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1848 ( de mai à août)



11 mai 1848 : les propriétaires du Faubourg de la Torche à Châteaubriant s’inquiètent des projets d’exhaussement de la route et d’abaissement de la côte de la Torche. Le maire souhaite accélérer les travaux pour offrir de l’emploi aux ouvriers, terrassiers et manœuvres. « Si l’exécution de ces travaux est ajournée, la ville qui entretient déjà un petit atelier communal de charité, va se voir obligée de donner aux ateliers de très grandes proportions et les sacrifices qu’elle devra s’imposer peuvent dépasser ses ressources ». Le maire propose, pour mettre fin aux appréhensions des riverains, d’abaisser le sommet de la côte sans remblayer la partie inférieure.

15 mai 1848 : à Paris, 150 000 manifestants envahissent l’Assemblée Nationale, puis, croyant l’Assemblée dissoute, ils se rendent à l’Hôtel de Ville où ils se heurtent à la Garde Nationale.

16 mai 1848 : à Châteaubriant, le citoyen Coirre, et la citoyenne La Houssaye (veuve de Pirot) « commettent, pour la garde de leurs propriétés, le citoyen Joseph Flohic, cordonnier » . Ils font savoir au citoyen commissaire de l’arrondissement « que la moralité du dit Flohic est hors de toute atteinte »

18 mai 1848 : le maire, Jules de la Pilorgerie, réclame avec insistance les pièces et devis accompagnant les dossiers de travaux sur la commune de Châteaubriant « pour assurer l’emploi des ouvriers sans travaille » (orthographe !)

21 mai 1848 : à Châteaubriant une vingtaine d’ouvriers sont allés trouver le maire « pour exposer qu’ils allaient être sans travail ». Le maire propose au Conseil Municipal de lui allouer un crédit de 600 francs pour la formation d’un atelier communal sur lequel les ouvriers sans travail pourraient être employés.

Le Conseil cherche des travaux. Il déclare que « le chemin des Mares exige des réparations » - « qu’il est nécessaire de mettre en bon état le chemin situé au midi de la Chapelle au Duc » - « et d’exécuter quelques travaux pour donner un écoulement aux eaux qui inondent le chemin au nord du Bois de la Garenne, près de la route de Nantes et de la maison Mulon ». Il vote donc à l’unanimité les 600 francs demandés.

Un crédit de 243,79 francs est voté pour le paiement des frais et honoraires dus au notaire de la ville qui a rédigé la vente consentie par M. Couettoux à la ville, le 26 février dernier.

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Châteaubriant, Pont Glémois
(à gauche : la chapelle de l’hôpital)

296,66 francs sont dus à l’architecte pour « construction d’un parapet près le pont de Mouais » (ndlr : il s’agit sûrement du Pont Glémois !!) « et réparation du lavoir public établi dans cet endroit »

Un particulier veut acquérir, de l’Etat, une parcelle de terrain vague de 27 ares, jouxtant sa propriété. Mais le Conseil Municipal dit que c’est la ville qui est propriétaire (et pas l’Etat). Le commissaire du département (= Préfet) invite la commune à communiquer ses actes de propriété, sinon il fera procéder à la vente.

 Les ares et les plaideurs

Le Conseil Municipal déclare « qu’il est convaincu que les sentiments de justice et d’équité qui animent l’administration ne lui permettront pas de réaliser son projet qui constituerait en définitive une véritable spoliation ».

« La commune, dit-il, n’a pas besoin de produire de titre, c’est à dire d’acte écrit sur papier ou sur parchemin. Elle en possède un plus puissant que tous ceux qu’un plaideur pourrait invoquer : son titre est écrit dans la loi, un grand principe a été posé par la loi du 10 juin 1793, c’est que les communes sont présumées propriétaires de toutes les terres vaines et vagues situées dans leurs limites. Ainsi les communes n’ont rien à prouver. C’est à celui qui élève des prétentions contraires qu’il incombe de les justifier »

« Du reste, il suffit de voir le terrain, les fossés et les arbres qui s’y trouvent, pour reconnaître que la grande route a été établie sur un terrain vague qui était entièrement nu en 1767. D’où il résulte que la grande voirie traversant un terrain vague n’a jamais pu avoir l’idée de s’attribuer les terres vaines et vagues qui restaient à droite et à gauche du terrain qu’elle traversait ». Tout ceci bien considéré, la commune dit qu’elle fera elle-même la vente, à son profit évidemment.

