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1848 (de janvier à avril)



En fin d’année 1847, la situation sociale est déplorable. De nombreux ouvriers sont licenciés, un tiers dans les mines de fer, 750 000 dans l’industrie des chemins de fer. Le chômage entraîne la misère (pas d’allocation chômage !) et très concrètement la faim pour la famille.

11 janvier 1848 : à Paris, l’agitation ne cesse de croître dans les faubourgs. Le Président du Conseil, François Guizot, ne s’en inquiète pas car il croit pouvoir la réprimer facilement, en réunissant autour du trône les hommes d’ordre et la majorité [décidément, les choses n’ont pas changé !]

15 janvier 1848 : la gendarmerie de Châteaubriant a amené un aliéné à l’hospice de la ville. Le maire (ou plutôt M. de la Pilorgerie, faisant fonction), proteste : « L’hospice n’est point approprié à un tel service. Il s’ensuit que les individus affectés de folie sont placés dans la salle commune aux autres malades et qu’il arrive que le repos de ceux-ci est toujours troublé, tant par les cris que par les menaces des aliénés ».

16 janvier 1848 : des députés estiment que la République menace le trône du roi Louis-Philippe. Tocqueville affirme : « le désordre n’est pas dans les faits, il est dans les esprits »

22 janvier 1848 : le tribunal de Châteaubriant admet que la ville est propriétaire « de la ruelle et du ci-devant escalier de la Coquerie » (affaire Voiton)(voir plan)

Fin janvier 1848 : A Paris, Guizot veut en finir avec la "campagne des banquets" où l’on réclame une réforme électorale et parlementaire. Il interdit le banquet organisé par les officiers de la 12e légion de la Garde Nationale. Aussitôt l’opposition proteste contre la suppression du droit de réunion qui, dit Ledru-Rollin, « est le dernier lambeau de nos libertés ».

20 février 1848 : au Conseil Municipal de Châteaubriant, M. de la Pilorgerie communique un exploit d’huissier signifié le 14 février par les époux Voiton qui déclarent relever appel devant la cour royale de Rennes du jugement du 22 janvier. A ce propos, il fait observer que, par suite du nivellement de la ruelle, les murs de la maison Voiton ont été déchaussés et que « l’angle sud-est, bâti d’une manière peu solide, est exposé à être dégradé ». Le Conseil Municipal propose donc de mettre en demeure les époux Voiton d’accepter l’indemnité qui leur a été « administrati-vement faite ». « S’ils refusent, les conséquences de leur refus seront à leurs risques et périls et la ville pourra en toute sécurité attendre le résultat de l’appel ».

Maison d’école : depuis la séance du 21 novembre dernier, l’entrepreneur de la Maison d’école s’est déterminé à exécuter des travaux de mature à prévenir tout danger. « Il a redressé et armé les poutres d’une façon solide et va reconstruire diverses cloisons, le tout à ses frais ». La ville espère profiter de ces travaux pour apporter diverses améliorations. Un devis est demandé. Une commission est nommée.

Puits : il y a une demande collective des habitants de Couëré tendant à avoir un puits public. On dit qu’il existe dans ce faubourg un puits, dont les habitants ont joui pendant fort longtemps et qui a été récemment fermé par le sieur Lorin. « Il s’agit de savoir si, en agissant ainsi, ce particulier a fait un acte licite. S’il a usurpé le puits, il doit être contraint de le rendre disponible pour le public ». M. le maire est prié de vérifier le fait. Après on verra.

Ponceau à la Vannerie : concernant la construction d’un ponceau sur le ruisseau de la Vannerie, et le redressement des abords de ce ponceau (voir 12 décembre 1847), le Conseil Municipal, « bien moins par conviction que dans le but d’étouffer un conflit sur les dimensions et sur la direction de ce chemin » vote un crédit de 388 francs et accepte un nouveau tracé. L’étendue de la parcelle à acquérir aux époux Voiton est accrue. Indemnité à voir.

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 Discorde dans la ruelle

Indemnités : le maire expose les difficultés que les améliorations, en matière de travaux publics, entraînent lors des cessions de parcelles privées car « les propriétaires sont appelés à des sacrifices plus ou moins importants en terrains ou bâtiments et ne manquent jamais d’élever des prétentions à une indemnité massive bien que l’opération que l’on propose doive bien souvent doubler et plus la valeur de ce qui reste disponible, déduction faite des frais de réparations ».

