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1852 (de janvier à avril)



1er janvier 1852 : Louis-Napoléon fait célébrer un Te Deum à Notre-Dame de Paris. Ce même jour, il s’installe aux Tuileries

2 janvier 1852, à Châteaubriant, M. Delourmel écrit au commandant de la Garde Nationale : « J’ai l’honneur de répondre à la lettre que vous m’avez adressée le 31 décembre dernier. Je ne mets jamais d’humeur ni de personnalité dans mes relations officielles ni ne me permets des conseils à personne. Dans les fonctions que j’exerce aujourd’hui très temporairement, je me borne à obéir sans hésitation aux ordres qui me sont légalement donnés et à en adresser à ceux auxquels j’ai le droit ou d’en donner ou d’en transmettre » .
Nous ne savons pas la cause de cette mise au point.

3 janvier 1852 : le Sous-Préfet de Châteaubriant, Henri Eriau, écrit au maire de cette ville : « Depuis le 2 décembre, Louis Napoléon n’a pas cessé un seul jour de s’appuyer sur les idées et sur les faits que son nom représente, c’est-à-dire sur l’ordre rétabli, sur la religion respectée et sur la sécurité maintenue.

Après avoir fait la guerre à l’émeute avec une remarquable résolution, et choisi une rive éloignée pour y transporter les hommes d’anarchie et de pillage, [ ndlr : cette phrase est étonnante, sans doute quelques tribunaux ont-ils déjà commencé les déportations vers l’Algérie, Cayenne ou autres lointaines colonies] le Président vient d’acquérir un nouveau titre à la reconnaissance du pays, en soumettant à une police sévère les lieux où eux et leurs complices avaient établi leurs principaux centres d’action.

La France applaudira au décret rendu sur le rapport de M. le Ministre de l’Intérieur, contre le développement abusif des lieux publics où se vendent les boissons alcooliques. Ce décret qui exige une autorisation pour l’ouverture à venir des cafés et cabarets, était depuis longtemps attendu par les honnêtes gens, affligés et effrayés de l’accroissement énorme que prenaient les débits de boissons, au préjudice de la fortune et de la moralité des populations des campagnes et des villes. »

 Débauche, boisson et politique

Le Sous-Préfet continue : « Le décret atteint en outre les cabaretiers qui pousseraient au débit par des moyens factices, tels que la débauche, le jeu, ou la surexcitation des passions politiques. Vous comprendrez la nécessité de faire fermer de pareils établissements, et vous m’aiderez, j’en suis bien convaincu, à provoquer auprès de l’autorité supérieure une répression qui est également dans l’intérêt de la morale et des lois.

Je vous serai donc obligé, Monsieur le Maire, de me faire connaître le nombre des cabaretiers, cafetiers et débitants résidant dans votre commune, et de me signaler ceux qui ne vous inspireraient aucune confiance, au point de vue de l’honnêteté politique et des mœurs..

Vous remarquerez qu’au moment même où le gouvernement s’est armé d’un moyen puissant pour préserver les ouvriers des villes et des campagnes de la fréquentation des cabarets démagogiques, il a autorisé par divers décrets plusieurs villes à contracté des emprunts destinés à donner bientôt des travaux productifs à ces mêmes ouvriers. Louis Bonaparte donne ainsi la mesure de sa fermeté en même temps que de sa sollicitude aux travailleurs. »

6 janvier 1852 : les Préfets reçoivent l’ordre d’effacer partout la devise « Liberté, Egalité, Fraternité ». L’autorité succède à la liberté ...

9 janvier 1852 : à Paris, 79 députés dont Victor Hugo, sont bannis. Dix-huit autres, surtout parmi les royalistes, sont « momentanément éloignés ». Parmi eux : Louis-Adolphe Thiers, ancien ministre du roi Louis-Philippe, auteur d’une Histoire de la Révolution Française (parue en 1827) qui avait pourtant soutenu en juin 1848 la candidature de Louis-Napoléon à la Présidence de la République. [Eloigné en Suisse, il sera autorisé à rentrer à l’été 1852 et se taira pendant 11 ans. Le 11 janvier 1864 il prononcera un discours retentissant sur les libertés nécessaires, dont la liberté individuelle, et la liberté de la presse].

9 janvier 1852 : Le Sous-Préfet écrit au maire de Châteaubriant : « un Te Deum solennel d’action de grâces sera chanté dimanche 11 janvier à 11 heures 3/4 du matin dans l’église paroissiale de Saint Nicolas afin d’appeler les bénédictions du ciel sur la grande mission que le peuple français vient de confier à Monsieur le Président de la République. Je vous serais reconnaissant d’inviter à cette cérémonie messieurs les membres du Conseil Municipal, le corps des officiers de la Garde Nationale et de convoquer pour l’escorte des autorités un piquet de sapeurs-pompiers ».

