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1852 (de septembre à décembre)




8 septembre 1852 : le maire de Châteaubriant demande l’admission à l’hospice des enfants trouvés, à Nantes, d’un garçon prénommé Julien, né en 1840, et orphelin de père et de mère.

15 septembre 1852 : ce jour, au Conseil Municipal de Châteaubriant, a lieu le tirage au sort des trois sections électorales appelées à nommer les conseillers municipaux (revoir au 14 novembre 1831). Le nombre de ces conseillers, fixé à 23, « n’étant pas divisible exactement par 3, deux sections nommeront 8 membres et la troisième nommera 7 membres ».

Trois bulletins sont alors déposés dans une urne, l’un porte la lettre A, un autre porte la lettre B, le dernier porte la lettre C.

On fait le tirage, La lettre C sort en premier : la section C nommera 8 conseillers. Le vote se fera dans la salle d’asile, faubourg de Couëré. La lettre B sort en second lieu : la section B nommera 8 conseillers. Le vote se fera salle de l’école communale, place des Terrasses. La section A n’en nommera donc que 7. Le vote se fera dans la salle des élections à l’hôtel de ville.

La rue des Halles ayant été établie depuis la circonscription fixée en 1831, le Conseil Municipal décide de la partager :
- le côté Est appartiendra à la section C ;
- le côté Ouest appartiendra à la section B.

Septembre-octobre 1852 : Louis Napoléon décide de faire une tournée à travers la France. Le Comte de Persigny, ministre de l’Intérieur, donne des ordres aux préfets : « Faites faire des drapeaux sur lesquels il y aura écrit, d’un côté, Vive l’Empereur ! Et de l’autre : Vive Napoléon III. Faites de même pour les arcs de triomphe, que les mots : Vive l’Empereur ! Et Vive Napoléon III, y soient inscrits en grandes lettres ».(récit tiré de ses Mémoires). De l’art de susciter la ferveur populaire ...

Le 9 octobre Louis Napoléon déclare à Bordeaux : « Par esprit de défiance, certaines personnes se disent : l’Empire c’est la guerre. Moi je dis : l’empire c’est la paix ». [ l’avenir montrera le contraire].

16 septembre 1852 : Louis Napoléon passe par Amboise où est détenu Abd el-Kader. Il le fait libérer et l’invite à Paris.

17 octobre 1852 : retour de Louis-Napoléon à Paris. Accueil bien organisé, comme celui réservé à un souverain : on sonne les cloches, on tire le canon.

 Seuls les mâles...

7 novembre 1852 : le Sénat, à l’unanimité moins une voix, propose que le rétablissement de la dignité impériale soit soumis à un plébiscite, fixé au 21 novembre.

L’Empire devient héréditaire ... mais par les hommes seulement : « La dignité impériale est héréditaire dans la descendance directe et légitime de Louis-Napoléon Bonaparte, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, et à l’exclusion perpétuelle des femmes et de leur descendance. » dit le senatus-consulte.

14 novembre 1852 : Le Sous-Préfet Eriau procède à l’installation de la Commission Municipale de Châteaubriant chargée de « remplir les fonctions de Conseil Municipal ». Vingt membres seulement :

- Toulic,Président du Tribunal
- Lesage, procureur de la République
- Delourmel de la Picardière, conseiller général et « docteur médecin »
- Guibourg Marie Joseph,
conseiller d’arrondissement
- Bivaud, aîné, juge honoraire
- Bessin, notaire
- Berge, ancien directeur de Domaines
- Hardy Robert, propriétaire, ancien conseiller municipal
- Bidet, marchand de fer
- Ernoul Provôté, docteur médecin,
ancien conseiller municipal
- Besnier Denis, maître de poste
- Lecoconnier, négociant,
ancien conseiller municipal
- Artur père, ancien conseiller municipal
- Pigrée Jean, propriétaire
ancien conseiller municipal
- Yvon François, marchand et propriétaire
- Popin, fabricant
- Dolo « artiste vétérinaire »
- Rigaud, maître serrurier
- Hougron René, cultivateur
- Chantrel, avoué.