Et il cite, en appui de son propos, le cas de la ruelle de la Coquerie : « M. Voiton n’a pas hésité à réclamer une indemnité de 12°000 francs. Cependant l’ouverture de cette rue retrancherait à peine un tiers de la maison de ce particulier (qui est l’ancienne maison Dubois) valant au plus, dans sa totalité, une douzaine de mille francs, eu égard à sa position isolée et désagréable. Une fois la rue ouverte, la maison sera, avec quelques réparations, dans une situation très favorable et acquérrait un notable accroissement de valeur. Il en serait de même des terrains nuds qui en dépendent. ».

Le maire déplore : « Aucun agrément de gré à gré n’est praticable avec les époux Voiton et il faudra recourir au jury d’expropriation. La famille Belot, propriétaire de mauvais bâtiments et de terrains sur le bord de la même rue de la Coquerie, du côté opposé aux époux Voiton, est exactement dans une position analogue à ceux-ci ».

Le Conseil Municipal est unanimement d’avis d’appliquer la loi du 16 novembre 1807 relative au système des plus-values (la loi n’étant pas explicitée, nous n’en saurons pas davantage !).

Toujours le 20 février 1848, le sous-maître d’école demande d’avoir dorénavant un traitement fixe de 700 francs. On en reparlera

Le Conseil Municipal de Nozay du 10 octobre 1847, et celui de la Guerche du 3 novembre, après avoir pris connaissance de la délibération du Conseil Municipal de Châteaubriant du 29 août 1847, décident de ne pas changer l’époque de leurs foires de septembre... [donc tant pis s’il y a concurrence avec la foire de Béré].

Une lettre du sieur Courant, adjudicataire du droit d’étal, demande un arrêté fixant l’endroit où les marchands de comestibles doivent se placer. « Ces marchands, affranchis du droit d’étal, envahissent les places les plus avantageuses sous les halles et sur la place St Nicolas en sorte que des marchands passibles du droit en sont privés et la perception éprouve un préjudice considérable ». Pour faire cesser cet état de chose, le maire propose d’imposer aux marchands de comestibles de se placer sur une partie du boulevard de l’Eperon (actuel boulevard Victor Hugo). Accord du Conseil

22 février 1848 : à Paris le banquet de la Garde Nationale a été annulé (voir fin janvier) mais beaucoup de Parisiens l’ignorent. Dès 9 heures du matin, on vient au rendez-vous fixé. On chante la Marseillaise, on crie « A bas Guizot ». Midi : la foule attend, elle ne sait trop quoi. Arrivent alors un bataillon du 60e de ligne et un escadron du 6e dragon. Quelques gamins leur lancent des pierres et construisent un début de barricade. Dans le milieu de l’après-midi la fièvre monte, la foule arrache les grilles de l’église St Roch, descelle les pavés, enfonce les boutiques d’armuriers. Mais le roi n’est pas inquiet. Thiers non plus. L’un et l’autre vont se coucher. Dans la nuit les barricades poussent comme des champignons.

23 février 1848 : la troupe se lance à l’assaut des barricades. La Garde Nationale, dont on attendait qu’elle crie « Vive le Roi », crie au contraire « Vive la Réforme ». Louis-Philippe, stupéfait, limoge François Guizot, Président du Conseil, et fait appel au comte Louis Mathieu Molé. A la Chambre des Députés l’opposition crie victoire : enfin un pas vers la Réforme.

23 février 1848 : dans la rue les émeutiers se trouvent en face du 14e de ligne. Un homme est foudroyé à bout portant. Les soldats, irrités par les insultes des émeutiers, harassés, affamés, ne sont plus maîtres de leurs réflexes. Ils tirent dans le tas. Cinquante deux-morts.

Louis Mathieu Molé refuse de constituer un cabinet. Le roi est contraint de faire appel à Louis Adolphe Thiers. Celui-ci accepte à contrecoeur d’autant plus que le roi a confié la direction des troupes au maréchal Bugeaud. Curieux attelage : la réforme et la répression.

 Le roi abdique

24 février 1848 : Bugeaud, qui voulait sillonner Paris, coûte que coûte, est obligé de battre en retraite. La foule s’est glissée peu à peu dans les rangs des soldats. Des filles leur donnent le bras, des hommes leur arrachent fusils et cartouches. Mais le roi déjeune tranquillement en son château des Tuileries, ce matin-là.

