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Accueil > Histoire > Personnages > Le docteur Bernou

L’homme des cavernes

Le docteur Bernou


 Malade de la tuberculose

Le temple de la tuberculose
Honte et espoir

Un monde clos mais vivant
Un établissement de luxe
La renommée de Châteaubriant

Docteur Bernou, tuberculeux lui-même ...
... il soigne la tuberculose
Il invente de nouvelles techniques

La guerre
Un prestige international

Histoire de la tuberculose
Le lait des femmes
Sang de chèvre et graisse de chien
Diète ou gavage ?
Dissiper les passions tristes
Changer d’air
Le mal de l’âme

Indications anatomiques
La création des cavernes
Cicatriser les cavernes
Pneumothorax
Thoracoplastie
De l’alcool dans le nerf phrénique

Pleurésie tuberculeuses
Pleurectomie
Spéléotomie
Bricolothérapie

Bernou, homme politique
Docteur Tricoire
Lucienne Marécaux

C’était hier
Le bacille de Koch
Cracher par terre et parler breton

 Les Fougerays

Refaire l’histoire des Fougerays, l’histoire du docteur BERNOU, cela devient à la fois une nécessité et une gageure. Une nécessité car l’hôpital des Fougerays (qui fut une annexe de l’hôpital de Châteaubriant) a disparu dans les années qui suivirent la construction d’un hôpital neuf à Châteaubriant .

C’est une gageure aussi, parce qu’il semble que le docteur BERNOU et son action soient largement oubliés à Châteaubriant, sauf de quelques anciens qui ont bien voulu fouiller leur mémoire et leur grenier pour ressusciter le docteur BERNOU.

Puisse cet article rendre hommage à ce grand homme en espérant, qu’un jour, Châteaubriant perpétuera sa mémoire en donnant son nom à une rue, à une place, voire à un établissement hospitalier de la ville.

HONTE ET ESPOIR

Les Fougerays, c’était un monde à part à Châteaubriant, à cause de sa localisation, de sa réputation ambiguë et de son mode de vie.

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Localisation : la clinique des Fougerays a ouvert ses portes en 1927-28 avec quelques malades seulement. Elle n’a été constituée officiellement qu’en 1931. Elle se situait dans un château, flanqué de deux fermes, au bout d’une allée privée, à 4 ou 5 kilomètres de Châteaubriant, loin de toute route principale, loin de la gare SNCF, loin de tout. Au début, la clinique n’occupait que le château lui-même, puis, devant l’affluence des malades, il a fallu construire un bâtiment plus important (dû à l’architecte Lecomte, grand prix de Rome) relié par une galerie au château. Ensuite, on a fait un autre bâtiment au bout du premier, puis une aile "chirurgie" et une chapelle.

La réputation des Fougerays était ambiguë. L’établissement inspirait à la fois la honte et l’espoir. il faut dire qu’il était fort peu connu des castelbriantais (c’est encore plus ou moins vrai maintenant), d’une part en raison de son éloignement, d’autre part en raison du risque d’attraper la tuberculose. C’était quasiment une honte de travailler aux Fougerays et il était fait reproche aux mères qui laissaient leurs filles y exercer le métier d’infirmière ou d’aide-soignante.

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Pour les malades aussi, les Fougerays c’était à la fois la honte et l’espoir. la tuberculose en effet était fort mal acceptée par les familles, d’autant plus qu’on savait bien qu’il y avait des familles entières de tuberculeux (y compris à Châteaubriant). Savoir qu’un membre de la famille avait pu avoir la tuberculose était une tare pouvant empêcher le mariage d’une fille, par exemple. A tel point que certains malades préféraient se dire "en voyage" que soignés à Châteaubriant. On a connu le cas d’une femme achetant tous les jours un bifteck pour son fils disait-elle, pour cacher au voisinage que ce fils n’était plus à la maison, pour raison de tuberculose.

Mais les Fougerays, c’était aussi l’espoir de guérir. Et on arrivait de partout. Des hôpitaux parisiens (l’hôpital Foch, par exemple) y envoyaient leurs grands malades, ceux qu’ils considéraient comme incurables, dans l’espoir qu’à Châteaubriant, peut-être ...