Tous (sauf Bidet, Pigrée, Chantrel, absents) répondant à l’appel de leur nom, prêtent le serment « d’obéissance à la Constitution et de fidélité au Président »

 Séductions

Le Sous-Préfet s’exprime en ces termes :

« Je vous remercie, au nom de Son Altesse Impériale le Prince Président, du concours que vous voudrez bien lui prêter. Par votre dévoument (sic) et par votre expérience, vous êtes appelés à rendre de véritables services à la ville de Châteaubriant.

Vous serez des administrateurs loyaux et zélés, et vous saurez toujours vous soustraire aux tristes préoccupations de l’esprit, aux dangereuses séductions d’une opposition sans raison et sans but ».

« Permettez-moi de faire un retour sur le passé. Je ne ferai point appel à la haine, je n’exciterai point les passions. Je voudrais pouvoir rapprocher et unir. Malheureusement le temps n’est pas encore venu où le bien pourra s’opérer par les partis réconciliés à l’ombre du drapeau de la France.

A part quelques esprits troublés, l’événement du 2 décembre [ndlr : le coup d’Etat de Louis Napoléon ] a été considéré par la nation française comme un acte de réparation, comme le rappel d’un ordre des choses bienfaisant et glorieux. Ce n’est pas à tort que l’on a tout espéré et tout attendu de l’héritier de Napoléon. Il nous a donné la paix, il a accru nos richesses nationales et privées. Il a fait naître la confiance, cet élément précieux aux industriels et aux propriétaires qui ne savaient pas, à la veille du 2 décembre, s’ils ne devaient pas être, le lendemain, dépouillés de leurs épargnes et d’une fortune laborieusement et honorablement acquise ».

 Tache dans le tableau

Revenant sur les événements qui ont conduit à la destitution du maire et de conseillers municipaux, le Sous-Préfet poursuit :

« La France a respiré à l’aise comme soulagée d’un pénible rêve tandis que notre petite ville, faisant tache dans le tableau, voulait méconnaître les bienfaits d’une révolution légitimée d’avance par ses motifs et par son éclatante origine. Vous connaissez, Messieurs, la protestation du Conseil Municipal de Châteaubriant qui n’a eu pour résultat que d’enlever à l’administration quelques citoyens honorables. Si l’on peut faire la part des entraînements et des circonstances, il paraît du moins étrange qu’on ait persévéré plus tard dans une opposition qui n’avait aucun prétexte surtout après la sanction unanime du peuple français ».

« Ainsi nous avons vu, dans la dernière session de mai, des membres du Conseil Municipal refuser le serment avec un sentiment d’aigreur que le registre des délibérations aurait pu attester si l’autorité municipale n’eut pas sagement repoussé l’enregistrement d’une manifestation qui blessait également les convenances et la loi ». [ainsi le registre du Conseil Municipal ne raconte pas tout ! On s’en doutait. Le Sous-Préfet le révèle].

 On s’applaudit

Le Sous-Préfet continue : « Arrivent les élections municipales. Nous faisons appel de nouveau à la conciliation, nous cherchons à faire la part de toutes les influences, nous demandons seulement, et c’était chose bien naturelle, que l’on ne fit pas une opposition systématique et vaine. Malheureusement le faible des hommes politiques à Châteaubriant est l’imitation. Ils aiment en outre l’éclat et la publicité. Ils ne veulent pas surtout agir comme tout le monde, comme si le bon sens était dans l’exception ».

Le Sous-Préfet fait alors la comparaison avec des "rebelles" célèbres, étrangers ou français « La conduite du Duc de Modène et celle de M. Carnot ont sans doute captivé l’imagination de nos notabilités administratives. Seul, entre tous les souverains de l’Europe, le Prince Italien n’avait pas voulu reconnaître la révolution de 1830. De son côté l’ancien ministre a refusé dernièrement de prêter serment au Chef de l’Etat après avoir accepté la candidature des électeurs de la Seine. (1) »

Le Sous-Préfet fait la leçon : « En agissant de cette manière, on fait un peu de bruit, on s’applaudit de rester populaire et indépendant mais l’on n’obtient aucun résultat pratique »

Le Sous-Préfet dénonce des rapprochements inattendus :

« Les hommes qui prétendent diriger l’opinion libérale à Châteaubriant , voulant agir seuls, ont cherché à neutraliser les efforts conciliants de l’administration. Livrés à leurs propres forces, ils n’eussent pas été assurés du succès. Aussi n’ont-ils pas hésité à s’adresser à leurs éternels adversaires. Un rapprochement aussi inattendu a donné naissance à une assemblée qui pourrait briller par l’éclat mais non pas par l’harmonie des couleurs « .

