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1854 (de janvier à juin)



6 janvier 1854  : le maire de Châteaubriant a écrit, le 17 décembre 1853, pour demander une allocation pour les travaux destinés à procurer du travail à la classe ouvrière. Le préfet n’a pas répondu. Le maire insiste donc : « sans argent je ne puis faire travailler et j’ai une foule d’ouvriers qu’il me faut occuper. Forcé par les circonstances, j’ai été obligé de faire travailler sur mon argent. Cette manière de faire ne peut se prolonger et, lundi, je serai ..
contraint de renvoyer 60 à 80 ouvriers malheureux, la plupart pères de famille, qui se trouvent sans ouvrage et sans pain »

25 janvier 1854 - Le bureau de bienfaisance, dans l’intérêt des pauvres, vient demander à participer à la somme de deux millions allouée par décret impérial du 16 janvier, en faveur des établissements de charité.

« Comme vous le savez, écrit le maire au Sous-Préfet, les ressources du bureau de bienfaisance sont peu importantes et, dans les circonstances malheureuses où nous nous trouvons à raison de l’élévation des subsistances, bien en dessous des besoins ».

13 février 1854 - Le maire s’alarme auprès du Sous-Préfet : « Le crédit de 1500 francs, ouvert au budget de 1854, pour travaux de charité, est maintenant épuisé ». Le maire souhaite qu’une somme de 1500 francs soit attribuée, sans perte de temps, sur le fonds de 44 520 francs [C’est-à-dire sur la somme qui est attribuée à la Loire-Inférieure sur les 4 millions prévus]

Guerre de Crimée

« L’Empire c’est la paix » avait dit le Prince Louis-Bonaparte avant d’être empereur.
En fait, pendant 18 ans de règne, Napoléon III fera cinq guerres
La guerre de Crimée
Les expéditions de Syrie, de Chine et
de Cochinchine
La guerre d’Italie
La guerre du Mexique
La guerre avec la Prusse

La guerre de Crimée fut entreprise pour arrêter les projets menaçants de la Russie qui souhaitait démembrer la Turquie en annexant Constantinople. La France et l’Angleterre soutinrent les Turcs.

Le 2 mars 1854 , à l’ouverture des Chambres, Napoléon III annonce qu’il fera la guerre « pour défendre le sultan, maintenir l’influence française en Méditerranée et protéger l’Allemagne contre un voisin trop puissant ».

[Quand un souverain annonce « je ferai la guerre » on est sûr qu’il n’ira pas lui-même... enfin bon !... ]

11 mars 1854 - le Recteur d’Académie de Loire-Inférieure envoie le diplôme de Bachelier es-sciences délivré à M. Bréger de Châteaubriant. Le maire lui remet ce diplôme après le lui avoir fait signer.

  Rue de la Ruette

12 mars 1854  : Réunion de la commission municipale de Châteaubriant qui s’informe d’abord de la situation de M. Pierre Balzer, cafetier et pâtissier en ville. Celui-ci, par suite d’alignement, a cédé à la voie publique, dans la « Rue de la Ruette », une surface de 18,94 m2.Or, dans cette même rue, le 30 mars 1841, le prix du m2 a été fixé à douze francs, pour les sieurs Nivelot et Baron. Le maire propose donc de régler 28 francs à M. Balzer. Accord de la commission.

 Du pain de culasses

Toujours le 12 mars 1854 , une pétition est adressée au Sous-Préfet par les boulangers qui se plaignent que la taxe est trop faible et qui demandent une modification des règles actuelles de manière à pouvoir vendre le pain au poids réel.

« A titre officieux et consultatif » la commission exprime l’avis suivant :

1- il y a une notable différence de qualité entre le pain de Nantes et le pain de Châteaubriant, lequel est inférieur et ne contient « que de la farine de culasses de seconde qualité » « la différence sous le rapport de la valeur est au moins de 2 centimes par kg. (1)

2- les frais de fabrication sont moindres à Châteaubriant qu’à Nantes où les loyers, les patentes, la main d’œuvre, le combustible et toutes les choses nécessaires à la vie, sont d’un prix plus élevé. Cette différence ne peut être évaluée à moins de 2 centimes par kg.

« En outre l’usage à Nantes est de faire porter le pain à domicile par des hommes conduisant une voiture attelée d’un cheval, ce qui forme une dépense que n’ont point à supporter les boulangers de Châteaubriant qui vendent presque tout leur pain en boutique ».