20 mai 1848 : le maire de Châteaubriant reçoit, de la part du citoyen colonel directeur d’artillerie au château de Nantes, 270 fusils et 204 sabres d’infanterie pour l’armement de la Garde Nationale.

21 mai 1848 : M. Guimené, membre du Conseil Municipal et commandant la Garde Nationale de Châteaubriant, fait observer « qu’un assez grand nombre de citoyens seraient dans l’impossibilité de s’équiper complètement si l’on ne venait à leur secours à l’aide d’une souscription, soit en votant la somme nécessaire pour acheter et fournir aux gardes nationaux les ceinturons et les cartouchières dont le prix s’élève à 5 francs. ». Le Conseil Municipal vote, à l’unanimité, un crédit de 1000 francs et décide que les ceinturons et cartouchières ne seront remis qu’à ceux qui se seront procuré le surplus de l’équipement exigé c’est-à-dire la blouse réglementaire, les épaulettes et le képi

26 mai 1848 : le maire de Châteaubriant commande à M. Darasse, négociant à Paris :
- .35 casques en cuir et double visière mouvante, très beau et dernier modèle, bombe forte, chenille noire, inscription de la commune.
- . 35 aigrettes, crins rouge et olive, laine bleue
- . 35 baudriers de gibernes, buffle uni, 28 lignes, première qualité
- . 35 gibernes cuir verni mais sans attributs
- . 35 baudriers de sabre
- . 60 fourreaux de « bayonnette »

Mais il se pose un problème de financement : les prix ont beaucoup augmenté et les 870 francs, affectés pour l’achat, sont insuffisants . « Nous venons vous demander si vous voulez nous fournir de suite les objets détaillés ci-dessus pour la somme de 870 francs. Dans le cas d’une réponse négative, nous serions obligés, quoiqu’à regret, de nous adresser à d’autres fournisseurs ou d’aviser au moyen d’adopter des équipements moins dispendieux » écrit le maire.

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La boule d’or

[Sur le plan ci-contre :

- 1- Place de la Motte
- 2- Quartier de la Boule d’Or.
Il est resté longtemps le magasin de la Botte d’Or, devenu Le Casque d’Or (actuel magasin Biche de Béré)
- 3- Future percée (actuelle rue Aristide Braind, extrémité sud)
- 4- Future percée (actuelle rue Michel Grimault)
- 5- Actuel Bd Pasteur
- 6- Rue de la Vannerie. Le petit bras qui rejoignait La Boule d’Or a été acheté par les riverains dans son extrémité Est]

4 juin 1848 : le Conseil Municipal donne un alignement au sieur Masseron « pour construire au bord du chemin de la Vannerie, en face de celui de la Boule d’Or »

Une dame accepte la démolition d’un mur de « 18 à 20 mètres superficie » qui fait saillie incommode sur la voie publique. Le Conseil Municipal lui accorde le dédommagement qu’elle demande (15 francs) pour frais de démolition, reconstruction et indemnité du terrain.

Le Conseil se préoccupe du projet d’une halle et d’un hôtel de ville qui est encore sans résultat et auquel devait être affecté le prix de vente du château. Il reste environ 60 000 francs. « Il est urgent d’employer de manière féconde les fonds que la ville possède encore. Il importe de réaliser des améliorations d’une utilité incontestable et de procurer du travail ». Une commission est chargée de faire un rapport pour la prochaine séance.

8 juin 1848 : après avoir examiné les comptes de l’année 1847, une commission présente au maire les vœux suivants :
- 1.- il serait bon que « le chef de l’école communale reprenne l’habitude de fournir à la fin de chaque trimestre un tableau nominatif des élèves avec les notes sur leur conduite, leurs progrès, leur degré d’instruction »
- 2.— l’éclairage public devrait être surveillé de façon à être satisfaisant
- 3.- il faudrait que le préposé au montage de l’horloge fasse en sorte qu’elle sonne toujours régulièrement
- 4.- il semble que le prix des cercueils fournis, sur les fonds de la ville, aux indigents, sont modifiés.
- 5.- il est regrettable que le fonds affecté chaque année, à l’établissement du chemin de grande communication n° 14, soit employé de manière aussi stérile » [le chemin n°14 correspond à la route de Bain de Bretagne à Ancenis en passant par Châteaubriant]

 Travaux urgents

La commission constituée à la séance précédente, dit qu’il est urgent de réaliser les travaux suivants :

