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1846 (de juillet à décembre)



Drame au Deil

3 juillet 1846 : le maire relate au Préfet ce qui s’est passé le 15 juin 1846 : « Le sieur Pigrée Jean-Pierre, âgé de 30 ans, mégissier, accompagné des deux Caillaud, père et fils, se rendit à l’étang de Deil, situé à 2 km de Châteaubriant, pour y prendre un bain. Arrivé sur la chaussée de l’étang, Pigrée, assez bon nageur, se déshabilla et se jeta à l’eau. Mais, atteint d’une forte et subite congestion cérébrale, il ne tarda pas à disparaître dans l’eau qui, dans cette partie de l’étang, est très profonde ». Caillaud-fils, sachant un peu nager, essaya de sauver son ami. Il se mit donc à l’eau et s’efforça de saisir Pigrée. Cette tentative resta sans succès : Pigrée était engagé dans les hautes herbes que l’on ne pouvait aborder sans danger. « L’autre Caillaud, père, qui ne sait pas nager, craignant pour son fils, entra lui-même tout habillé dans l’étang. Le fils, enhardi par la présence de son père, tenta un dernier effort qui peut-être aurait entraîné sa propre perte ». Dans ce moment-même, le sieur Bellet, coutelier, attiré par les cris des deux Caillaud, se dépouilla prestement de ses vêtements et se précipita dans l’étang, ramenant successivement à terre Pigrée et les deux Caillaud qui, engagés dans les herbes, étaient à la veille de partager le sort de leur camarade. Malgré tous les soins prodigués au jeune Pigrée, on ne put le ramener à la vie, « l’appoplexie avait été mortelle ». Le salut des deux Caillaud est dû au courage avec lequel Victorien Bellet se porta à leur secours. « L’étang de Deil est regardé comme très dangereux à cause d’anciennes excavations dont l’on a extrait autrefois des pierres ».

Le maire demande une récompense au Préfet, pour Victorien Bellet, « père de trois enfants dont le plus âgé a 2 ans, les autres sont jumeaux » et qui « vit du travail de ses mains ». On apprend à cette occasion que le sieur Bellet a déjà sauvé, en 1837, un voltigeur qui se noyait dans la Mayenne à Château-Gontier.

Contestation électorale

6 et 8 juillet 1846 : des conseillers municipaux sont priés de venir en mairie pour participer « à la section qui devra nommer des conseillers municipaux ». Il a dû y avoir quelque contestation (voir au 23 juillet).

11 juillet 1846
 : est transmis au Préfet un certificat signé par plusieurs personnes honorables de Châteaubriant constatant que, le 5 juin dernier, le sieur Savadou Pierre, marchand de parapluies, retira au péril de sa vie, le sieur Pigrée Pierre qui, sans ce secours, se serait noyé dans l’étang du Chêne au Borgne. La lettre signale que ce Pigrée n’est pas le même que l’individu du même nom qui a péri quelques jours après dans l’étang de Deil. Il y a comme ça des coïncidences dans la vie ...

23 juillet 1846 : des électeurs des cantons de Châteaubriant, Rougé, Saint-Julien, Moisdon, présentent une réclamation au Préfet qui, selon le maire, « soulève une haute question de droit constitutionnel » et il ajoute « je regrette qu’avant de modifier votre premier arrêté vous ne m’ayez pas consulté sur le choix du local propre à la tenue du corps électoral de l’arrondissement de Châteaubriant . J’aurais indiqué, comme les signataires de la réclamation, la salle de l’école communale ».

Ma chandelle est morte ...

29 juillet 1846 : l’adjudication des travaux de nivellement et pavage de la place Saint Nicolas a été obtenue par un entrepreneur de Chalonnes pour 5385 francs. « La commune en faisant extraire et transporter les pavés nécessaires a fait une économie de plus de 1200 francs » [le devis de février 1846 avoisinait 8340 francs].

29 juillet 1946 : nouvel attentat contre Louis-Philippe. L’auteur, un certain Henri, artisan, est un pauvre diable qui a choisi cette singulière façon de présenter une pétition !