3- le pain blanc est toujours taxé de 10 à 12 centimes au dessus du pain de froment, par kg. De cette différence, établie avec intention, « il résulte un bénéfice au profit des boulangers qui n’en tiennent pas compte dans leurs plaintes ».

4- pour les mois de novembre-décembre 1853, janvier et février 1854, la différence moyenne entre Nantes et Châteaubriant pour un pain de froment de 6 kg est de 22,5 centimes. « Or, en additionnant la différence signalée au n°1 ci-dessus et au n°2, on arrive à un total de 24 centimes, d’où il suit que, toute compensation faite, il y a égalité »

5- Dans les calculs de la Commission, les 100 kg de farine brute de froment ont été considérés comme ne produisant que 100 kg de pain, alors que « il est démontré qu’ils en fournissent 105 kg au moins » d’où il résulte qu’outre le bénéfice de 5 centimes par kg, les boulangers ont encore au moins 5 kg de pain (à 45 centimes le kg, cela fait un bénéfice de 2,25 frs)

6- dans les autres chefs-lieux d’arrondissement, il n’y a pas de marché sérieux de grains. « Par ce motif il est impossible à l’autorité municipale de ces localités d’y établir une taxe basée sur le prix du froment ».

Finalement la Commission Municipale conclut « il paraît qu’il serait conforme à tous les intérêts d’adopter la taxe de Nantes avec une modération de 20 centimes pour 6 kg. »

Enfin, quant à la faculté de vendre le pain au poids réel, « rien ne paraît s’opposer à ce qu’elle soit acceptée mais à condition que les boulangers ne pourront sous aucun prétexte en vendre sans le peser ».

La Commission Municipale conclut : « Il résulte des documents déposés à la mairie que, lorsqu’en 1847 le prix du froment était en moyenne 29,94 francs, la taxe du pain de froment de 6 kg était en moyenne de 2,40 francs, prix inférieur à celui de l’époque actuelle et cependant les boulangers ne se plaignaient pas d’une façon aussi sérieuse et aussi vive qu’aujour-d’hui ». La Commission décide donc le statu quo

Remarque : le pain était à 25 centimes le kg en 1853 et à 45 centimes en 1854. Cela fait donc une augmentation de 80 % due à la mauvaise récolte de l’été 1853. On comprend que les élus municipaux évoquent la difficulté de la classe ouvrière, face à l’augmentation du prix des subsistance. En France, cette année-là, il y eut quelques émeutes menées par des femmes contre les meuniers.

27 mars 1854 - la France et l’Angleterre déclarent la guerre à la Russie. On n’est encore qu’aux prémisses de la Guerre de Crimée. 25 000 Anglais et 30 000 Français sont envoyés vers les Dardanelles.

13 avril 1854 - le maire de Châteaubriant transmet au Sous-Préfet la demande de secours de la dame veuve Houssard « son époux, René Jean Marie Houssard, est ancien chasseur à cheval de la Vieille Garde, retraité comme brigadier et chevalier de la Légion d’Honneur ».

11 mai 1854 - le crédit ouvert au budget de 1854 de l’hospice civil, destiné à l’achat des grains, se trouve épuisé par suite de l’élévation du prix des céréales. La commission administrative demande la somme de 1410 francs provenant de la vente des arbres de la Carantage.[revoir au 8 décembre 1853].

11 mai 1854 - le supérieur de l’établissement des frères de la Doctrine Chrétienne de Châteaubriant, se plaint de ne pas avoir perçu les 300 francs venant du legs de feu M. l’abbé Baguet de la Rolandière et saisit le supérieur général de la Congrégation. Celui-ci répond, le 13 mai : « nous avons adressé à M. le ministre de l’instruction publique, le 8 novembre 1853, le testament dont il s’agit. Son excellence par lettre du 19 du même mois, nous prévient qu’il va donner suite à cette affaire. Voilà la preuve que nous ne sommes la cause du retard dont il s’agit » (signé : Frère Pélogin). Le maire de Châteaubriant saisit donc le Sous-Préfet.

18 mai 1854 - le maire de Châteaubriant se porte garant de la moralité d’un jeune homme de Châteaubriant admis à l’école des mousses de Nantes.

 M. Delourmel devient maire

28 mai 1854 - Séance de la Commission Municipale toujours présidée par M. Delourmel (qui fait fonction de maire). Un élu, M. Berge, élève des doutes sur la légalité de cette réunion de la Commission Municipale dont il croit que les pouvoirs sont désormais expirés.

