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1868, de juillet à décembre

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3 juillet 1868 : à Châteaubriant le maire M. Béchu du Moulin-Roul adresse au Sous-Préfet l’inventaire des archives communales de Châteaubriant. « Je me suis conformé aux instructions de M. le Préfet et j’ai complété les renseignements au moyen de feuilles additionnelles. Quant aux articles GG1 et GG2, il est impossible d’analyser les registres car ils sont complètement illisibles » écrit-il [Ndlr : dommage ! Car il s’agit des registres paroissiaux, ceux-ci ne concernant que les Catholiques jusqu’en 1788, puis les Catholiques et les Protestants].

6 juillet 1868 : en France la loi sur les réunions supprime l’autorisation préalable pour toute réunion ne traitant ni de politique, ni de religion. On peut donc parler librement de questions industrielles, agricoles ou littéraires.

9 juillet 1868, le maire de Châteaubriant adresse au Sous-Préfet « un état de redevable de somme aux fins d’adjudication d’urgence afin de débarrasser les places publiques d’un amas de boue provenant du nettoyage de la Place de la Motte ».

10 juillet 1868, le maire écrit à M. Guibourg, vice-président du Conseil d’Administration de l’hospice. « Vous avez demandé le 24 juin dernier l’autorisation de remplacer par un mur de briques construit sur le mur inférieur, et suivant le même alignement, le vieux porche d’une maison appartenant à l’hôpital et située sur la route impériale n°163, faubourg de Couëré. Il résulte du rapport de MM. les ingénieurs, qui ont été consultés à ce sujet, que le mur sur lequel doit s’appuyer la construction projetée est en saillie sur l’alignement de la traverse dans un endroit où cette dernière est tortueuse et fait suite à une côte assez rapide, et qu’enfin les travaux en question rentrent dans la catégorie de ceux qui sont réputés confortatifs.
Par sa lettre de ce jour, M. le Sous-Préfet, en vertu des des instructions contenues dans la dépêche de M. le Préfet du 7 courant, me charge de vous faire connaître qu’il ne peut vous accorder l’autorisation que vous désirez ».

« je joins la somme de 1,50 frs en timbres-poste qui vous appartient et qui, dans cette circonstance demeure sans emploi ».

 Abandon

10 juillet 1868 : le maire envoie au Sous-Préfet les pièces nécessaires à l’admission à l’hospice de Nantes du jeune Henry Ernest Jacquart, âgé de 6 ans, enfant abandonné. « Ses parents, ainsi qu’il est constaté par les certificats ci-joints, n’ont aucun moyen et sont hors d’état de pourvoir à sa nourriture et à son entretien ».

[Dans ces années-là on voit régulièrement des enfants ainsi envoyés à Nantes].

Statue de l’enfant abandonné, sur le socle du monument dédié, à Paris, à Ernest Rousselle (1836-1896) qui œuvra beaucoup pour l’enfance défavorisée.

[Ndlr : depuis 1817, les enfants abandonnés doivent porter un collier, scellé, vérifié régulièrement jusqu’à l’âge de 6 ans. Ce sont donc des enfants qui sont marqués dans la rue, et à l’école, car les colliers ne sont pas toujours enlevés à l’âge de 6 ans comme le préconise la loi. A ce collier est attachée une médaille à l’effigie de Vincent de Paul, sur laquelle est gravée l’année d’admission et le numéro d’immatriculation. Ce collier, porté au cou, comme cela l’est par un chien, humilie l’enfant, ainsi que la vêture qui date et rend ces enfants reconnaissables].

17 juillet 1868 : le maire envoie au sous-intendant militaire à Nantes « les effets déposés à l’hospice de Châteaubriant par les soins de la gendarmerie et provenant de militaires décédés ou rayés des contrôles »
Le Buveur, par Albert Anker - 1868

 Débauche

21 juillet 1868 : l’hospice de Châteaubriant souhaite acquérir, pour 25 000 frs, une ferme située à La Rouxière, en Erbray, à payer avec les fonds légués par un certain M. Lorette de la Refoulais.

