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1849 (de janvier à mai)



Louis-Napoléon Bonaparte est devenu Président de la République le 20 décembre 1848. Selon Alexis de Tocqueville : « S’il avait une sorte d’adoration abstraite pour le peuple, il ressentait très peu de goût pour la liberté. Le trait caractéristique et fondamental de son esprit, était la haine et le mépris des assemblées. ».

Louis Napoléon ne connaît rien aux affaires. Le lendemain de son élection, il demande à Thiers de l’aider à choisir ses ministres. Mais, dès la fin décembre, il tente d’imposer sa loi au Ministre de l’Intérieur et manifeste rapidement sa volonté de pouvoir personnel. Un simple " détail " : il fait confectionner des livrées impériales pour les valets de pied de pied de l’Elysée et se procure un coupé aux armes impériales !

8 janvier 1849 : A Châteaubriant le maire J. de la Pilorgerie soutient la candidature du jeune Joseph Roussel, âgé de 14 ans, qui désire être admis sur la corvette-école des mousses. « Sa mère vit à grand peine de son travail. Le jeune Roussel a suivi les cours de notre école communale et possède l’instruction élémentaire. Sa conduite n’a jamais donné lieu à aucune plainte »

12 janvier 1849 : le maire demande d’accélérer l’ouverture des crédits pour les chemins de Juigné et St Aubin des Châteaux [voir au 14 déc. 1848] « ainsi que l’envoi de la brigade de huit ouvriers de Nantes dont la coopération est une condition attachée à l’emploi immédiat de ces crédits ». L’ouverture de l’atelier départemental emploierait 8 ouvriers locaux.

17 janvier 1849 : le sieur Delourmel s’est porté adjudicataire pour 2450 francs, pour la construction du Pont sur la rivière de Chère (à l’extrémité Nord de la nouvelle rue des Halles)

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Châteaubriant, plan du centre

24 janvier 1849 : à l’issue de l’enquête commodo-incommodo faite à propos de la future Halle aux Blés, le commissaire enquêteur met l’accent sur trois points : la distance de l’emplacement au centre de la ville, le prix du terrain et sa nature, les dimensions de l’édifice et la dépense des constructions comparée à l’importance du commerce des grains à Châteaubriant. Il propose une construction Place de la Motte.

Sur le premier point, le Conseil Municipal explique que le terrain choisi est à 100 m au plus du centre réel de la ville, c’est-à-dire l’ancienne halle servant de marché au beurre, aux légumes et à la volaille. « Au moyen de la rue des halles, nouvellement percée, la halle projetée se trouvera intimement rattachée au centre du commerce et des affaires. Il en résultera même que le mouvement de circulation qui relie aujourd’hui la Place de la Motte, celle de Saint Nicolas et les halles anciennes, c’est à dire les trois marchés principaux de Châteaubriant ne sera pas modifié au détriment des quartiers qui en profitent. L’intérieur de la ville, qui ne vit que par l’affluence des populations rurales les jours de marché, ne sera pas déshérité de cette ancienne clientèle »

 Ex(h)orbitant

En ce qui concerne le prix du terrain, le secrétaire retranscrit (avec fautes d’orthographe !) les propos tenus : « le prix du terrain ne saurait être considéré comme exhorbitant : où trouver à la même distance de la ville, 30 ares de terrain au même prix ? « - « Monsieur le Commissaire voudrait placer la halle au blé sur la place de la Motte. Si cette avis était adopté, il aurait pour conséquence de ruiner l’intérieur de la ville, d’obliger la commune à acquérir à grands frais un autre marché aux bestiaux puisque La Motte n’ayant que 32 ares de superficie serait antièrement occupée par le nouveau bâtiment et ses abords et enfin de déplacer tous les intérêts acquis en mécontentant tout le monde »