Janvier 1852 : la devise « Liberté, égalité, fraternité » doit être effacée des lieux publics. L’autorité prend le pas sur la liberté. Le régime politique, qui porte encore le nom de République, vire à la dictature.

11 janvier 1852 : Le Prince Président, Louis Napoléon Bonaparte, n’ose pas abolir officiellement la Garde Nationale, mais il annonce sa réorganisation. De fait, elle ne réapparaîtra qu’en 1870.

De janvier à mars 1852, seront pris de nombreux décrets dictatoriaux.

14 janvier 1852 : la nouvelle Constitution élaborée par le Prince Président, est promulguée. Elle lui donne les pleins pouvoirs pour une durée de 10 ans. Le Prince-Président a le droit de déclarer la guerre et de signer les traités, le droit de nommer à tous les emplois et de choisir les ministres. Il a aussi l’initiative des lois.

Les fonctionnaires et les membres des assemblées ont l’obligation de prêter serment de fidélité au Président de la République. Le Sénat et le Corps Législatif sont conçus pour éviter de nuire à l’autorité du Prince Président.

22 janvier 1852 : les Princes d’Orléans sont tenus de vendre leurs biens dans le délai d’un an. « C’est le premier vol de l’aigle » dira l’avocat André Dupin.

24 janvier 1852 : la noblesse est rétablie.

 La presse sous tutelle

8 février 1852 : le Duc de Persigny, ministre de l’Intérieur, réorganise l’élection des Députés. Il impose par exemple aux militaires et aux marins de voter dans leur commune. Cela leur interdit toute participation au scrutin. De plus les condamnations, même pour raisons politiques, privent du droit de vote : cela vise surtout les électeurs républicains. Par ailleurs, il est interdit aux opposants de tenir des réunions électorales et d’imprimer des affiches.

16 février 1852 : un décret interdit de fêter l’anniversaire de la République. En revanche, ordre de célébrer, le 15 août, l’anniversaire de Napoléon 1er.

17 février 1852 : un décret touche la presse. Retour au régime de 1822 : autorisation préalable à la fondation d’un journal ou au changement de directeur ou de rédacteur en chef. Autorisation pour reproduire tout dessin, gravure, estampe. Le nombre des délits de presse est augmenté. Le Prince-Président peut, par simple décret, suspendre ou supprimer tout journal. (L’histoire locale retiendra que 150 ans plus tard, en 2001, " on " a voulu interdire le journal La Mée ....).

29 février 1852 : cinq opposants seulement échappent au rouleau compresseur, lors de l’élection du Corps Législatif. Montalembert est de ceux-là. Il dira plus tard avoir siégé « dans cette cave sans air et sans jour, six ans à lutter avec des reptiles ».

5 mars 1852 : A Châteaubriant, les sabres et fusils (dont certains datent de 1777 et d’autres de 1791), provenant du désarmement de la Garde Nationale, sont déposés dans l’un des greniers de l’Hôtel de Ville. Le maire, M. Delourmel, souhaite qu’ils y restent le moins longtemps possible

9 mars 1852 : en France les professeurs seront révocables par le ministre.

16 mars 1852 : le maire de Châteaubriant écrit à l’Inspecteur des enfants abandonnés, à Nantes : « J’ai reçu une lettre d’une jeune fille qui habite Paris. Elle voudrait se charger de la petite Michelle que vous avez retirée de chez sa mère [on ne sait rien de plus sur cette enfant, ndlr]. Je n’ai que de bons renseignements à vous donner sur cette fille qui a quelques économies ». [l’argent fait bien les choses !]

20 mars 1852 : il est interdit aux professeurs de porter la barbe, celle-ci étant considérée comme un signe d’anarchie.

25 mars 1852 : pour toute association, toute réunion publique, même électorale, il faut demander une autorisation du gouvernement. Le Préfet a des pouvoirs augmentés. Les maires seront nommés par le gouvernement.

29 mars 1852 : lors de la première réunion des Chambres, le Prince-Président affirme : « Conservons la République, elle ne menace personne, elle peut rassurer tout le monde » . Cependant il n’exclut pas « de demander au peuple un nouveau titre qui fixât irrévocablement sur ma tête le pouvoir dont il m’a revêtu ».

4 avril 1852 : le Conseil Municipal se réunit à Châteaubriant sous la présidence de M. Delourmel qui remplit, par vacance, les fonctions de maire.

