un complément de 100 francs).

Un projet d’agrandissement de l’école est présenté : « construction dans la partie orientale du jardin, d’un bâtiment simple et le moins dispendieux possible qui, lié à la maison principale, donnerait place à une trentaine d’élèves ».

Par ailleurs M. de la Pilorgerie annonce que « très prochainement il va être procédé à l’enquête prescrite pour parvenir à l’ouverture de la rue des Halles , et à l’amélioration des halles elles-mêmes ». Mais pour cela il faut acquérir et démolir des maisons.

22 novembre 1845 : le maire écrit au Recteur de l’académie de Rennes que la donation entre vifs, de Mlle Cécile Guérin, au profit de « la Congrégation des Frères de St Yon » a été soumise au Conseil Municipal du 3 novembre 1844, qui a donné un avis négatif.

M. de la Pilorgerie se livre alors à toute une analyse sur la concurrence que fait l’école des Frères de la Doctrine Chrétienne à l’école communale qui, « avec l’agrandissement projeté, devait répondre à tous les besoins de la localité » et qui est « dans le rapport moral et religieux, à l’abri de tout reproche ».

« Cependant une association formée de personnes riches qui jusque là n’avaient montré que de l’hostilité vis-à-vis de l’instruction primaire, entreprend tout-à-coup de fonder un établissement rival de l’école communale. Des fonds sont réunis, principalement par l’entremise du clergé et Mlle Guérin, une des moins riches de la société est pour ainsi dire taxée d’une contribution énorme pour sa fortune ».

« Je dis énorme car la valeur de 4000 francs attribuée par l’expertise du terrain donné à la Congrégation, est certainement au dessous de la réalité ».

Antique et ignoble

Voici ce que décrivait M. Guibourg, en 1835 : « La halle actuelle, ou si l’on veut, le bâtiment antique et ignoble qui porte ce nom, n’est qu’une sorte de hangar établi sur l’axe et sur les bords de quatre rues qui se croisent et qui, situées au centre de la ville, sont, par cela même, les plus fréquentées. Ainsi il y a impossibilité de former une enceinte au moyen d’une clôture de quelque genre qu’on la suppose ; et quoique l’on entreprenne dans cet endroit pour accroître l’étendue des couvertures, pour donner au local un aspect moins désagréable, pour la dégager, pour l’isoler, on ne parviendra probablement jamais au but que l’on doit se proposer. Toujours ce sera un bâtiment informe, un lieu plus ou moins ouvert (...) de plus en plus dangereux parce que plus la foule et les étalages y seront nombreux, plus il sera difficile aux voitures et aux bêtes de somme qu’il est besoin d’y introduire, de le traverser d’une manière inoffensive. Par ces motifs il me semble incontestable que la nécessité de la construction d’une halle, doit être admise en principe. »

 Etonnement sur l’école

Ce 22 novembre 1845 dans sa lettre au Recteur de l’Académie de Rennes, M. de la Pilorgierie, qui fait fonction de maire de Châteaubriant, s’étonne qu’une « association de personnes riches qui, jusque là n’avaient montré que de l’hostilité vis-à-vis de l’instruction primaire » entreprenne tout-à-coup de fonder un établissement rival de l’école communale, et commence à construire un édifice, sur le terrain donné par Mlle Guérin (donation contestée par le Conseil Municipal), « prouvant mieux que tout autre le peu de cas que l’on faisait de la décision de l’autorité supérieure ».

« Aujourd’hui, l’école est ouverte, les élèves installés dans l’Institution [qui est devenue, de nos jours, le lycée St Joseph].Le Conseil Municipal a redoublé d’efforts pour faire face à une concurrence d’autant plus redoutable qu’elle a l’appui du clergé de Châteaubriant et des communes environnantes. Les instituteurs de ces dernières communes ont perdu la plus grande partie de leurs élèves qui, au détriment de leur santé et même de leur instruction, viennent en toute saison, et de fort loin à cette sorte d’université prônée avec enthousiasme dans un rayon fort étendu ».

23 novembre 1845 : au Conseil Municipal de ce jour, une nouvelle et longue discussion s’engage à propos des latrines du Pont St Jean. Sans résultat. Le Président de séance, M. de la Pilorgerie, dit qu’il avisera.

Le Conseil exprime sa satisfaction à l’occasion des démarches faites par M. de la Pilorgerie « touchant l’élargissement de la Basse Rue à son point de jonction sur la Rue de Couëré ».