Thiers lui conseille de se retirer sur Saint-Cloud et envisage de marcher sur Paris, pour écraser la Révolution. La reine suggère de passer d’abord en revue les troupes qui défendent le château. Les Gardes Nationaux crient « A bas les ministres, ... à bas le régime ». Le roi tourne bride et revient s’affaler dans son fauteuil aux Tuileries. A midi, le roi abdique en faveur de son petit-fils le Comte de Paris, un gamin de 10 ans. Mais déjà la foule a envahi les Tuileries. La duchesse d’Orléans se réfugie à l’Assemblée, avec le Comte de Paris. Elle lit un texte disant : « Mon fils et moi voulons recevoir le pouvoir de la volonté nationale ». Personne ne l’écoute.

 Lamartine

Tous regardent Alphonse de Lamartine, qui monte à la tribune et demande la création d’un gouvernement provisoire, au moment où les portes de la salle des séances sont enfoncées : les émeutiers envahissent la Chambre. La Duchesse d’Orléans fuit précipitamment avec son fils. Ledru Rollin bondit à la tribune et propose lui aussi un gouvernement provisoire. « Des noms, des noms ! ». C’est Lamartine qui les donne : « Dupont de l’Eure, Ledru-Rollin, Arago, Marie et Lamartine ». Ce gouvernement auto-désigné se rend à l’Hôtel de Ville et prépare une proclamation aux soldats quand, brusquement, un groupe d’hommes fait irruption : stupéfaction, c’est un autre gouvernement avec Louis Blanc, Marrast, Paguerre, Flocon, et l’ouvrier Albert. Heureusement les nouveaux venus se contentent des titres de secrétaires d’Etat.

 Lamartine proclame la République.

25 février 1848 : tous les fonctionnaires obéissent au nouveau gouvernement. En province, l’annonce de la République s’accompagne de manifestations violentes « contre les patrons » (qui refusent de relever les salaires), contre les possédants et les aristocrates, parfois contre les ecclésiastiques. C’est la première manifestation d’une lutte des classes : les pauvres contre les riches.

 Le droit au travail

25 février 1848 : un ouvrier mécanicien, à la tête d’une délégation, s’avance jusque devant les hommes du gouvernement. Frappant le sol de son fusil il dit : « Citoyens ! L’organisation du travail, le droit au travail dans une heure ! Telle est la volonté du peuple ! ». Le gouvernement hésite. Louis Blanc réussit à persuader ses collègues. Un décret est rédigé :

République Française
Paris, 25 février 1848,

Le gouvernement provisoire s’engage
à garantir l’existence des ouvriers
par le travail.
Il s’engage à garantir du travail
à tous les citoyens.

Il reconnaît que les citoyens
doivent s’associer entre eux
pour jouir du bénéfice légitime
de leur travail.

C’est la fin des lois anti-syndicales qui, en voulant garantir « la liberté du travail » n’avaient abouti qu’à ôter aux ouvriers toute possibilité de défense face aux patrons. Le droit au travail est désormais reconnu, mais il manque ... le travail.

 Bleu, blanc, rouge

25 février 1848 : des hommes armés, réclamant le drapeau rouge, entrent à l’hôtel de ville de Paris. Lamartine répond : « le drapeau rouge n’a jamais fait que le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang du peuple, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie ».

Le soir même le gouvernement provisoire « déclare que la nation adopte les trois couleurs disposées comme elles l’étaient pendant la République. Ce drapeau portera ces mots : République Française ».

Ce même jour, Louis-Napoléon (futur Napoléon III) arrive à Paris : « J’accours pour me ranger sous le drapeau de la République » dit-il. Le gouvernement provisoire lui ordonne de repartir aussitôt.

Ce même jour, Louis Philippe apprend, en se réveillant, la proclamation de la République, et prend la fuite. Baudelaire dira : « il courait de toutes ses forces pour arriver quelque part avant la République ».

26 février 1848 : Pierre Marie, ministre des travaux publics fait aménager (contre son gré) des « ateliers de charité » où tous les ouvriers seront employés à des travaux non spécialisés. Ils reçoivent deux francs par jour, ce qui fait accourir de nombreux provinciaux.

