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1851 (de janvier à juin)



Selon le grand agronome Adrien de Gasparin, l’agriculture est en plein marasme, en ce début de l’année 1851, et sur toute l’Europe. Les récoltes de 1848 ont été bonnes, ce qui a fait baisser les prix.

D’un point de vue politique, le conflit permanent entre le Président Louis Napoléon, et l’Assemblée Nationale s’aggrave. Au point que l’on s’habitue à l’idée d’un possible coup de force. Tocqueville prédit déjà le coup d’Etat qui n’aura lieu qu’à la fin de l’année.

3 Janvier 1851 : Louis Napoléon décide la destitution de Changarnier (revoir au 10 octobre 1850). Il est effectivement arrêté le lendemain. Au gouvernement, les ministres démissionnent.

8 janvier 1851 : des députés vont faire des remontrances à Louis Napoléon. Un compromis est trouvé : quatre ministres reprennent leur démission. Quatre hommes nouveaux entrent au gouvernement.

20 janvier 1851
 : l’Assemblée Nationale déclare qu’elle n’a pas confiance dans le ministère. C’est la rupture. Les ministres démissionnent. Ils ont détourné sur eux la colère de l’Assemblée. Louis Napoléon a gagné. Il forme à la hâte un « petit ministère » de quelques fonctionnaires peu connus.

3 février 1851 : le ministère demande une augmentation de crédits pour les frais personnels du Président. L’Assemblée refuse. Louis Napoléon se voit forcé de vendre une partie de ses équipages. Il supprime les grandes soirées et emprunte de l’argent après avoir dilapidé la fortune de sa maîtresse Mlle Howard.

9 février 1851 : A Châteaubriant on ne dilapide point l’argent. M. le maire est autorisé à vendre aux enchères les boues de la ville amassées en divers dépôts.

Un arrêté du Conseil de Préfecture a statué sur la contestation existant depuis longtemps entre la ville d’une part et M.Mme d’Arimont d’autre part, « touchant l’indemnité leur revenant à raison des préjudices éprouvés par leurs bâtiments et terrains par suite de l’abaissement et du nivellement de la place Saint Nicolas et de la rue neuve. M. et Mme d’Arimont ont accepté 987,50 francs ». Avec les frais d’expertise, l’affaire revient à 1107,35 francs à la commune. Voilà une affaire qui dure depuis 1846.

Il est entendu que le terrain sur lequel M. et Mme d’Arimont font bâtir leurs escaliers et perrons en saillie de leurs maisons « n’est occupé que par tolérance et qu’au besoin il sera restitué à la voie publique lorsque, par une circonstance quelconque, ces perrons et escaliers seront supprimés »

9 février 1851 : le cahier des charges du pesage et mesurage a été renvoyé tardivement par le Préfet. De ce fait la mairie n’a pu renouveler le bail à partir du commencement de l’année donc « monsieur le Maire fait faire le service par un préposé spécial qui, chaque semaine, a versé au secrétariat de la mairie la recette qu’il a faite et qui se monte, terme moyen, à une douzaine de francs ». Il est entendu que le montant des recettes sera ultérieurement remis à l’adjudicataire définitif, défalcation faite toutefois du salaire de l’agent temporaire « qui ne pourra prétendre à plus du quart du total ».

Arbres : le conseil municipal donne son approbation à la vente, au profit du bureau de bienfaisance, de 29 chênes, 30 châtaigniers, 10 cerisiers et 3 hêtres situés sur la métairie de la Haie. Estimation : 1500 francs

15 février 1851 : le maire annonce au Sous-Préfet que « l’hôtel de ville qui forme l’avant-corps de la halle neuve aux blés, actuellement en construction, sera disponible pour la Saint Jean prochaine » . Il convient de prendre les mesures nécessaires pour louer « le local qui sert actuellement de mairie » [à savoir : l’hôtel du Boisdulier] « à M. Cholet au Lyon d’Or » [l’hôtel du Lyon d’Or se trouvait dans la rue de Couëré, presque en face de l’hôtel du Boisdulier]

Le Conseil Municipal renvoie à une séance ultérieure l’étude du plan du chemin n° 34, de Fougeray à Juigné.

Il est question d’élargir la partie de ce chemin comprise entre la route d’Angers et le Bois du Drouillay. Le maire est invité à s’assurer de cela « afin qu’il y ait protestation énergique contre cette opération qui serait au moins prématurée ».

Timbre : Le Conseil Municipal a mis à la disposition de la fabrique de l’église Saint Nicolas une somme de 78 francs pour concourir aux frais de réparation « de la campanile » dans lequel le timbre de l’horloge a été suspendu jusqu’au mois de septembre dernier. [on croit comprendre que, depuis, le timbre de l’horloge a été transporté dans le campanile de la halle neuve aux blés, c’est-à-dire de la mairie actuelle]

Où mettre les gendarmes ?

