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1865, d’avril à juin




 Le Pont trop court

9 avril 1865 : La défaite du général sudiste Robert Edward Lee marque la fin de la Guerre de Sécession en Amérique (début en 1861).

14 avril 1865  : Assassinat à Washington du président des Etats-Unis, Abraham Lincoln. Né le 12 février 1809, Abraham Lincoln est le fils d’un pionnier. Il accède à la présidence des États-Unis en mars 1860. Il est anti-esclavagiste, alors les États du Sud font rapidement sécession. La guerre de Sécession débute en avril 1861 et se solde après 617.000 morts en avril 1865 par la défaite des Sudistes. Lincoln qui avait préparé la paix dès 1863 en parallèle avec l’émancipation des Noirs est assassiné, ce qui ne facilite pas la reconstruction du pays. En effet Lincoln était le seul homme qui pouvait réconcilier le Nord et le Sud, et dorénavant, les rancoeurs sont renforcées

16 avril 1865. Nouveau Conseil Municipal à Châteaubriant, sous la présidence de M. Béchu. Plutôt bref puisqu’il se contente de voter 1.80 frs pour le curage de la Rivière de Chère et de ses affluents, aux lieux-dits Chemin du Béneau et Pont Bossé (précision du 24 avril).

Il vote aussi 1000 frs au sujet d’un pont. Le maire en effet explique aux conseillers que le service vicinal va construire un pont sur le chemin n° 41 [de Châteaubriant à Fercé] à l’endroit où ce chemin traverse la Chère, derrière les Halles [c’est à dire derrière la mairie actuelle]. Mais ce pont, « s’il est édifié avec les seuls fonds de la vicinalité, aura une largeur moindre que celle du chemin, ce qui sera d’un effet disgracieux. ». Voilà le pourquoi de ce vote de 1000 frs « afin que l’administration vicinale, avec le concours de la ville, établisse un pont de même largeur que le chemin ».

24 avril 1865 : la nommée Guyomard Jenny, femme Le Thiec, est arrivée à Châteaubriant avec ses quatre enfants, le 3 avril courant.

27 avril 1865 : le maire de Châteaubriant demande qu’il soit fait un plan du chemin de petite communication n°4, du faubourg de Béré à Châteaubriant par Paluel. « Il est nécessaire de connaître la direction de ce chemin afin de s’occuper ensuite de la construction d’un abattoir depuis longtemps réclamé pour l’assainissement de la ville ».

Selon le maire, cet abattoir serait très avantageusement placé sur « Le Patis des Planches », terrain communal que le chemin n°4 doit traverser.

29 avril 1865 : M. de Tugny est démissionnaire du bureau de bienfaisance. Le maire propose donc son remplacement. « M. Picot de Plédran, premier candidat, rendrait de très grands services. Messieurs les membres du bureau désirent l’avoir pour collègue et je me suis assuré de son acceptation ».

MM. Bourdier et Grimault sont présentés en 2e et 3e ligne. « Ils sont l’un et l’autre aussi et sous tout rapport, dignes du choix de M. le Préfet ». La commission n’étant plus en nombre suffisant par suite de la démission de M. de Tugny et de la maladie d’un autre membre, « il serait à désirer dans l’intérêt du service et en raison surtout de la formation du budget et de la vérification des comptes de l’exercice, que la nomination du successeur de M. de Tugny se fit sans attendre » écrit le maire. M. Picot de Plédran sera nommé par arrêté du Préfet en date du 17 mai 1865.

1er mai 1865 : le maire écrit au commissaire de Police au sujet de M. YVON Julien, propriétaire :

« Sans demander l’alignement, il s’est permis d’élever, ces jours derniers, des clôtures en terre et de placer une barrière sur le terrain déclos appartenant à ses enfants mineurs, situé derrière la Halle au Blé [actuelle mairie]. Ces clôtures ne pouvaient être autorisées attendu qu’elles sont en opposition avec l’arrêté du 31 octobre 1863 qui lui a été notifié le 3 novembre dernier. Veuillez donc, M. le Commissaire, voir le sieur Yvon, l’engager à supprimer ces nouveaux établissements et, en cas de refus, rapporter procès-verbal des contraventions que je m’empresse de vous signaler ».

3 mai 1865 : Début d’une longue visite de Napoléon III en Algérie, son second voyage, devant le mécontentement des colons (jusqu’en juin). Elle ne favorise pas la relance de la colonisation comme Mac-Mahon l’avait espéré.

9 mai 1865  : le sieur Perrinel Jean, propriétaire et marchand, « a cédé du terrain à la voie publique à raison d’alignement ». Il accepte le prix de 5 francs le mètre superficiel.