27 février 1848 : A Châteaubriant, nul écho de ces troubles dans le cahier des délibérations du Conseil Municipal. M. Voiton a eu une discussion avec M. Broët, architecte délégué de la commune. Il a déclaré ne pas vouloir d’indemnité pour les dégradations de sa maison, rue de la Coquerie (revoir au 20 février 1848), et souhaiter que la commune fasse elle-même les travaux de consolidation.

« Afin de ne pas retarder l’instant où le passage par la ruelle de la Coquerie doit devenir plus commode, plus propre et plus sûr, et sous la condition expresse que la mesure ne fera point précédent susceptible d’être invoqué par qui que ce soit à l’avenir pour se soustraire à la règle ordinaire et de droit commun » le Conseil Municipal admet que la ville fera réparer elle-même les légères dégradations occasionnés aux murs de la maison de M. Voiton, « qui ne pourra élever plus tard aucune réclamation touchant cet objet ». Un crédit de 30 francs est mis à disposition du maire.

En ce qui concerne la maison d’école, la commission municipale propose pour les appartements du 1er étage (sauf la cuisine) « un plancher en bois de sapin refendu en lames de 12 cm environ reposant sur des lambourdes aussi en sapin ». Surface à refaire : 68,50 m2, soit 137 m de lambourdes.

La commission municipale a examiné l’école en détail : « Au grenier 110 m2 sont à l’état de simple terrasse. On peut y placer les meilleurs carreaux provenant du carrelage à enlever au 1er étage. Quelques quenouillées manquent au plancher. Les enduits qui n’ont été qu’ébauchés à l’intérieur ont besoin de reprises : le blanc de lait de chaux, aussi à l’intérieur, est terni et dégradé ; les tuyaux de gouttières ont besoin de quelques répara-tions ; les garnitures en bois des cheminées sont en mauvais état et ont besoin d’être repeintes ; il serait mieux de leur substituer des cheminées d’un prix modique en marbre. Enfin, au dessous de la dernière marche de l’escalier, dans le corridor du rez de chaussée, il est nécessaire de placer une pierre de Nozay qui résistera mieux que le terrassage qui offre l’inconvénient d’être dégradé ». La commission estime ces travaux à 490 francs. [ « quenouillées » ?, sans doute s’agit-il des quenouilles de torchis ]

Puits : Le sieur Lorin a fourni un acte de 1809 d’après lequel le puits qu’il a fermé au faubourg de Couëré est une propriété particulière. Le maire entame une négociation avec cette personne, lui expliquant que le redressement de la route n°163, faite par les Ponts et Chaussées, entraînera un jour la suppression du puits. Il recommande donc à M. Lorin l’installation d’une pompe qui, « au moment fatal, serait disposée de manière à pouvoir continuer de fonctionner, parce que la commune obtiendrait, dans un intérêt public, l’autorisation de traîner le tuyau de la pompe sous le sol de la route, ainsi que cela s’est pratiqué pour le puits de la rue du Dos d’âne »

Plan de la ville : le Conseil Municipal a sursis définitivement à statuer sur l’établissement d’un nouveau plan d’alignement des rues de la ville.

Les boues à cheval


Toujours le 27 février 1848
, le Conseil Municipal de Châteaubriant constate que le système de répurgation des boues de la ville, organisé par la délibération du 14 février 1847, a donné jusqu’ici de bons résultats. Les deux hommes qui ont été engagés à ce service ont cru devoir, pour accélérer la besogne, faire l’acquisition d’un petit cheval qu’ils ont, depuis des mois, nourri à leurs frais. « Il est certain que cet auxiliaire a puissamment contribué à procurer des produits abondants. Les répurgateurs réclament aujourd’hui une indemnité annuelle de 50 francs pour l’entretien du cheval ». Le Conseil pense que l’accroissement de dépense continuera d’être plus que compensé par l’augmentation des produits. Il alloue donc, en sus des 500 francs attribués à ce service, une somme annuelle de 50 francs.

Les boues amassées et provenant du service des répurgateurs, seront mises en lots et vendues avec publication et concurrence, de manière à pouvoir être utilisées lors de la prochaine semence des blés noirs.

 En attendant ...

Ce 27 février 1848, le Conseil Municipal de Châteaubriant prend acte : « La situation politique qui, après l’abdication de Louis Philippe, à la suite de la victoire de la Garde Nationale et du Peuple de Paris, a amené l’établissement d’un gouvernement provisoire, doit fixer la sollicitude de l’administration municipale quoique le bon esprit et l’attitude de la population doivent garantir le plus parfait maintien du bon ordre ».