5 août 1846 : « En réponse à la lettre que vous avez fait l’honneur de m’écrire ce jour concernant la fourniture de chandelles aux troupes qui se trouvent en stationnement à Châteaubriant, je viens de donner des ordres pour que la fourniture soit exécutée à compter de ce jour » écrit le maire au Sous-Préfet.

23 août 1846 : M. de la Pilorgerie est toujours « maire par vacance » et M. Guibourg occupe toujours les fonctions de secrétaire « auxquelles il a été appelé dans la forme prescrite par la loi ».

15 mètres et ... rien

Ce 23 août 1846, M. de la Pilorgerie rend compte de façon circonstanciée, des travaux relatifs à l’établissement du puits de Béré. En vertu de la délibération du 10 juin 1845, des conventions ont été faites avec M. Louis Freulon, maître-maçon, pour l’ouverture de ce puits à la profondeur de 7 mètres. « Aucune apparence de source ne se produisant à cette profondeur, on a dû continuer les fouilles et l’on est arrivé sans plus de succès à 15 mètres au dessous du niveau du sol ». L’opération s’est trouvée contrariée par des pluies considérables, par de larges éboulements qui en ont été la conséquence. « Il a fallu étayer, étrésillonner, et consolider à diverses reprises, afin de ne pas compromettre la sûreté des ouvriers ». Toutefois l’abondance des pluies a contraint de suspendre les travaux. Ils ont été repris et poursuivis au milieu de difficultés sans cesse croissantes jusqu’à 19 mètres de profondeur, « point où l’on a trouvé des sources qui, bien que faibles au début, ont peu à peu fourni de l’eau en plus grande quantité, de telle sorte qu’eu égard à la très grande hauteur à laquelle il fallait monter, dans des baquets, les eaux et les terres, il a été reconnu impossible de descendre plus bas ».

La maçonnerie du puits est alors réalisée et « l’espoir que l’on avait conçu lorsque les travaux d’excavation furent arrêtés s’est réalisé. Dans le moment actuel, après une longue sécheresse, la hauteur de l’eau dans le puits est d’environ 1,40 mètres. Cette eau est limpide et de bonne qualité et les habitants du quartier témoignent leur satisfaction de l’heureux résultat qui a été obtenu, sans qu’aucun accident soit survenu pendant la durée des travaux qui, longtemps, a été périlleuse »

Mais le puits, qui était prévu à 200 francs le 10 juin 1845, a coûté finalement 1012,90 francs.

Le zèle se refroidit

Après le puits : la route. Les travaux du chemin de Juigné ont été poussés avec la plus grande activité, les terrassements ont été exécutés, 320 m3 de pierres ont été extraits et cassés et sont actuellement en approvisionnement tant sur les banquettes du chemin que sur les terrains adjacens ». Il y aurait besoin de tombereaux pour les transporter : « les années précédentes l’on a obtenu gratuitement de l’obligeance des propriétaires et fermiers ayant plus particulièrement intérêt à la réfection du chemin, la plus grande partie des transports, mais, à mesure que les travaux s’avancent, le zèle se refroidit. Toutefois des prestations volontaires en nature et en argent seront encore fournies cette année ». Le crédit de 860 francs ouvert au budget pour le chemin de Juigné est épuisé. Le Conseil Municipal accepte de voter un crédit additionnel de 580 francs « et le chemin se trouvera avant l’hyver en état d’entretien sur toute son étendue ».

Ce même 23 août 1846, il est question d’aménager un chemin qui va de Châteaubriant à Erbray, et qui nécessiterait la construction d’un pont sur le ruisseau qui coule entre la fontaine et la maison de la Vannerie (revoir au 14 mai 1846). Le chemin trop étroit, offrant « plusieurs brusques sinuosités choquantes » nécessiterait des élargissements, des redressements et des travaux énormes de terrassement. « Le Conseil Municipal décide dans un premier temps de déclasser le chemin des Briottais pour en faire un simple chemin rural pour servir à l’exploitation des terres qui le bordent, et de porter en revanche le chemin dit « des Moulins » au rang de chemin vicinal à la place de celui des Briottais. M. Defermon, à raison de l’intérêt personnel qu’il peut avoir dans la mesure proposée, s’est abstenu de prendre part au vote ».