Une amélioration du même genre est réclamée sur le rempart des Terrasses, qui deviendra chemin de petite voirie aussitôt que la traverse de la route n° 163 sera établie par les rues St Michel et Dos d’âne [actuellement rue du Château]. La veuve Jalbert, dont la maison fait une saillie considérable, a autrefois manifesté des exigences excessives. « L’on pense qu’elle sera plus traitable aujourd’hui » et les fonds de la ville viendront compléter ce qu’il pourrait y avoir d’insuffisant dans l’offre des Ponts et Chaussées.

M. Guibourg demande que l’on trouve « le moyen d’épargner aux yeux le spectacle hideux qu’offre depuis longtemps la maison appartenant au sieur Eon, sise au midi de la place Saint Nicolas, en face de la rue de la Porte Neuve ». Cette maison est apparemment « singulièrement délabrée » au point que le maire a proposé au sieur Eon de faire estimer son bâtiment et de prendre l’engagement de l’abandonner à la ville « si par hasard celle-ci en a besoin dans un avenir éloigné ». Auquel cas il pourrait réparer la maison comme bon lui semblerait.

Le Conseil fixe le tarif du mesurage du bois de chauffage dans la ville : 10 centimes le stère. « Les fractions ne seront pas payées à moins qu’elles n’atteignent 50 centimètres et au-dessus. Dans ce cas elles seront payées 10 centimes, comme le stère » [un stère fait un mètre-cube].

Une centaine d’adultes à l’école du soir

M. de la Pilorgerie a accompagné l’inspecteur des écoles primaires dans la visite de l’école communale fréquentée par 84 élèves et où se rendent le soir une centaine d’adultes. Cette visite a permis de constater, à nouveau, l’insuffisance du local communal consacré à la classe. Un voisin de l’école propose de vendre un jardin où pourrait être construit un bâtiment complémentaire mais le Conseil Municipal en juge le prix excessif.

Des études ont été faites concernant l’implantation de la mairie place de la Motte : ce projet exigerait l’expropriation « de terrains couverts d’édifices d’un prix élevé, entraînant une dépense tellement au dessus des ressources de la ville qu’il y a lieu d’y renoncer ».

Mais en même temps s’exprime « une répugnance assez vive » en ce qui concerne la liaison de l’Hôtel de Ville avec la Halle ! Toutefois le Conseil Municipal ne tranche pas à ce sujet.

Novembre-décembre 1845 : le colonel Bugeaud mène une succession de campagnes, en Algérie, contre Abd el-Kader. avec des troupes régulières, des milices et même des condamnés militaires.

1er décembre 1845 : Mlle Marie Suzanne, domestique à Rougé, âgée de 21 ans, en est à son neuvième mois de grossesse. « Cette malheureuse est sans ressources et dans le plus affreux dénuement » ainsi que sa famille ». C’est pourquoi le maire de Châteaubriant demande au Préfet de la faire accueillir à l’Hôtel-Dieu de Nantes, « pour faire ses couches ».

7 décembre 1845 : au Conseil Municipal il est question du bail passé autrefois entre la commune et le département, pour « le casernement de la gendarmerie dans une portion du château » qui, à l’époque, appartenait à la commune et qui est maintenant propriété du Duc d’Aumale en vertu du contrat du 17 juillet 1845.

 Brigade à pied, Brigade à cheval

Ce bail contient dans son article 7, « un paragraphe étrange » qui dit ceci : « Une somme de 150 francs est allouée à la ville pour le logement provisoire de la gendarmerie à pied. Il est convenu que si, par suite, cette brigade venait à être supprimée, le bail ne serait plus que de 650 francs, prix alloué pour la brigade à cheval, à partir du 1er janvier qui suivrait l’époque de la suppression de la brigade à pied ».

En vertu de cet article, le Sous-Préfet, après avis du Préfet, estime que, du 1er janvier 1839 au 1er janvier 1844, « la commune de Châteaubriant a perçu mal-à-propos, pour le casernement de la brigade à cheval, une somme de 750 francs à raison de 150 francs par année » . Le Sous-Préfet demande que des mesures soient prises pour opérer le remboursement au département. Le Conseil s’incline mais réclame la somme de 330 francs, au profit de la ville, pour le loyer de la caserne de gendarmerie pendant le premier semestre de 1845.

Par ailleurs le Conseil vote 8339,88 F pour faire face aux travaux de nivellement et de pavage de la place Saint Nicolas.

Quant à l’agrandissement de l’école communale, « le devis n’a pu être rédigé à cause de l’absence prolongée de l’architecte depuis la dernière séance »

 Halle ? Mairie ? Au secours !

Ce 7 décembre 1845 revient sur le tapis la question de la construction d’une halle au blé et d’un Hôtel de Ville, unis ou séparés.