Le Conseil Municipal note cependant que « des circonstances imprévues peuvent se produire » et justement pendant l’absence de M. Jules de la Pilorgerie, (depuis plusieurs années en possession de l’exercice du pouvoir municipal, par suppléance de droit), qui « est dans la nécessité de siéger à partir du 1er mars prochain en qualité de juré à la cour d’assises de Loire-Inférieure ».

Dans ce cas, c’est le Conseiller dans l’ordre du tableau qui doit le remplacer mais « il pourrait, à raison de ses occupations particulières, ne pas avoir assez de temps disponible pour le service public ». Le Conseil nomme alors une commission de trois membres, MM. Deschâteaux, Delourmel et Guibourg, « plus spécialement chargés de donner leurs soins à la chose publique et surtout au bon ordre, en attendant la constitution définitive d’une forme de gouvernement par une assemblée nationale dont la convocation prochaine est annoncée par divers actes officiels dont les plus récents parvenus à la mairie sont les dépêches télégraphiques des 24 et 25 ».

 Salut et Fraternité

29 février 1848 : le changement est perceptible au moins dans les mots : le maire écrit au « citoyen commissaire délégué à la Sous-Préfecture de Châteaubriant » pour lui dire que le Conseil Municipal va faire les travaux nécessaires à la maison de M. Voiton, rue de la Coquerie. La lettre se termine par « Salut et Fraternité »

29 février 1848 : les titres de noblesse sont abolis dans les actes publics. Une répartition plus équitable des contributions est annoncée. Le gouvernement promet de faire des économies

1er mars 1848 : le gouvernement provisoire décide que les fonctionnaires ne prêteront plus serment . C’est ainsi que le serment politique a disparu en France.

2 mars 1848 : le gouvernement provisoire adopte à l’unanimité le principe du « suffrage universel direct, sans la moindre condition de cens » : désormais tous les hommes (pas les femmes ! ) pourront voter, quelle que soit leur richesse. Le scrutin sera secret, les bulletins seront imprimés. Le nombre des électeurs passe de 250 000 à plus de neuf millions.

2 mars 1848 : la journée de travail est réduite d’une heure. Elle passe de onze heures à dix heures à Paris, et de douze heures à onze heures en province.

2 mars 1848, lors de la plantation d’un arbre de la liberté à Paris, Victor Hugo déclare : « Fonder, créer, produire, pacifier, satisfaire à tous les droits, développer tous les grands instincts de l’homme, pourvoir à tous les besoins des sociétés. Voilà la tâche de l’avenir ».

Mais la Révolution, que d’aucuns qualifieront « d’inutile révolution » ou de « révolution des illusions » connaît une grave crise économique : les bourgeois sont occupés dans la Garde Nationale, les ouvriers, souvent insurgés, ont cessé le travail. Les finances de l’Etat sont dans une situation dramatique. Le gouvernement restreint les dépenses, accentuant la crise de l’industrie et le chômage.

4 mars 1848 : Victor Schœlcher est chargé de rédiger le décret abolissant l’esclavage, « attentat contre la dignité humaine ».

C’est la fin de cette violation flagrante du dogme républicain : « Liberté, égalité, fraternité ». 250.000 esclaves noirs ou métis sont libérés aux Antilles, à la Réunion comme à Saint-Louis du Sénégal.
Les planteurs reçoivent une indemnité forfaitaire. L’abolition dément leurs sombres prophéties : elle se traduit par un regain de l’activité économique dans les colonies.

4 mars 1848 : la liberté de la presse est établie : il n’est plus besoin de payer timbre et cautionnement. Alors vont apparaître des journaux politiques populaires dont certains ne coûtaient qu’un sou et que les bourgeois considèreront vite comme « incendiaires ».

4 mars 1848 : le gouvernement provisoire accorde la liberté de réunion. Il se fonde à Paris, de mars à juin, 145 clubs politiques qui concourront à l’éducation politique des ouvriers.

7 mars 1848 : la Bourse est en baisse. Le monde des affaires s’inquiète de voir que des chevaux achetés 2000 francs ne valent plus que 60 francs.

8 mars 1848 : la Garde Nationale est désormais ouverte à tous. Les officiers, en dessous du grade de colonel, seront élus par leurs hommes.

