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1850 (de juin à décembre)



8 juin 1850 : l’Assemblée vote une nouvelle loi sur la presse. Le cautionnement est définitivement rétabli, seules les puissances d’argent pourront se payer un journal. Le droit à l’expression est très limité : toute personne nommée dans un article a le droit de se défendre le lendemain dans un article d’une longueur double. Il ne reste plus à la presse que la liberté de parler des fleurs et des petits oiseaux.

20 juin 1850 : l’homme qui était interné à l’asile de Nantes (voir au 10 avril 1850) a été libéré le 30 mai. Or, le 18 juin, il s’est livré « à des actes de brutalité et de fureur, donnant la preuve, sans équivoque, que sa guérison est loin d’être parfaite ». Le maire précise que les violences se sont exercées « contre le sieur Joubert, contre lequel il est furieux, parce qu’il prétend que celui-ci a des relations criminelles avec sa femme. Ce qui est entièrement faux ». Le maire demande qu’il soit à nouveau enfermé à St Jacques à Nantes. En attendant, « afin d’éviter que cet aliéné ne se porte à des excès envers les personnes de l’hospice, il a été déposé provisoirement à la prison ».

30 juin 1850 : le Conseil Municipal de Châteaubriant approuve le traité du 14 mai dernier passé entre les administrateurs du bureau de bienfaisance et Madame la supérieure de la Congrégation des sœurs religieuses Ursulines de Chavagnes, « pour régler le service des sœurs auxquelles est confiée l’école charitable fondée le 20 octobre 1716 »

Grenier et porche : après une longue discussion, la ville décide d’acquérir pour 800 francs un grenier et un porche au dessus de la vielle halle et un cabinet de latrines y attenant. [voir Boutruche]

Non ! 100 francs seront-ils proposés pour encourager l’achat par l’administration des Ponts et Chaussées de vieux bâtiments situés au bord de la grand route, qui doit être élargie, en face de l’embouchure de la rue du Dos d’Ane. Le vote donne 7 voix pour, 7 voix contre. La proposition est rejetée.

Chemins : la majorité du Conseil Municipal approuve le classement comme « chemin de grande communication » de plusieurs chemins que le Conseil Général avait proposés sous le titre "d’intérêt commun". Qualification que le Conseil d’Etat a jugée illégale.

A pied : le Conseil Municipal reconnaît l’utilité du placement d’une brigade de gendarmerie à pied à Châteaubriant pour seconder la brigade à cheval qui est « surchargée de services ».

La Halle : 150 francs sont votés pour le salaire du surveillant des travaux de la halle, dont le maintien a été jugé utile par la majorité du Conseil.

Empierrement : 30 francs sont votés pour activer l’empierrement entrepris sur le chemin de St-Aubin-des-Châteaux.

Enfin Jean-Marie Genêt est admis dans la compagnie des pompiers en remplacement de l’instituteur, M. Ozanne, démissionnaire.

1er juillet 1850 : M.Boutruche consent à vendre pour 800 francs, payables en deux ans, les greniers qu’il possède au dessus de la halle, de même que le corridor qui y conduit de sa maison et le droit de passage qui lui appartient sur le perron situé derrière la dite maison, plus le cabinet de latrines situé au bout du corridor.

Le Conseil Municipal vote ensuite la démolition de toute la charpente de la halle au dessus du grenier Boutruche et se réserve le droit d’appui sur les murs des deux maisons Boutruche et Thuau.

17 juillet 1850 : le fourneau économique que réclame l’hospice sera fait par M. Lacoste, chaudronnier à Nantes

18 juillet 1850 : le maire écrit au Sous-Préfet : « Le Conseil Municipal, pour couronner l’édifice [la nouvelle halle au blé] et lui donner un genre monumental, a voté une somme de 500 francs destinée à la construction d’une campanile sur laquelle sera placée une horloge ».

« La commune possède un timbre qui, depuis longtemps, ne sert à rien. Elle n’aura donc qu’à faire l’achat de l’horloge ».

Maison de correction

20 juillet 1850 : le maire de Châteaubriant écrit au Sous-Préfet : « un jeune homme, Théophile Barbelivien, a été acquitté de la prévention de complicité de vols dans une maison habitée et d’abus de confiance au préjudice du maître chez qui il travaillait, par jugement du tribunal de Nantes du 15 juin dernier ». Ce jugement ordonne cependant de conduire le jeune homme dans une maison de correction pour y être élevé et détenu jusqu’à ce qu’il ait accompli sa 18e année.
Acquitté mais enfermé. C’est sympa.

