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Le petit jour

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 Par Mythèse Morillon

« Accusé, levez-vous ! » 
Le jour se lève, blafard et mal lavé.

- « Je suis, dit-il, un jour sans histoire, De quoi m’accusez-vous ? »

« Précisément : d’être sans histoire.
Vous êtes, dit le Président, coupable
D’être répétitif et quotidien,
Ennuyeux et laborieux.
Nous voulons des jours différents,
Des jours de fêtes et de vacances,
Des jours fériés, des jours de l’an ! »

« Je ne suis encore qu’un petit jour,
dit le jour
mais donnez-moi un peu de temps pour devenir grand. »

« Grand ! Mon pauvre ami,
rétorque le Président ,
Vous le serez à Pâques...
ou à la Trinité !
Vous êtes plus pâle
qu’un jour de carême,
Vous ne serez jamais en bonne santé !
Et puis en voilà assez
de cette tenue d’hiver,
Sale et négligée. Il suffit !
Nous voulons des jours d’été »

Le petit jour verse alors
des larmes de gel et dit :
« Je suis un jour comme
tant d’autres jours,
Un de ces jours qu’on voit passer...
Et qu’on oublie...
Un simple maillon de l’année.
Et puis un jour... un jour lointain
Où le collier s’use à se rompre,
On se souvient de ce jour-là,
Où les heures abondaient
Et se cueillaient à pleins paniers,
Où les pleurs de glace
ne gelaient pas le cœur,
Un jour gris que le bonheur
pouvait nacrer,
Un jour simple... à prendre
ou à laisser...
Un jour à vivre... un jour donné. »

Le Président paraît troublé...
Mais le Procureur qui, dans un coin,
Sert... d’abat-jour ! dit alors :

« Il faut faire la lumière
sur toute cette affaire !
Si les gueux veulent être nobles
Et les nobles le rester
Les jours de semaine voudront
s’endimancher,
Les jours d’hiver s’ensoleiller
Et si l’on n’y prend garde,
Ils réclameront... la Liberté !
La liberté de chercher
quatorze heures à midi
Et de pousser le matin dans la soirée.

Et, si l’on n’y prend garde,
Ils voudront... la Fraternité !
Et l’on verra été dessus,
hiver dessous,
Août et Janvier s’acoquiner.

Enfin, si l’on n’y prend garde,
Ils réclameront... l’Egalité.
A-t-on jamais vu un jour d’Octobre
Etre l’égal d’un jour de Mai ?
Et se vouloir de même durée ?
Et pourquoi pas de même clarté !
A force d’en rajouter,
Tous finiront par ressembler
Au... trente Février !

Non ! Ce jour banal est peu ordinaire.
Il est dangereux et subversif
De nous faire croire que l’on peut
vivre
Sans ennui et sans haine
Et tous les jours fêter Noël !
Il faut le condamner ! »

« C’est bon » dit le Président
enchanté
Et, se tournant vers les jurés :
« Nous allons pour ce jour-là
créer un précédent...
Et même un suivant !
Car si vous m’en croyez,
C’est à perpétuité qu’il faut
-ce jour-
le condamner. »

Mythèse Morillon
Tél 02 99 72 71 17



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