10 mars 1848 : Depuis qu’on connaît la situation financière de l’Etat, les dons affluent. Beaucoup d’ouvriers apportent leurs économies. On vend les diamants de la couronne et une partie des forêts de l’Etat. On envoie à la fonte l’argenterie du roi. Le Ministre des Finances, Garnier-Pagès, lance un emprunt national : mais les possesseurs de fonds n’achètent pas et l’emprunt ne sera pas couvert.

12 mars 1848 : les châtiments corporels sont interdits dans la Marine.

13 mars 1848 : la nouvelle façon de parler n’est pas encore fixée. A Châteaubriant on hésite encore sur les titres à donner aux personnalités : « commissaire citoyen » ou « citoyen-commissaire » pour le délégué de l’arrondissement de Châteaubriant « (ex-Sous-Préfet). La formule de politesse finale est toujours « Salut et Fraternité ».

13 mars 1848 : les réparations à la propriété de M. Voiton coûteront 490 francs (revoir aux 20 et 27 février 1848)

17 mars 1848 : à Châteaubriant le Conseil Municipal, « convoqué en vertu de la circulaire du 12 mars 1848, en forme d’arrêté du commissaire du gouvernement provisoire pour l’arrondissement de Châteaubriant » s’est réuni dans la salle ordinaire de ses délibérations à l’Hôtel de Ville. M. de la Pilorgerie, Maire (c’est la première fois qu’on le voit porter ce titre), préside et M. Guibourg remplit la fonction de secrétaire. Monsieur le maire donne lecture de la circulaire précitée :

« Dans toutes les communes de l’arrondissement, les maires, s’ils ne l’ont déjà fait, auront à réunir immédiatement leur conseil municipal pour reconnaître la République Française proclamée le 26 février 1848 et son gouvernement provisoire ».

En conséquence le Conseil Municipal déclare reconnaître la République Française et son gouvernement provisoire. La copie de ce procès-verbal est envoyée au « Citoyen commissaire » et la lettre se termine par « SF » [c’est-à-dire Salut et Fraternité]. La manie des initiales déjà !

17 mars 1848 : le Conseil Municipal de Châteaubriant se réunit en session extraordinaire sous la présidence de Jules de la Pilorgerie, maire. Celui-ci entretient l’assemblée de la confection de la liste des électeurs qui, domiciliés dans la commune, seront appelés à concourir à la nomination des 13 représentants qui doivent être envoyés par le département de Loire-Inférieure à l’assemblée générale chargée de décréter la Constitution. « Cette liste doit comprendre tous les Français âgés de 21 ans, résidant dans la commune depuis plus de 6 mois et non judiciairement privés ou suspendus de leurs droits civiques ». Il va de soi à cette époque, qu’il ne s’agit que des hommes.

 Recenser les domestiques

« La seule difficulté résulte de la mobilité du séjour des domestiques dans les maisons de ferme ». Des mesures sont prises pour que le recensement soit fait en temps utile : « publications à son de caisse seront faites dimanche prochain, à l’issue des offices religieux et réitérés mercredi jour de marché ». De la sorte la liste devra être terminée pour le 26 mars et mise à la disposition des citoyens.

Ce 17 mars 1848, M. Aubert, agent-voyer, communique un avant-projet pour substituer, sur une étendue de 1550 mètres, un nouveau tracé à celui qui est pratiqué, sur le chemin vicinal de St Aubin des Châteaux, pour franchir la côte de Chanteloup ou du Bois Hamon, Le tracé qu’il propose passerait sur des terrains de faible valeur, coûterait 1800 francs et « les pentes qui sont actuellement de 9 centimètres par mètre seraient réduites à 4 cm ».

18 mars 1848 : à Paris, le ministre des Finances, Garnier-Pagès, annonce une augmentation des impôts de 45 %, tout en promettant de dégrever les plus petits contribuables. Rêve vite déçu ... Cette hausse restera celle des « 45 centimes » (45 centimes sur un franc)

 Pas les femmes

22 mars 1848 : à Paris, quelques délégués du Comité des Droits de la Femme se rendent à l’Hôtel de Ville pour demander si, un jour, les femmes auront le droit de participer au suffrage universel. On ne leur répond pas.

22 mars 1848 : à Châteaubriant il est question d’une instruction du gouvernement provisoire concernant des élections générales.