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C’est ainsi qu’on y vit des gens fort célèbres : des médecins, beaucoup de marins et de bretons et un frère de Louise de Vilmorin (pour qui arriva, en 1948, le premier antibiotique, par une voiture de l’ambassade d’Angleterre). On y connut aussi un fils de Roi du Pétrole, Ahmed AL RABIA, venu de Bassora (IRAK). Il avait une vingtaine d’année mais n’en paraissait que 16. Il est mort aux Fougerays, a été embaumé à la morgue qui se trouvait dans le sous-sol du château, avant d’être rapatrié dans son pays.

Il y avait également des avocats et de nombreux clients venus du monde du spectacle. Tous des gens aisés, bien sûr, car il n’y avait pas encore de Sécurité Sociale à l’époque et seuls ceux qui avaient les moyens pouvaient se payer un séjour au sanatorium.

L’ASSASSIN DE RASPOUTINE

Le plus célèbre des clients du docteur Bernou était un prince russe, ROMANOFF, neveu du Tsar Nicolas II, dernier empereur de Russie (qui abdiqua après la révolution communiste en 1917). Ce prince Romanoff, dernier héritier des tsars, mais ruiné, était pris en charge par ... la couronne d’Angleterre.

Pour assurer sa protection et éviter tout risque d’attentat, il était constamment sous la surveillance du prince Youssoupov, y compris en salle d’opération. YOUSSOUPOV était celui qui, avec le grand Duc DIMITRI, avait assassiné RASPOUTINE en 1916. Raspoutine, âme damnée de la femme de Nicolas II, favori du couple impérial, et qui joua un rôle important et néfaste dans les affaires de l’Eglise et de l’Etat russe, était un véritable colosse, et Youssoupov racontait souvent comment, à demi-mort, il avait eu un dernier sursaut et avait bien failli l’étrangler.

Le prince ROMANOFF était un homme de haute taille (1,98 m.) pour qui il avait fallu faire un lit spécial. Il avait au poumon une caverne de 16 cm et, à Paris, nul n’avait voulu courir le risque de le soigner. C’est le docteur COURCOUX (le père de Me Germaine HUARD) qui l’a envoyé à Châteaubriant. Avec succès !

Pour la petite histoire, ce prince Romanoff avait un fils, Michel Romanoff qui vit toujours dans le milieu du spectacle et de la télévision.

C’est par lui que l’on vit, à Châteaubriant, de nombreuses actrices, notamment Annabella.

Parmi les personnages célèbres, il faut citer aussi le déporté castelbriantais Emile LETORT.

 UN MONDE CLOS mais TRES VIVANT

Les Fougerays, pour les raisons expliquées ci-dessus, c’était un monde clos. Le personnel, presque toujours célibataire (du moins au début, par la suite il y eut des mariages entre malades et personnel soignant), résidait sur place, dans des chambres situées dans la partie "château" de la clinique. Il y avait des infirmières, valets de chambres, cuisiniers et même un aumônier que le Dr Bernou, radical mais tolérant, payait pour être à la disposition des malades.

Le personnel vivait sur place, déjeunait et dînait à la salle à manger, avec les malades. Une cloche appelait aux repas.

Après le travail, et même les jours de congé, le personnel n’avait guère envie de quitter les lieux. Les malades étaient souvent là pour 4-5 ans, cela devenait une famille. Le soir, le dimanche, il y avait des jeux de cartes, des spectacles, des fêtes. On y célébrait la mi-carême (avec déguisements) et les anniversaires. On y vit même des représentations théâtrales et des concerts. Dans ce monde clos, il y avait toute une vie culturelle riche. Pourtant, le Dr Bernou recommandait le repos à ses malades, tout en déclarant, en riant, à ses infirmières "moi, je me suis soigné en Suisse, en faisant du ski".

Monde clos, le sana des Fougerays avait pourtant d’étroites relations avec la ville de Châteaubriant dont il assurait la prospérité. Les clients des Fougerays étaient des gens aisés qui avaient recours aux coiffeurs, restaurateurs, taxis, salons de thé, hôteliers et loueurs de meublés. L’Hôtel du Commerce (rue de la Vannerie, où se trouve maintenant la Maison de la Mutualité), tournait à plein avec les Fougerays. Mais les ... Pompes Funèbres aussi ! Il ne faut pas oublier que les malades des Fougerays étaient classés souvent en "incurables" par les autres médecins et qu’il en mourait tout de même 20 %, surtout au début.

 UN ETABLISSEMENT DE LUXE

Aux Fougerays, les malades étaient fort bien traités, médicalement bien sûr, et aussi avec beaucoup d’égards.