21 juillet 1868 : le conseil municipal de Châteaubriant réuni en séance publique approuve cette acquisition. [Cette acquisition sera effective le 12 septembre 1868].
Par ailleurs la commune de Plessé renouvelle sa demande d’une foire le 19 mars de chaque année dans sa section de St Joseph du Drény. Le Conseil municipal considère (comme à chaque fois) que « la multiplication des foires occasionne presque toujours un grand préjudice à l’agriculture et est cause que les travaux des champs restent en souffrance pendant que les fermiers fréquentent les foires et prennent des habitudes de débauche qui les conduisent à la ruine ». Il donc d’avis de ne pas accéder à la foire demandée. En revanche, il donne un avis favorable à La Meilleraye « pour la translation du marché existant le 1er jeudi de chaque mois au 4e mardi »

 Buffleteries

21 juillet 1868 : des sabres et des fusils, modèle 1831, sont arrivés pour l’armement des Sapeurs Pompiers mais, d’après le maire qui l’écrit au colonel, directeur d’artillerie à Nantes, le capitaine commandant la compagnie de Châteaubriant estime que « le changement complet qu’il faudrait faire subir à la buffleterie entraînerait une dépense très élevée et qu’il serait impossible de faire en ce moment ». [Ndlr : la buffleterie comprend les bandes et les courroies, généralement fabriquées avec de la peau de buffle, et servant à porter les armes et les cartouches]. Le maire ajoute que les sabres modèle 1836 sont très convenables pour la tenue actuelle et demande au colonel de lui faire savoir « si je peux vous retourner la caisse de sabres du modèle de 1831 et conserver les anciens. Quant aux habits, la semaine prochaine ils vous parviendront ».

24 juillet 1868 : le maire écrit au Préfet : « le 20 juillet la place de Nantes m’a expédié 76 fusils à percussion et 76 sabres de troupes à pied, modèle 1831. Ouverture faite des caisses en présence du capitaine commandant la compagnie, nous avons d’un commun accord reconnu que l’emploi des sabres en question entraînerait un changement complet dans les buffleteries qui sont disposées pour recevoir des modèles de 1816 ». Le maire demande au Préfet de donner l’autorisation de conserver le modèle 1816. [Il n’obtiendra pas satisfaction puisque, le 14 octobre 1868 il renverra 74 fusils et 60 sabres formant l’armement ancien existant à la mairie de Châteaubriant].

28 juillet 1868 : le sieur HERVE Emile, soldat de la classe de 1861 appartenant à la réserve, et classé dans le 76e de ligne, demande la permission de contracter mariage avec Françoise Julienne Reneau, domestique, demeurant à Châteaubriant depuis longtemps. « Cette jeune fille est de bonne vie et mœurs et appartient à une famille très honorable de la commune d’Erbray ». [Ndlr : rappelons que depuis le 1er février 1868 la durée du service militaire n’est plus que de 5 ans pour les jeunes gens ayant tiré un mauvais numéro]. « HERVE étant entré dans sa dernière année de service », le maire demande au général « de vouloir bien lui accorder l’autorisation nécessaire ».


Bouton du 76e régiment de ligne

Août 1868 : le gouvernement de Napoléon III attaque ceux qui, avec Charles Delescluzes, ont lancé une souscription pour élever un monument au député Baudin tombé sur une barricade le 2 décembre 1851 alors qu’il cherchait, avec Victor Schoelcher, à soulever le peuple parisien contre le Coup d’Etat de la veille, perpétré par Louis Napoléon Bonaparte. Ils sont poursuivis pour « manœuvre et intelligences à l’intérieur ayant pour but de troubler la paix publique ». [Ndlr : cette sculpture sera inaugurée sur la tombe de Baudin en 1872, au cimetière Montmartre, après la chute de l’Empire].

3 août 1868 : le jeune Jacquart Henry, 6 ans, a été conduit à l’hospice de Nantes le 1er août par le conducteur de la diligence, M. Coirre (revoir au 10 juillet). « Charitablement M. Coirre a bien voulu renoncer au prix de la place qui lui était dû ». « Il reste à payer 12 frs à la femme Mélusson pour frais de nourriture de l’enfant ». Le maire demande au Sous-Préfet : « qui va payer ? L’administration de l’hospice ? Ou bien faut-il prendre sur le crédit des dépenses imprévues ouvert au budget de la commune ? »

10 août 1868 : le maire informe le Sous-Préfet : « Le sieur Duchesne Louis dont je vous ai signalé l’arrivée en notre ville le 15 mai dernier, a travaillé comme ouvrier tailleur chez un nommé Chazé pendant quelques jours mais, ayant quitté la ville sans autorisation, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Châteaubriant pour rupture de ban. Il a appelé de ce jugement et la Cour de Rennes vient de le condamner à 5 ans de prison ». Bigre !