Un plan

Où en sommes-nous au sujet d’un plan de la ville ? Le géomètre en chef du cadastre demande 625 francs pour un plan restreint aux limites du plan existant et 1175 francs si l’on veut aller jusqu’aux extrémités des faux-bourgs. Toutefois, M. le géomètre en chef du cadastre, dont le service doit être supprimé, n’est pas certain de demeurer dans le département. Cela fait problème ! Et puis le Conseil se pose de nombreuses questions : le géomètre prendrait-il l’engagement de procéder personnellement (souligné dans le texte) à toute l’opération ? Accepterait-il de soumettre, au besoin, son travail à une vérification ? Se chargerait-il de la pose, dans l’axe des rues, des repères en fonte qui seraient fournis par la ville ? Le plan indiquerait-il la division et la limite des parcelles ? Serait-il faut en triple exemplaire ? [ndlr : à l’époque il n’y avait pas de procédés de reprographie...].

M. de la Pilorgerie, qui doit aller à Nantes pour la session du Conseil Général, a été invité à s’assurer si M. le Géomètre sera disponible.

Le Pâti de la Garenne

Toujours ce 23 août 1846, il est question d’un terrain que M. Defermon demande à acquérir à proximité de sa propriété des Briottais. Ce terrain, appelé « Pâti de la Garenne » dépend-il de l’ancienne masure de la Feuvraie en Erbray comme le soutient M. de Boispéan ? Ou bien appartient-il à la commune de Châteaubriant ? Le Conseil Municipal soutiendra une action judiciaire à ce sujet (décision à l’unanimité, mais deux personnes ne prennent pas part au vote : M. Lesage en tant que procureur du Roi, et M. de Boispéan comme partie intéressée au débat). [ndlr : les Briottais, la Feuvraie, le Moulin de la Garenne sont des appellations toujours en usage en 2003]

4 septembre 1846 : une histoire de mariage perturbe les relations entre la France et l’Angleterre. La reine Isabelle d’Espagne va épouser un Bourbon, François d’Assise, Duc de Cadix (et non pas Léopold de Saxe-Cobourg, cousin germain de la Reine Victoria d’Angleterre) tandis que l’infante Luisa Fernanda va épouser le Duc Antoine de Montpensier, cinquième et dernier fils de Louis-Philippe. La reine Isabelle « éprouve une véritable aversion pour le Duc de Cadix, petit homme précieux que l’on surnomme Paquita », mais elle se résigne. En Angleterre, le ministre Palmerston cherche à ameuter l’opinion publique et la reine Victoria elle-même proteste. Les deux mariages auront pourtant leur le même jour, le 10 octobre 1848, signant ainsi la fin de « l’entente cordiale » qui dure depuis septembre 1843 entre la France et l’Angleterre. A quoi tiennent les choses !

6 septembre 1846 : lors des dernières élections (voir juillet) douze nouveaux membres ont été élus ou réélus. Ce 6 septembre, ils sont installés et prêtent serment. Un treizième membre est absent. (il prêtera le 1er novembre 1846). Sept anciens, dont M. de la Pilorgerie, qui continue à remplir, par vacance, les fonctions de maire, « ont assisté à la solennité ».

25 septembre 1846 : depuis le temps qu’il en est question, les choses finissent par aboutir : le maire (c’est M. de la Pilorgerie qui en fait toujours fonction) transmet au Sous-Préfet les contrats passés avec les propriétaires des terrains dont la cession est nécessaire pour achever "la traverse" de la Route Royale n° 163 « par les rues St Michel et Dos d’âne » [c’est-à-dire par l’actuelle rue du Château].

1er novembre 1846 : session extraordinaire du Conseil Municipal. Le treizième membre élu, qui n’a pas pu prêter serment le 6 septembre 1846, est présent cette fois et satisfait à cette obligation.