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Le petit déjeuner était servi dans de la vaisselle en porcelaine, avec pot à lait, sucrier, pot de beurre, le pain sur une soucoupe et des serviettes en papier sur le plateau.

Le midi, le repas était servi à la salle à manger, pour le personnel comme pour les malades, sur des tables habillées de damassé blanc.

Le dimanche, les garçons de salle servaient au restaurant en veste blanche et nœud papillon.

Pour les malades qui mangeaient dans leur chambre, la clinique disposait ( au moins au début) d’assiettes en plaqué argent (avec poinçons) : trois compartiments, deux oreilles en forme de coquille, un couvercle et la possibilité de les chauffer par un bain d’eau bouillante, comme pour les assiettes à bouillie de bébé.

Dans les étages, les valets de chambre portaient le petit gilet rayé noir et jaune, comme dans les hôtels de standing.

Pendant la guerre, les malades ont subi peu de restrictions alimentaires : porcs et veaux étaient élevés à la clinique elle-même.

La clinique des Fougerays a été épargnée pendant l’Occupation allemande : les Allemands avaient trop peur de la contagion.

Deux d’entre eux sont pourtant allés visiter un jour, mais quand ils ont vu la chirurgie, les appareillages, les malades ... ils ont vite déguerpi. Et heureusement, car leur présence aurait pu être dangereuse. On raconte le cas d’un malade endormi au "Rectanol", un anesthésique qui agit comme un "sérum de vérité" et qui, dans son sommeil, parlait de parachutages, de caches, d’actions de Résistance. Le Dr Bernou, qui collaborait avec Mlle RECIPON (de la forêt de Teillay) pour couvrir les résistants et les réfractaires au STO, a bien vite isolé ce malade.

L’ANGELIQUE, les "FRANCOISES DE FOIX" ...
et le Dr BERNOU
...

La réputation de la clinique des Fougerays devait beaucoup au Dr Bernou, très humain avec ses malades, sachant leur redonner confiance. Ses malades étaient pour lui des amis et il n’acceptait pas leur mort, il luttait jusqu’au bout pour leur conserver la vie.

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Photo :
Le docteur Bernou

Même si les médecins nantais dédaignaient le Dr Bernou et feignaient même d’ignorer son existence (pensez donc, un médecin de la campagne, qui osait pratiquer ... des méthodes à lui et qui osait ne pas être d’accord avec les grands "pontes" de Nantes), le Dr Bernou était très connu dans le monde entier. Un jour même, une lettre est partie du Japon avec cette seule adresse "Docteur Bernou - France -". Eh bien, elle est parvenue à son destinataire, dans le délai normal.

"Quelles sont les spécialités de Châteaubriant ?" demandait un jour un voyageur arrivant en gare de Châteaubriant. " L’Angélique, les Françoises de Foix et le Dr Bernou" lui fut-il répondu.

Est-il possible que Châteaubriant ait oublié le docteur Bernou et tout le travail thérapeutique qu’il a accompli avec M. Fruchaud, Mlle Marécaux, M. Tricoire et tant d’autres ?

Le morne oubli prend dans l’ombre
Par degrés, l’épaisseur sombre
De la pierre du tombeau (Victor Hugo)

 Tuberculeux lui-même...

Le docteur André Bernou est né à Châteaubriant le 14 décembre 1889 (son père tenait la pharmacie de la place de l’Eglise). il avait une sœur qui mourut jeune et deux frères, Michel qui deviendra pharmacien et Pierre qui deviendra dentiste. La famille Bernou était originaire de Bordeaux et c’est de là qu’elle apporta le rugby à Châteaubriant et suscita la création du SAC ( Sport Athlétique Castelbriantais).

Le jeune André Bernou fit d’abord un baccalauréat scientifique et se dirigea vers des études de médecine. Ce qui était rare à l’époque où les futurs médecins avaient plutôt un baccalauréat de philosophie.

C’est lors de ces études de médecine qu’André Bernou s’inocula le bacille de la tuberculose, au cours d’une autopsie. Bien informé des conséquences de cette terrible maladie, il entreprit des études de pharmacie en même temps que ses études de médecine pour pouvoir disposer de revenus lorsqu’il sera obligé de s’arrêter, pour raisons de santé.

