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Femmes célèbres

Anne de Bretagne

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 Les trois époux d’Anne de Bretagne

Beaucoup de Français croient encore que la Bretagne a été rattachée à la France par le mariage d’Anne de Bretagne avec le roi Charles VIII. En fait c’est de la blague : Anne de Bretagne est morte en 1514 et c’est en 1532 qu’a eu lieu l’union de la Bretagne à la France. Mais remontons exactement 500 ans en arrière.

1488 François II, duc de Bretagne, meurt un mois après la funeste bataille de St Aubin du Cormier qui vit la mort de 6000 soldats bretons dans une rageuse bataille contre les soldats français commandés par La Trémoille. Du côté des bretons, un prince Français, Louis d’Orléans que nous allons retrouver bientôt, est fait prisonnier par les Français

1488 : Anne, fille de François II, accède au trône de Bretagne. Le Roi de France demande à être nommé tuteur de cette enfant de 12 ans, mais le conseil ducal refuse et la France déclare, une fois de plus, la guerre à la Bretagne (7 janvier 1489).

La cour de Bretagne est divisée, chacun des "grands" cherchant à profiter de la fragilité de la demoiselle à qui le destin a confié la lourde responsabilité de son duché. Il y a donc une curieuse guerre triangulaire :
- 1) l’armée française
- 2) l’armée des seigneurs bretons félons (du côté de laquelle on trouve Françoise de Dinan, dame de Châteaubriant)
- 3) l’armée des seigneurs fidèles à Anne.
Et chacune des trois armées combat contre les deux autres ! Finalement les pays étrangers adversaires de la France prennent le parti des Bretons et les Français sont chassés. Bon. Mais la menace d’agression demeure et, pour défendre sa position internationale, il est temps que la jeune Duchesse prenne un époux.

 Premier mariage : Maximilien

Elle se décide pour Maximilien d’Autriche, un bel homme de trente ans, cultivé et distingué, veuf depuis 8 ans et héritier présomptif de la couronne impériale. Le mariage est décidé, mais Maximilien n’est pas assez riche pour faire le voyage de Bretagne avec le faste qui convient pour épouser une si haute princesse, et puis la menace turque dans son pays ne lui permet pas de s’absenter. Le mariage a donc lieu par procuration le 19 novembre 1490 : c’est l’ambassadeur d’Autriche qui représente Maximilien et qui, après la cérémonie religieuse, introduit symboliquement sa jambe droite nue dans le lit de la Duchesse

A la Cour de France, quand on apprend la nouvelle, c’est l’explosion de rage et l’armée française investit toute la Bretagne sauf "la ville de Rennes et la fille qui est dedans" (c’est-à-dire Anne de Bretagne). Le roi de France, Charles VIII vient, en personne, mettre le siège devant Rennes, résolu à en venir à bout par la famine. Anne ne cesse d’adresser des appels désespérés à son mari Maximilien d’Autriche et à ses alliés espagnols et anglais. Mais Maximilien, absorbé par d’autres soucis, ne réalise pas que seule son intervention immédiate peut sauver le Duché.

Finalement, dans Rennes la faim se fait sentir, la situation n’est plus tenable et c’est en pleurant qu’Anne accepte les conditions du traité proposé par Charles VIII.

... Charles VIII qui, tout-à-coup change de politique : il court à Montilz-les-Tours où Louis d’Orléans est prisonnier depuis la bataille de St Aubin du Cormier, il lui rend sa liberté et l’envoie demander, pour lui, la main de la Duchesse. Refus scandalisé d’Anne, qui est mariée avec Maximilien d’Autriche tandis que Charles VIII est marié avec la fille de Maximilien d’Autriche. Quel sac de nœuds !

Et puis Charles VIII est malingre, bossu, fort laid de visage et son parler est hésitant. Les contemporains le qualifie de "benêt".

 Deuxième mariage : Charles VIII

Mais voilà qu’un jour Charles VIII, sous prétexte d’un pèlerinage à la Chapelle Notre Dame de Bonne Nouvelle, s’en vient jusqu’aux portes de Rennes avec seulement 100 hommes d’armes et 50 archers. De mystérieuses complicités lui permettent de s’introduire dans la ville. Et le voilà même jusqu’à la porte de la chambre de la Duchesse. Celle-ci s’aperçoit qu’elle est seule et sans protection. Ses gens se sont éclipsés. Elle comprend qu’on l’a trahie et que nul ne répondra à ses appels.

Trois jours plus tard, les fiançailles d’Anne et de Charles VIII sont annoncées (sans que leurs mariages respectifs eussent été annulés). Charles écrit à sa sœur Anne de Beaujeu : "Madame, vous pouvez être satisfaite, J’ai pris Rennes et la fille qui est dedans, par les moyens que je souhaitais". Dans toutes les Chancelleries d’Europe court le bruit que le roi de France a eu le comportement criminel d’un vulgaire soudard. le Pape lui-même s’en émeut.

Finalement, Anne de Bretagne épouse Charles VIII au Château de Langeais le 6 décembre 1491. Reine de France, Anne reste Souveraine des Bretons, elle fait même signer le 7 juillet 1492 une ordonnance rétablissant intégralement tous les privilèges, franchises et libertés des Pays et Duché de Bretagne et, en 1493, une ordonnance attribuant des subventions à l’université de Nantes.