 Violents et jaloux

« Dans de pareilles conditions, pouvait-on fonder quelque chose ? Je vous le demande, messieurs ! Quel administrateur aurait pu s’habituer aux contrastes d’une opposition diaprée et continuelle »

« Nous avions le droit de répondre à une manifestation politique par des mesures immédiates de rigueur. Nous ne l’avons pas voulu. Il est permis aux partis de se montrer violents et jaloux. Le pouvoir ne doit jamais céder à des susceptibilités d’amour propre. Il est au dessus des attaques parce qu’il ne les craint pas ».

« Nous avons donc cherché à vivre avec nos adversaires et à faire marcher une assemblée mal assise, mais à condition toutefois qu’un magistrat dévoué au gouvernement eut consenti à diriger les premiers pas. Aucun de nos amis n’a voulu se charger de cette ingrate et pénible mission et je dois avouer à l’heure qu’il est que je ne me serais pas conduit d’une autre manière ».

Le Sous-Préfet poursuit : « Vous savez maintenant, messieurs, pourquoi vous êtes ici. Pourquoi j’ai eu recours à votre patriotisme. Pourquoi j’ai fait appel à vos sentiments indépendants et généreux. Vous allez travailler en commun au repos et à la prospérité de votre ville ».

 Hommage à M. Delourmel

« Dans cette importante mission vous serez secondés par une administration municipale éclairée et juste. La modestie ne donne pas le droit d’échapper à des éloges mérités.

Aussi prierai-je l’honorable M. Delourmel de me permettre de lui témoigner, au nom du gouvernement, au nom de la partie modérée de notre population, tous les hommages et toute la gratitude qu’il mérite ».

« Il existe, Messieurs, des hommes qui sont à la recherche du pouvoir, soit pour satisfaire leur amour-propre, soit pour obtenir la faveur de la fortune. Vous êtes assurés de les trouver tous levés et prêts lorsque le soleil brille au zénith sur l’azur des cieux, mais vous ne les verrez plus quand l’astre décline ou qu’il se lève au milieu des brouillards du matin ».

« M. Delourmel n’est pas de ces hommes-là. Le pouvoir est une charge pour lui, qu’il voudrait exposer (sic !) du moment qu’il ne se croit plus utile. Quand les autres reculent devant une responsabilité, il l’accepte avec autant de simplicité que de courage. En 1832 et en 1852, à vingt ans d’intervalle, il s’expose volontairement au mécontentement des partis pour assurer la paix et pour empêcher les rigueurs inévitables d’une dictature ».

 Abusée ?

« Il faut que la classe ouvrière soit bien abusée pour ne pas comprendre l’étendue de pareils services. Un jour viendra où elle n’aura pas trop de reconnaissance pour l’homme généreux qui ouvre sa bourse comme il ouvre son cœur à toutes les infortunes ».

« Mais je m’arrête. Je crains des reproches de celui dont la bienveillante amitié m’a aidé à supporter bien des peines. Nous puiserons, Messieurs, l’un et l’autre de nouvelles forces dans les conseils de votre sagesse. Tous réunis nous pourrons faire quelque bien. Rapprocher les esprits, c’est mon vœu le plus cher ».

L’assemblée vote alors l’insertion de l’allocation de M. le Sous-Préfet au Procès-verbal de la séance.

 Des hommes impudents

M. Lesage propose, et l’assemblée adopte une adresse destinée au Prince Président.

[ndlr : il faut l’imaginer accompagnée de sonneries éclatantes de clairons et trompettes !]