M. Delourmel demande l’autorisation de vendre aux enchères les boues provenant de la répurgation de la ville et qui sont « entassées, tant dans le pré de la halle que sur un vague près le Bourgérard ». Ces boues représentent environ 460 m3 et on peut espérer les vendre à 2 francs le m3. Accord du Conseil pour une vente par lots.

M. Delourmel expose ensuite que des parcelles de terrain communal, susceptibles d’être aliénées, ont été soumissionnées par des riverains. Vu leur peu d’importance, le Conseil Municipal demande à être dispensé de « formalités longues et fatigantes et notamment de l’enquête commodo et incommodo ».

Le Conseil Municipal vote en outre les crédits nécessaires pour le paiement de travaux faits avant la prise de service de M. Delourmel :

- . Un faux plancher au dessus des appartements à l’hôtel de ville (dans la halle neuve) ; un bureau et une balustrade dans le prétoire de la justice de paix ; des tablettes dans le placard de la mairie.

- Des fournitures diverses pour le cirage et le frottage des divers parquets de l’hôtel de ville ; deux cadres pour le plan de Châteaubriant et celui de Nantes ; un porte-balances pour la halle
Coût 781,34 francs

- Poteaux d’huisserie, plinthes et « simaises », baguettes de croisées, portes de placard et espagnolettes en bois, fournis et placés à l’école communale
Coût : 57,95 francs

- Fourniture de mort aux rats ; réparation de la pompe de la Vannerie et de celle du Dos d’Ane ; celle de la Torche ; celle de la Halle ; ramonage du poêle de l’école communale ; réparation d’un tuyau d’évier et d’un tuyau de poêle ; fourniture de cire.
Coût : 177,66 francs

- Baisser le pont de la Poterne ; réparer l’ancienne chapelle de l’école charitable ; réparer l’ancienne mairie et tous les appartements de l’école communale ; faire une porte au bûcher de la cure
Coût : 211,78 francs

- Travaux de menuiserie : réparer une porte de l’école charitable ; fournir une porte pour le bûcher de la cure ; réparer les tableaux de l’école communale
Coût : 36 francs

- Fourniture de deux grands pupitres et d’un autre plus petit pour la musique urbaine. Coût : 32 francs

- Paiement de 21,20 francs à un voiturier pour transport de terres et décombres autour de la Halle Neuve.

Ce 4 avril 1852, toujours, M. Durand, directeur d’une troupe d’artistes dramatiques, a écrit de Dinan pour demander l’autorisation d’offrir quelques représentations à Châteaubriant dans le local de la Halle Neuve. Le Conseil Municipal demande 3 francs par représentation, et impose des précautions « pour qu’il ne soit pas commis de dégradations et que tous les risques d’incendie soient prévenus »

Le sieur Tessier, chapelier, demande l’autorisation d’établir provisoirement une chaudière dans un espèce de couloir sur lequel la dame Guillouard a un droit de servitude mais dont le fond est propriété de la ville comme partie intégrante du sol de la vieille halle. Accord du Conseil Municipal à condition que soient prises les précautions convenables contre le feu.

Plébiscite : L’aveu d’un maire

J’étais maire ; j’avais reçu l’ordre de M. le sous-préfet de faire des publications pour le plébiscite, et d’engager tous les honnêtes gens à voter oui, s’ils voulaient conserver la paix ; parce que tous les gueux allaient voter non, pour avoir la guerre.

C’est aussi ce que je fis, engageant tout le monde à venir sans faute, et envoyant le bangard [garde-champêtre] porter les billets de la préfecture, jusque dans les dernières baraques de la montagne.
[...]

Tous ensemble allèrent voter [...] .M. le curé Daniel, les voyant sortir, arriva de la cure se mettre à leur tête ; il avait prêché le matin pour le plébiscite, et on ne trouva pas un seul non dans la boite.
[...]

Enfin voilà les élections du plébiscite chez nous ! Et cela se passa de même dans tout notre canton : à Phalsbourg, qu’on avait rempli d’imprimés contre le plébiscite, en poussant l’audace jusqu’à surveiller le maire et la boite, sur quinze cents électeurs, tant militaires que bourgeois, il n’y eut que trente-deux non !

On voit que les choses marchaient bien, et que M. le sous-préfet devait être content de nous. Il faut dire aussi que nous avions besoin d’un chemin vicinal pour aller à Hangerviller ; qu’on nous avais promis deux cloches pour l’église et la glandée pour nos cochons en automne ; et que nous savions que tous les villages qui votaient mal n’obtenaient jamais rien [...]

M. Le sous-préfet m’avait expliqué ces avantages, et naturellement un bon maire doit prévenir ses administrés.

Erckmann-Chatrian, Histoire du plébiscite racontée par un des 7 500 000 Oui ,
Paris Hetzel et Cie, 1872, pages 6-8.