- a.- terminer la rue qui part de la Place au blé et va rejoindre la route nationale n°163
(ndlr : cette rue, plus tard, s’appellera : rue des Halles. Elle est maintenant la rue Aristide Briand, partie Nord) (noter l’appellation "route nationale", faisant suite à route royale et route impériale)
- b.- construire une halle pour la vente des grains, spacieuse, commode, et autour de laquelle puissent circuler les voitures sans difficulté.
« Nous aurions la satisfaction de procurer du travail à des hommes qui ont prouvé qu’ils n’étaient animés que de sentiments honorables : maintenir le bon ordre, vivre en travaillant ». La question de l’emploi a toujours été une question d’importance à Châteaubriant

 Rue des Halles

« L’achèvement de la rue des Halles aura pour effet de procurer un débouché nécessaire pour la partie nord de la ville. Vous savez que l’on ne peut arriver dans ce quartier que par des rues étroites et tortueuses et que les voitures chargées de bois ou de foin ont beaucoup de peine à y pénétrer. La ville est propriétaire de tout le terrain dont on a besoin. Aussi nous n’avons plus qu’à nous occuper de faire un pont sur le canal et de faire paver la rue après avoir réglé le mode de pavage et la largeur des trottoirs qui doivent régner des deux côtés de cette rue ».

Le Conseil décide que la rue des halles sera macadamisée, avec caniveaux pavés, et trottoirs pavés de 1,50 m, et que le pont aura même largeur (9 m) que la rue et qu’il sera construit avec solidité en évitant toutes les dépenses de luxe. [le pont sur la Chère existe toujours. La rue, compte-tenu des trottoirs de 1,50 m et des caniveaux de 50 cm, n’a qu’une chaussée de 5 m de largeur]

Il reste cependant des acquisitions à faire : « une voiture portant une charge un peu élevée, qui suivrait cette rue pour pénétrer dans le milieu de la ville, se trouverait arrêtée par les greniers de la Dame Gauchet. Il est donc nécessaire que les greniers soient achetés et détruits ». Le Conseil proposera 2000 francs.

 Des vœux pour une halle

La commission municipale fait remarquer que le pré de M. Dupin de la Ferrière est situé, le long de la "route nationale 163" , en face de la future rue des Halles. Emplacement idéal pour construire de nouvelles halles qui « se trouveraient en communication directe avec les anciennes et très rapprochées du centre de la ville. Aucun autre terrain n’offre les mêmes avantages ».

« II est de notoriété publique que les halles actuelles sont beaucoup trop petites, qu’il y a souvent encombrement de marchandises et que le commerce des grains acquérrait une bien plus grande importance si les halles avaient une étendue double de celle qu’elles ont actuellement, si les propriétaires et les agriculteurs pouvaient y déposer leurs grains sans être forcés d’enlever à la suite de chaque marché, les sacs non vendus ».

Les halles actuelles n’ont que 300 m2. Nous avons pensé que les halles nouvelles devraient avoir 30 m de long et 20 m de large soit 600 m2.

Cette halle, close, serait placée dans le pré de M. Dupin, à dix ou vingt mètres de la grande route. Elle serait entourée d’un trottoir d’un mètre cinquante de largeur. A l’est, à l’ouest et au nord régnerait un passage de 8 m de largeur donnant à toutes les voitures chargées de grain un accès facile »

« La halle offrirait une façade de 30 m. Des portes seraient ouvertes de chaque côté ce qui donnerait toute facilité désirable pour charger et décharger les grains.

Nous avons encore pensé qu’un plancher devrait être établi à 5 ou 6 mètres au dessus du sol du rez-de-chaussée ce qui permettra de fournir des greniers que la ville pourra louer et qui lui procureront un revenu important ainsi que la rétribution qu’elle pourra exiger pour les sacs de grains laissés en dépôt dans le lieu du marché ».