18 février 1851 : les dames Ursulines de Chavagnes ont quitté, il y a quelques mois, la maison qu’elles occupaient depuis leur arrivée à Châteaubriant, maison située place de la Motte et appartenant au bureau de bienfaisance.

18 février 1851 : une nouvelle brigade de gendarmerie à pied doit, selon toute probabilité, être établie à Châteaubriant. L’administration songe à caserner cette brigade dans la maison du bureau de bienfaisance, communément appelée « Ecole charitable »

22 février 1851 : le maire écrit au commandant de la garde nationale au sujet de l’anniversaire du 24 février 1848 : « une cérémonie commémorative aura lieu dans l’église Saint Nicolas à 9 h précises du matin. La garde nationale devra y participer. Vous profiterez de cette réunion, Monsieur le Commandant, pour vous assurer que les armes qui sont confiées au patriotisme des gardes nationaux, et dont la commune est responsable, sont en bon état ».

27 février 1851 : les divers inspecteurs de l’enseignement primaire qui ont visité la salle d’école de Châteaubriant se sont plu à constater « les services qu’elle rend à la population pauvre et ouvrière de cette commune ».

Il manque de l’argent pour l’école

Mais la situation financière de l’école permet à grand peine de subvenir aux dépenses courantes. « Toute amélioration, tout renouvellement de mobilier, tout agrandissement exigent des ressources extraordinaires qu’on ne saurait trouver dans le budget de l’établissement », budget qui ne se solde qu’avec l’allocation variable accordée, chaque année, par le Préfet sur les fonds mis à sa disposition par le Conseil Général en faveur des salles d’asile du département. « C’est pour cette raison que le mobilier n’a reçu, malgré les lacunes qui s’y trouvent, aucun accroissement depuis la fondation de l’établissement. »

27 février 1851 : le maire de Châteaubriant se renseigne des usages de la ville de Nantes : « les marchands forains étalagistes vendant des denrées de diverse nature sur les marchés publics, paient-ils une rétribution à l’adjudicataire du poids public lorsqu’ils se servent de leurs propres balances ? »- « Les renseignements que vous voudrez bien me fournir me serviront à résoudre des difficultés assez graves qui s’élèvent en ce moment entre les marchands forains ou étalagistes et l’adjudicataire des poids publics à Châteaubriant »

Une évasion spectaculaire

3 mars 1851 : le sieur Bretel , condamné pour vol, s’est évadé ce matin vers 7 heures, de la maison d’arrêt de Châteaubriant.

Chargé, pendant l’inspection des gardiens dans les chambres, d’aller vider un baquet aux latrines des prisonniers dans la cour, il a profité de l’ouverture d’une porte, ordinairement fermée, donnant accès au cabinet de latrines réservé au gardien et à sa famille, et à côté duquel un escalier conduit à la galerie. Au moyen d’une corde de lessive, l’homme s’est échappé par une ouverture non grillée de 50 cm de largeur sur 40 cm de haut. Cette corde s’est brisée à environ 3 mètres à partir de l’ouverture et Bretel est tombé sur la place de la Motte d’une hauteur d’environ 7 mètres.

Cette évasion s’est accomplie en l’espace de quelques minutes. Ne voyant pas le prisonnier revenir dans sa chambre, le gardien s’est mis à sa recherche et a appris les faits ci-dessus. Des ordres ont été immédiatement donnés à la Gendarmerie et « on espère que Bretel, qui n’a pas pu manquer de contracter quelques contusions dans cette chute, ne tardera pas à être repris ».

« Sans doute le gardien peut être blâmé d’avoir laissé ouverte la porte de ses latrines, mais la cause sérieuse de l’évasion se trouve dans la mauvaise disposition de la prison. Cette circonstance est un nouveau et puissant argument en faveur de la nécessité de construire une prison dans de bonnes conditions de sûreté » écrit le maire.

14 mars 1851 : Par délibération du 20 janvier 1850, le Conseil Municipal a voté une somme de 160 francs pour acquérir un puits, situé dans le Faux-bourg de Couëré sur le bord de la route nationale 163, "à l’effet de devenir public" (alors qu’il était privé). Le maire transmet les papiers au Sous-Préfet et indique : « la possession de ce puits et de ses accessoires et sa conversion en puits public, sont depuis longtemps reconnus utiles pour les besoins de ce quartier »

11 avril 1851 : Louis Napoléon renvoie « le petit ministère » (revoir au 20 janvier). Les ministres qui ont démissionné en janvier reprennent leur poste. Chaude ambiance.