23 juillet 1850 : C’est M. Daniel Lacombe, adjoint, qui préside le Conseil Municipal. L’objet de la délibération est de nommer deux membres qui devront former, avec M. le Maire, la commission chargée de juger les réclamations des personnes qui ont été omises sur la liste électorale dressée en vertu de la loi du 31 mai dernier.

8 août 1850 : le Conseil Municipal vote des dépenses additionnelles :

786,67 francs pour le sieur Delorme, entrepreneur de la construction du Pont de la Rue des Halles, pour solde de son adjudication.

723,67 francs au profit du sieur Louis Freulon, maçon, adjudicataire de la construction de la rue des Halles, pour solde de son adjudication.

76,36 francs au profit de Daniel Lacombe, avoué auprès du Tribunal de Châteaubriant, pour le mémoire taxé par M. le Président du Tribunal relatif aux frais de purge légale des immeubles acquis par la Commune de Châteaubriant, de M. Dupin de la Ferrière

37,80 francs pour le sieur Luzent qui a fourni à l’école communale, aux mains de M. Triau directeur, 49 feuilles d’ornement et 21 feuilles de dessin linéaire .

35,20 francs pour le sieur Maurier, voiturier, pour frais de transport de 88 m3 de décombres, de la maison du sieur Augeard près de la vieille halle, à l’esplanade de la halle neuve.

Une foire à Soudan ? Oh non !

8 août 1850 : le Conseil Municipal de Soudan sollicite la concession d’une foire qui se tiendrait chaque année le mardi après la Pentecôte. Le Conseil Municipal s’y oppose à l’unanimité et argumente :

« Le chef lieu de la commune de Soudan, presque traversé par la route n° 03 de Laval à Châteaubriant, est situé à un peu moins de 6 km de cette dernière ville où, indépendamment de trois foires annuelles, se tient chaque mercredi un marché renommé et plus important, dans le rapport de la vente des bestiaux, des denrées et des marchandises de toute espèce, que presque toutes les foires rurales du voisinage. Les cultivateurs de Soudan y viennent toujours en grand nombre et y trouvent commodément le placement de tous leurs produits. Pour les habitants d’un grand nombre de villages, il est plus facile de venir à Châteaubriant que d’aller à Soudan.

D’autre part, à environ un myriamètre de Soudan se trouve la petite ville de Pouancé où chaque jeudi a lieu un marché et chaque mois une foire qui offrent de nouveaux débouchés aux localités voisines.

A la même distance à peu près se trouve, tous les vendredis, le marché hebdomadaire de Martigné.

Il semble que, sans parler des foires qui existent çà et là dans les localités environnant Châteaubriant, il existe à Châteaubriant, Pouancé et Martigné toutes les occasions possibles de se livrer au trafic des bestiaux qui sont les seuls produits susceptibles d’être vendus dans une foire.

La commune de Soudan ne possède pas un seul établissement industriel et le bourg de Soudan, formé d’une mince agglomération de maisons, compte à peine, au delà de ses cabarets, quelques petites boutiques de tissus et de menus articles. L’établissement d’une foire ne saurait donc favoriser le commerce puisque, en réalité, aucun établissement sérieux de commerce n’y existe.

Si maintenant on envisage les considérations morales, on reconnaîtra que l’établissement d’une foire le mardi de la Pentecôte serait de nature à introduire ou développer des habitudes pernicieuses.

Le lendemain du dimanche de la Pentecôte se tient au bourg de Soudan une fête patronale qui attire un concours assez nombreux. Le mercredi arrive le marché de Châteaubriant, le jeudi celui de Pouancé, le vendredi celui de Martigné. Si le seul jour qui se trouve encore disponible au milieu de ces 5 jours de chômage, était consacré à la tenue d’une foire (ou plutôt d’une ombre de foire car l’expérience démontre que presque toutes les foires nouvelles, à moins de conditions très exceptionnelles, demeurent stériles), il est évident que 5 à 6 jours consécutifs seraient enlevés aux travaux de l’agriculture, pour être employés par une notable partie des assistants, à des scènes d’intempérance que toute administration prévoyante se doit de prévenir et de conjurer. »

Sur ces belles paroles ... le Conseil Municipal s’oppose à une foire à Soudan.