Le Conseil Municipal ne parvient pas à prendre une décision : « Cette question semble complètement résolue lorsque, tout-à-coup il se produit une nouvelle idée, suivie peu de temps après d’une autre encore, en sorte que l’incertitude se prolonge toujours et qu’un provisoire se substitue à un autre provisoire ».

Chacun désire la réalisation des améliorations dont on parle depuis longtemps, mais il est difficile, « et cela se conçoit au milieu de la complication d’intérêts qui se heurtent » de prendre une décision « qui ne choque pas plus ou moins quelques prétentions ».

Ce jour-là, M. Guiméné, appuyé par d’autres conseillers, s’attache à signaler l’inconvénient de persévérer dans le choix du pré de M. Dupin de la Ferrière comme emplacement de la halle. Il fait valoir qu’elle serait trop isolée et que cet isolement « serait plus dangereux encore si la mairie, dépôt précieux, devait y être réunie. Il faut, quoique rien ne le laisse présager, prévoir le retour possible des soulèvements, des troubles civils. Dans cette fâcheuse hypothèse, comment pourvoir à la sûreté de ces deux édifices surtout si la ville en était réduite au secours de la garde nationale. Cette force armée, d’ailleurs assez indisciplinée, voyant les foyers menacés, préférerait les garder plutôt que d’aller, extra-muros *, protéger des établissements qu’on regretterait alors amèrement d’avoir ainsi trop détachés de l’enceinte de la cité ».

Il vaudrait mieux, suivant M. Guiméné, adopter comme emplacement l’espace en douves situé sur les anciens murs de ville et le rempart de la Torche. « Cet espace serait accru, dans des proportions convenables, par des prélèvements sur les jardins en arrière des murailles, afin de ménager des rues latérales et des dégagements. Des voûtes seraient bâties sur le cours d’eau et sur ces voûtes serait bâti l’édifice qui ferait alors partie intégrante de la ville ou à peu de choses près. ». M. Guimené ajoute qu’il serait alors plus facile à garder dans les temps les plus difficiles et que les fermiers n’hésiteraient pas à y amener leurs grains « qui seraient plus en sécurité qu’au sein des campagnes ».

A cela M. de Boispéan répond que « les chances de séditions et de troubles civils dans l’avenir [sont] chimériques ». Il est d’avis, d’accord avec le Président [M.de la Pilorgerie] et avec M. Lesage, que le meilleur parti serait de s’en tenir à ce qui a été envisagé dans la délibération du 12 juin 1844 « qui paraît avoir tracé la marche la plus raisonnable et la plus économique » .

Il ajoute que la Rue des Halles « rapprochera des distances qui, dans l’état actuel sont en effet notables » et que la halle, placée dans le pré de M. Dupin de la Ferrière, ne sera pas, en définitive, plus éloignée de l’extrémité nord de la Place des Halles « que n’est cette portion de la dite place, des maisons formant, au Sud, la façade de la Place de la Pompe ». D’ailleurs, pour lui, « cette distance s’atténuera sensiblement si, comme il y a lieu de l’espérer, la rue des Halles se garnit de bâtiments. Alors la halle sera tout aussi centrale qu’elle le serait dans la ligne des maisons de la place de la Motte ».

 Châteaubriant Ville ouverte

M. de Boispéan dit encore que « toute considération se rattachant à une position excentrique s’efface de plus en plus, par l’ouverture de rues nouvelles et d’issues à travers le vieux mur d’enceinte, en sorte que Châteaubriant qui était, il y a moins de 30 ans, une ville facile à fermer au moyen de quelques portes, doit être regardée désormais comme une ville ouverte ».

En faveur du pré de M. Dupin, d’autres conseillers font valoir que cet emplacement, quoique le moins cher, est aussi le plus vaste que l’on peut se procurer à la porte de la ville. Quant à la solidité du sol, « on trouvera immanquablement un point d’appui aussi ferme et moins dispendieux que dans la douve ». Pour les remblais nécessaires à l’obtention d’un nivellement convenable, il ne faut pas s’effrayer outre mesure « parce que la place Saint Nicolas en fournira une assez forte proportion. Le surplus sera réalisé en peu de temps par le produit de la démolition des rues St Michel et Dos d’âne, de l’abaissement de la côte de la Torche, etc, etc ».

Mais la discussion n’est pas close. Voilà que M. Aubin propose de bâtir la halle sur l’emplacement de la maison et des terrains d’un certain M. Couettoux, qui sont « contigus à la partie orientale de la rue projettée des Halles, avec accroissement facultatif au moyen de l’occupation d’une partie des douves au Nord ». Ce projet est combattu par d’autres conseillers en raison de l’exiguïté de l’espace.