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Photo : Le sanatorium de Leysin vers 1910
Sur les 120 malades qui sont au sana de Leysin en même temps que le Docteur Bernou ; sept seulement en réchapperont et,
parmi eux, il n’y en aura que trois à pouvoir reprendre une activité normale

En 1920 (il a donc 31 ans), il s’installe à Châteaubriant, lauréat de la faculté des sciences de Bordeaux et bi-lauréat de l’Ecole de Médecine et de Pharmacie de Nantes. Il est nommé médecin inspecteur des nourrissons (poste qu’il abandonnera en 1924 (pour raisons de santé) et membre de la Commission d’Hygiène de l’arrondissement de Châteaubriant jusque vers 1945.

Dès son installation, il est appelé par un confrère pour traiter quelques tuberculeux pulmonaires indigents. Il a en effet une expérience du traitement de la tuberculose, acquise dans les sanatoria suisses, au Centre de Triage des Tuberculeux de la 11e région (où il est adjoint au chef de secteur), ainsi qu’au Centre de Surexpertise de l’Hôpital Broussais en 1919.

Rapidement il développe de nouvelles techniques et met au point l’OLEOTHORAX pour le traitement des pleurésies purulentes tuberculeuses. En 1921, il fait à ce sujet une première communication à l’Académie de Médecine de Paris. En 1922, il réalise le pneumothorax électif, et, en 1923, le pneumothorax bilatéral. Il soigne certains de ses malades à l’hôpital de Châteaubriant et d’autres à domicile avec un confrère.

 ...Le docteur BERNOU soigne la Tuberculose ...

Puis il est obligé d’interrompre ses recherches par suite d’une rechute de sa tuberculose (il aura des rechutes ainsi jusque vers l’âge de 50 ans). C’est au sanatorium de LEYSIN (Suisse) qu’il poursuit ses recherches. En 1924, il obtient un prix de l’Académie de Médecine pour ses rapports sur l’oléothorax.

De retour à Châteaubriant, en 1926, le Dr Bernou crée un dispensaire antituberculeux à l’hôpital de Châteaubriant, dont il assumera le service jusqu’en 1933, date à laquelle, de nouveau pour raisons de santé, il doit abandonner les consultations.

Dans le même temps, il ouvre un pavillon de tuberculeux à l’hôpital de Châteaubriant, dans le pavillon qui est maintenant réservé aux services administratifs et qui est dédié à "Sainte Suzanne" en souvenir d’une jeune fille de la bourgeoisie castelbriantaise, morte de tuberculose à 20 ans. Cette jeune fille a toujours son tombeau (une véritable chapelle !) au cimetière de la ville. Le Dr Bernou assurera le service des tuberculeux à l’hôpital de Châteaubriant jusqu’en 1950. Il n’arrêtera que parce qu’il est atteint par la limite d’âge (60 ans).

Le Dr TRICOIRE a pris la suite et, vers les années 56-57, l’hôpital a construit un service de Phtisiologie. C’est là que se trouve maintenant le service de "médecine" depuis que l’hôpital a acheté les Fougerays le 1er janvier 1966.

 A l’hôpital de Châteaubriant, puis à la clinique des Fougerays

En 1927, dans le pavillon de l’hôpital dénommé "l’Ange Gardien", il organise un service de chirurgie thoracique avec le Dr Henri FRUCHAUD, un chirurgien d’Angers. C’est là qu’on réalise pour la première fois dans le monde des thoracoplasties partielles, sans phrénicectomie préalable (c’est à dire sans couper le nerf phrénique). Cette méthode s’imposera partout par la suite.

En 1928, le Dr Bernou traite le pyothorax par des thoracoplasties larges et des pleurectomies.

En 1931, le service "Tuberculeux" de l’hôpital ne suffit plus à la demande de nombreux malades, notamment de malades fortunés qui souhaitent rester à Châteaubriant sous la surveillance du Dr Bernou. N’oublions pas en effet que la tuberculose était, à cette époque, une maladie qui durait plusieurs années, 15 ou 20 ans parfois.

C’est alors que le Dr Bernou, avec MM. Fruchaud (chirurgien) et Brugerolles (commerçant d’Angers), achète le château des Fougerais pour en faire un sanatorium. Celui-ci sera inauguré un peu plus tard sous la présidence du Professeur Léon BERNARD, Président de la Commission de la Tuberculose au Ministère de la Santé et du Comité National de Défense contre la Tuberculose. Le sanatorium "les Fougerais" deviendra rapidement un centre de perfectionnement pour phtisiologues du monde entier.