Reste la troisième objection qui porte sur l’étendue et l’importance du commerce des blés à Châteaubriant. « Monsieur le commissaire ne s’est pas fait une juste idée des affaires en céréales qui se traitent chaque semaine. Châteaubriant est le centre d’un pays où la production de céréales va toujours croissant. Un tiers au moins de ce produit est vendu et exporté. Le commerce est centralisé à Châteaubriant malgré la mauvaise disposition des lieux. Notre marché aux grains, tenu en plein-air, est fréquenté par une foule de fermiers, de propriétaires ruraux, de meuniers, de marchands de grains et de commissionnaires blatiers chargés d’acheter pour les minoteries. Aussi beaucoup de greniers de la ville, surtout dans le voisinage des halles, sont-ils loués à des marchands étrangers qui y déposent les grains. Le commerce actuelle suffirat donc pour motiver la construction de l’édifice projeté et des greniers qui en formeront le complément. Peut-être dans un avenir peu éloigné ses dimensions seront-elles à peine suffisantes. Les progrès constants de l’agriculture et l’éloignement considérable des localités pourvues de halles pouvant servir d’entrepôt portent le Conseil Municipal à croire que l’édifice projeté, en répondant aux nécessités du présent, ne devance que de bien peu de temps les besoins de l’avenir » [orthographe respectée]

 Péremptoire

Une quatrième objection formulée par le commissaire enquêteur consiste dans le peu de solidité du terrain. « Le Conseil Municipal ne peut regarder cette raison comme plus sérieuse que les précédentes. En effet sur le terrain contigu s’élève l’école des Frères, composée de bâtiments très vastes qui sont édifiés depuis longtemps sans avoir jamais laisser rien désirer sous le rapport de la solidité ». Le Conseil Municipal ajoute que « quinze cents mètres cubes de remblais ont déjà été déposés sur le terrain projeté. Il y aurait une nouvelle dépense pour la ville de les faire enlever ».

« Pour toutes ces raisons qui lui semblent péremptoires, le Conseil déclare à l’unanimité persister dans ses décisions antérieures. Il prie l’administration supérieure de ne pas s’arrêter aux dires isolés consignés sur le registre par M. le Commissaire enquêteur »

A noter que M. Delourmel était absent lors de cette partie du Conseil Municipal. C’est pourquoi celui-ci s’est ainsi prononcé à l’unanimité.

24 janvier 1849 : M. Goutan, commissaire de police de Châteaubriant, expose qu’il reçoit en traitement annuel 600 francs de fixe et 200 francs de frais de bureau. Et que c’est insuffisant pour le faire vivre, lui et sa famille. Il demande une augmentation annuelle de 450 francs. Le Conseil, prenant en considération sa nombreuse famille, vote « à titre de secours, et une fois donnée, la somme de 300 francs »

Le Conseil accorde en outre 17 francs à M. Voiton, pour compléter la somme de 217 francs qui lui étaient dus par suite de cession à la ville « d’une portion de terrain, sise à l’endroit de la Vannerie, pour élargir le chemin vicinal de Châteaubriant au Grand Auverné ».

Les habitants du Faux-Bourg de la Torche se plaignent : ils sont obligés d’aller chercher de l’eau à une assez grande distance de leur quartier. M. le Maire rappelle qu’il y a bien un projet d’établir une pompe à la Torche. M. Dorange, en établissant le corps de la pompe en cuivre et le tuyau plongeant dans l’eau en plomb, a établi un devis à 221 francs. Le Conseil Municipal invite le Maire à presser la solution de cette affaire dans l’intérêt du quartier de la Torche.

M. Guibourg est entré pendant que le Conseil traitait cette question. Mais l’ordre du jour étant épuisé, la session a été déclarée close et la séance a été levée.

 Gargouille et pont à pied

18 février 1849 : pétition de plusieurs habitants de la Rue du Pompier qui se félicitent des améliorations accomplies par le sieur Lorin sur une partie de ce chemin « mais expriment l’appréhension qu’elles ne soient compromises par les eaux d’une gouttière de la maison de M. Victorien Ballais et par quelques entreprises de ce propriétaire ».