Eléments pour une histoire de l’agriculture

Salaire journalier

Au moment de la Révolution Française, comme aux siècles précédents, la population est essentiellement agricole. Le 29 Nivôse an 7 de la République, l’administration centrale du Département de Loire-Inférieure réglemente le prix à payer aux journaliers : un franc cinquante (par jour) pour le canton de Nantes et un franc pour les autres cantons.

Animaux

En 1847, M. Defermon propose d’établir une ferme-école aux Briotais près de Châteaubriant. Malgré le soutien du Conseil Municipal, il n’obtient pas satisfaction : le Préfet et le Conseil Général de Loire-Inférieure considèrent que l’institut agricole de Grandjouan, près de Nozay, satisfait au programme fixé par le ministre de l’agriculture le 23 juillet 1847. M. Defermon propose alors de créer sur sa propriété « une vacherie expérimentale pour y obtenir le croisement de la race bovine Devon avec la race bretonne ». Sans plus de succès.

Sa demande témoigne d’une évolution : loin de l’animal "mal nécessaire", le bétail devient une composante du système (consommation, vente et fumure).

Une commission cantonale établit tous les ans les statistiques de l’élevage des veaux, vaches, moutons, brebis, porcs, chevaux.

Récoltes

Au début du XIXe siècle, les rendements agricoles sont faibles et la production ne suffit pas à nourrir la population. Les agronomes « physiocrates » prônent la disparition des terres en jachère et leur remplacement par des prairies temporaires de graminées, légumineuses, plantes sarclées ou fourragères qui présentent l’avantage de fixer l’azote du sol ce qui assure sa fertilisation.

Celle-ci progresse avec la généralisation d’amendements tels que le salpêtre et le calcaire. Le 27 mai 1850 le Sous-Préfet de Châteaubriant, Henri Eriau, rappelle aux maires « les avantages des alcalis, du noir animal, de la chaux ». Le phosphate de chaux, provenant des os, est le principe du noir animal . « Constater la richesse du noir et empêcher son altération, c’est activer et favoriser la production de nos céréales puisqu’il est de notoriété publique que, dans une seule livre d’os, il y a autant d’acide phosphorique (un des principaux éléments du phosphate) que dans un quintal de blé ! ».

C’est pourquoi le Préfet Prosper Gauja prend un « arrêté préservatif de la fraude » pour « soustraire les pauvres habitants des campagnes aux nombreuses erreurs commerciales auxquelles ils se trouvent exposés ». Les marchands doivent indiquer, sur un écriteau, la qualité de leur engrais. Celle-ci est contrôlée régulièrement par la gendarmerie qui est habilitée à recueillir des échantillons. Le maire est invité à empêcher la vente des engrais « qui sont renfermés dans des nattes ou paillons » car, même si elle est une habitude commerciale locale, « la natte est protectrice de bien des supercheries ».

Outillage

L’outillage agricole se développe au XIXe siècle. De nouvelles machines à traction animale apparaissent. Par exemple la charrue mise au point par Mathieu de Dombasle (mi-bois, mi-fer), puis la charrue à brabant double réversible (1850). La moissonneuse-lieuse remplace la mise en gerbe manuelle, la batteuse à manivelle puis à manège remplace le battage au fléau, les faucheuses remplacent la faux ou la faucille...

La sélection des semences se poursuit. Les blés de 1800 sont encore des "blés de pays" transmis de père en fils mais dans le nord de la France, les blés anglais, plus précoces, plus productifs sont introduits. Louis de Vilmorin collectionne tous ces blés, les répertorie dans un catalogue en 1850.

Le dépôt royal des étalons d’Angers écrit au maire de Châteaubriant le 2 août 1857 pour connaître le résultat de la récolte de l’année « en ce qui concerne la consommation alimentaire des animaux ». Il demande par exemple « le rendement en gerbes et leurs produits en hectolitres ».

En 1917 il existera des « Carnets de récolte » où chaque exploitant y indiquera :
- Les surfaces ensemencées
- L’évaluation de la récolte en quintaux
- La quantité à réserver par le producteur pour ses besoins personnels ; consommation (« sur la base de 25 kg par tête et par mois ») et pour les semences.
- Les livraisons effectuées (date, nom et adresse des preneurs, quantités de blé, méteil, seigle, orge, avoine, maïs, sarrasin)

Source : archives municipales 3 F 1

Avril 1852 : Victor Hugo : deux voleurs



Sources :

- Archives municipales séries 1 D 20 , 2 D 11 (courriers) et 3 F 1.
- Histoire de la France et des Français par A. Castelot et A. Decaux (Editions Robert Laffont)