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1864, décembre




8 décembre 1864 : le pape Pie IX publie un syllabus (du latin « sommaire »), recueil de questions tranchées par l’autorité papale. Il y fait état des « principales erreurs de notre temps ». Soit une liste de 80 propositions qu’il condamne concernant notamment la démocratie, la séparation de l’Église et de l’État, le socialisme et toute forme de modernisme.

10 décembre 1864 : le maire de Châteaubriant transmet au Sous-Préfet la demande d’un terrain au cimetière, pour l’inhumation de Mme Ballais Marie, épouse de M. Ernoul Provôté Pierre, décédée à Châteaubriant le 25 août 1862. Il est question de faire une fondation de famille .

12 décembre 1864 : M. Hardy a cédé à la voie publique une parcelle de 337 m2 et la commune a offert « 45.50 frs seulement en raison de la plus-value ». Mais cela semble poser problème puisqu’il est question de nommer un troisième expert.

15 décembre 1864 : le maire soumet au Sous-Préfet un acte de concession pour un terrain au cimetière communal de Châteaubriant destiné à l’inhumation de M. Georges Touffly, propriétaire, décédé le 7 septembre 1864.
… et un autre de 6 m2 pour l’inhumation de M. Bessin Henri, notaire, décédé à Châteaubriant le 9 décembre 1864.
Dans ce dernier cas il est question « de faire une fondation de famille »

21 décembre 1864 : la commune a été obligée, pour modifier le chemin n°34 de Fougeray à Juigné, d’acquérir de Mlle Caron Zoé-Anne, religieuse de la Compagnie St Vincent de Paul, une parcelle de terrain de 934 m2 moyennant la somme de 469 frs frais de clôture compris.
Le maire réclame un arrêté du Préfet, pris en Conseil de Préfecture, autorisant la commune à faire cette acquisition.

22 décembre 1864  : les rôles de la rétribution scolaire établis par M. Lucas Delaunay, instituteur public communal, se montent à 328 frs pour les élèves dont les parents sont domiciliés dans la commune et à 196 frs pour les autres.

22 décembre 1864, lettre au Préfet : « Afin de répondre avec le plus d’exactitude possible à votre lettre du 25 novembre, j’ai fait prendre des renseignements sur la position de fortune de la dame Margat Jeanne, veuve Perrinel et de sa fille Jeanne Perrinel femme Martin, actuellement à l’asile St Jacques.

La dame veuve Perrinel exerce un petit commerce de chiffons ou de loques qui ne me paraît pas lucratif et est âgée de près de 80 ans.

La femme Martin possède en dépôt chez un banquier de notre ville (M. Salmon), une somme de 3000 frs et quelques meubles ou marchandises dont la valeur pourrait être de 3 à 400 frs.

J’oubliais de vous dire que la fille de cette dernière, âgée de 8 ans, demeure à la charge de la veuve Perrinel, sa grand-mère, qui, dans l’intérêt de celle-ci, l’a placée dans l’hospice de notre ville, où elle s’est engagée à payer pour elle, à titre de pension, une somme de 5 frs par mois.

Comme vous le voyez, M. le Préfet, la veuve Perrinel fait, je crois, tout ce qu’elle peut en faveur de la guérison de sa pauvre fille en s’engageant à contribuer sur le prix de sa pension pour une somme annuelle de 150 frs ».

 Les vieilles halles seront détruites le 28 juin 1865

27 décembre 1864 à M. Hunault Jacques, boucher à Châteaubriant : « je viens vous donner avis que les vieilles halles vont être démolies le 24 juin 1865. Vous aurez à cette époque à cesser la jouissance de la place que vous avez sous ces halles et à enlever votre échoppe que vous y avez fait construire ».

 Hommage à Monsieur Delourmel de la Picardière, médecin.

27 décembre 1864 : il s’agit de nommer un membre de l’administration de l’hospice en remplacement de M. Bessin décédé. Le maire propose M. Delourmel de la Picardière « qui est tout dévoué aux intérêts de cet établissement ».

« Depuis 38 ans il y exerce les fonctions de médecin, gratuitement, sans aucune rétribution, avec charité, assiduité et la plus grande distinction. Très bon opérateur, sa réputation attire à l’hospice les malades, les blessés des contrées éloignées et il a fait nombre d’opérations des plus difficiles »

« Si en récompense de ses longs, de ses grands services, il plaisait à sa majesté l’Empereur, lui accorder la déclaration, sa nomination dans la Légion d’Honneur serait accueillie par l’opinion publique avec faveur, avec reconnaissance ».


 Le bail de la Laie

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Bail de la Laie

Le bureau de Bienfaisance de Châteaubriant est propriétaire de la ferme de La Laie, 32 hectares sur les communes de Châteaubriant, Soudan et Rougé. Il la met en adjudication en octobre 1864 pour une durée de 9 ans (commençant le 1er novembre 1865), le prix en étant payable en deux termes égaux, le 1er mai et le 1er novembre ; « sans retard ni cumulation de termes », le premier paiement devant intervenir le 1er mai 1866.