13 août 1868 à M. Legal commandant des pompiers : « Samedi prochain, la France va célébrer la fête de Sa Majesté l’Empereur. A cette occasion vous voudrez bien donner des ordres pour que la compagnie de Sapeurs Pompiers, avec la musique qui en fait partie, soit réunie sur la place de l’hôtel de ville à onze heures et demi précises du matin. Cette prise d’armes a pour but d’assister au Te Deum qui sera chanté dans l’église à midi et donner à cette fête le plus d’éclat possible »

13-15 août : tremblement de terre au Pérou et en Équateur. Il fait 40 000 victimes

18 août 1868 : se référant au conseil municipal du 26 février 1864, le maire écrit au Sous-Préfet au sujet du chemin n°41 (de Châteaubriant à Retiers) : « depuis longtemps, la commune désire que, à partir de Fercé, le chemin dont il s’agit, au lieu d’être dirigé par Soulvache sans grand avantage, soit dirigé sur le Semnon vers un point à déterminer entre Martigné et le Moulin Eon, pour mettre en rapport des contrées très importantes de la Loire-Inférieure et d’Ille et Vilaine actuellement sans communications directes entre elles ».[D’après nos cartes modernes, il aurait obtenu satisfaction]

23 août 1868 à M. Pasquier, propriétaire. Le maire rappelle : « vous devez à la ville le droit de carrière de la pierre extraite au Moulin Neuf sur le territoire communal. Ce droit sera à régler à raison de 25 centimes par mètre carré de mur construit soit 114,35 frs pour 457 m de pierres »

23 août 1868 : le maire demande un nouveau congé de 6 mois pour le jeune Mahé Louis (qui a déjà obtenu une prolongation le 15 février dernier).

 Les limites de la ville

30 août 1868 : le Conseil Municipal de Châteaubriant se réunit sous la présidence du maire, M. Béchu du Moulin Roul. La commission nommée le 16 février dernier a fait un énorme travail en examinant la situation des constructions nouvelles tant à l’extérieur des faubourgs que dans la partie de la banlieue circonscrite par les limites anciennes de l’octroi et fait les propositions suivantes :

  • 1 - indiquer sur toutes les routes les limites de l’octroi par un panneau ad-hoc
  • 2 - route d’Angers, reporter le poteau jusqu’au carrefour de la Croix Rouge formé par l’intersection des routes d’Angers et de Juigné des Moutiers
  • 3 - sur la route de Nantes, le porter à l’angle nord formé par la rencontre de la dite route avec l’avenue de l’Aubinais.
  • 4 - sur le chemin n°34 de Châteaubriant au Grand Fougeray, au panneau des Iles
  • 5 - sur le chemin de Béré au Moulin Neuf, au point de rencontre avec l’avenue de la Goupillère (en la laissant au dehors),
  • 6 - route de Rennes, jusqu’au carrefour de cette route et de celle de Bain incluse,
  • 7 - sur la route de Fercé, jusqu’au moulin à vent de Choisel inclusivement,
  • 8 - sur le route de Martigné, jusqu’à la rencontre du chemin rural conduisant à la chaussée de l’étang de Deil,
  • 9 - sur le chemin de la Maison Brûlée, jusqu’à la fontaine contiguë au jardin Lemaitre,
  • 10 - sur la route de Laval, jusqu’à la rencontre des chemins descendant des Cohardières
  • et enfin de déterminer le périmètre de l’octroi par des lignes droites reliant les différents points indiqués. Accord du Conseil municipal.

 Usine à gaz

Ce 30 août 1868, le conseil municipal examine une proposition : construire une usine à gaz à Châteaubriant. Il dit que, sans rejeter en principe ce projet d’éclairage au gaz, « on ne pourrait donner suite parce que le moment n’est pas opportun ».

Plusieurs conseillers font observer que l’époque semble venue de vendre un terrain communal près de l’hôtel de ville et qui, par suite de nombreuses constructions nouvelles dans cette partie de la ville, doit avoir acquis une plus-value assez considérable. Ce terrain d’une superficie de 6 à 700 mètres est borné au nord par la rivière la Chère, à l’ouest par le jardin des Frères de la Doctrine Chrétienne, au sud par la maison et le jardin du sieur Richet et à l’est par une place qui serait délimitée par une ligne droite partant de l’angle de la maison Richet et aboutissant à l’angle de la maison de M. Delavaud-père, bâtie sur la rive droite de la Chère.

2 septembre 1868 : le maire demande une prolongation de 3 mois pour le jeune Péan François, sapeur au 1er régiment du génie, malade et hors d’état de reprendre son service militaire.