26 mars 1848 : à Paris, à la demande des ouvriers, les élections sont reportées du 9 au 23 avril. Il faut donc que le gouvernement provisoire puisse « tenir » quinze jours supplémentaires, et sans effusion de sang.

26 mars 1848 : Ledru-Rollin, Ministre de l’Intérieur, décide la création de « commissaires généraux » pour surveiller les commissaires et sous-commissaires de province [c’est-à-dire les Préfets et Sous-Préfets]. Chargés de révolutionner la province, ils seront souvent fort mal accueillis et même, dans une bonne dizaine de départements, de vraies révoltes auront lieu contre les envoyés de Paris.

27 mars 1848 : le maire de Châteaubriant Jules de la Pilorgerie, écrit au « Citoyen Sous-Préfet » pour avoir l’avis de l’autorité supérieure sur le ponceau de la Vannerie et sur les travaux à faire à la maison de M. Voiton. C’est qu’il y a urgence : « Le motif qui m’oblige à vous faire cette demande est de procurer du travail aux ouvriers qui pour le moment ne sont pas très occupés »

 Vexatoire

9 avril 1848 : le Directeur des Contributions indirectes de l’arrondissement a transmis au Conseil Municipal de Châteaubriant deux procès verbaux « qui ont pour objet de constater le refus des sieurs Gérard et Miclard de se soumettre aux vérifications relatives aux octrois ». En fait, ces personnes ont payé l’octroi, « mais rien ne prouve qu’ils n’aient pas commis quelque fraude ». Le Conseil Municipal est appelé à dire s’il faut donner suite « soit par voie de transaction, soit en justice ». Le Conseil Municipal remarque que cette procédure a été déclaré vexatoire par un décret du gouvernement provisoire du 31 mars 1848, et considère ces PV comme « non avenus ».

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Le sieur Couettoux, avocat, a fini par céder à la ville les portions de ses bâtiments « cour et jardins nécessaires pour l’ouverture de la Rue des Halles » moyennant la somme de 980 francs.

Le Conseil Municipal vote en outre une somme de 59 francs pour le paiement de la pompe de la Rue du Dos d’Ane (actuelle rue du Château) car la somme mise au budget de 1846, à savoir 250 francs, s’est révélée insuffisante.

9 avril 1848 : le personnel de la subdivision de la compagnie de Pompiers de Châteaubriant se borne à 25 hommes. Ce nombre est reconnu insuffisant. Des démarches ont amené à trouver 35 autres citoyens. Le Conseil Municipal vote un crédit de 870 francs pour acheter l’équipement de ces nouveaux Pompiers, mais ces derniers, comme leurs anciens, devront se procurer l’uniforme à leurs frais.

Enfin le Conseil Municipal prend connaissance de la liste des 201 citoyens qui composent la Garde Nationale de la commune de Châteaubriant . Elle est divisée en quatre compagnies dont une rurale.

 Peine de l’exposition

12 avril 1848 : à Paris, le gouvernement provisoire de la Seconde République abolit la peine de « l’exposition publique ». En effet, d’après le Code Pénal, les condamnés à certaines peines devaient être exposés au regard du peuple, sur une place publique, avec un écriteau comportant, en caractères gros et lisibles, nom, profession, domicile, peine et cause de la condamnation.

Cette peine est abolie le 12 avril 1848 parce que « elle dégrade la dignité humaine, flétrit à jamais le condamné et lui hôte, par le sentiment de son infamie la possibilité de la réhabilitation ». De plus « cette peine est empreinte d’une odieuse inégalité, en ce qu’elle touche à peine le criminel endurci, tandis qu’elle frappe d’une atteinte irréparable le condamné repentant ». Enfin le gouvernement estime que le spectacle des expositions publiques « éteint le sentiment de la pitié et familiarise avec la vue du crime ».

14 avril 1848 : les élections à l’assemblée constituante sont proches (23 avril), il est temps de mettre au point la liste des électeurs. Dès 10 h du matin, ce 14 avril 1848, le Conseil Municipal de Châteaubriant examine la liste élaborée par les bureaux de la Sous-Préfecture, en la comparant avec celle qui a été confectionnée par le maire. La séance se termine « à une heure fort avancée de la soirée » et « des notes exactes et circonstanciées » indiquent qu’il faut ajouter 208 noms à la liste de la Sous-Préfecture « ce qui exige 208 cases formant l’équivalent de 8 pages conformes à l’imprimé dont on s’est servi ».