M. de la Pilorgerie donne lecture de trois lettres du Sous-Préfet et d’un acte judiciaire signifié par huissier à la requête de M. Marie-Joseph Schonenvall d’Arimont et de Mme Henriette Portin de la Porte, son épouse. C’est le début d’une longue affaire qui va durer plusieurs années. Les trois lettres et l’exploit d’huissier « contiennent blâme et réserves touchant les travaux de nivellement de la Rue Neuve et de la Place Saint Nicolas ».

Le Préfet demande que la ville répare le préjudice causé par l’abaissement du sol de la Rue Neuve à la maison servant de Sous-Préfecture. Il indique que, ordinairement, les riverains sont assujettis à concourir aux frais de pavage mais que le Département ne reversera point sa quote-part. Ca commence mal !

Les époux d’Arimont font toutes réserves à propos des dommages que leurs propriétés pourraient éprouver et à l’indemnité qui pourra leur être acquise.

« Il est fâcheux, dit M. de Boispéan qui s’y connaît en matière de procès, que l’on n’ait pas prévu la question des dommages et des indemnités avant de commencer l’entreprise ». Il considère d’autre part que « le sommet existant au point de jonction de la Rue Neuve et de la Place St Nicolas eut pu être évité, ce qui probablement aurait évité le transport de déblais considérables ».

M. de la Pilorgerie, sans doute vexé, rétorque à M. de Boispéan qu’il aurait dû être au courant car « le plan indiquait par ses cotes un abaissement vis-à-vis la propriété du département et les maisons des époux d’Arimont, de même qu’au droit de la plupart des édifices formant la ceinture de la place Saint Nicolas ». Il ajoute que ce même plan est parvenu à la Préfecture par la voie hiérarchique. Déçu, il indique enfin qu’il s’attendait, dans cette circonstance, comme dans beaucoup d’autres antérieures, à ce que les propriétaires riverains usent de procédés généreux.

« Mais puisque deux riverains se sont manifestés [le département et les époux d’Arimont]. Eh bien la ville paiera des indemnités, dont le fondement est parfaitement légal, à tous les riverains ».

Bâti sur du sable

M. Guibourg fait observer que l’opération pratiquée au pied des maisons de la Rue Neuve et de la Place St Nicolas doit être considérée « comme un exemple d’inconvéniens sérieux pour la solidité des constructions avec ou sans caves, dont les fondations sont en contrebas d’un point où s’arrête le nivellement » et que la seule chose à faire c’est de rétablir les moyens commodes de communication avec la voie publique.

« Quant aux édifices dont les fondations, assises sur des masses de sable, ont été mises à découvert sur une hauteur plus ou moins grande, cette circonstance est indifférente pour leur solidité : l’expérience démonte que ce sable, extrêmement dur et compact, forme une base pour le moins aussi solide que les fondations bâties en pierres ».

Il préconise « un pavement léger destiné, non pas à supporter les murs, qui conservent à l’arrière un point d’appui à toute épreuve, mais à prévenir la dégradation insensible du sable par les intempéries qui le frapperaient directement, et à permettre d’appliquer des enduits pour la propreté et l’agrément du coup d’œil ».

Payer ou pas ?

Le Président rappelle qu’il est d’usage à Châteaubriant d’appeler les propriétaires riverains à concourir aux frais de pavage devant les propriétés bâties ou non bâties et il met sous les yeux de l’assemblée d’anciens rôles qui concernent la rue de Rigale (21 mai 1812), la rue de Couëré et la rue St Michel (9 août 1814), la rue de la Ruette et la rue de Quenillette (28 octobre 1816), la rue de la Poterne (30 novembre 1817), le marché aux grains (1er mars 1819). Tout cela résulte, dit-il, d’un avis du Conseil d’Etat en date du 25 mars 1807.

Il pose alors la question : « le rôle de concours aux frais de pavage est-il adapté, sous la condition toutefois que les propriétaires riverains qui, à titre de compensation, renonceront à toute indemnité, seront dispensés de tout assujettissement à ce concours moyennent une simple déclaration de leur volonté à la mairie ». Le Conseil Municipal répond oui, (sauf une voix) et autorise le maire à nommer un expert pour estimer contradictoirement le montant des dommages dont la réparation est due.