3 septembre 1868 : trois actes de concession au cimetière sont envoyés au Sous-Préfet pour homologation, pour M. Hervochon à titre perpétuel, pour Mme Veuve Eon (pour 30 ans) et pour M. Franco (pour 30 ans).
[Ndlr : on voit ainsi apparaître M. et Mme, appellations peu usitées jusqu’ici où on disait : le sieur Machin et la nommée Truc]

18 septembre 1868 : M. de la Pilorgerie vend à la commune, pour 1400 frs, différentes parcelles nécessaires à l’élargissement du chemin n° 34 de Fougeray à Juigné des Moutiers.

 Lettres - 1868

Parutions en 1868 :
- Le Petit Chose, par Alphonse Daudet,
- Les enfants du Capitaine Grant, par Jules Verne,
- Curiosités esthétiques par Baudelaire.

En 1868, Zola s’engage dans un grand projet : raconter "l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire", et son "épanouissement dans le monde moderne, dans toutes les classes". Imprégné du scientisme de l’époque, il veut démontrer la double influence de l’hérédité et du milieu sur des personnages livrés à leurs appétits et à leurs ambitions, faire "l’étude scientifique d’une famille avec les enchaînements et les fatalités de la descendance" et montrer l’"action sociale et physique des milieux".

Les membres de cette famille seront à tour de rôle les héros des romans qui se dérouleront dans "quatre mondes" : "peuple", "commerçants", "bourgeoisie", "grand monde", et "un monde à part" où Zola réunit "putain, meurtrier, prêtre, artiste". Vingt romans dont les plus connus sont Le ventre de Paris, L’Assommoir, Nana, Pot-Bouille, Germinal, La Bête Humaine, l’Argent ....

 Asile et ouvroir

18 septembre 1868, le Préfet a accordé 250 frs (au lieu de 300 frs) à la salle d’asile de Châteaubriant et 75 frs à l’ouvroir (au lieu de 100 frs).
Les dépenses de la salle d’asile s’évaluent à 1600 frs : traitement des employés (1200), loyer (200), dépenses diverses (200). Les recettes sont : allocation com-munale (800), subvention du Département (300). « Les 500 frs qui manquent sont à demander à la charité publique par une quête annuelle péniblement opérée par les soins de la présidente ». « Dans cette situation précaire, nous avions sollicité du Département une augmentation de subvention. S’il n’est pas possible à M. le Préfet de venir à notre secours de manière plus efficace, nous faisons des vœux pour qu’il veuille bien nous maintenir l’allocation de 300 frs qui nous était précédemment accordée ».

Le maire écrit aussi que l’ouvroir recevait un secours de 100 frs : « la réduction de 25 frs est très nuisible à cet établissement »

22 septembre 1868, le bureau de bienfaisance vend du bois de chauffage exploité sur la métairie de La Laye lui appartenant.

28 septembre 1868 : le rôle de la rétribution scolaire établi par M. Lucas Delaunay pour le 3e trimestre de l’année :
- élèves de la commune 204 frs
- élèves étrangers à la commune 88 frs
- élèves gratuits 44 frs
(ces 44 frs sont dus par la commune)

2 et 13 octobre 1868, le maire demande une prolongation de congé par le jeune LEVEL Adolphe, matelot de 3e classe de la division de Cherbourg - et pour le jeune Bréard Pierre matelot de 1re classe et ayant « la spécialité professionnelle de canonnier breveté à bord du Solferino ».

21 octobre 1868 : le maire adresse au Sous-Préfet un certificat de vie et un titre de pension au nom de Mme Veuve Boulo et demande que lui soit délivré un mandat de 54 frs pour le trimestre expiré.

 Légitimation

21 octobre 1868 : le maire envoie au Préfet deux certificats constatant que l’enfant de Anne Perrine Audiger était vivant au 1er juillet dernier et le 8 octobre aussi. Un livret de secours temporaire avait délivré à la fille Audiger pour élever son enfant Augustine, née le 9 février 1867. « Ce livret ayant été égaré, le secours n’a pu être réclamé et n’a pas été payé pour les deux derniers trimestres échus ».

Le maire demande donc un duplicata de ce livret et précise que, le 17 octobre 1868, « la fille Audiger a contracté mariage à la mairie de Châteaubriant avec Jean Pierre Fresnel, ouvrier charpentier. Par l’acte de mariage, l’enfant Augustine a été reconnue et légitimée »

« Conformément à l’article 21 de l’arrêté préfectoral du 21 octobre 1861, la fille Audiger, maintenant femme Fresnel, remplit les conditions nécessaires pour obtenir l’allocation de 60 frs qui peut être donnée par M. le Préfet dans le but de favoriser la légitimation des enfants naturels aux mères qui, pendant la durée du secours, auront contracté mariage dans les conditions déterminées par l’art 331 du Code Napoléon » écrit le maire.
« Dans l’intérêt du jeune ménage qui est loin d’être dans l’aisance et pour lequel cette gratification serait bien précieuse, je vous prie, Monsieur le Sous-Préfet, de bien vouloir l’accorder. »

Oeuvre de Lavaretsky - 1868

Le maire fait cette demande de 60 frs car « si la fille Audiger ne s’était pas mariée, elle aurait encore eu deux ans à jouir d’un secours temporaire de 72 frs ».