 Jaloux

« Certaines lettres de l’alphabet, par exemple les lettres B C D G L M P R, exigeraient 30, 16, 17, 26, 29, 14, 13 et 17 cases supplémentaires tandis qu’il n’en a jamais été ménagé au delà de 3 à la suite de chaque série de noms commençant par la même lettre »

« D’autre part cette liste a été formée d’après un ordre alphabétique tellement défectueux que la recherche des noms est fort difficile et que, si elle doit servir lors du scrutin, il y aura beaucoup de temps perdu »

« Dans cet état de choses, le Conseil Municipal, jaloux de se conformer autant qu’il est en lui aux prescriptions de la circulaire et de faire un travail correct, demande que des instructions lui soient données en temps utile pour le guider dans sa marche »

 : le gouvernement provisoire supprime l’impôt sur le sel, l’octroi sur la viande et le vin, « objets d’alimentation qui peuvent ajouter aux forces physiques des travailleurs »

17 avril 1848 : le ministre de l’instruction publique, Lazare Carnot, envoie des circulaires aux recteurs d’Académie, à propos de l’instruction civique, disant notamment : « un brave paysan, avec du bon sens et de l’expérience, représentera mieux les intérêts de sa condition qu’un citoyen riche et lettré ». La bourgeoisie ne lui pardonnera jamais cette phrase.

 Ratures et dérangements

21 avril 1848 : il est une heure du matin à Châteaubriant. Le Conseil Municipal travaille toujours sur la liste des électeurs à partir des deux listes, celle de la Sous-Préfecture et celle de la Mairie. « Les additions, retranchements et rectifications ont amené, sur l’une et l’autre, des ratures, des surcharges, des rectifications et des dérangements alphabétiques qui produisent une confusion telle qu’il est difficile de s’y reconnaître et que, notamment, un numérotage exact ; régulier et réciproquement conforme est devenu tout-à-fait impossible »..

« Considérant que le seul moyen d’avoir un résultat satisfaisant est de refondre les deux listes en une seule qui servira pour l’appel des électeurs au moment du vote, le Conseil Municipal a décidé que la liste générale arrêtée ce jour après l’heure de minuit, et contenant 1428 noms, sera mise au net et que le travail, entrepris immédiatement, sera poursuivi sans relâche de manière à être terminé en temps utile ».

23 avril 1848 : en France, élection des représentants à l’Assemblée Nationale. D’un côté, des listes officielles composées d’ouvriers, de l’autre des listes officieuses composées de professions libérales et de propriétaires. Sur 880 élus, il n’y a qu’une centaine de partisans de la République Démocratique et Sociale. La plupart des élus sont des Bourgeois, il n’y a guère qu’une vingtaine d’ouvriers.

28 avril 1848 : A Châteaubriant le citoyen chef de bataillon commandant la Garde Nationale demande au Citoyen Commissaire du département de compléter l’armement « intra-muros ». « La question vi- tale de la Garde Citoyenne, ce stimulant le plus sûr à son patriotisme, est de posséder des armes. Sans armes, elle se décourage et finit par ne plus exister que sur le papier ».

 La blouse-uniforme

Le même chef de bataillon propose, pour ses hommes, une blouse « confectionnée suivant les prescriptions du gouvernement provisoire de la République ». Le maire, Jules de la Pilorgerie, commente « Le motif qui a déterminé cette proposition est la crise malheureuse dans laquelle se trouvent le commerce et le travail, le peu d’aisance du grand nombre des citoyens. D’un autre côté, elle a pour but d’exciter le patriotisme afin d’obtenir un signe d’uniformité. Il est bon de vous faire observer que les officiers porteront la tunique de drap exigée pour les gardes nationaux des villes. Salut et Fraternité ». C’est donc la tenue de drap à la ville et la blouse à la campagne.

 Débris

29 avril 1848 : le maire de Châteaubriant attire l’attention du Commissaire citoyen de l’arrondissement, sur la situation de l’épouse de Julien Letort, « veuve infortunée d’un des plus nobles débris de nos vieilles et glorieuses cohortes ».



Sources :

Archives municipales série 1 D 18
1 D 19 , 2 D 10 et 1 M6
- Histoire de la France et des Français
par A. Castelot et A. Decaux
(Editions Robert Laffont)
- Rois de France, Ed.Atlas
- Itinéraires Littéraires, Ed Hatier