 Et une grande salle

« Les élections de toute nature, le recrutement, etc, exigent de nombreuses réunions de citoyens. La ville de Châteaubriant n’a pas de salle assez spacieuse pour ces réunions. La construction d’une halle vous procurera le local dont vous avez besoin. Ainsi le lieu même du marché, c’est-à-dire le rez de chaussée de la salle, pourrait aisément réunir 12 à 1500 citoyens. Et comme les greniers destinés à être loués n’existeraient qu’autour du bâtiment, vous auriez au milieu du premier étage une salle assez vaste qui pourrait être employée à différents usages et dont la ville pourrait encore espérer un revenu »

 M. Chenantais

8 juin 1848 : la même commission suggère à la commune d’employer « un homme capable qui veuille surveiller avec soin les matériaux employés ainsi que l’exécution des travaux ». Elle est d’avis de confier les opérations « aux lumières, à l’expérience, au zèle et à l’activité de M. Chenantais », architecte à Nantes, « qui a dressé les premiers plans de la halle projetée ».

Le Conseil Municipal décide de traiter avec M. Dupin de la Ferrière pour l’acquisition d’une partie ou de la totalité de son pré situé au nord de la grande route [n° 163], joignant à l’Est M. Lemaitre et à l’Ouest l’établissement des frères de la doctrine chrétienne, au nord de la rivière [la Chère]. Il faudra traiter aussi avec M. Lemaitre pour compléter l’emplacement de la halle et de ses dégagements.

Récapitulation :
Longueur façade : 30 m
Largeur des pignons : 20 m
Hauteur du plancher au dessus du sol : 5 à 6 m
Greniers entourant le 1er étage
Salle vaste au milieu du 1er étage
Trottoirs de 1,50 m à l’est, au nord et à l’ouest
Rues de 8 m à l’est, au nord et à l’ouest
Au midi : place de 20 m entre la halle et la route
Au nord : emplacement pour le dépôt de charrettes de transport des grains.

Le vote des Conseillers donne : 2 abstentions et 2 conseillers contre l’emplacement prévu pour les halles.

 Une pompe à La Torche

11 juin 1848 : lecture est donnée d’une pétition de plusieurs propriétaires et locataires de maisons du Faubourg de la Torche demandant :
- 1.- conservation du puits menacé par les travaux de nivellement de la côte
- 2.- installation d’une pompe à ce puits
- 3.- construction d’un lavoir public proche du Pont de la Torche

Le Conseil Municipal, qui n’a pas oublié ses délibérations du 14 mai 1846 et du 13 mai 1947, appuie cette demande. Il est prévu que les ingénieurs des Ponts et Chaussées doivent faire couvrir l’orifice du puits et ménager des conduits en maçonnerie destinés à introduire le tuyau d’une pompe dont le balancier et les accessoires se trouveront au bord de la route. Coût : 365 francs, garantie d’un an.

M. l’abbé Laheux, directeur du collège Saint Joseph offre un concours de 50 francs.

Plusieurs conseillers font remarquer que la profondeur du puits (11,34 m) s’oppose à ce qu’une pompe simple fonctionne. « Une pompe à double corps aurait non seulement l’inconvénient d’être fort difficile à manœuvrer mais encore celui d’être sujette à de fréquents dérangements entraînant des réparations dispendieuses »

Deux conseillers proposent alors, et le Conseil accepte, d’ouvrir un crédit de 350 francs (ce qui fera 400 francs avec l’apport de M. Laheux), qui seront mis à disposition des Ponts et Chaussées. « Si, au bout de 6 mois, il est reconnu que la pompe ne fait pas un bon service » l’administration devra enlever la pompe sans indemnité « parce qu’elle l’aura placé à ses risques et périls et ne devant en recevoir le prix qu’après une épreuve sérieuse ».

Quant au lavoir, le Conseil Municipal surseoit à statuer jusqu’au moment où les travaux de la grande voirie seront en cours d’exécution, « pour voir s’il reste un emplacement disponible ».

 Myriamètre

11 juin 1848 : de nombreuses personnes se plaignent de la longueur des travaux sur le chemin de grande communication n°14 (de Bain de Bretagne à Châteaubriant). Le Conseil Municipal résume ainsi les opérations :

Ce chemin a été voté dans la séance du Conseil Général du 30 août 1840. Depuis 1841, la commune de Châteaubriant sur le territoire de laquelle ce chemin occupe moins de 3 km de parcours, a voté une subvention de 15 000 francs. La valeur des prestations des communes de Rougé et Ruffigné a dû produire, à raison de 1500 francs par an, la somme de 12 000 francs. Cela fait donc un total de 27 000 francs.