Prince, en se réunissant pour la première fois, la commission municipale est heureuse de pouvoir vous exprimer et la reconnaissance pour les services immenses que vous avez rendus à la France, et les vœux qu’elle forme pour que vous conserviez une autorité dont vous avez su faire si bon usage.

Prince, nous avons entendu les cris d’enthousiasme et les vœux qui ont retenti lorsque vous avez parcouru en triomphateur pacifique le midi de la France. Nos cœurs y ont répondu, nous nous sommes associés à ces acclamations.

Nous n’avons pas oublié qu’à l’instant où le char de l’Etat était lancé par des hommes impudents au milieu des précipices, vous en avez saisi les rênes avec courage et avez su le retenir sur le bord de l’abîme

Depuis cette époque la confiance et la sécurité sont revenues, le commerce a repris un nouvel essor, nous avons vu renaître une ère de prospérité et de bonheur.

Prince, l’autorité de la France exige que l’autorité souveraine soit confiée à celui qui nous a préservés de l’anarchie. Déjà le Sénat a reconnu que le bon ordre ne pouvait être maintenu qu’en déférant à votre Altesse Sérénissime le pouvoir héréditaire. C’est aussi notre vœu le plus sincère »

14 novembre 1852 : à la suite de ces échanges de discours ronflants, le Conseil Municipal de Châteaubriant s’intéresse aux affaires de la ville. M. Delourmel entretient l’assemblée des démarches qu’il a faites pour que la ville recouvre la propriété de la Promenade des Terrasses qui a été vendue en 1846 avec le château, à Mgr le Duc d’Aumale. Il a offert 8000 francs de cette propriété qu’il aurait conservée pour son compte si la ville n’avait pas voulu en accepter la rétrocession pour elle-même.

Mais l’administration du Prince ne se contente pas de 8000 francs. Elle en voudrait 10 000 francs.

L’assemblée demande quelle est la consistance et quelles sont les limites de cette promenade dont l’acquisition vient d’être faite au profit du département.

M. Delourmel n’ayant pu fournir de renseignements précis sur ce point, est invité à se les procurer

(ndlr : Henri d’Orléans, Duc d’Aumale, était entré en possession du château de Châteaubriant le 7 juillet 1845. Le décret du 22 janvier 1852 le força de prendre le chemin de l’exil et de faire vendre ses biens. C’est alors que la ville de Châteaubriant se porta acquéreur de la promenade publique.

Le château fut offert à Joseph-Hilaire de Préaulx mais celui-ci, qui venait de faire construire son opulente habitation de Tressé, près de Pouancé, refusa l’offre. Divers particuliers firent des propositions tentantes, l’une d’elles atteignit la somme de 130 000 francs. Mais le Département se porta acquéreur et prit possession du château, officiellement, le 14 janvier 1853

(d’après Joseph Chapron)

 Vive l’Empereur

21 novembre 1852 : le plébiscite donne 7 824 189 oui et 253 145 non. Louis Napoléon, Président de la République, va devenir le second Empereur de France.

28 novembre 1852 : à Châteaubriant la commission municipale se réunit sous la présidence de M. Delourmel, qui remplit, par vacance, la fonction de maire.

M. Pigrée, absent lors de la réunion précédente (14 novembre) est admis à siéger après avoir prêté le serment d’obéissance à la Constitution et de fidélité au Président.

 8,47 m2

M. Delourmel expose qu’il existe une difficulté entre les sieurs Artur et Lefeuvre, au sujet d’un terrain sur lequel une vanne a été placée d’après les indications de la commission des Ponts et Chaussées pour la retenue comme pour l’écoulement des eaux de l’étang de la Torche. Cette difficulté peut être aplanie par cette administration qui, entre autres conditions, s’est engagée à procurer au sieur Lefeuvre un petit accroissement de la propriété qui lui reste, et ce moyennant un alignement qui lui serait donné par l’autorité municipale en peu en saillie de sa clôture actuelle, le long du prolongement oriental de la rue de Rigale, en dehors de l’ancien mur d’enceinte et conformément à la façade de M. Lesage. Un plan, dressé par les ingénieurs, et qui indique la ligne proposée, demeurera annexé au plan de la ville. Ce plan ne déroge que d’une façon exempte de tout inconvénient au plan d’alignement de la ville, lequel, au surplus, ne s’applique qu’à la ville intra-muros (souligné dans le texte). Rien de paraît donc devoir s’opposer à la mesure proposée.