Les trois mois qui suivent sont occupés par une révision de la Constitution. Celle-ci prévoit que le Président ne peut être réélu ... Ce qui n’arrange pas les projets de Louis Napoléon

2 mai 1851 : le maire de Châteaubriant indique au Commandant de la Garde Nationale qu’un TE DEUM sera chanté dimanche 4 mai, dans l’église Saint Nicolas, à 11 heures et demi du matin, à l’occasion de l’anniversaire de la proclamation de la République.

11 mai 1851 : longue réunion du Conseil Municipal à Châteaubriant

M. Triau, instituteur communal demande « dans l’intérêt de la prospérité de son école » à être autorisé à percevoir lui-même la rétribution scolaire que paient les élèves non gratuits. Accord du Conseil.

Une pétition signée de huit propriétaires demande la réparation du chemin « impraticable pendant 6 mois de l’année » qui, s’embranchant avec la route de Nantes, proche la Ville en Bois, conduit à Launay, à la Sépellière, à la Feuvraie, aux moulins de la Garenne ainsi qu’à la route d’Angers et, au delà, aux fours à chaux d’Erbray « ce qui, pour les communes de St Aubin, St Vincent, etc, abrège pour l’aller et le tour , la distance entre elles et ces établissements de 6 km ».

Le Conseil Municipal regrette que la situation de la caisse municipale ne lui permette pas de voter des fonds pour la mise en état de viabilité de ce chemin [qui est sans doute l’actuelle Rue de Tugny]. Le Maire est invité à recueillir les offres de concours que feraient probablement les signataires de la pétition « qui ont un intérêt évident et immédiat à l’exécution des travaux qu’ils sollicitent »

Mesurage : contestation

11 mai 1851 : le sieur Chevalier, qui est désormais adjudicataire du droit de pesage et mesurage, réclame :

- . D’une part une indemnité de 252 francs représentant, d’après ses évaluations, les pertes qu’il a éprouvées « par suite du refus de paiement du droit par 14 marchands de beurre, 8 bouchers, 30 marchands de denrées » qui n’avaient jamais fait pareil refus à ses devanciers. Il réclame aussi la réparation du préjudice « que lui a fait subir le dépôt de décombres au lieu même du pesage, au bas de la halle, pendant la partie la plus avantageuse de l’année ».

- . D’autre part, il sollicite le paiement de 44,70 francs qu’il prétend lui être dus, « pour réparations, par lui faites, sur l’ordre de M. le maire, aux poids, mesures, instruments de pesage, portes du bâti-ment où sont les balances - ainsi que pour fourniture d’étagères et pesage des graines pour l’établissement des mercuriales. »

Le maire explique que les commerçants en conflit ci-dessus, « se servent de leurs propres balances » et ne peuvent être astreints à payer un droit pour un service qu’ils n’ont pas réclamé et qu’on ne peut leur imposer.

Il dit aussi que les décombres proviennent de la démolition de la vieille halle au blé et n’ont séjourné « que pendant un temps tellement limité qu’il n’a pu en provenir un tort appréciable pour le sieur Chevalier »

Que, d’ailleurs, celui-ci, à partir du second mercredi qui a suivi les démolitions de la vieille halle, « a installé un pesage à la halle neuve où avait été porté le marché aux grains »

Et qu’enfin, en ce qui concerne les réparations et fournitures exécutées en vertu d’ordre de l’autorité municipale, le sieur Chevalier est réellement créancier de la ville.

En conséquence le Conseil Municipal rejette la première partie de la demande du sieur Chevalier et souhaite vérifier la deuxième partie « de façon à lui payer ce qui est réellement »

11 mai 1851 : la ville de Châteaubriant, propriétaire de l’ensemble de la parcelle (ayant appartenu à M. Dupin de la Ferrière), sur laquelle a été édifiée la nouvelle Halle aux blés, a cherché à vendre les parcelles disponibles (revoir au 8 mars 1850) mais « les concurrents qui se sont présentés ont trouvé les estimations exagérées et aucun n’a voulu enchérir ».

Cependant, dit le maire, Jules Luette de la Pilorgerie, « il importe que la caisse municipale ne soit pas indéfiniment privée de cette ressource nécessaire dans la situation actuelle ». Le Conseil Municipal envisage donc de baisser les mises à prix. Après plusieurs combinaisons soigneusement examinées et discutées, il s’arrête aux propositions suivantes :

- 1er lot - 165,60 m2, à 12 francs (au lieu de 18)
- 2e lot - 212,22 m2 à 9 francs (au lieu de 12)
- 3e lot - 300, 22 m2 à 8 francs (au lieu de 9,75)
Un élu fait connaître que le surplus des terrains vendables, au nord et à la suite du 3e lot, pourra prochainement être demandé par une personne de sa connaissance.