Le Conseil considère que « cette histoire de gargouille relève du pouvoir de police du maire ». Il signale que des travaux seront effectués en même temps que ceux du chemin allant de la Trinité à la Torche, mais « il verrait avec plaisir que M. le Maire pût appliquer de léger fonds à l’amélioration de la passerelle existant dans ce chemin, sur le cours d’eau venant du Moulin de Choisel ». (ndlr : de nos jours le chemin du Pompier, s’appelle Rue de Condé. Mais, donnant dans cette rue, il reste un " chemin du pont à pied " toujours muni, à son extrémité Est, d’une passerelle permettant de franchir le ruisseau de Deil venant du Moulin de Choisel].

Retour sur la Pompe du Puits du Faux-Bourg de la Torche (voir 9 sept. 1848 et 24 janvier 1849) : elle a coûté 189,25 francs en frais de maçonnerie et 178 francs pour la fourniture de la pompe. Un crédit complémentaire de 17,25 francs est donc voté.

 Opposition extrajudiciaire

Ce 18 février 1849 le maire communique « une opposition extrajudiciaire signifiée à la requête du sieur Victorien Derval, contre l’occupation du fossé de son champ, près Paluel, comblé pour élargir le chemin de St Aubin ». L’agent-voyer trouve que les prétentions du sieur Derval sont douteuses et déclare qu’il a passé outre. Le Conseil Municipal en fait autant « en faisant remarquer qu’il est de règle générale que tous les fossés bordant les chemins publics soient considérés comme dépendants de ces chemins ».

Par ailleurs, à propos des travaux entrepris sur le chemin de Saint Aubin, plusieurs membres signalent, qu’en vertu d’une convention signée le 2 juillet 1802 avec un certain M. Leroux, la portion de chemin régnant au Nord, dans toute la longueur de son pré, doit être entretenue à perpétuité, soit par lui, soit par ses successeurs. Aujourd’hui le pré dont il s’agit appartient à M. et Mme d’Arimont. « Il importe donc que des mesures soient prises pour régler les droits respectifs ultérieurs de la famille d’Arimont et de la ville, afin que tous les intérêts soient ménagés »

Enfin un certificat présenté par M. Broët, architecte de la ville, constate la réception définitive des travaux de la rue Porte Neuve adjugés le 18 avril 1848 et propose le paiement de la somme de 261,80 francs. [ndlr : cette somme représente le vingtième de la dépense. Il s’agit donc sûrement des honoraires dus à l’architecte].

 Le travail est rare : Souscription

Cela fait des années que l’on voit le Conseil Municipal engager des travaux pour pouvoir embaucher des ouvriers sans emploi. Le 18 février 1849, sous la présidence de Jules de la Pilorgerie, le Conseil Municipal fait une déclaration solennelle : « Presque épargnés jusqu’ici par la crise qui a frappé tant d’autres points du territoire, nous en ressentons aujourd’hui les fâcheux effets. Le travail devient rare et beaucoup d’ouvriers seraient privés d’ouvrage si l’administration publique n’eut créé des ateliers. »

« M. le maire a obtenu de M. le Préfet l’autorisation de faire extraire et casser, au moyen d’une allocation de 1000 francs sur les fonds de la voirie vicinale, un approvisionnement de 400 m3 de pierres pour les besoins du chemin de grande communication n° 14 [de Châteaubriant à Ancenis] au delà du Pont du Marais. Mais l’épuisement de cette ressource est prochain. Dans la prévision de difficultés financières, M. le Sous-Préfet et M. le Maire ont ouvert une souscription qui, déjà revêtue d’un certain nombre d’adhésions, procurera un concours pécuniaire. »

 Pourquoi Nantes ?