8 août 1850 : Le Conseil Municipal de Châteaubriant, au vu du testament olographe de Mme Marie Jeanne Ernoul Provôté en date du 24 mai dernier, accepte le legs de « vêtements et linge aux enfants de la salle d’asile », « quelque modique qu’en soit la valeur ».

Histoire de terrain

Depuis longtemps (voir au 20 juin 1844 et au 21 mai 1848) la commune de Châteaubriant est en litige avec l’Administration des Domaines, au sujet de la propriété d’une lisière de terrain vague, sise au bord et à l’Ouest de la route n° 178, à quelques dizaines de mètres au delà de La Ville en Bois. Voilà enfin que la question est réglée. C’est ce qui résulte d’une lettre du Sous-Préfet en date du 13 juillet dernier qui annonce que l’Etat ne formera aucune réclamation en ce qui concerne cette parcelle et transmet les soumissions des sieurs Lahaye et Voiton, propriétaires limitrophes, qui se portent acquéreurs.

Le Conseil Municipal reçoit cette communication avec satisfaction et autorise le maire à faire la vente, au profit de la commune, sans concurrence ni publicité, le plus promptement possible.

Histoire d’arbres

Toujours le 8 août 1850, le Conseil Municipal autorise le maire à faire abattre « les cinq ormeaux dépéryssants » situés en face des constructions que vient d’entreprendre M. Dorange, à l’extrémité Sud de l’allée occidentale du boulevard de l’Eperon. [ndlr : Châteaubriant a conservé un orme jusqu’en 1994. Cet orme existait-il déjà en 1850 ? En tout cas, il s’est abattu sans faire de dégâts, le 17 avril 1994, un dimanche de tempête où soufflait le vent du nord]

Enfin le Conseil Municipal, persistant dans sa délibération du 19 novembre 1848, refuse d’accueillir la demande incidemment faite « de supprimer le deuxième rang d’arbres du boulevard de l’Eperon, c’est-à-dire le plus rapproché des propriétés adjacentes à droite et à gauche ».

9 août 1850 : D’après le projet de l’architecte, M. Chenantais, des persiennes de bois ont été adaptées pour fermer les quatre baies du campanile de la Halle au Blé. Le Préfet demande de les supprimer pour donner davantage de sonorité au beffroi. Un plancher terrasse à plans inclinés et recouvert de zinc, établi à l’intérieur, préserverait le mécanisme de l’horloge. On pourrait y ménager des moyens d’écoulement des eaux pluviales.

10 août 1850 : Louis-Napoléon, président de la République, commence des tournées dans l’Est de la France puis en Normandie. Dans les campagnes on crie « Vive Napoléon » voire « Vive l’empereur ». Dans les villes on crie « Vive la République ».

12 août 1850 : les travaux de la Rue des Halles sont terminés depuis longtemps et le Conseil Municipal vote une somme de 729 francs pour solder ces travaux. Mais le Conseil Municipal en est encore à attendre l’autorisation du Préfet pour faire payer l’adjudicataire.

26 août 1850 : décès de l’ex-Roi Louis Philippe.

29 août 1850 : Daniel Lacombe préside le Conseil Municipal en l’absence de M. de la Pilorgerie, et le consulte sur la priorité à donner aux travaux sur les chemins vicinaux.

Le Conseil n’hésite pas à ranger en première ligne le chemin n°14 [Bain de Bretagne-Ancenis]. « La section vers Bain, commencée il y a une douzaine d’années, a entraîné des dépenses considérables demeurées stériles jusqu’ici à cause des lacunes qui s’y trouvent ».

« Si toute la section vers Ancenis pouvait être établie dans de bonnes conditions, si elle pouvait être empruntée avec confiance par les messageries et le roulage, c’est-à-dire s’il était possible qu’elle rendit les mêmes services que la route départementale, il n’est pas douteux que plus courte que celle-ci, elle serait préférée pour la communication de toute la Bretagne avec la station de chemin de fer d’Ancenis ». Tiens, le chemin de fer.

Le chemin de Fougeray, quoique d’une utilité plus secondaire, occupe la deuxième place dans l’ordre des priorités.

En troisième lieu vient le chemin d’Issé.

« Rendu défiant par une triste expérience », le Conseil Municipal insiste à nouveau pour que « la délicate mission d’assurer et de surveiller l’emploi des ressources diverses affectées aux travaux de la vicinalité » ne soit confiée qu’à des hommes capables « mais surtout honorables, consciencieux et intègres » .