Estimant la dépense à 2500 francs par kilomètre, « une lieue revient à 10 000 francs ». « Avec les 27 000 francs ci-dessus, il aurait pu être mis à l’état d’entretien, entre Châteaubriant et Bain de Bretagne, au moins un myriamètre, tandis qu’on y compte à peine 4 km, ce qui constitue une différence de 6 km formant à peu près la distance entre l’endroit où s’arrêtent les travaux et la limite du département. Le chemin devrait être terminé et cependant les quatre-dixièmes sont à peine achevés ». [ Une lieue fait environ 4 km. Le mot myriamètre, apparu en 1793, désigne 10 km]

« Dans l’espoir que l’on s’occupe sérieusement de ce chemin fort utile pour le commerce de Châteaubriant et dont le Conseil était sur le point de demander la conversion en route départementale au moment où il a été classé "chemin de grande communication" , le Conseil Municipal vote une allocation de 1939,92 francs », comme contingent pour les chemins vicinaux de grande communication.

11 juin 1848 : voici quelques éléments du budget de l’année .
- . Indemnité versée au gardien de la prison, « à l’occasion de perturbateurs mis au violon » : portée à 20 francs
- .Secrétaire de mairie : 800
- . Expéditionnaire de la mairie : 300
- . Publicateur de la mairie : 130
- . Commissaire de police : 600
- . Instituteur communal : 600
- . Sous-maître de l’école : 300

17 juin 1848 : dans une lettre à la Préfecture, le maire appuie la candidature à l’école nationale des Arts et métiers d’Angers, d’un jeune de Châteaubriant, 16 ans, « vacciné avec succès », « qui travaille en qualité d’apprenti à l’état de menuisier et à celui d’arquebusier ». Le maire explique qu’il sait lire et écrire et qu’il possède les quatre premières règles de l’arithmétique.

 Emeutes à Paris : des milliers de morts

21 juin 1848 : le gouvernement, notamment sous l’impulsion de Pierre MARIE, ministre des Travaux Publics, vide les ateliers nationaux, qu’il considère comme « un véritable obstacle au rétablissement de l’industrie et du travail ». Il envoie les 17-25 ans sous les drapeaux, et les autres ouvriers comme terrassiers en province.

Le lendemain, 2000 ouvriers refusent de partir en Sologne. La nuit, des ouvriers parcourent le quartier de la Bastille à Paris en criant « Du travail ou du pain ! Du plomb ou du travail »

23-26 juin 1848 : 400 barricades sont dressées à Paris. Pierre MARIE, député de la Gauche dynastique (!), ne comprend pas que la misère est la cause de cette révolte. Il affirme : « C’est la barbarie qui a osé lever la tête contre la civilisation »Louis-Eugène Cavaignac, ministre de la Guerre, reçoit les pleins pouvoirs pour écraser l’émeute. Il y aura plusieurs milliers de morts du côté des insurgés, et un millier du côté des forces "de l’ordre". En représailles, 1500 émeutiers seront fusillés, 11000 manifestants seront emprisonnés voire déportés en Algérie. George Sand écrira : « je ne crois plus en l’existence d’une république qui commence par tuer ses prolétaires ». Le peuple, une fois de plus, a perdu ses illusions.

Hormis Marseille et Rouen, la province ne se soulève pas. Elle reste conservatrice et envoie même des gardes nationaux pour aider Paris à rétablir l’ordre. Aucun écho dans le registre des délibérations du Conseil Municipal de Châteaubriant .

27 juin 1848 : à Paris onze journaux sont saisis, la Garde Nationale des quartiers insurgés est dissoute. La Seconde République n’a de République que le nom.

30 juin 1848 : la commune de Châteaubriant est priée de trouver des logements pour les soldats de passage. Le Conseil Municipal répond qu’il ne possède aucun bâtiment qui puisse servir à cet usage, à part ceux du château appartenant au Duc d’Aumale. « Quant au logement chez l’habitant, il est trop onéreux »

Juillet 1848, le Comte de Chambord, (encore appelé Duc de Bordeaux), est le fils posthume du Duc de Berry et de Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, et donc petit-fils de Charles X [revoir en novembre 1832 la rocambolesque histoire de Marie-Caroline qui fut, entre autres, la maîtresse du Castelbriantais Achille Guibourd Delalande].

Le Comte de Chambord, donc, âgé de 28 ans, a l’ambition de devenir Roi de France sous le nom de Henri V. Il est d’ailleurs poussé par sa mère dans ces démarches. Le maréchal Bugeaud, célèbre depuis la conquête de l’Algérie, est prêt à marcher sur Paris. Mais le Comte de Chambord hésite. Son apathie éloigne de lui un certain nombre de ses partisans qui pensent au prince Louis-Napoléon Bonaparte et envisagent son règne comme une transition entre la république et la royauté.