15 novembre 1846 : il est question de renouveler, au 1er janvier 1847, le bail donnant à M. Doré la location du droit de pesage et de mesurage publics, en indiquant toutefois que le fermier devra faire usage des instruments à ses risques et périls, et les rendre à la fin du bail. Celui-ci est limité à 3 ans « afin que la ville ne soit liée par aucun engagement qui pourrait nuire à ses intérêts dans le cas où le projet de halle, qui est en instance, viendrait à se réaliser dans l’intervalle ».

Autres sujets divers

- M. de Boispéan demande que les travaux de pavage de la place St Nicolas soient suspendus les dimanches et jours fériés pendant l’office divin [ce qui laisse à penser que les ouvriers travaillaient même le dimanche]. Il lui est répondu que « c’est un objet de police qui est étranger aux attributions du Conseil Municipal » [ en quelque sorte c’est, avec 55 ans d’avance, la séparation du civil et du religieux ! ]

- Le prix élevé des céréales a obligé la commission administrative de l’hospice à voter un crédit exceptionnel de 200 francs pour compléter son approvisionnement en grains.

- Une pétition demande une pompe au puits situé rue de Rigale

- Le sieur Chrétien, cantonnier, souhaite obtenir la concession d’un terrain communal situé au nord du jardin Saint Sauveur [jardin de l’ancien couvent Saint-Sauveur de Béré]. Le Conseil Municipal demande que Mlle Ernoul-Provôté, dont la propriété est immédiatement contiguë, manifeste par écrit sa volonté d’acquérir ou de ne pas acquérir le dit-terrain. « la préférence lui appartiendrait d’après les règles de l’équité ».

- L’administration municipale est invitée à réprimer un envahissement « qui a été consommé par le propriétaire de la Galissonnière sur le chemin allant de la Galissonnière à la Ville Marie ». Il s’agit quand même de 50 ares soit 5000 m² !.

- Les négociations relatives à l’ouverture de la rue de la Coquerie se poursuivent de façon satisfaisante.

- Une négociation doit être entamée pour acheter quelques mètres de la propriété de la famille Mahé pour former un pan coupé à l’angle de la Grande Rue et de la « nouvelle traverse de la route n° 163 par la rue du Dos d’Ane »

- Le Sous-Préfet demande que la ville fasse quelques améliorations au conduit de latrines tombant de la maison curiale [située rue de Couëré, à l’hôtel du Boisdulier], dans une ruelle faisant séparation avec la maison voisine « où siège maintenant le tribunal de l’arrondissement ». Le Conseil, qui s’est déjà occupé des ruelles et de leur assainissement, décide de supprimer le siège de latrines de la maison curiale et de le transférer dans la cour ou dans le jardin contigu à cette maison.

De nouveaux pavés

Toujours ce 15 novembre 1846, il est dit que 1496 francs ont été dépensés pour l’extraction des pavés de la place St Nicolas et que 220 francs environ vont être nécessaires « pour droits de carrières » au profit du propriétaire, pour 1157 m3 supplémentaires, à raison de 19 centimes du mètre-cube.

Sur ces 1157 m3, il faudra déduire 660 m3 de pierres qui ne sont pas propres à faire des pavés, et « pour les retailles de pierres ». Les 497 m3 restants ne seront pas suffisants. Il faudra un nouveau crédit de 300 francs, dit-on.

La détresse de la classe ouvrière

Ce même 15 novembre 1846, le maire évoque la « vive sollicitude » de l’autorité municipale qui s’inquiète du sort « de la classe ouvrière et indigente pendant l’hyver qui s’avance, avec le triste cortège du renchérissement des subsistances ». Il est question de pourvoir à l’insuffisance des ressources de beaucoup de familles pour traverser la mauvaise saison.

« De nombreux moyens de soulagement ont été adoptés pour arriver à ce but : par exemple dans certaines villes on a pris la généreuse résolution de maintenir le prix du pain à un taux modéré pour les familles reconnues dans le cas de participer à cette juste faveur » (la différence entre ce prix de faveur et le prix fixé par la taxe de police, étant payée aux boulangers par la caisse municipale). « Ce système a paru le plus convenable dans la conjoncture malheureuse où nous nous trouvons » dit le Conseil. Le maire propose pour cela un crédit de 1500 francs.