Le Conseil Municipal fait part son incompréhension : pourquoi est-il donc obligé de donner du travail à des ouvriers de Nantes ? « Le Conseil Général a attribué, pour le chemin de Saint-Aubin-des-Châteaux, un fonds de 1000 francs qui est employé sous la surveillance des agents-voyers. Il est d’autant plus regrettable que le fonds soit léger que, d’après les règles préfectorales, il doit être employé concurremment et également à rémunérer des ouvriers du pays et des ouvriers de Nantes, envoyés ici, sans que probablement cette dernière ville ait eu une part moins forte dans la répartition des crédits ».

Par ailleurs le Conseil Municipal s’étonne de n’avoir rien reçu sur le contingent mis à disposition par l’Assemblée Nationale : « Comme sur le chemin n° 14, l’argent ne tardera pas à être épuisé, si au restant en caisse et au produit de la souscription, on ne joignait pas les 673 francs votés conditionnellement dans la séance du 15 octobre 1848, afin d’avoir, dans le capital décrété par l’Assemblée Nationale, une part que nous n’avons pas eue, par suite d’un fâcheux scrupule administratif ».

 Alors que fait-on ?

Sur la route de St Aubin des Châteaux, il s’agit d’établir un tracé nouveau de 1550 mètres, depuis les premières pièces de terre de Chanteloup jusqu’à l’extrémité occidentale du taillis du Bois Hamon. Cette opération a pour but d’éviter la côte très âpre du Bois Hamon dont le redressement sur place entraînerait des dépenses bien plus considérables que le contournement, sans procurer un résultat aussi avantageux.

Mais cette rectification exige l’achat de propriétés particulières. Le Conseil Municipal propose d’allouer :

- . 1250 francs à M. Gérard et consorts, « pour occupation d’un hectare deux centiares en nature de bois et pour établissement de fossés de clôture ».
- . 359 francs à M. Bauduz « pour le sacrifice de 36 ares 36 centiares en nature de lande et de terre labourable »

En recettes supplémentaires, le Conseil Municipal compte sur « le produit de la vente des souches qui seront arrachées dans la traverse du Bois Hamon »

 Une brigade de 20 hommes

Le Conseil Municipal s’inquiète de savoir si les ressources seront accrues d’une manière effective et s’il pourra fournir du travail. « Les embarras du travail seront du moins atténués par la réalisation de l’offre bienveillante de M. Guimené, l’un des membres du Conseil, d’occuper à ses frais, sur ses propriétés, pendant 45 jours, une brigade de 20 hommes pris parmi les ouvriers indigènes occupés sur les ateliers de la commune ».

Le Conseil, « bien édifié touchant la situation de la classe ouvrière » prie les signataires de la souscription, et M. Guimené, d’agréer ses sincères remerciements et il engage, sans plus tarder les expropriations de MM. Gérard et Bauduz. Pour ce dernier, il s’engage en outre à construire et entretenir deux ponteaux.

Enfin, sur proposition de M. Lesage, le maire promet de publier en temps utile « un règlement sévère pour prévenir et au besoin réprimer tous actes d’intempérance, d’insubordination, toute perte de temps de la part des hommes des ateliers »

 Classement des chemins

Toujours le 18 février 1849, le maire de Châteaubriant demande que la traverse du boulevard Saint Michel soit classée route départementale ou route nationale. « Toutes les diligences du roulage et toutes les voitures allant de Nantes à Laval, Angers, Le Mans, etc, empruntent le boulevard qui est le point le plus fréquenté de toutes les routes du pays. Il y aurait une souveraine injustice à laisser l’entretien de ce boulevard à la charge de la commune ».

Derniers points à l’ordre du jour : le maire va chercher « à apprécier le mérite des prétentions » du sieur Chevalier qui, en réclamation de droits de place non payés, demande 261,93 francs. Enfin le maire est invité à faire compléter l’élagage des arbres des promenades (voir au 19 novembre 1848).

24 février 1849 : à Paris, les Républicains célèbrent l’anniversaire de la révolution de février et dénoncent « le pouvoir personnel » de Louis-Napoléon qui se met en place peu à peu. « Ce crétin que l’on mènerait » comme disait Thiers, avait tout à coup des idées sur l’avenir du pays.