M. le Président répond que l’arrêté préfectoral du 10 novembre 1852, qui nomme la Commission Municipale, ne limite pas la durée de celle-ci. Il ajoute qu’un décret impérial récent (11 mars 1854) dit ceci :

« Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, empereur des Français, à tous présents et à venir, salut.

Sur le rapport de notre ministre secrétaire d’Etat du Département de l’Intérieur, nous avons décrété ce qui suit :

- Art 1 - le Conseil Municipal de la commune de Châteaubriant est dissous.
- Art 2 - Notre ministre secrétaire d’Etat du département de l’Intérieur est chargé de l’exécution du présent décret.

Fait au Palais des Tuileries le 11 mars 1854.
Signé : Napoléon.

Le Maire donne ensuite lecture d’une lettre du Sous-Préfet en date du 28 mai 1854 :

« Monsieur le Maire,

J’ai l’honneur de vous faire connaître que sa majesté l’Empereur vous a nommé Maire de la ville de Châteaubriant par décret en date du 13 courant. Par le même décret ont été nommés adjoints MM. Béchu du Moulin Roul et Guibourg

Ayant appris que vous avez aujourd’hui une réunion de la Commission Municipale, j’ai pensé qu’il convenait que je me présentasse devant elle pour procéder à l’installation de la nouvelle administration » Signé : Eriau

La nouvelle commission municipale nomme une commission de trois membres pour examiner le Compte Administratif de 1853.

Il est question ensuite de la perception des droits de dépôt sur les sacs laissés dans la halle d’un marché à l’autre :
« La perception a commencé à être faite à partir du premier marché de septembre 1853. Son produit a été de 124,75 francs jusque et y compris le marché du 24 mai 1854.

L’activité qui a régné depuis le mois de septembre dans le commerce des grains a eu pour résultat de ne laisser en dépôt que de faibles quantités de sacs invendus. Il est présumable que lorsque ce commerce aura repris son cours normal, ce droit sera plus productif.

Ce service entraîne de la part du concierge de la halle, qui en est chargé, des détails et des soins assez minutieux.

En fixant une rémunération à 5 % de la recette seule, la rémunération ne s’élèverait qu’à la somme modique de 6,23 francs qui serait évidemment insuffisante. En la doublant, c’est-à-dire en la portant à 10 %, on pourrait arriver à un chiffre raisonnable et le concierge qui jouit d’un logement gratuit et d’un salaire de 100 francs [ndlr : annuel] n’aurait pas à se plaindre ». La commission précise toutefois une réserve : l’indemnité ne pourra être moindre de 25 francs et ne pourra être supérieure à 50 francs par an.

En ce qui concerne la demande d’une pompe à établir au puits de la Place St Nicolas, les lieux ont été examinés par un architecte qui désire savoir jusqu’à concurrence de quelle somme la ville voudrait s’engager. La Commission est d’avis de ne pas dépasser 1000 francs.

 Obéissance

A cet instant entre M. Eriau, Sous-Préfet, accompagné de M. Béchu. Il donne lecture du décret impérial nommant :
Maire : M. Lucien Delourmel
de la Picardière
Adjoints : M. Hyppolite Béchu du Moulin Roul et M. Marie-Josèphe Guibourg

Ces trois personnes prêtent le serment d’obéissance à la Constitution et de fidélité à l’Empereur.

[à noter que M. Béchu du Moulin Roul n’était pas, jusqu’à ce moment, membre de la Commission Municipale]

La réunion se poursuit alors.

Le Commissaire de police demande une augmentation de son traitement. L’an passé la Commission Municipale avait proposé de passer de 600 francs à 700 francs mais le Préfet a maintenu 600 francs. Cette année, « en présence de cette décision que l’invocation d’aucune circonstance nouvelle ne paraît pouvoir infirmer, l’assemblée s’est vue dans l’obligation de passer à l’ordre du jour sans la demande de M. le Commissaire de police »

 Flaques

28 mai 1854 (suite)

La Rue des Halles, qui va de l’hôtel de ville à la vieille halle n’est point pavée, excepté sur les deux côtés formant trottoir. « La chaussée est simplement recouverte d’une couche de mackadamisage qui commence à s’user. Des pierres ont été extraites et cassées l’hyver dernier.

Il s’agit maintenant de les faire amener à pied d’œuvre et de les étendre. La double opération exigera une dépense de 50 francs environ ». Accord de la Commission Municipale.