« Le Conseil Municipal partageant l’intérêt du chef du pouvoir municipal envers les infortunés concitoyens, s’est empressé de voter ce crédit à l’unanimité en renvoyant à la séance du lendemain la fixation du maximum qui donnera lieu à l’application de la mesure adoptée ».

16 novembre 1846 : le Conseil Municipal fera faire une liste des indigents par une commission de sept membres pris au sein du Conseil. Tous les indigents portés sur cette liste obtiendront :
- Le pain de froment de 6 kg au prix maximum de 2 francs
- ou à leur choix le pain de méteil du même poids au prix maximum de 1,40 francs,
le tout à raison de 5 hectogrammes de pain par individu et par jour sans distinction d’âge ou de sexe.

[Le méteil c’est du seigle et du froment mêlés
qu’on sème et récolte ensemble]

Curez ! Curez !

Ce jour-là il est aussi question de renouveler le bail pour le balayage et l’enlèvement des boues de la ville à partir du 1er janvier prochain. Une longue discussion, qui n’amène aucune solution, s’engage à propos des ruelles [situées entre les maisons] « dont la suppression serait un bienfait sous le double rapport de la propreté et de la salubrité ». Mais la réalisation est fort difficile. Toutefois « on pourrait peut-être y parvenir par une rigoureuse surveillance en ce qui concerne les matières qui s’écoulent sur la voie publique ». Le cahier des charges précise donc que l’adjudicataire aura le droit de curer les ruelles tous les 8 jours, si les propriétaires ne les curent pas eux-mêmes, « sans qu’il puisse néanmoins prétendre à aucune indemnité si, pendant le courant du bail, tout ou partie de ces ruelles venait à être supprimé »

Autres points de détail

Une remise de 29,52 francs est accordée au sieur Doré, adjudicataire du pesage et du mesurage publics, sur le prix du bail en 1846. Cette somme est l’équivalent de la patente à laquelle il est assujetti par la nouvelle loi.

Par suite du nivellement de la place Saint Nicolas, le puits public de ce quartier se trouve avoir la margelle trop élevée ce qui gêne beaucoup le puisage de l’eau. Le maire est autorisé à la faire baisser.

Une ordonnance royale du 13 septembre 1846 autorise les expropriations nécessaires pour parvenir à l’ouverture de la Rue des Halles. Le maire a fait estimer à 11 027,37 francs les terrains et bâtiments qui doivent être démolis appartenant aux familles Prod’homme, Artur, Couëtoux et Charles Besnier. Accord du Conseil Municipal .

1er décembre 1846 : le bureau de bienfaisance organise une loterie au profit des indigents de la commune.

7 décembre 1846 : le Duc d’Aumale accorde 200 francs au bureau de bienfaisance, 200 francs à l’hospice, 200 francs à la salle d’asile et 100 francs à l’école communale. Il donnera en outre des grains au bureau de bienfaisance.

12 décembre 1846 : le maire écrit aux divers propriétaires concernés par la réalisation de la Rue des Halles pour leur proposer d’acheter leurs terrains et maisons, en conformité avec l’ordonnance royale du 13 septembre 1846. Ou bien les propriétaires sont d’accord sur l’indemnité proposée, ou bien « la commune de Châteaubriant se verra obligée de recourir à la voie de l’expropriation pour cause d’utilité publique ».

22 décembre 1846 : le maire écrit au Préfet : « j’apprends par les journaux qu’un crédit extraordinaire de 4 millions de francs serait ouvert par ordonnance royale pour venir au secours des communes et donner du travail aux indigents. La part afférente au département de Loire-Inférieure sera sans doute répartie par vous envers les diverses communes du département ».

Le maire explique alors que la situation à Châteaubriant est grave. La décision prise le 16 novembre 1846 « entraîne la commune à des sacrifices pécuniaires considérables. Une association d’habitants a formé un fonds de 6000 francs et achète du sarrasin aujourd’hui entreposé dans une maison consacrée à ce service [ c’est une sorte de coopérative d’achat !]. Enfin le Conseil Municipal a décidé que les 800 francs inscrits au budget en dépenses pour les chemins vicinaux serviraient à établir un véritable atelier de charité [pour le chemin de St Aubin des Châteaux] et qu’aussitôt cette somme dépensée, on pourvoirait par une nouvelle allocation aux besoins ultérieurs ».

