Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Aller au plan simplifié  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Histoire > Histoire au jour le jour > 1865 : des pauvres et des perles

1865 : des pauvres et des perles




A la lecture des courriers et délibérations de la seconde moitié du XIXe siècle, on est surpris de constater la co-existence, à Châteaubriant, d’une classe très aisée, gros propriétaires possédant une grande partie des terrains et maisons de la ville de Châteaubriant et des environs - et d’une classe très pauvre, qualifiée de « classe malheureuse, classe souffrante, classe ouvrière et indigente ».

Ces déshérités, les autorités les traitent avec sollicitude (attention soutenue et affectueuse, comme dit le dictionnaire). Elles les regardent avec intérêt, comme on s’intéresse à des têtards dans une mare. Mais il n’est point question de justice. Encore moins de partage.

 De la toile pas chère

Le 13 décembre 1844, un commerçant de Nantes écrit au Maire (M. de la Pilorgerie) pour lui proposer de la toile coton, fabriquée à Nantes, « propre à faire des chemises pour les malheureux en raison du bas prix de cette marchandise » . Il propose différentes largeurs :

  • -Largeur 65 cm à 0.60 frs le mètre
  • -Largeur 75 cm à 0.70 frs le mètre
  • -Largeur 80 cm à 0.80 frs le mètre
  • -Largeur 110 cm à 1 ou 1.05 frs le mètre

Il se réjouit de « concourir au bien-être de la classe malheureuse »

 La fête

À l’occasion de la promulgation de la Constitution, le Préfet écrit au maire de Châteaubriant le 16 novembre 1848 :

« Dans la répartition de la somme de 4500
francs allouée au département par le ministre de l’intérieur, pour être distribuée en secours le jour de la promulgation de la Constitution, je m’empresse de vous faire connaître que je viens d’ordonnancer au profit de votre commune la somme de 50 frs. J’ai ouvert un crédit de pareille somme au budget de votre commune. Vous devrez donc employer dimanche prochain ces 50 frs à secourir, soit en nature, soit en argent, les habitants les plus nécessiteux ».

En somme, encensez le prince et vous aurez quelque secours. Les choses ont-elles changé ?

 L’anniversaire

Un an plus tard, une somme de 3400 frs est allouée au département de Loire-Inférieure, « destinée à des actes d’assistance en faveur des familles nécessiteuses afin de les associer à la fête publique du premier anniversaire qui se prépare ». En effet, dit le Préfet, les journées du 24 février et du 4 mai 1848, « qui ont fondé et consacré la République » doivent être célébrées « par une solennité religieuse et patriotique ».

 Paupérisme

JPEG - 37.1 ko
Pauvres
Oeuvre de Picasso

Ces réjouissances, sans doute, ne nourrissent pas les populations. Le Ministre de l’Intérieur souhaite « établir la statistique du paupérisme en France ». Le Préfet écrit donc au maire de Châteaubriant le 15 janvier 1851 : « Les renseignements demandés sont relatifs à l’administration des secours à domicile, c’est-à-dire aux bureaux de bienfaisance ». La lettre demande aussi des précisions sur la mendicité : « Les mendiants reçoivent-ils des secours du bureau de bienfaisance ? »

« Vous me ferez connaître s’il existe, dans votre commune, des causes locales qui engendrent la misère ; s’il y a quelques moyens particuliers d’améliorer le sort des classes souffrantes ». « L’étude comparative des documents que vous fournirez pourra guider utilement l’administration dans la recherche des moyens les plus propres à diminuer la misère ».

 Ateliers de travail

Le 2 décembre 1853 le Préfet écrit au maire de Châteaubriant : « La cherté des subsistances provoquée par l’insuffisance de la dernière récolte, est devenue, pour les classes ouvrières et indigentes une cause de privations qui n’a cessé d’exciter la sollicitude de l’empereur. Grâce aux mesures prises par le gouvernement, l’approvisionnement complet de nos marchés se trouve garanti sur tous les points de la France. Les arrivages nombreux de blés étrangers qui s’effectuent chaque jour, la réduction de tarif obtenue sur les chemins de fer pour les blés et farines, la prohibition de l’exportation pour certaines espèces de céréales, assurent désormais l’alimentation du pays, mais à l’approche de l’hiver, au moment où, sous l’influence des circonstances actuelles, les misères locales vont augmenter, Sa Majesté a voulu, par de puissants encouragements, faciliter partout l’organisation de travaux accessibles à tous les bras inoccupés ». Un décret impérial a mis à disposition du Ministre de l’Intérieur la somme de 4 000 000 frs, divisée sur les exercices 1853 et 1854, « destinée à être répartie, à titre de subvention, entre les communes qui ouvriront des ateliers de travail ». (…)

« Suivant les intentions du gouvernement, ces travaux devront être entrepris sur les chemins vicinaux dans les communes rurales, et consisteront, dans les villages, en terrassements, nivellements, fouilles, etc ».

Le Préfet précise quant à lui : « Je verrais avec une vive satisfaction que ces fonds fussent de préférence appliqués par les Conseils Municipaux aux chemins de grande communication qui traversent, sauf de rares exceptions, toutes les communes du département ». C’est pourquoi l’on note, à cette période-là, de nombreux travaux de réalisation ou amélioration des routes. Cependant, cela ne suffit pas à éradiquer la pauvreté. D’où l’importance de la charité privée, notamment par l’entremise du Bureau de bienfaisance.

 Bureau de bienfaisance

Celui-ci, à Châteaubriant, apporte soins et vêtements aux familles nécessiteuses. Ses ressources sont fort modiques. L’inventaire de la lingerie dont il dispose, fait le 8 janvier 1857, indique :

- linge à l’usage des pauvres :

- 25 paires de draps dont 12 en bon état et 13 un peu usagés
- Chemises pour homme : 3 en très mauvais état
- Chemises pour femme : 2 également mauvais

« Si ces messieurs [les administrateurs] le trouvent bon, ils pourraient obtenir une somme de 150 frs qui procurera 120 m de toile coton avec lesquels on pourra confectionner deux douzaines et demi de chemises pour homme et deux douzaines pour femme »

- linge à l’usage de la Pharmacie :

- Essuie-mains : 10 en bon état
- Torchons : 8 assez bons
- Tabliers en toile : 5 presque neufs et 7 vieux
- 26 petits sacs en lustrine pour serrer différentes plantes employées en médecine.

Il n’y a pas de quoi faire des folies …

 Enfiler des perles

Vers la fin des années 1800 on évoque « l’assistance par le travail » : « La véritable manière de secourir les pauvres, a dit Benjamin Delessert, c’est de les mettre en état de se passer de secours ». Un entrepreneur de Saint Loup (près de Marseille) propose d’employer des personnes nécessiteuses à trier les perles des vieilles couronnes du cimetière de Châteaubriant !!Sainte occupation sans doute !
L’expérience prouve, au XXIe siècle, que la pauvreté prospère toujours.