La commission municipale partage cet avis et demande à l’unanimité que le plan rédigé par MM. Les ingénieurs des Ponts et Chaussées soit approuvé pour être exécuté, à condition toutefois que la valeur de la lisière dont le sieur Lefeuvre profitera, soit payée à la caisse municipale. La surface de cette lisière contient 8,47 m2.

 Mystique

Ce même 28 novembre 1852, on apprend que « par testament mystique en date du 1er avril 1848, déposé chez le notaire le 8 novembre 1852, M. l’abbé Félix Aimé Baguet de la Rolandière, chanoine, décédé à Châteaubriant le 29 octobre 1852, a légué purement et simplement à l’hospice de cette ville, un capital de 1000 francs ». La Commission Municipale, attendu qu’il n’existe « que des héritiers collatéraux dans une très grande aisance », ne peut qu’émettre un avis favorable.

Toujours ce 28 novembre 1852 : la délibération en date du 1er juillet 1850, a autorisé l’acquisition par la ville d’un grenier situé au dessus de la petite halle « actuellement découverte et supprimée », appartenant au sieur Jean-Marie Boutruche. Le prix convenu était de 800 francs payables dans le délai de deux ans avec un intérêt de 5 % jusqu’au paiement intégral. Aujourd’hui M. Boutruche demande le paiement du capital et des intérêts exigibles. La commission municipale vote la somme nécessaire « à condition toutefois que la femme de celui-ci intervienne dans la quittance, ratifie la vente, renonce à son hypothèque légale et donne main levée avec son mari à l’inscription d’office »

 Encore l’octroi

Ce 28 novembre 1852, M. Delourmel entretient l’assemblée « des grands embarras financiers que va créer à la ville l’application très prochaine de la loi du 11 juin 1842 et de l’article 5 du décret du 17 mars 1852 ». En effet, ils interdisent à partir du 1er janvier 1853 la perception du droit d’octroi à un taux plus élevé que celui des droits acquis au profit du Trésor à l’entrée des villes et ils disposent que, « dans les communes non soumises au droit d’entrée, le droit d’octroi ne pourra dépasser le droit d’entrée déterminé par la loi pour les villes d’une population de 4000 âmes ». Or la ville de Châteaubriant se trouve assimilée aux villes de cette importance.

De plus, d’après la loi du 12 décembre 1830, le département de Loire-Inférieure est rangé dans la 2e classe. « Il s’ensuit que le droit d’octroi ne sera plus perçu qu’au taux suivant : (- 10 % voir 30 mai 1852)

Vins en cercles et en bouteilles 0,80 francs par hectolitre
Cidres et poirés 0,50 francs par hectolitre
Alcools purs 4,00 francs par hectolitre

Cela ne fait pas du tout l’affaire de Châteaubriant. Par exemple, en 1851, le tarif a donné les produits suivants :

Vins en cercles : 3341 hectolitres à 1,50 = 5011,53 frs
Vins en bouteilles : 14 hl à 3 francs = 44,73 frs
Cidres et poirés : 9891 hectolitres à 0,50 = 4945,79 frs
Alcool pur : 141 hectolitres à 9 francs = 1264,26 frs

TOTAL 11 266,31 frs

Le prélèvement au profit du Trésor, et des frais divers ont représenté 1046,78 francs, il est donc entré 10 219,53 francs dans les caisses de la ville.

« Si la perception avait été faite aux nouveaux tarifs, on trouve (avec arrondis)

Vin : 3341 hl à 0,72 = 2405,52
Vin 14 hl à 0,72 = 10,73
Cidres : 9891 hl à 0,45 = 4451,21
Alcool : 131 hl à 3,60 = 473,48

Soit au total 7340,94 francs ce qui fait une différence de 2878,59 francs qui sera en perte pour la ville ».