« Nous osons espérer, M. le Préfet, que vous prendrez en considération ces titres nombreux de la commune de Châteaubriant en lui accordant, sur le fonds qui sera mis à votre disposition, une part proportionnelle aux sacrifices qu’elle s’impose sur ses ressources propres ».

28 décembre 1846 : l’hiver est très dur aux pauvres gens. Le prix de l’hectolitre de blé ne cesse d’augmenter et atteindra jusqu’à 40 francs, (il était à 17,50 francs en janvier 1846), entraînant une forte augmentation du prix du pain. Le gouvernement, abandonnant pour un temps sa politique protectionniste, se résout à ouvrir les frontières pour laisser circuler les grains. Dans les caisses de l’Etat les réserves d’or diminuent, il faut resserrer le crédit, juste au moment où les compagnies de chemin de fer ont besoin de larges liquidités.

Des ateliers ferment : chômage et misère sont le lot des travailleurs. Une ordonnance royale du 28 décembre 1846 débloque 4 millions de francs pour venir en aide aux indigents, par l’intermédiaire des communes (les journaux en ont déjà parlé).

La mare au diable

La Mare au Diable est un lieu maudit où souffle l’angoisse. Près d’elle se déroule toute l’histoire écrite par George Sand et publiée en 1846 : un paysan, veuf avec ses enfants, cherche femme. Qui épousera-t-il ? Celle qu’on lui a promise, ou une pauvre paysanne, harcelée par son patron ? Cette petite Marie est l’âme d’un paysage de rêve, et l’emblème de l’enfance éternelle. Un roman d’amour, mais traversé par le cri des chiens fous, la nuée sanglotante des oiseaux, le fossoyeur épileptique. La voix de la terre s’y accorde avec celle de l’âme enfantine : George Sand y parle avec force du sol natal et des premiers souvenirs

°°°
De son vrai nom Aurore Dupin, George Sand est une Romancière française d’inspiration romantique, connue pour sa vie passionnée (sa légendaire et houleuse liaison avec Alfred de Musset) et pour ses romans champêtres qui célèbrent la douceur de vivre dans la campagne berrichonne (face à un Balzac qui présente les paysans comme des êtres grossiers dépourvus de sensibilité).

Lors de la Révolution de 1848, elle prend position aux côtés de Ledru-Rollin. Son engagement donne lieu à une suite d’écrits passionnés. Dans la Lettre à la classe moyenne, elle invite ses compatriotes à s’unir et à s’aimer « pour trouver la vérité socialiste ». Dans la Lettre aux riches, elle explique que « la France est appelée à être communiste avant un siècle ». L’écrasement par Cavaignac des émeutes populaires lui arrache ce cri : « J’ai honte aujourd’hui d’être française... Je ne crois plus à l’existence d’une République qui commence par assassiner ses prolétaires. ». Elle quitte Paris dans la peur d’être arrêtée et révèle dans la Petite Fadette l’étendue de sa déception politique.



Sources :

Archives municipales série 1 D 18
1 D 19 , 2 D 9 et 2 D 10 et 1 M6
- Histoire de la France et des Français
par A. Castelot et A. Decaux
(Editions Robert Laffont)
- Rois de France, Ed.Atlas
- Itinéraires Littéraires, Ed Hatier


Quelques points d’orthographe de l’époque : appoplexie, adjacens ; hyver

***

« Le Pays de la Riboisière » est le nom d’une famille castelbriantaise, liée au Comte de Lariboisière qui a sa statue à Fougères et dont la femme fonda l’Hôpital Lariboisière à Paris.

La maison de M. Le Pays de La Riboisière sert actuellement de presbytère, rue Joseph Hervouët à Châteaubriant. Le terrain où se trouvaient les écuries a été cédé à la ville pour y construire l’église Saint Nicolas