Décombres

Le Conseil Municipal vote en outre un crédit de 200 francs pour faire transporter, jusqu’à concurrence des besoins, des décombres provenant des fouilles entreprises sur les terrains du château au bord de la Rue du Dos d’Ane. « Ces décombres doivent servir à compléter les remblais, au joignant de la halle aux blés nouvellement bâtie ». La délibération indique un coût de 0,30 francs du m3. On en conclut qu’il faut compter sur plus de 600 m3 de décombres.

Pour macadamiser le placis en avant de la nouvelle halle aux blés, le Conseil Municipal prévoit 100 francs. Par ailleurs il réserve 60 francs pour acheter du matériel pour la mairie (une douzaine de chaises)

Enfin 50 francs seront versés au sieur Delorme pour les pavés neufs qu’il a cédés pour les besoins de la ville.

Si longue est la route

12 mai 1851 : le Conseil Municipal de Châteaubriant examine le Compte Administratif 1850. Une nouvelle fois, le Conseil demande « que les sacrifices faits jusqu’ici par la ville de Châteaubriant, dans une proportion considérable, pour la réparation des chemins vicinaux de grande communication, cessent enfin d’être à peu près stériles pour elle ». En particulier le Conseil insiste pour que le chemin de Bain de Bretagne, entrepris depuis plus de 12 ans, soit achevé, d’autant plus que l’année précédente, « au lieu de mettre les deux tiers des ressources municipales, Châteaubriant en a mis la totalité ».

Fête : 80 francs sont ajoutés au budget des fêtes publiques « à l’occasion de l’anniversaire du 4 mai. ».[le 4 mai 1848, lors de la première réunion de la nouvelle Assemblée Nationale, les représentants du peuple ont proclamé, « à la face du monde entier, que la République est et restera la forme du gouvernement de la France » ].

50 francs sont votés « pour le délogement du matériel de la mairie » qui, à la Saint Jean 1851, doit être transférée à l’hôtel de ville attenant à la halle neuve. Il est question de donner quelques coups de peinture à ce matériel.

Le salaire du concierge de la Halle Neuve sera de 50 francs pour le dernier semestre de 1851.

Enfin 300 francs sont prévus pour sculpter le fronton de l’hôtel de ville. La halle et l’hôtel de ville, sculpture comprise, auront coûté 10 821 francs.

Travail le dimanche

Ce 12 mai 1851, le salaire annuel du secrétaire de mairie est porté à 800 francs

M. Lesage fait observer que le service des logements militaires et celui des convois, exigent « que le bureau de la mairie ne soit pas entièrement désert le dimanche » - « La présence d’un employé est d’autant plus facile désormais que l’on peut disposer du secrétaire en chef et du commissaire de police et de l’expéditionnaire attaché au secrétariat ». Il est cependant fixé des heures invariables pour l’ouverture et la fermeture du bureau de la mairie.

Bain à cheval

Ce 12 mai 1851, le Conseil Municipal déclare que « le chemin de Bain est en si mauvais état que le courrier qui devrait faire son service en voiture, a dû jusqu’aux dernières semaines, le faire à cheval et encore avec des peines très grandes à cause des boues et des difficultés de communication ».

On note aussi, dans le compte administratif de 1850 :

1132,64 francs pour l’éclairage public
110 Francs pour montage de l’horloge et menu entretien
650 francs pour la répurgation de la ville
240 francs pour le salaire des tambours de la garde nationale
600 francs pour l’instituteur communal
300 francs pour le sous-maître d’école
300 francs pour le chauffage de l’école

Enfin il n’est plus nécessaire d’envisager le loyer d’un prétoire de justice « puisqu’il va se trouver à l’hôtel de ville un local pour cette destination ».

31 mai 1851 : le duc de Broglie, gendre de Mme de Staël, demande qu’on entame une procédure de révision de la Constitution. Une pétition est lancée, pour permettre à Louis-Napoléon de se succéder à lui-même. Elle recueillera 1 123 000 signatures.

1er juin 1851 : Louis Napoléon fait un discours hostile à la majorité de l’Assemblée Nationale



Sources :

- Archives municipales séries 1 D 20 et
2 D 11 (courriers)
- Histoire de la France et des Français
par A. Castelot et A. Decaux
(Editions Robert Laffont)
- Espaces et Civilisations, 4e, Ed Belin
- Histoire générale de la peinture,
Ed. du Rionzi, Lausanne 1966