L’adjudication se fait sous la présidence de M. Picot de Plédran, premier adjoint, en présence du notaire Me Foutrel Gaugy et de divers conseillers municipaux. Mise à prix : 1200 frs.

« Un premier feu allumé a fait monter la mise à prix à la somme de 1270 frs pour le compte de Julien Guérn et Marie Grinaud sa femme, demeurant ensemble à La Coquerie, commune de St Aubin des Châteaux. Un second feu allumé s’est éteint sans enchère ». Un troisième feu allumé ayant eu le même sort, l’affermage de la métairie de la Laie est adjugé à M. Guérin. « A cet instant est intervenu Louis Chupin, jardinier, demeurant à la Maison Brûlée à Châteaubriant : il a déclaré se constituer caution solidaire des époux Guérin » et a affecté et hypothéqué, pour cela, un jardin de 72 ares et une maison nouvellement construite dans la partie septentrionale du dit jardin.

Le Cahier des Charges précise :

L’adjudicataire devra garnir la métairie d’une quantité d’animaux suffisante pour une bonne exploitation. Il grassera et ensemencera les terres de la métairie en temps et en saison convenables, tiendra les prés nets de buttes, taupinières et autres choses nuisibles à la faulx, en curera les rigoles et les clora au 1er février de chaque année. Il taillera les haies qu’il relèvera ainsi que les fossés et rendra le tout à sa sortie en bon état de réparations locatives. Il n’abattra aucun arbre par pieds, tête ni branches mais il aura une seule coupe de branches des arbres qui ont coutume d’être émondés, qu’il fera en temps et en sèves convenables, sans pouvoir l’avancer ni la retarder, ni rien prétendre pour les sèves restant à sa sortie.

N’ensemençant pas à son arrivée, l’adjudicataire aura une arrière récolte à sa sortie suivant l’usage du pays, alors il laissera les foins même ceux des prairies artificielles, et les pailles même celles de l’arrière-levée, le tout séché et ramassé aux endroits ordinaires et les chaumes sur pieds.

L’adjudicataire fera sans salaire tous les charrois nécessaires aux réparations et reconstructions à faire aux bâtiments de la dite métairie.

Il fournira et plantera chaque année six pommiers qu’il garantira pris et greffés. Les pommiers morts ou abattus par le vent lui appartiendront, à charge de les remplacer par des pommiers de belle venue, à moins toutefois que les arbres abattus ne soient propres à faire du merrain (1)

L’adjudicataire devra, dans l’année de sa sortie, laisser au premier janvier, au fermier qui le remplacera et au choix de ce dernier, un hectare cinquante ares de terre que le dit entrant aura le droit de labourer et de planter de choux et coupage.

L’adjudicataire devra souffrir que le fermier entrant sème du trèfle et du régras (sic !) dans le tiers des froments ensemencés l’année de sa sortie et dans ceux qui composeront l’arrière-récolte qui la suivra.

Il ne pourra semer d’avoine sans engrais et l’ensemencement d’avoine ne pourra être fait sur le tiers de la totalité des terres ensemencées.

L’ensemencé de l’arrière-récolte pourra absorber le tiers des terres labourables de la métairie, il se composera de deux-tiers de froment et d’un tiers d’avoine sous réserve que cette dernière sera engrassée.

L’adjudicataire ne pourra vendre foin, paille, litière ni engrais, le tout devant être consommé sur la métairie. Il ne pourra non plus faire des charrois étrangers à son exploitation, sans le consentement formel et par écrit des administrateurs du bureau de bienfaisance.

Les administrateurs du bureau de bienfaisance se réservent la faculté de faire tous échanges et d’abattre tous bois sans être tenus à indemnité vis-à-vis de l’adjudicataire (…)


  Les destinées

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Loup
par Gustave Doré

Les Destinées est un recueil posthume de poèmes d’Alfred de Vigny (1797-1863), publié en 1864. Il se compose de onze poèmes, écrits entre 1839 et 1863, marqués chacun par un profond pessimisme, où l’on retrouve le désenchantement des récits de Stello (1832) ou du drame de Chatterton (1835).

L’ensemble de l’œuvre comprend environ deux mille vers en alexandrins. Les « Destinées » sont les filles du Destin qui font ployer l’homme et lui ôtent tout espoir. Autres poèmes du recueil : la maison du Berger, le Mont des Oliviers, la Sauvage, La mort du loup, etc.

« A voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
- Ah ! je t’ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m’est allé jusqu’au cœur !
Il disait : " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu’à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j’ai tout d’abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t’appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »

 Comment couper les cheveux en quatre

En 1864 la société anthropologique de Paris s’intéresse aux cheveux et aux crânes, voire aux bassins ...

Couleur ...