11 mai 1865 : à Paris, création des magasins du Printemps. Reconnaissance de la valeur du chèque.

15 mai 1865 : « la nommée Clavel Jeanne Marie, condamnée libérée, s’est présentée au secrétariat de la mairie où elle a manifesté l’intention d’aller résider à St-Aubin-des-Châteaux où, dit-elle, elle est bien connue et où elle trouvera facilement à s’occuper, pendant qu’à Châteaubriant elle y est entièrement inconnue.

Si elle persiste dans ce projet, j’aurai l’honneur de vous écrire afin d’obtenir son changement de résidence » écrit le maire au Sous-Préfet.

 Merci M. le Marquis

16 mai 1865 : lettre à M. le Marquis de Préaulx en son château de Pouancé. « Le Conseil Municipal témoigne toute sa reconnaissance des sentiments de bienveillance qui vous n’avez jamais cessé de manifester en faveur de la commune de Châteaubriant et vous prie, Monsieur le Marquis, de vouloir bien les lui continuer : elle n’est pas riche et la permission que vous voulez bien lui accorder d’extraire des pierres de votre propriété des Cohardières lui facilite les moyens de faire travailler à la construction des chemins vicinaux et d’y employer les ouvriers malheureux »

21 et 25 mai 1865 : le Conseil Municipal se réunit à Châteaubriant pour le règlement définitif du budget de 1864 et pour examiner les budgets de l’hospice, du bureau de bienfaisance et de la commune.

27 mai 1865 : « des abus ont eu lieu relativement à la vente des bestiaux, les jours de marché. Ils sont nuisibles au commerce et aux intérêts de la ville ». Désireux de les faire cesser, le maire prend un arrêté sur la police des marchés et demande au Sous-Préfet d’en solliciter l’approbation préfectorale.

Pardon !

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Les frères Goncourt

« Il nous faut demander pardon au public de lui donner ce livre et l’avertir de ce qu’il y trouvera.

Le public aime les romans faux, ce roman est un roman vrai.

 Il aime les livres qui font semblant d’aller dans le monde ; ce livre vient de la rue.

 Il aime les petites oeuvres polissonnes, les mémoires de filles, les confessions d’alcôves, les saletés érotiques, le scandale qui se retrousse dans une image aux devantures des librairies ; ce qu’il va lire est sévère et pur. Qu’il ne s’attende point à la photographie décolletée du plaisir, l’étude qui suit est la clinique de l’amour.

 Le public aime encore les lectures anodines et consolantes, les aventures qui finissent bien, les imaginations qui ne dérangent ni sa digestion, ni sa sérénité. Ce livre avec sa triste et violente distraction est fait pour contrarier ses habitudes et nuire à son hygiène.

 Pourquoi donc l’avons-nous écrit ? Est-ce simplement pour choquer le public et scandaliser ses goûts ?

 Non.

 Vivant au dix-neuvième siècle, dans un temps de suffrage universel, de démocratie, de libéralisme, nous nous sommes demandé si ce qu’on appelle les "basses classes" n’avait pas droit au roman ; si ce monde sous un monde, le peuple, devait rester sous le coup de l’interdit littéraire et des dédains d’auteurs qui ont fait jusqu’ici le silence sur l’âme et le coeur qu’il peut avoir, nous nous sommes demandé s’il y avait encore pour l’écrivain et pour le lecteur, en ces années d’égalité où nous sommes, des classes indignes, des malheurs trop bas, des drames trop peu nobles. » …..

Telle est la préface du roman Germinie Lacerteux, écrit en 1865 par Edmond et Jules de Goncourt.

Des provocateurs, assurément !

28 mai 1865 : après ses séances de préparation des 21 et 25 mai, le Conseil Municipal se réunit à Châteaubriant sous la présidence de M. Béchu du Moulin-Roul et approuve les budgets de la grande et de la petite vicinalité. Il demande :
- Que l’excédent des recettes de la grande vicinalité soit entièrement reporté sur le chemin n°41 [de Châteaubriant à Fercé]
- Que l’allocation destinée « au chemin de la Torche au Pont Dix Heures » soit diminuée de 300 frs
- Que ces 300 frs soient reportés « sur le chemin n°1 de Béré au Boisbrillant (sic !) par le Moulin Neuf » [actuelle Route des Bas]

 Démolition des maisons Thuau et Boutruche

Le Conseil Municipal autorise le maire
- A vendre les boues provenant de la répurgation de la ville
- À pourvoir au remplacement d’une poubelle brisée dans la halle
- À procéder à la vente des matériaux et à la démolition des vieilles halles, Thuau et Boutruche en trois lots bien distincts.