30 août 1850 : Le maire précise la pensée du Conseil Municipal de la veille, au sujet des travaux pour le chemin d’Issé, « chemin destiné à rendre d’immenses services au commerce et à l’agriculture, en facilitant l’exploitation de deux usines qu’il convient d’aider en abrégeant la distance de Nort à Châteaubriant d’au moins 4 km ». [ndlr : quelles usines ?]

« Les communes de Nort et Châteaubriant ont droit de réclamer qu’il leur soit tenu compte des grands sacrifices qu’elles ont faits pour préparer un avenir ».

7 septembre 1850 : le maire de Châteaubriant, Jules de la Pilorgerie avise le Sous-Préfet (Henri Eriau) : la commune de Châteaubriant accepte le legs de Mlle Marie Jeanne Ernoul de la Provôté, à savoir des vêtements au profit des enfants pauvres de la salle d’asile.

12 septembre 1850 : Louis Napoléon, Président de la Seconde République, revient d’une tournée en Normandie. Pour se concilier l’armée, il a offert des banquets aux officiers, passé les troupes en revue et fait distribuer de la viande et du champagne aux soldats. Ces derniers crient de plus en plus « vive Napoléon ».

10 octobre 1850 : Louis-Napoléon passe une revue à Satory. Sur l’ordre du commandant Changarnier l’infanterie défile en silence. Mais la cavalerie passe en criant « Vive l’Empereur ». L’Assemblée Nationale demande des explications. Changarnier déclare, à qui veut l’entendre, qu’il n’attend qu’un ordre pour enfermer le Président de la République à Vincennes. L’affaire se dénouera en janvier 1851.

28 octobre 1850 : le maire de Châteaubriant transmet au Sous-Préfet une demande de naturalisation de M. Obalski, réfugié polonais, agent voyer de l’arrondissement de Châteaubriant chargé de la réparation des chemins vicinaux.

10 novembre 1850 : le maire présente à son Conseil Municipal un procès verbal d’estimation des matériaux divers provenant de la démolition du porche de la Halle au Blé [l’ancienne]. Montant 299 francs. Ces matériaux sont destinés à être vendus en adjudication publique « dans le plus bref délai car ils encombrent la voie publique ».

En ce qui concerne l’adjudication, prévue, des droits de pesage et mesurage, le maire précise que le dépôt des poids aurait lieu dans le local ordinaire, mais que le surplus de ce local, actuellement loué au sieur Dorange, serait réservé pour y loger les pompes à incendie qui se trouveraient ainsi placées dans un lieu plus central « et plus propre à être rapidement utilisées en cas de sinistre ».

De Soulvache au Grand Auverné

Toujours le 10 novembre 1850, M. de la Pilorgerie annonce que le Conseil Général, dans sa dernière session, a voté l’établissement d’un chemin de grande communication de Soulvache au Grand Auverné. « Ce chemin qui traversera la commune de Châteaubriant, peut être plus ou moins avantageux suivant la direction qui lui sera donnée ». Une commission est nommée à cet effet, pour voir cela avec les agents voyers.

Répurgation : le service est fait directement par la ville. Un des tombereaux destinés à cet usage a nécessité une réparation de 15 francs.

Mairie : Le maire obtient de son conseil l’autorisation de louer les bâtiments de la mairie [située rue de Couëré, à l’hôtel du Boisdulier], jusqu’à la Saint Jean prochaine, époque à laquelle le nouvel hôtel de ville devrait être terminé.

Nivellement : en ce qui concerne la future Halle au Blé, le sol a été exhaussé au compte de la ville. Les remblais, déversés principalement pendant l’hiver, ont été plus considérables sur des points que sur d’autres. « Les inégalités du sol ont nécessité un nivellement » dit le maire et le prix des travaux s’élève à 120 francs. Le maire demande un crédit à son Conseil, pour payer le solde de ces travaux.

Règlement : la halle nouvelle étant sur le point d’être terminée, une commission est nommée « dont la mission consisterait à s’entourer de tous les renseignements nécessaires, pour élaborer un règlement »

Des matières sales

Puits : le puits de Béré a été creusé l’été dernier « dans l’espoir, qui s’est réalisé, d’avoir une plus grande quantité d’eau ». La maçonnerie repose actuellement « sur des pilotis retenus eux-mêmes par des cercles de fer ». Le maire demande et obtient un crédit de 20 francs correspondant aux travaux.