La discussion s’enlise. Qu’est-ce qu’on fait ? On ajourne le projet et on réfléchit aux diverses propositions ? 6 conseillers sont d’accord, sur 18 présents. Donc on n’ajourne pas.

Un deuxième vote a lieu alors pour déterminer si l’Hôtel de Ville sera construit, comme la halle, sur le pré de M. Dupin de la Ferrière. Trois conseillers étant sortis, il n’y a que trois votes négatifs. En conséquence la majorité du Conseil Municipal formule le vote suivant :

« La Halle et l’Hôtel de Ville seront bâtis sur le pré de M. Dupin de la Ferrière dans l’axe de la rue projettée des Halles. Les deux édifices seront bâtis dans un système tel que l’Hôtel de Ville, offrant une belle façade au midi, forme avant-corps de la Halle, au dessus d’une partie de laquelle des appartements pourront être ménagés pour compléter l’établissement de la mairie, de la justice de paix et accessoires ».

Mais il se fait tard. Beaucoup de membres étant sortis après le vote, l’assemblée se trouve réduite à un nombre trop faible pour continuer une délibération.

12 décembre 1845 : les plans, devis, cahier des charges pour le pavage de la Place Saint Nicolas sont transmis au Sous-Préfet. La carrière de grès quartzeux de la Touche, située à 6 km de Châteaubriant a été jugée pouvoir fournir des pavés d’un bel échantillon et de bonne qualité. L’extraction des pavés nécessitera l’emploi d’un assez grand nombre d’ouvriers. « Si ces travaux sont mis en activité durant l’hiver, ils pourront en quelque sorte tenir lieu d’atelier de charité pendant une saison qui sera probablement rigoureuse et difficile pour la classe ouvrière ».

17 décembre 1845 : M. de la Pilorgerie écrit au Ministre de l’Instruction Publique : « Par une décision dont la date m’est inconnue, vous avez alloué un secours de 1700 francs pour la création d’une salle d’asile à Châteaubriant. Cet établissement, qui est en pleine activité depuis plus d’un an et qui doit être regardé comme complet, attend la réalisation de la promesse que vous avez bien voulu nous faire. Les clauses contractées pour l’appropriation de l’édifice et l’achat de matériel ne sont pas toutes liquidées. C’est sur le secours que vous avez bien voulu nous promettre que nous comptons pour solder le reste de ces dépenses ».

23 décembre 1845 : lettre à M. Gautron, adjudicataire de l’éclairage : « Vous voudrez bien prendre les dispositions nécessaires pour que l’éclairage pendant la nuit du 24 au 25 décembre soit assuré jusqu’à 5 heures du matin ». C’est la première demande de ce type pour la nuit de Noël. Les autres demandes d’éclairage prolongé concernaient la Foire de Béré.

Victor Hugo

Au printemps 1845, Victor Hugo voit se réaliser son rêve de grandeur : déjà membre de l’Académie Française ( élu au fauteuil de Népomucène Lemercier), il accède à la Chambre des Pairs où il est nommé par le roi Louis-Philippe.

Quelques mois plus tard, en juillet 1795, Victor Hugo est surpris par la police en plein flagrant délit d’adultère : sa qualité de Pair de France lui assure l’impunité, mais son amante, Léonie Biard, fait deux mois de prison à Saint Lazare. Lamartine en fait un mot « En France on se relève de tout, même d’un canapé ». Son prestige et sa dignité ternis, Victor Hugo est obligé de d’isoler. C’est alors qu’il commence un ouvrage qui paraîtra en 1862 sous le titre « Les Misérables ».

Carmen

C’est en 1845 que paraît Carmen, de Prosper Mérimée (Georges Bizet en fit un opéra célèbre en 1874).

La nouvelle relate l’histoire tragique d’un jeune officier basque, Don José Lizzarabengo qui, par amour pour la belle Carmen, déserte l’armée espagnole et devient, sous le nom de José Navarro, contrebandier, voleur et assassin. Mais après l’avoir violemment aimé, Carmen la bohémienne éprise de liberté, le délaisse pour le picador Lucas. Fou de rage, José la tue sans cesser de l’adorer.



Sources :

Archives municipales série 1 D 18
1 D 19 , 2 D 9 et 2 D 10
- Histoire de la France et des Français
par A. Castelot et A. Decaux
(Editions Robert Laffont)
- Rois de France, Ed.Atlas
- dictionnaire « Dicobat » Ed. Arcature


(*) souligné dans le texte

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