Depuis l’année 1847, époque à laquelle la place St Nicolas a été nivelée et réparée en entier, « de nombreuses dépressions se sont produites en sorte qu’à présent l’eau qui séjourne dans les cavités offre des flaques désagréables ». Le crédit ouvert au budget de 1854 pour l’entretien ordinaire des pavés est jugé insuffisant. La Commission Municipale ajoute 100 francs.

Cartes : les cartes formant l’atlas du plan cadastral de Châteaubriant se trouvent « grandement endommagées par l’usage ». Leur conservation exige qu’elles soient collées sur toile et renfermées dans un nouveau carton. Prix : 60 frs environ.

 Foires stériles

La Commission Municipale de Châteaubriant doit donner son avis sur les projets suivants :

- 1- transférer au mardi qui suit la mi-carême la foire qui se tient chaque année dans la commune de Sion.
- 2- établir « au chef-lieu de la commune de Lusanger » deux foires qui se tiendraient le 25 avril et le premier mardi d’octobre de chaque année.
- 3- créer à Treffieux deux foires, le premier jeudi de mai et la premier jeudi de septembre de chaque année.

La Commission Municipale n’est pas d’accord. Elle considère que les foires sont déjà trop multiples et qu’elles nuisent, par leur nombre, « au véritable commerce qui s’en plaint ». Elle se réfère par ailleurs aux observations « fort judicieuses et trop peu appréciées » que contient le procès-verbal de la séance du Conseil Général de Loire-Inférieure en date du 27 août 1853.

En conséquence, la Commission Municipale
- repousse « de la manière la plus énergique » les demandes de Lusanger et de Treffieux, « situées au sein d’une contrée déjà inondée de foires plus ou moins stériles ».
- ne voit pas d’inconvénient pour le changement sollicité par Sion « quoiqu’il ne doive procurer aucune amélioration ».

 L’uniformité la plus convenablement approximative

28 mai 1854 (suite) - Pour l’Est et l’Ouest de la place de l’Hôtel de Ville, un plan des façades a été dressé par M. l’architecte Chenantais. Lorsque le sieur Yvon entreprit la construction de sa maison à l’Est de cette place, il obtint la faculté de déroger légèrement au plan [revoir au 13 avril 1850]. « Mais il a excédé la tolérance dont il devait profiter et a altéré les conditions du plan. C’est maintenant un fait accompli qu’il faut se borner à regretter ».

« Toutefois, il résulte du style arbitraire adopté par le sieur Yvon un embarras pour l’administration, à l’occasion de la maison que le sieur Rialland vient d’entreprendre à l’Ouest de cette même place, précisément en face de l’édifice qui aurait dû servir de type ». « En imposant au sieur Rialland de se conformer au plan de M. Chenantais on arriverait à une création choquante par la dissemblance avec la maison Yvon ». Mais en exigeant la reproduction exacte de celle-ci, il y aurait violation des règles de l’art et du bon goût. Voilà donc la Commission bien ennuyée !

« Dans cette situation il convient d’admettre une transaction entre les deux genres, afin de maintenir l’uniformité la plus convenablement approximative (sic !!) entre ce qui est fait et ce qui reste à faire » dit la Commission. C’est dans ce sens que l’administration s’est attachée à diriger les idées du sieur Rialland. Celui-ci a fait établir par un architecte un double plan, qui a été mis sous les yeux de l’assemblée. Celle-ci a choisi le plan n°1.

NDLR : M. Chenantais prévoyait au rez de chaussée quatre arcades arrondies, ce qui rappelait l’entrée de la mairie. Dans les faits M. Yvon a construit moins de la moitié du bâtiment, avec quatre verrières, au rez de chaussée, de dimensions réduites, et deux portes.




(1) Culasses

Selon la revue Ruralia, qui traite de la région de Damgan, le meunier allait chercher les "sacs de froment" équivalant à cinquante kilogrammes dans les exploitations agricoles et rapportait à chaque cultivateur soit des "pochées" de soixante kilogrammes de farine, soit des "culasses" de cent kilogrammes. (voir http://ruralia.revues.org)

Dans le livre l’Enfant, de Jules Vallès, il est écrit : « Les culasses de blé s’affaissent et se tassent comme des endormis, le long des murs. Il y a dans l’air la poussière fine de la farine et le tapage des marchés joyeux. C’est ici que les boulangers ou les meuniers, ceux qui font le pain, viennent s’approvisionner. »

Sources :

- Archives municipales 1 D 19 , 2 D 11
- Histoire de la France et des Français
par A. Castelot et A. Decaux
(Editions Robert Laffont)