Le puits de Couëré n’est point fermé. Il en résulte des inconvénients considérables signalés par de nombreux habitants. « Ainsi les enfants et même les personnes plus âgées, jettent des matières sales qui altèrent la qualité de l’eau ». C’est pour « obvier à cet inconvénient » que le maire demande au Conseil un crédit de 420 francs pour faire établir une pompe à ce puits. Accord du Conseil.

Eclairage : le Conseil Municipal vote un crédit de 50 francs pour couvrir les frais d’éclairage de l’école lors des leçons gratuites de dessin linéaire que M. Triau donne chaque soir aux jeunes ouvriers de la ville. Le Conseil témoigne à l’instituteur toute sa satisfaction.

Police : M. Goutan, commissaire de police, fait état de la modicité de son traitement et demande une allocation supplémentaire. Le Conseil saisit cette occasion « pour engager M. Goutan à déployer dans son service une plus grande activité » et lui vote « à titre de secours une fois donné » la somme de 150 francs.

Réverbère : le maire demande l’autorisation de faire poser un demi-réverbère à l’angle de l’hôtel de la poste aux lettres : « le carrefour, composé de rues étroites qui sont traversées jour et nuit par les voitures publiques, n’est pas éclairé, au grand préjudice de la sécurité publique ». Le Conseil se range à l’avis du maire.

Problèmes de stationnement

« Les lieux destinés aux dépôts de charrettes et voitures sont insuffisans, par suite de l’accroissement de l’activité commerciale de la ville, surtout le jour des marchés. Les étrangers, qui ne savent où déposer leurs voitures, sont exposés sans cesse aux sévérités de la gendarmerie dont les PV s’augmentent de mois en mois ».

« Monsieur le maire, frappé des inconvéniens qui résultent des rigueurs de la gendarmerie et du tort que cet état de choses peut causer à la ville en éloignant les étrangers », propose au Conseil Municipal, qui s’empresse de l’adopter, de lever l’interdiction existant actuellement « de déposer des charrettes et voitures sur les terrains connus sous le nom de boulvard de l’éperont » (orthographe respectée)
.
Aviez-vous l’autorisation ? : M. Veillet, receveur municipal, à la demande du Conseil de Préfecture, réclame, pour son compte de gestion, l’autorisation de traiter de gré à gré pour l’achat de divers objets d’équipement pour les pompiers (1870 francs), ceinturons et accessoires pour les Gardes Nationaux (750 francs).

Le maire répond que ces autorisations n’ont pas été données mais fait observer à Monsieur le Sous-Préfet que, « les dépenses dont il s’agit ont été faites dans un but utile et à la suite de la révolution de février ».
En effet la Compagnie de Sapeurs Pompiers a été portée de 32 à 60 hommes. « Depuis cette époque, plusieurs incendies ont eu lieu à Châteaubriant et toujours, grâce au zèle des pompiers et à leur nombre, ils ont été combattus victorieusement. Il n’était pas possible de faire un meilleur usage de ce crédit ».

En ce qui concerne les Gardes Nationaux : « le mouvement révolutionnaire avait appelé la France aux armes et chaque citoyen était devenu garde national. Un grand nombre avaient dû diminuer leurs ressources par la difficulté de se procurer du travail et cependant ils n’hésitaient pas à s’imposer les plus dures privations pour compléter un uniforme qui était devenu à peu près obligatoire ». La ville, reconnaissant le zèle patriotique qu’ils n’avaient cessé de montrer, crut devoir alléger leur sacrifice personnel en leur fournissant quelques accessoires de l’équipement. C’est dans ces circonstances que les crédits ouverts pour ces objets ont été dépensés administrativement. Le Conseil pria par la suite Monsieur le Préfet d’approuver la conduite de l’administration municipale et de régulariser cette dépense.

Taxe sur les voitures de luxe

1er décembre 1850 : La réunion du Conseil Municipal était fixée pour 2 heures [de l’après-midi] mais à 3 heures il n’y avait pas le nombre suffisant . « L’assemblée a d’abord hésité à se constituer parce que l’effectif présent, 11 membres, ne formait pas la moitié plus un du nombre légal des membres du Conseil fixé à 23 » [il aurait donc fallu 12 présents]. « Toutefois, attendu le décès de deux conseillers et vu la loi du 21 mars 1831 qui dit : " le Conseil ne peut délibérer que lorsque la majorité des membres en exercice assiste au Conseil ", il a été passé outre » (souligné dans le texte).