L’assemblée nationale se sépare, déçue de n’avoir pas pu voter les projets de loi qu’elle souhaitait. La campagne électorale pour la nouvelle assemblée s’ouvre aussitôt. Le parti le plus important est le Parti de l’Ordre qui prend pour devise : « Ordre, propriété, religion ». Soutenu par le clergé, il bénéficie d’une bonne propagande en province. Il triomphera le 13 mai 1859.

9 mars 1849 : la salle d’asile de Châteaubriant est installée depuis 4 ans dans un local attenant à l’hospice mais complètement séparé du service des malades. Le maire décrit au Ministre de l’Instruction Publique tous les bienfaits de cet établissement : « 160 enfants y trouvent une sollicitude toute maternelle ». Ils y reçoivent « des leçons précieuses de religion et de morale et les premiers éléments de l’instruction proprement dite ». La lettre a pour but d’attirer l’attention du Ministre sur une dette de 544,40 francs, qui n’a pu être couverte « malgré une politique de stricte économie ».

25 mars 1849 : une commission de trois membres est nommée pour juger les réclamations qui pourront être faites à propos de la liste des électeurs domiciliés à Châteaubriant .

28 mars 1849
 : Un procès verbal de M. le commissaire de Police, envoyé au Sous-Préfet, constate l’état « de la fille Joubert Jeanne, domestique chez les époux Delorme, laquelle a déclaré être dans l’intention de délaisser l’enfant dont elle vient d’accoucher. Cette fille est d’ailleurs dans un état voisin de l’idiotisme ».

(noter qu’on ne dit plus citoyen-commissaire, ni citoyen-Sous-Préfet, mais M. le Commissaire et M. le Sous-Préfet)

17 avril 1849 : lettre du maire à M. Sabot, agent-voyer de Châteaubriant : « J’apprends à l’instant que l’atelier établi sur le chemin vicinal de Juigné vient d’être renvoyé. J’ai l’honneur de vous inviter à faire réintégrer dans le magasin de la mairie les brouettes et autres ustensiles que la commune de Châteaubriant a fait confectionner ».

22 avril 1849 : longs débats au Conseil Municipal concernant le chemin n° 27 (de Châteaubriant à Fougeray, par St Aubin et Sion) et le chemin n° 32 de Châteaubriant à Abbaretz par Issé.

 N° 27 : Châteaubriant-Fougeray

Ce chemin n° 27 fait 4208 m sur le territoire de Châteaubriant, 3500 m sur le territoire de Saint Aubin et 10 000 m sur le territoire de Sion. Pour les frais et pour les travaux, Châteaubriant serait imposée à quatre-dixièmes, Saint-Aubin à deux-dixièmes et Sion à quatre-dixièmes.

Mais le Conseil Municipal conteste ! Il affirme que la longueur sur Saint Aubin est de 4666 m. Il argumente : « la population de Saint Aubin vient vendre ses bestiaux et ses produits » à Châteaubriant. La ville a moins d’intérêt à une bonne route pour aller à Saint Aubin, que Saint Aubin n’en a pour venir à Châteaubriant ...

Bref il demande que le concours de Châteaubriant soit abaissé à trois-dixièmes.

Il y a par ailleurs une différence entre Châteaubriant et les autres communes. Ces dernières ont un « rôle de prestation » c’est à dire que leurs habitants sont appelés à donner un certain nombre de jours de travail. Châteaubriant, elle, fournit l’équivalent en argent . « L’argent est cosmopolite. Rien ne contraint de le dépenser sur le lieu qui le produit. Les fonds prélevés chaque année sur la commune de Châteaubriant, pour travaux de chemins autres que ceux de petite vicinalité, sont employés ailleurs que sur son territoire. »

Châteaubriant se sent lésée. « Depuis 5 ans il a été à peine exécuté quelques travaux sur la portion du chemin n° 14, le seul chemin de grande communication. (...). Cependant depuis 5 ans le chiffre des fonds perçus n’est pas moindre de 9700 francs, à raison de 1940 francs par an ».