A propos du pont sur la Chère, derrière les Halles, « il importe aux intérêts communaux de laisser à la Place des Halles [actuelle Place E.Bréant] la plus grande étendue possible. Le Conseil Municipal engage M. l’agent-voyer en chef à reporter ce pont vers le Nord autant qu’il sera possible de le faire, en ménageant les intérêts urbains, sans chocquer (sic !) les règles de l’art »

Le Conseil Municipal est heureux de saisir cette occasion de manifester toute sa sympathie à messieurs les agents du service vicinal « dont le zèle et l’activité méritent les plus grands éloges ».

Un membre du Conseil Municipal fait observer que l’emploi du jardin du sieur Gérard à la construction du chemin de petite vicinalité n°1 du Faubourg de Béré au Moulin Neuf, « délaisse, au droit du dit jardin, et compris entre le Pré du Champ de Foire et le nouveau chemin, un emplacement assez vaste qu’il serait utile de convertir en place publique au lieu de le céder aux riverains ». Le Conseil est de cet avis et souhaite en faire un lieu de dépôt tout en facilitant singulièrement l’accès au Champ de Foire « toujours difficile et souvent dangereux ». [Cette place publique existe toujours, elle sert notamment au stationnement des voitures des fidèles allant aux offices religieux]

Enfin le Conseil Municipal est avisé : le sieur Ganache Auguste va bientôt libérer une maison attenante aux anciennes halles.

8 juin 1865 : M. Morand Pierre, ancien professeur au collège Ste Barbe à Paris, originaire de Châteaubriant et y demeurant depuis environ un an, est atteint « d’aliénation mentale et furieuse ». « Il a été déposé provisoirement, par mon ordre, dans l’hospice de la ville » écrit le maire au Sous-Préfet . « Mais, comme vous le savez, cet hospice n’est point approprié de manière à ce que les individus affectés de cette triste maladie puissent y être traités. Je viens donc vous prier, dans l’intérêt de la sûreté publique, de vouloir bien solliciter près de Monsieur le Préfet, l’admission de ce malheureux à l’asile St Jacques de Nantes. M. Morand laisse une femme et une petite fille sans ressource aucune »
[autorisation sera donnée le 5 juillet 1865]

8 juin 1865 : le maire transmet « les états des sommes payées à titre de secours aux condamnés libérés et aux voyageurs indigens (sic !) munis de passeports et de feuille de route », pour les troisième et quatrième trimestre 1864 et il réclame la somme de 8,70 frs pour solde des avances antérieures au 3e trimestre 1864.

 Elargir la place des Halles

10 juin 1865 : afin d’obtenir plus de facilité :
- Pour la construction du pont sur la rivière de Chère qui traverse le chemin de grande communication n° 41 [il s’agit du pont sur la rivière situé sous la place Ernest Bréant actuelle]
- La rectification du lit de la rivière aux abords du pont
- Rendre régulière la place derrière la halle au blé [actuelle Place Ernest Bréant], la commune de Châteaubriant « a l’intention d’acquérir des enfants mineurs du sieur Yvon Julien, propriétaire, une parcelle de terrain en jardin contenant 5 ares et 2 centiares moyennant la somme de 1000 frs, prix résultant d’une expertise faite à l’amiable ». Le maire transmet au Sous-Préfet les pièces nécessaires à une enquête commodo et incommodo . [Celle-ci partagera entièrement les vues du Conseil Municipal - voir 28 juin]

17 juin 1865 : le maire transmet au Sous-Préfet deux concessions de terrain dans le cimetière communal. L’une, perpétuelle, pour M. Rougé Jean, huissier, décédé le 13 mai 1848. L’autre de 30 ans pour Mlle Yvon Philomène, décédée le 17 septembre 1863.

18 juin 1865 : au théâtre royal de la cour de Vienne est créé l’opéra « Tristan et Isolde » de Richard Wagner d’après une légende médiévale bretonne.

Wagner, Tristan et Isolde

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Wagner

Le symbole d’un amour impossible. L’opéra s’ouvre sur le voyage de Tristan, chargé par son oncle le roi Marke de faire venir d’Irlande sa future épouse, la princesse Isolde. Comme le voyage touche à sa fin, celle-ci confie à sa suivante Brangäne un terrible secret : Tristan, le valeureux héros admiré de tous, n’est autre que l’assassin de son fiancé Morold, tué pour affranchir le roi de Cornouailles du tribut qu’il payait au roi d’Irlande. Blessé, il avait été recueilli et soigné par Isolde qui, l’ayant reconnu, et sur le point de se venger, fut arrêtée in extremis par un regard d’amour.