Daniel Lacombe préside la séance en l’absence de M. de la Pilorgerie. Le Conseil est appelé à voter « un contingent en numéraire comme équivalent au produit d’un rôle de prestation ». Concrètement, et selon lettre du Préfet en date du 11 novembre 1850, il s’agit de voter « une taxe de :
- 2,20 francs pour chaque voiture de maître montée sur deux roues et
- 4,20 francs pour chaque voiture de maître montée sur quatre roues »

Plusieurs membres du Conseil demandent quel est le nombre de ces voitures en la possession d’habitants de la commune.

Le Président répond qu’il n’a aucun renseignement à ce sujet et invite le Conseil à se réunir à nouveau le dimanche suivant.

8 décembre 1850 : sous la présidence de M. de la Pilorgerie, maire, on reparle de la taxe sur les voitures de luxe, imposée par le Préfet en exécution d’une demande du Conseil Général. Une longue discussion s’engage. Quelques conseillers sont en faveur de la mesure. L’opinion de la majorité se résume ainsi :

« la décision sur laquelle s’appuie l’arrêté de M. le Préfet paraît contraire à la loi du 21 mai 1836.

D’après cette loi, le montant du rôle supplémentaire ne peut être mis à la charge de la caisse de la commune sans le consentement de celle-ci.

Aucun document concernant le montant de la taxe n’a été présenté au Conseil, ce qui le mettrait dans l’impossibilité de voter une allocation déterminée dans le cas où il serait d’avis de laisser cette taxe à la charge du budget de la commune.

Le Conseil, « estimant toutefois qu’il est impossible que le montant de la taxe différentielle, lequel rôle aurait dû être dressé avant tout, puisse être mis à la charge de la caisse municipale, a déclaré passer à l’ordre du jour ». Bref, parlons d’autre chose.

Le Conseil Municipal vote 50 francs au profit du docteur Lucien Delourmel comme indemnité « pour le terrain qu’il a fourni, à titre d’alignement pour l’élargissement de la rue de la Poterne, au delà de la ci-devant porte de ville de même nom ».

Enfin le Conseil vote un crédit de 80 francs pour remblaiement, nivellement et empierrement « sur le placis de la halle neuve » [il s’agit du solde des travaux, revoir au 10 novembre 1850]

11 décembre 1850 : le maire demande que le tiers de la somme consacrée chaque année aux travaux sur les chemins de petite vicinalité, soient affectée à Châteaubriant pour rétribuer, pendant l’hiver, un certain nombre d’ouvriers qui, sans cette ressource, manqueraient d’emploi.

Par ailleurs, le maire annonce que la ville a acquis un autre grenier se trouvant au dessus de la vieille halle de la ville « afin de donner plus de jour et de rendre plus salubre une partie de la ville »

Daumier

Le jeune Honoré Daumier, saute-ruisseau chez un huissier, puis commis de librairie, se fait remarquer à l’âge de 20 ans par ses lithographies. Républicain convaincu, il dessine, en 1830, ses premières caricatures politiques. En 1832 il entame une longue collaboration avec "Le Charivari", journal spécialement dirigé contre Louis-Philippe et qui va jouer un rôle important dans la vie politique de l’époque.

Las ! dès 1832, Daumier est condamné à six mois de prison pour une caricature représentant Louis-Philippe en Gargantua engloutissant les impôts payés par le petit peuple...

En 1835, année de l’adoption des lois sur la censure, Daumier renonce à la satire politique directe pour se tourner vers la caricature de mœurs : Robert Macaire, Les Gens de Justice, Les Bons Bourgeois...

Avec son esprit caustique tout y passe : la vie quotidienne, les logements insalubres en sous-sol, les scènes de ménage, la représentation des pauvres gens dans le quotidien de leur misère, la dureté de la vie face à la nature, telle que la rude tâche des lavandières avec leurs lourds fardeaux. Cette critique de la société est aussi critique politique indirecte.

Beaudelaire écrit de lui :

C’est un satirique, un moqueur ;
Mais l’énergie avec laquelle
Il peint le Mal et sa séquelle,
Prouve la beauté de son cœur.