M. Delourmel poursuit : « l’équilibre du budget communal sera complètement dérangé et aucune entreprise n’est possible. Pour combler ce déficit, il y a nécessité de créer des réponses nouvelles. Mais où les puiser ? »

Afin de répondre « à cette question difficile et délicate tout à la fois », M. Delourmel propose la désignation d’une commission de 4 membres. Accord.

Par ailleurs la Commission Municipale exprime son accord pour la vente de deux parcelles, vagues, l’une sur le Bout de pavé, et l’autre au lieu connu sous le nom de "La Croix Rouge" .

 Munificence

Toujours le 28 novembre 1852, M. Triau demande que son fils lui soit substitué dans la direction de l’école communale.

Le Conseil de fabrique de l’église de Béré présente une pétition adressée à SAS le Prince Président pour « obtenir la munificence d’un secours pour aider au rachat de l’ancien presbytère de cette paroisse vendu comme bien national en 1793 ». Il argumente :

« Depuis que cette église a été rendue à l’exercice du culte, la commune a payé 250 francs par an à titre d’indemnité de logement à M. le Desservant, sauf au Conseil de Fabrique à compléter l’allocation. L’examen du dernier compte de la Fabrique, arrêté par l’autorité diocésaine, démontre que le loyer du Presbytère entraîne annuellement une dépense de 450 francs laissant à la Fabrique une charge de 200 francs ».

« La caisse de la Fabrique est grevée d’un déficit de 600,08 francs que la faiblesse de ses revenus, qui ne se montent qu’à 982,70 francs, permettra difficilement de combler. Si les finances de la ville étaient plus prospères, si l’abaissement considérable du produit de l’octroi n’en dérangeait pas l’équilibre, la commission municipale serait heureuse de venir en aide aux paroissiens de Béré qui, presque tous laboureurs, ont voté avec ensemble et zèle dans les journées des 21 et 22 novembre dernier »

« Dans l’impossibilité de concourir autrement que par des vœux, à la réalisation des pieux desseins de la Fabrique de Béré, la commission municipale se fait un devoir de recommander la pétition à la religieuse bienfaisance du Chef de l’Etat »

30 novembre 1852 : M. Delourmel fixe par arrêté (cela se produit tous les 15 jours environ), le prix du pain :
- Pain blanc : 0,35 franc le kilogramme
- Pain de froment : 1,50 franc les 6 kg
- Pain de méteil : 1,25 franc les 6 kg

1er décembre 1852 : à Paris, au soir, les corps constitués, escortés de cavaliers portant des flambeaux, se rendent au Palais de Saint-Cloud pour saluer officiellement le nouvel empereur : Le Président de la République Louis Napoléon Bonaparte prend le nom de Napoléon III alors que les cours européennes n’ont jamais reconnu Napoléon II.

Comme dit Persigny, ministre de l’Intérieur, dans ses Mémoires, ce titre de Napoléon III « vieillira la dynastie. Après Napoléon III, la logique des choses portera plus aisément au trône Napoléon IV, Napoléon V et la dynastie sera fondée »

2 décembre 1852 : Le 4 décembre 1851, Victor Hugo fut témoin de la mort d’un jeune enfant, suite aux débordements de l’armée impériale. Il en fit un poème souvenir de la nuit du 4

2 décembre 1852 : le nouvel empereur fait une entrée solennelle dans Paris, et se rend aux Tuileries pour la première grande réception donnée en l’honneur de « Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, empereur des Français ».

2 décembre : la date n’a pas été choisie au hasard. Elle fait référence au sacre de Napoléon 1er, le 2 décembre 1804 par le Pape Pie VII. Elle rappelle aussi le 2 décembre 1805 : la victoire d’Austerlitz lors de la campagne de Prusse.

Napoléon III cherche à mettre ses pas dans ceux de son oncle Napoléon 1er (qui fut, à ses yeux, un empereur de la République française). Mais pour beaucoup d’observateurs critiques, dont Victor Hugo, il ne sera que "Napoléon le petit"

6 décembre 1852 : M. Delourmel, faisant fonction de maire, écrit au Sous-Préfet pour appuyer la pétition de la Fabrique de Béré, « les finances de la commune, par l’abaissement du produit de l’octroi, ne pouvant permettre aucun sacrifice à son profit »

31 décembre 1852 : M. Delourmel transmet un état des fournitures de pain faites aux militaires et aux marins, escortés par la Gendarmerie, qui sont passés par le « gîte d’étape de Châteaubriant » c’est-à-dire par la maison d’arrêt !