 Troisième mariage : Louis XII

Mais le 8 avril 1498, en allant assister à une partie de jeu de paume dans les fossés du château d’Amboise, Charles VIII se cogne la tête à une porte basse. Le soir même il est mort. Anne redevient la Duchesse d’une Bretagne pleinement indépendante.

Le nouveau roi de France est alors, sous le nom de Louis XII, ce prince Louis d’Orléans qui a combattu avec les armées bretonnes à St Aubin du Cormier. cela fait longtemps qu’il est amoureux de cette petite Duchesse. Il peut maintenant lui avouer sa flamme. Anne est sensible au charme du beau chevalier qui a toujours été pour elle plein de prévenances. Quand la raison d’Etat s’accorde avec merveille avec les sentiments, tout est bien ... sauf que Louis d’Orléans est marié (de force pratiquement) avec Jeanne de France. Il intente alors un procès pour faire dissoudre son mariage, et l’obtient.

Les épousailles d’Anne et de Louis XII eurent lieu le 8 janvier 1499, il y a 500 ans maintenant.

(sources : le livre de Yann Brékilien : Histoire de la Bretagne, aux Editions France Empire) - Lire aussi le livre "Anne de Bretagne" de Philippe TOURAULT .


 La monnaie d’Or d’Anne de Bretagne

La première monnaie millésimée du Royaume de France a été frappée fin octobre 1498, sous le règne de Louis XII. La Duchesse-Reine, Anne de Bretagne, s’y présente en majesté, assise sur un trône, couronnée et portant dans la main droite l’épée de justice, attribut traditionnel de ses ancêtres les Ducs de Bretagne, et dans la main gauche le sceptre, instrument de l’autorité souveraine. Sa robe est parsemée d’hermines et de fleur de lys (ce qui rappelle l’histoire personnelle d’Anne de Bretagne). Lire à ce sujet l’article de Jean Kerhervé dans "Ar Men" n° 99 de décembre 1998


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Anne de Bretagne
Ci-contre : Anne de Bretagne reçoit le manuscrit 
"Les vies des femmes célèbres" 
composé par Antoine du Four en 1509

 Anne de Bretagne et Châteaubriant

Anne de Bretagne a joué un rôle important dans l’histoire de Châteaubriant . Françoise de Dinan, dame de Châteaubriant, n’a -t-elle pas été la gouvernante de la jeune Duchesse ?

Quelques années plus tard, c’est à sa cour que se trouvait, comme page, le jeune Jean de Laval, au moment du décès de Françoise de Dinan sa grand-mère. François de Laval, fils de Françoise de Dinan et père de Jean de Laval devint Seigneur de Châteaubriant mais pour 3 ans seulement. Son décès prématuré fit de Jean de Laval, à 16 ans, un jeune Seigneur, tout à sa peine. « C’est alors qu’il commença à regarder avec un intérêt de plus en plus vif le groupe charmant formé autour de la Duchesse-Reine par les 59 dames et 41 jeunes filles assurant le service de la souveraine, la plupart issues de très grandes maisons, et toutes choisies avec un soin raffiné pour leur grâce, leur souci d’élégance, leur beauté, leur adresse à faire valoir les splendeurs des toilettes de Cour, et aussi pour leurs qualités de cœur est d’esprit, leur instruction, leurs connaissances aux Arts et aux Lettres » écrit G. Toudouze dans son livre « Françoise de Foix et François 1er »

En 1505, Jean de Laval a le coup de foudre pour une exquise jeune fille, nouvellement arrivée au service de la Duchesse Anne : Françoise de Foix, une petite beauté, raffinée d’esprit et de culture, mais sans pédanterie.

Françoise de Foix est cousine d’Anne de Bretagne, fille d’un noble ariégeois. Elle n’a que 11 ans mais « une taille avantageuse qui se perfectionnait de jour en jour, un air engageant mêlé de fierté et de douceur, des cheveux noirs qui relevaient la blancheur et l’éclat de son teint. Et un esprit juste, fin, de bon sens qui commençait à briller et la rendait la plus rare et la plus belle personne du siècle.

Les jeunes gens s’aiment : Anne de Bretagne fait célébrer leurs fiançailles à Morlaix le 4 septembre 1505. La jeune fille est pauvre, mais Anne de Bretagne lui attribue une dot de 20 000 livres, prise sur les revenus de Bretagne.

Jean de Laval et Françoise de Foix partent aussitôt pour Châteaubriant. Une fille, prénommée Anne, naîtra le 11 mars 1507. Le mariage de Jean et de Françoise ne sera célébré qu’en 1509.

Anne de Bretagne fit par la suite plusieurs séjours à Châteaubriant, jusqu’à sa mort le 9 janvier 1514. Elle contribua à relever le château des ruines dues au siège qu’il subit de la part des Français en 1488. C’est grâce à ces dons que le « logis seigneurial » et le « Grand Donjon » de Châteaubriant s’ornent de larges fenêtres à meneaux à linteaux accoladés, à coté des étroites fenêtres héritées du Moyen-Age.

Une très belle statue d’Anne de Bretagne, par Jean Fréour

Complément : comment la Bretagne a été annexée par la France