Partagée entre la haine et l’amour, Isolde choisit de s’unir à Tristan dans la mort. Elle fait préparer par sa suivante un breuvage empoisonné, que Tristan accepte de prendre, en connaissance de cause. Mais la suivante a remplacé le philtre de mort par un philtre d’amour. Après l’avoir bu, Tristan et Isolde tombent en extase l’un devant l’autre tandis que le bateau accoste et que le roi Marke s’avance pour accueillir sa fiancée

Pendant que le roi est parti chasser, Tristan et Isolde se retrouvent en secret et chantent leur désir de consacrer leur amour par une mort qui serait le triomphe définitif de la Nuit sincère et douce sur le Jour vain, perfide et mensonger

(source : Wikipedia)

 La minimité

21 juin 1865 : le maire demande au Sous-Préfet de dispenser la commune des formalités de purge légale des hypothèques, en raison de « la minimité de l’indemnité due au sieur Perrinel pour cession de terrain à la voie publique dans la rue de Couëré par suite d’alignement ». il s’agit de 20,30 frs. Voir au 9 mai 1865.

21 juin 1865 : un étranger, M. Douster Gothardt, corroyeur, est mort à l’hôpital civil de Châteaubriant le 25 mars 1864 (réponse à une question du Sous-Préfet)

23 juin 1865 : le Sous-Préfet prescrit une enquête publique de 45 jours pour le projet de teinturerie dégraissage de M. Prosper RIVIERE dans une parcelle lui appartenant située sur le bord de la Chère (parcelle n°105 section H) à proximité des nouvelles halles. [Personne ne se déplacera pour contester ce projet et l’autorisation sera donnée le 26 septembre 1865].

23 juin 1865 : pour la rétribution scolaire du deuxième trimestre 1865, le rôle établi par M. Lucas Delaunay, instituteur, donne : 380 frs pour les élèves de la commune et 186 frs pour les élèves extérieurs.

24 juin 1865 : les vieilles halles de Châteaubriant sont démolies.

28 juin 1865 : la ville de Châteaubriant consacrera 1300 frs pour acquisition de terrain YVON et frais, en vue de l’agrandissement de la Place des Halles [actuelle Place E.Bréant].

30 juin 1865 : Mme Thuau demande à toucher le prix total de la vente de sa maison. La caisse municipale permet de la satisfaire. Le maire sollicite l’autorisation du Préfet, en expliquant que la commune y trouvera avantage en évitant le paiement d’intérêts.

30 juin 1865 : pour la maison Boutruche, la commune doit payer 4000 frs pour le premier terme de paiement, et même 4033,34 frs en comprenant les intérêts. Le maire demande l’autorisation de payer.

Il faudra compter aussi 250 frs pour solder les frais résultant de la purge des hypothèques sur les maisons Thuau et Boutruche.

Alice au Pays des Merveilles

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Alice

Alice Liddell, alors âgée de dix ans, fut l’inspiratrice de Charles Dodgson, celui qu’on connaît mieux sous le nom de Lewis Caroll.

Charles Dodgson était « un personnage guindé, toujours vêtu d’une redingote noire à peine ouverte sur un faux col d’ecclésiastique, promenant un visage aux traits fins et aux accents mélancoliques. Ses cours de mathématiques, qu’il débitait mécaniquement, suscitaient surtout l’ennui » se souviennent ses anciens élèves.

Mais Alice au Pays des Merveilles est un chef d’œuvre de fantaisie. Jeux verbaux, chansons, devinettes jalonnent le récit. Les personnages ne semblent pas accepter les métamorphoses répondant à une saine logique - comme celle de la citrouille devenant carrosse - et cherchent au contraire à y échapper.

Trois "clés" ouvrent ce roman audacieux : la parodie, l’inversion, le non-sens.

Les personnages font en quelque sorte le contraire de ce qu’on attend d’eux. Le non-sens feint de laisser espérer au lecteur une explication logique puis traîtreusement trompe ses habitudes de pensée.

Alice est en porte à faux dans le pays des merveilles comme Charles Dodgson l’est dans la réalité. Elle fait tout à rebours ou à contretemps de ce qui est convenable sur un plan social. Elle est toujours trop grande ou trop petite et a conscience de son inadaptation. La reine blanche l’accuse carrément de vivre à l’envers et lui conseille d’apprendre à croire à l’impossible.

Mais au contraire de Charles Dodgson qui subit la réalité, Alice ose se rebeller contre l’anormalité. Elle est, hardie et sereine, la projection idéalisée de son auteur.

Lire aussi, De l’autre côté du miroir, et La chasse au Snark, du même auteur.

Sources :

- Archives de la mairie de Châteaubriant, 1 D 19 (Conseil Municipal) et 2 D 11 (courriers)
- Internet et notamment Wikipédia
- Itinéraires littéraires - XIX e siècle, Ed Hatier