« Si au lieu d’argent la commune de Châteaubriant fournissait des prestations, il est bien certain (...) que les journées auraient été faites sur le lieu même »

 Fougeray ou Redon ?

Le Conseil Municipal poursuit : « Quant au chemin de St Aubin envisagé comme chemin pour Fougeray, il peut avoir son utilité, mais envisagé comme chemin pour Redon, son utilité est au moins fort contestable puisqu’il existe depuis plusieurs années une route départementale fort directe et fort belle de Châteaubriant à Redon. Cette route fréquentée chaque jour, deux fois par jour, par le service des dépêches, relie l’arrondissement de Châteaubriant avec le Morbihan et offre la direction la plus avantageuse pour aller d’Angers à Lorient et à Brest. Ce fait est si vrai que l’administration de la guerre l’a adoptée comme route d’étape ».

 Abbaretz, pauvre bourgade

Quant au chemin d’intérêt commun n° 32 de Châteaubriant à Abbaretz par Issé, « son utilité est grandement problématique. Qu’est-ce en effet que le chef-lieu d’Abbaretz ? Une pauvre bourgade qui n’a ni établissements, ni marché, dont le chef-lieu de canton est Nozay qui enfin n’offre pas même l’ombre de la plus légère importance’ ».

« On comprendrait cette classification si le chemin pouvait établir une communication soit avec l’usine de la Jahotière située sur le territoire d’Abbaretz, soit avec la minoterie de Beaumont à Issé. Toutefois, comme le concours demandé à Châteaubriant se borne à un dixième (...) il y a lieu pour faire acte de bonne volonté de ne pas rejeter le projet »

Bref, il y a de la contestation dans l’air ! D’autant plus que les travaux déjà effectués sur la route de Saint-Aubin ne donnent pas satisfaction :

« Vis à vis la prairie de M. Guimené, cette portion qui était fort solide et praticable en tout temps, ne présente qu’un lac de boue en sorte que la circulation de charrettes et voitures est devenue absolument impraticable à partir du moment où les voyers s’en sont mis en possession ».

Châteaubriant demandera donc, à la session de mai, d’être exonérée au profit des chemins de petite vicinalité. Quant aux concours financiers sur les chemins n° 27 et n° 32, le Conseil Municipal demande que les fonds ne soient exigibles « que du moment où, sur les communes traversées, les tronçons de chemin seront arrivés au même point de réparation que sur la commune de Châteaubriant où les travaux sont, depuis plusieurs années, à l’état d’entretien ».

Autre sujet : la Conseil Municipal revient sur le contentieux qui existe entre la commune de Châteaubriant et M. et Mme d’Arimont, suite au nivellement et au pavage de la place St Nicolas et de la rue Neuve. « Cette affaire est en souffrance depuis longtemps malgré les démarches et instances de la commune pour arriver à une terminaison ». Une commission de Conseillers doit faire un rapport circonstancié pour la prochaine séance.

 Pont de la Vannerie

22 avril 1849 : en ce qui concerne le Pont de la Vannerie, le Préfet prétend que le Conseil Municipal n’a pas été appelé à délibérer sur cette affaire. Le Conseil proteste, se réfère notamment au 20 février 1848. Mais, « pour ne rien laisser à désirer sur le rapport de sa complète adhésion », il confirme ses votes antérieurs.

Victor Hugo

Victor Hugo, né en 1802, est élu à l’Assemblée Constituante en 1848 après l’abdication du roi Louis Philippe. Elu à nouveau en mai 1849, il s’imposera comme un orateur "de gauche" : réquisitoires contre la déportation, contre la peine de mort, contre le travail des enfants, discours sur l’instruction obligatoire et sur tout ce qu’il appelait lui-même "les droits de l’homme". Il aura des mots très durs sur Louis Napoléon Bonaparte : Napoléon le petit.