L’INVENTEUR DE NOUVELLES TECHNIQUES

En 1931, le Dr Bernou met au point des techniques d’apicolyse pulmonaire avec plombage paraffiné. La même année, il expérimente des techniques d’alcoolisation du nerf phrénique, avec recherche des anastomoses de ce nerf.

En avril 1935, il est rapporteur au Congrès National de la Tuberculose de Marseille et publie un traité de chirurgie thoracique avec le Dr Fruchaud (traité qui reçoit un prix de l’Académie de Médecine).

Et puis, il continue ses recherches :

- techniques d’aspiration discontinue ou continue dans le traitement des pleurésies purulentes
- techniques de thoracoplasties avec apicolyse (1936)
- techniques de pariéto-pleurectomie après aspiration, dans le traitement des pyothorax tuberculeux graves
- techniques de spéléotomie dans le traitement des cavernes rebelles à tous les autres traitements

En avril 1939, il est rapporteur au Congrès National de la Tuberculose de Lille et publie, toujours avec le Dr Fruchaud, un traité sur les pleurésies purulentes tuberculeuses, auquel l’Académie de Médecine décerne un nouveau prix.

 LA GUERRE

Puis c’est la guerre. Son activité médicale est plus réduite, même s’il prépare plusieurs thèses de doctorat en médecine où ses collaborateurs publient les résultats des recherches poursuivies tant à l’hôpital qu’au sanatorium des Fougerais.

Médecin-chef de la Défense passive, président du Comité Croix-Rouge de Châteaubriant, président du Comité de Secours aux Prisonniers, il faisait de la résistance "à sa manière" délivrant des certificats médicaux de complaisance pour la plus petite caverne au poumon, ou pour une simple trace de caverne. C’est ainsi par exemple qu’il a fait réformer quantité de prisonniers de guerre (comme l’écrivain Jacques de Bourbon Musset) et envoyé quantité d’autres en sana ... en zone libre !

Après la guerre, il est nommé président de la Société Française d’Etudes Scientifiques de la Tuberculose en 1944, et à nouveau en 1945 et 1946, puis membre du Bureau Permanent de Direction de cette société et du Comité de Publication de la Revue de la Tuberculose.

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Fête donnée à l’occasion de la réception du Docteur Bernou comme
membre correspondant de l’Académie de Médecine

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 UN PRESTIGE INTERNATIONAL

En 1946, le Dr Bernou est rapporteur au congrès de la "British Tuberculosis Association" à Oxford, sur le traitement des "tensions cavities". Puis il est nommé membre du "Conseil Permanent d’Hygiène Sociale" près du Ministère de la Santé (commission de la Tuberculose, sous-commission de chirurgie thoracique et des dispensaires) -et médecin phtisiologue régional de la Région de Nantes.

En 1947, il fait une tournée de conférences médicales en Tchécoslovaquie. En 1948, nouvelles conférences à Prague et à Zlin. Puis en Suisse (Leysin, Davos), à Bruxelles et en de nombreux points de France.

Il a fait plus de 300 publications scientifiques dont de nombreuses à l’étranger (Espagne, Suisse, Italie, Russie, Tchécoslovaquie, Angleterre, Bulgarie, République d’Argentine). Sous sa direction, des élèves ont publié plus de 50 thèses de doctorat en médecine dont 10 ont reçu des prix d’Académie ainsi que des prix de Faculté.

On ne compte plus ses travaux sur la tomographie pulmonaire, la tuberculose des bronches, les différents aspects de l’évolution des cavernes tuberculeuses, ainsi que sur le pronostic de leurs cicatrices, etc.

Membre de la Société de Phtisiologie et de Pneumologie de Tchécoslovaquie, membre de l’Académie de Chirurgie Thoracique d’Italie, il est nommé membre correspondant national de l’Académie de Médecine de France le 8 novembre 1955.

En 1960, il est rapporteur des Journées d’Information de l’Union Internationale de la Tuberculose (dont il est membre depuis 1936).

Le Dr Bernou exercera jusqu’en 1965 à la Clinique des Fougerais, jusqu’à ce que celle-ci soit vendue à l’hôpital le 1er janvier 1966. Il prend alors une retraite bien méritée : il a 76 ans. Il mourra près de Grasse en 1982, à l’âge de 93 ans. Le bel âge pour un ancien tuberculeux qui a connu des rechutes de sa maladie jusque vers 50 ans.

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Photo : Le docteur Bernou (à gauche)
avec le docteur Tricoire