La révolution de 1848 lui permet de retrouver sa veine politique. A partir de 1850 il fait vivre un personnage : Ratapoil, fossoyeur de la République, type de l’aventurier politique et propagandiste bonapartiste, qui anticipe et résume l’image que va revêtir le nouveau régime impérial aux yeux des républicains : propagande, cynisme, affairisme, absence d’envergure ("Napoléon le petit") en comparaison du Premier Empire, etc.

Daumier également caricature les députés de son époque.

Homme de gauche convaincu, Daumier, dans ses dessins, prend le parti de l’homme ordinaire contre les rois et les princes, celui du pauvre contre le riche, de la justice sociale contre l’inégalité. Il se moque des Importants, qu’il considère être du mauvais côté, donnant ainsi un énorme plaisir aux opposants au régime politique en place.

Mais ses dessins, qui aujourd’hui valent des millions, sont boudés par les amateurs d’art de son époque, et le petit peuple, qu’il ravit, n’a pas les moyens de le sortir d’une extrême pauvreté.

1850 : la mort de Balzac

18 août 1850 : Honoré (de) Balzac meurt à 51 ans. Il laisse une œuvre considérable : 90 romans, 2000 personnages.

L’étude de mœurs contemporaines est une de ses sources d’inspiration. Balzac, dans une situation financière catastrophique, écrit beaucoup, parfois 15 heures par jour, mais toujours avec exigence : il rature et corrige jusqu’à 10 épreuves avant d’en autoriser le tirage. Scènes de la vie privée, Scènes de la vie de province, Scènes de la vie parisienne. En créant son roman Le Père Goriot , Balzac donne une unité à son oeuvre. Désormais on peut vraiment parler d’un « monde balzacien ».

Balzac intègre à ses œuvres des éléments nouveaux pour l’époque : le matériel, le quotidien, les faits sociaux deviennent sujets et moteurs de l’intrigue. L’auteur dresse un tableau fidèle de la société française de la première moitié du XIXe siècle, mais, de plus, il "invente" le vrai, découvrant ce qui se cache au plus intime dans les familles, dans les consciences. D’où l’importance accordée aux incidents minimes de la vie privée, de la vie domestique, pour révéler les drames et les combats qui se jouent. Car la Société accomplit sournoisement des "crimes sociaux" : abandon d’un père, détournement d’héritage, ruine d’un honnête homme. Le réalisme balzacien est explication du réel, et non simple copie. La comédie humaine est à la fois histoire et critique de la Société.

La peau de chagrin, Le Père Goriot, Le colonel Chabert, César Birotteau, Eugénie Grandet, Le cousin Pons, La cousine Bette, La Duchesse de Langeais, Les illusions perdues, le médecin de campagne.... La société mise en place par Balzac est une jungle où les victimes sont dévorées sans pitié. C’est une mécanique dont les rouages broient aveuglement ceux qui s’y engagent. Société sans cœur, elle consacre le triomphe de l’égoïsme et l’élimination des purs.

Géricault

Peintre, sculpteur, dessinateur, Théodore Géricault (1791-1824) est connu pour ses séries de chevaux et pour son célèbre tableau « Le radeau de la Méduse », fruit d’une observation minutieuse (il a fait des études sur des cadavres à l’hôpital Beaujon). Le tableau suscita critiques et enthousiasmes. Il marque l’entrée de la laideur dans l’art, l’intention de prendre des modèles dans la vie courante, sans imposer une pseudo-beauté conventionnelle.

Géricault a peint aussi une série étonnante de portraits de fous dans lesquels s’exprime un pathétique intense : désir d’aller aux sources d’inspiration les plus brutales, les plus impitoyables.

A voir par exemple : Vieille femme (Musée du Havre), Tête de supplicié (musée de Genève), Femmes nues (musée de Rouen).

Il s’agit là d’une des origines de l’art moderne : le refus de tricher avec la vérité. L’œuvre d’art n’est plus destinée à plaire à l’amateur en flattant son goût et en suivant les canons traditionnels de la beauté. Elle devient l’expression de l’émotion de l’artiste.

Géricault est ainsi un des initiateurs du romantisme en peinture auquel Delacroix donnera un élan irrésistible.



Sources :

- Archives municipales séries 1 D 19 et 2 D 11 (courriers)

- Histoire de la France et des Français par A. Castelot et A. Decaux (Editions Robert Laffont)
- Espaces et Civilisations, 4e, Ed Belin
- Histoire générale de la peinture, Ed. du Rionzi, Lausanne 1966