Le 4 février 1864 est présenté un tableau chromatique de la chevelure et de la peau « une grande carte sur laquelle les diverses nuances font un cercle complet passant du noir au blanc par le brun et le gris, et revenant du blanc au noir par le blanc et le rouge ». Ce tableau renferme plus de 60 nuances mais il est précisé que « les cheveux blancs de certains vieillards offrent une teinte jaunâtre ou verdâtre qui n’est probablement pas naturelle et qui paraît due à un défaut de propreté ».

… et forme

« On savait que le cheveu nègre est elliptique, que le cheveu mongolique est rond, que le cheveu arien est plus ou moins ovale ; on avait constaté dans plusieurs races la présence ou l’absence de la moëlle » (…). Mais M. Pruber-Bey posa en principe que « un seul cheveu, quand il présente la forme moyenne caractéristique pour la race, pourrait servir à la définir ». Un savant exposé vient contredire cette affirmation en étudiant les cheveux, longitudinalement et coupés transversalement, et en donnant les dimensions d’une chevelure égyptienne, fidjienne, lithuanienne, noukahivienne, chactaw, tikopienne, et en prouvant que l’épaisseur du cheveu ne prouve rien. Le sujet fait 25 pages le 16 juin 1864 et 7 pages le 18 août !

La même société s’intéresse en 1864 à l’œil de l’albinos, au nègre esclave chez les peaux-rouges, à l’acclimatation des Espagnols aux Antilles, à la taille des conscrits bretons, à l’indice cubique des crânes. Les études sont fort sérieuses. L’une s’intéresse aux crânes de la population rhétique, l’autre compare les deux principales formes des crânes bretons et gaulois.

Changeant d’extrémité, une étude détaille les caractéristiques de cette partie du corps humain qu’on appelle « le bassin » et l’on se demande si celui-ci peut servir à caractériser les races ! Un certain Ecker a même publié « des observations sur deux bassins d’eunuques de race négritique »…..

Si ça vous amuse :
http://www.persee.fr/web/revues/hom...


 Michelet : La bible de l’humanité

L’année 1864 est consacrée par Michelet à l’achèvement de la Bible de l’Humanité, à laquelle il attache une extrême importance. Il s’agit ni plus ni moins d’écrire la Bible commune des humains, avec les " versets de lumière " de l’Inde, de la Perse et de la Grèce, face au " clair obscur " du Moyen Âge — entendons de l’Église catholique. Il s’agit donc, au même titre, voire plus que son Histoire de France, d’une œuvre militante, "mon livre au vrai ", comme dit Michelet.

« L’humanité dépose incessamment son âme en une Bible commune. Chaque grand peuple y écrit son verset (…), ici en grands poèmes, - ici en récits historiques, là en pyramides, en statues » écrit-il dans la préface du 15 octobre 1864.

« Mon livre naît en plein soleil, chez nos parents, les fils de la lumière ». Il oppose les peuples de la lumière (Indiens, Perses et Grecs) aux « peuples du crépuscule, de la nuit, du clair-obscur » (Egyptiens, Romains, Celtes, Germains). Il décrit « le combat de la femme et du stoïcien ». « Le Stoïcien, à ce monde épuisé, fatigué, commande l’effort, ordonne le travail. ... Et la femme répond méprisante « Le lis ne travaille ni ne file, il est mieux vêtu que César » (p.454)

Le triomphe de la femme

Pour Michelet « le monde est femme », et depuis Jésus, c’est « le triomphe de la femme ». Ce que Michelet déplore vivement. Au point d’évoquer, dans un de ses courriers, « la féminisation et la stérilisation de la race française par la théologie fainéante égypto-judéo-chrétienne ». Dans sa bible il écrit : « Derrière les formes si mâles de la Loi et ses tables de pierre, il a en lui les féminins soupirs, les vœux du Salut gratuit, et l’attente de la délivrance par la Grâce imprévue d’en haut » (p.435).

À lire sa correspondance, on perçoit l’intérêt particulier que l’historien porte à cette production, visant, comme il l’écrit à Marie d’Agoult, à "sortir enfin du petit cercle judéo-chrétien où l’on veut nous étouffer ".

Sortir du Moyen-Age

Dans cette bible exaltante (exaltée ?) qui correspond si bien au style de Michelet, l’auteur ordonne : « ll faut faire volte-face, et vivement, franchement, tourner le dos au moyen âge, à ce passé morbide (…). Il ne faut ni combattre, ni critiquer, mais oublier. Oublions et marchons ! Marchons aux sciences de la vie, au musée, aux écoles, au Collège de France. Marchons aux sciences de l’histoire et de l’humanité (…). Soyons je vous prie, hommes, et agrandissons-nous des nouvelles grandeurs, inouïes, de l’humanité » (p.483)

Sources :
- http://books.google.fr (où l’on peut lire cette bible en entier) et
- http://rh19.revues.org/index164.html au sujet de la correspondance de Jules Michelet.





(1) Ndlr : Le merrain est du bois fendu en planches et propre à différents ouvrages