23 juillet 1848 : à Châteaubriant le maire, Jules de la Pilorgerie, présente la liste des électeurs qui doivent procéder, le 30 juillet, à l’élection des membres du Conseil Municipal. Trois sections existent à Châteaubriant : la section A avec 303 noms, la section B avec 391 noms et la section C avec 322 noms.

Cela fait donc au total 1016 électeurs alors qu’il y avait 1428 électeurs pour l’élection de l’Assemblée Nationale, en avril 1848. Pourquoi cette différence ? Sans doute parce que les 1428 devaient correspondre au canton. En tout cas, suite à quatre réclamations, le nombre des électeurs sera de 1020 le 29 juillet suivant : 303, 393, 324 électeurs).

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 Des mottes ?

23 juillet 1848 : un crédit de 300 francs est ouvert pour l’école de Châteaubriant (il s’agit de l’école d’enseignement mutuel).

Ces 300 francs correspondent à une fourniture de plumes, papier, encre, crayons, ardoises pour une soixantaine d’élèves, et bien sûr pour le chauffage de l’école.

Ce chauffage est alimenté essentiellement en bois (prix du stère : 5,50 francs) « attendu que les mottes sont peu communes et par conséquent d’un prix assez élevé » . Les « mottes » (s’agirait-il de tourbe ?) coûtent entre 10 et 11 francs le millier, selon leur forme et leur poids. Le chauffage doit commencer à la Toussaint et finir à Pâques.

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28 juillet 1848 : Cavaignac, Président du Conseil des Ministres, demande des lois contre les journaux
et contre les réunions de citoyens.

Celles-ci, même si elles sont privées et non-politiques, doivent faire l’objet d’une déclaration préalable à la municipalité et un fonctionnaire peut être amené à y assister. Il est interdit de discuter de problèmes contraires à l’ordre public. Les droits de la famille et de la propriété sont sacrés.

2 août 1848 : la ville de Châteaubriant négocie une partie de la cour et des bâtiments nécessaires à l’ouverture de la Rue de la Coquerie.

5 août 1848 : le gouvernement supprime le droit au travail, accusé d’être « un appel à la guerre civile ».
Les riches limitent une fois de plus le droit des pauvres à la justice et au bonheur ...

 Silence aux pauvres

9-11 août 1848 : deux lois sur la presse sont édictées. La première oblige les journaux politiques à payer un cautionnement de 24 000 francs à Paris (6 000 francs en province). « Il faut aujourd’hui de l’or, beaucoup d’or, pour jouir du droit de parler. Silence aux pauvres ! » écrit Lamennais. La seconde loi précise les délits de presse, notamment les attaques contre la propriété et la famille.

19 août 1848 : l’élection d’un Conseiller Général pour le canton de Châteaubriant aura lieu le 27 août. La liste des électeurs comporte 1034 noms. Jules de la Pilorgerie sera élu avec 953 suffrages.

21 août 1848 : le maire de Châteaubriant réclame l’arrêté du Préfet autorisant la construction d’un ponteau sur le ruisseau de la Vannerie. Il le réclamera encore le 29 août car il en a besoin pour acquérir le morceau de terrain sur lequel doit être établie la culée de ce ponteau.

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Premier timbre-poste

28 août 1848 : à Paris un décret ministériel crée le premier système de timbre-poste. C’est une vraie révolution. Jusque là les frais postaux étaient payés par le destinataire (quand le courrier arrivait à bon port). Le décret du 28 août « affranchit » le destinataire de cette obligation en faisant payer le port par l’expéditeur. De là est venu le mot « affranchissement » toujours employé par La Poste.

Deux timbres-poste sont mis en vente ; l’un, rouge, d’un franc ; l’autre, noir, de 20 centimes. Ils portent le dessin d’une tête de femme, de profil, couronnée d’épis de blé, de feuilles et de grappes de vigne.

31 août 1848 : réception définitive des travaux de nivellement de la Place Saint Nicolas à Châteaubriant.



Sources :

Archives municipales série 1 D 19 , 2 D 10
- Histoire de la France et des Français
par A. Castelot et A. Decaux
(Editions Robert Laffont)
- Rois de France, Ed.Atlas
- Itinéraires Littéraires, Ed Hatier