Avec « Les Misérables » (1862) il se fixe une mission morale, sociale, politique : « Tant qu’il existera une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers (...) tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère ».... Il met notamment en scène, sur les barricades de juin 1848, le jeune Gavroche :

« Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche fusillé, taquinant la fusillade. C’était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant. Les insurgés haletants d’anxiété le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, chantait. Ce n’était pas un enfant, ce n’était pas un homme ; c’était un étrange gamin fée. Il jouait on ne sait quel jeu de cache-cache avec la mort. (...) Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet (...)

Je suis tombé par terre
C’est la faute à Voltaire
Le nez dans le ruisseau
C’est la faute à ........

La mort de Gavroche

Agitation

A Châteaubriant, les registres du Conseil Municipal, ne font pas état de mouvements d’opinion. Pourtant un groupe de bourgeois libéraux, autour de Lucien Delourmel, multiplie les actions, à partir de 1840, pour l’abaissement du cens électoral, donc l’augmentation du nombre des électeurs.

La multiplication des condamnations pour vagabondage ou pour mendicité révèle une tension sociale croissante, liée aux difficultés économiques. A tel point que le Sous-Préfet demande une présence de troupes du 2 août au 17 septembre 1846.

A Saint Julien de Vouvantes en 1846, les élections municipales donnent la victoire à l’opposition démocratique. A Châteaubriant la population ouvrière, exclue des élections, dit fortement sa préférence pour Jules de la Pilorgerie car, avec lui, « les salaires ne seraient plus à douze sous par jour ». A Rougé, en janvier 1847, le juge de paix demande une brigade de gendarmerie pour faire face à une forte agitation des ouvriers des mines.

A Châteaubriant les tensions sont vives, les con-damnations pour injures, rébellion contre les gendarmes, se multiplient au Tribunal de Châteaubriant. Le Sous-Préfet lui-même est insulté lors de la Fête-Dieu de juin 1847

A noter l’existence d’un premier journal d’annonces administratives et judiciaires, créé en 1834 par la veuve Brisson, puis repris en 1839 par Jean-René Chevalier. Le journal s’appelle un temps "l’écho des Bois" avant de devenir "Le Bourgmestre" en 1847 et de porter les idées des républicains du parti de l’ordre en 1848.

(selon l’article de
Maryvonne Bompol
dans le n°3 de la revue
Histoire et Patrimoine,
année 2004)


 Achille Jouffroy d’Abbans, La Jahotière

Le Comte Achille de Jouffroy d’Abbans acheta en 1826 la terre de La Jahotière en Abbaretz, croyant y trouver un minerai de fer « le plus riche de l’arrondissement ». A cette époque les forges de Moisdon, de la Provostière et de la Hunaudière traitaient le minerai de fer avec des procédés anciens, à l’aide de charbon de bois. Le comte de Jouffroy voulait utiliser la « méthode anglaise » au coke. Une demande de permission pour une « usine à fer » fut déposée en 1828 pour deux hauts fourneaux, deux affineries à l’anglaise, douze fours à réverbère et un train de laminoir. Plusieurs centaines d’ouvriers devaient y travailler.

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Abbaretz, la Jahotière

Mais les ingénieurs, consultés, émirent des doutes : le minerai de fer annoncé n’était-il pas du schiste noir décomposé ? Le coût de transport du charbon pouvait-il laisser espérer une rentabilité de la production de fonte ? Une ordonnance royale du 2 juillet 1828 autorisa l’installation. Mais déjà le Comte de Jouffroy était en difficultés financières. En juillet 1830 Jouffroy s’exila à Londres

La forge fut rachetée par François-Joseph de la Brosse en 1831 et louée en 1841 à une société anglaise. En 1840 l’établissement occupait 200 ouvriers. Il est mentionné dans les statistiques préfectorales des années 1850 et disparaît par la suite.
Source : les forges du Pays de Châteaubriant