Ainsi commence le Second Empire.

Il finira en 1870.

Napoléon reçoit Abd el-Kader

au château de Saint-Cloud
Bas-relief de J.B. Carpeaux

Le 16 septembre 1852, Napoléon III rend la liberté à Abd el Kader, ce jeune émir algérien qui tint tête à l’armée française pendant plus de 4 ans, pour s’opposer à la colonisation de l’Algérie. Après sa reddition le 23 décembre 1847 il a été emprisonné puis placé en résidence surveillée à Amboise en 1850.

Avant de prendre le chemin de l’exil, richement pensionné par Louis-Napoléon Bonaparte, Abd el-Kader arrive à Paris et devient « le lion de nos réjouissances publiques », pour reprendre les termes d’un journaliste de l’époque. Louis Napoléon le surnomme « Le Vercingétorix algérien ». Le Tout-Paris s’émeut. Pendant deux semaines, nimbé d’une extraordinaire popularité, l’émir est véritablement la coqueluche des Parisiens.

Napoléon le petit

Le 8 août 1852, Victor Hugo fait paraître deux éditions de son pamphlet « Napoléon le Petit », l’une destinée au marché belge et à l’étranger, l’autre (en petit format) destinée au passage clandestin en France. De nouvelles éditions seront nécessaires en septembre, novembre, décembre 1852. Dans ce livre, qu’on s’arrache, Victor Hugo dresse un portrait peu flatteur de Napoléon III :

Louis Bonaparte est un homme de moyenne taille, froid, pâle, lent, qui a l’air de n’être pas tout à fait réveillé. (...) Il monte bien à cheval. Sa parole traîne avec un léger accent allemand. Ce qu’il y a d’histrion en lui a paru au tournoi d’Eglington. Il a la moustache épaisse et couvrant le sourire comme le duc d’Albe, et l’oeil éteint comme Charles IX.

Si on le juge en dehors de ce qu’il appelle "ses actes nécessaires" ou "ses grands actes", c’est un personnage vulgaire, puéril, théâtral et vain. Les personnages invités chez lui, l’été, à Saint-Cloud, reçoivent en même temps que l’invitation, l’ordre d’apporter une toilette du matin et une toilette du soir. Il aime la gloriole, le pompon, l’aigrette, la broderie, les paillettes et les passequilles, les grands mots, les grands titres, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. En sa qualité de parent de la bataille d’Austerlitz, il s’habille en général.

Peu lui importe d’être méprisé, il se contente de la figure du respect.

Cet homme ternirait le second plan de l’histoire, il souille le premier. (...) Il y a maintenant en Europe, au fond de toutes les intelligences, même à l’étranger, une stupeur profonde, et comme le sentiment d’un affront personnel ; car le continent européen, qu’il le veuille ou non, est solidaire de la France, et ce qui abaisse la France humilie l’Europe.
(extrait de Napoléon-le-Petit , I,6)

Décembre 1852 : Victor Hugo :Pauline Rolland



Sources :

- Archives municipales séries 1 D 19 , 2 D3
2 D 11 (courriers)
- Histoire de la France et des Français
par A. Castelot et A. Decaux
(Editions Robert Laffont)


(1) Dans l’Italie non encore unifiée, le duché de Modène est un petit état, au nord de l’Italie, entouré par La Toscane, la Lombardie, la Vénétie et les Etats Pontificaux. Le Duc de Modène, en 1830 est François IV d’Autriche-Este, archiduc d’Autriche

Lazare Hippolyte Carnot

Après avoir participé activement à la révolution de juillet 1830, Hippolyte fut élu député de Paris (1839-1849). Il se prononça pour la République après la révolution de février 1848 et fut nommé Ministre de l’Instruction Publique en 1848, année au cours de laquelle il fonda la première école d’administration. Élu en 1850 et 1857, il refusa de prêter serment à Louis-Napoléon (Napoléon III) et ne put siéger