Sur l’histoire de la légitimation, on peut lire :
.* commentaires du code civil, page 178 , https://huit.re/8L4csrHw

 Trois centimes pour les chemins

18 octobre 1868 : au Conseil municipal le maire M. Béchu du Moulin Roul présente le tableau des chemins vicinaux de la commune. Il résulte de ce document que la construction et l’entretien pendant 10 ans (1869-1878) sont évalués à 30 235 frs, que la commune peut fournir 22 008 frs sur ses ressources ordinaires et qu’il reste à pourvoir un déficit de 8227 frs.

Mais la commune peut espérer de l’État et du Département une subvention de 7304 frs. Il reste à trouver 923 frs soit 92,30 frs par an. Le Conseil municipal estime que ce déficit peut être comblé « au moyen de centimes supplémentaires » et avec le concours des plus imposés.

Pièce de 20 francs frappée en 1868
AVERS : NAPOLEON III EMPEREUR.
Tête laurée à droite.
REVERS : EMPIRE FRANCAIS / 20 FR Ecu orné d’un aigle posé sur un foudre, entouré du collier de la Légion d’Honneur.

A ce moment les plus imposés entrent dans la salle des délibérations (MM. Bréhier, Pigrée, Voiton, Franco, Vimont et Couchot). Le maire leur démontre que le vote de trois centimes spéciaux serait nécessaire pour avoir droit au secours de l’État et du Département. L’assemblée (c’est-à-dire les conseillers et les plus imposés), « reconnaissante de la sollicitude du gouvernement, et voulant participer aux subventions qu’il offre aux com-munes, vote ces trois centimes spéciaux et ce pendant 10 ans, de 1869 à 1878 ».

22 octobre 1868 : le conseil municipal du 18 octobre (ci-dessus) est annulé en raison du nombre insuffisant des conseillers et des plus imposés assistant à la séance.
Une nouvelle séance a donc lieu le 22 octobre. Le compte-rendu officiel reprend mot pour mot le compte-rendu du 18 octobre.

Messieurs les plus imposés s’étant retirés, la séance continue. Le maire expose que le Conseil de Fabrique de la paroisse St Jean de Béré demande la création d’un vicariat. Parce que :

  • 1 - la population de la paroisse, qui était de 1352 habitants s’élèvera à 1500 par suite de constructions nouvelles dans cette partie de la ville,
  • 2 - le soin des malades de l’hospice devient une grande charge pour M. le Curé qui ’’malgré le zèle dont cet honorable membre du clergé donne journellement la preuve’’ ne peut plus suffire à toutes les obligations que lui impose son ministère.
  • 3 - les paroissiens désirent depuis longtemps avoir une première messe le dimanche.
  • 4 - par ses économies la fabrique réalisera 500 frs pour la pension de M. le vicaire.

Le Conseil donne donc un avis favorable.

Il est ensuite question du projet de chemin de la Mercerie à la mare Guérin. Le Conseil considère qu’un tel chemin rendrait de grands services à l’agriculture et aux habitants de plusieurs villages limitrophes situés dans la commune de Châteaubriant. « Ce chemin ouvrira sur la rive droite de la Chère des communications entre les habitants des communes de Rougé et St-Aubin, actuellement sans autre voie praticable ». Le Conseil sou-haite déclarer ce chemin comme chemin vicinal n°7 et déclasser la partie de chemin vicinal n°1 actuellement de Béré au Bois Briand.

Le Conseil autorise la vente des boues de la ville et de deux ormeaux abattus dans le cimetière.

Enfin il vote 1000 frs pour occuper les ouvriers qui manquent de travail pendant la saison rigoureuse. Un membre fait observer qu’il a cru remarquer que la municipalité employait presque toujours les mêmes hommes. Le maire répond qu’il admet indistinctement tous ceux qui ont besoin de travail et que, l’année dernière, au moins 50 avaient travaillé dans le cimetière à des travaux qui ont eu pour résultat de l’agrandir de 600 mètres. (voir au 18 décembre)

27 octobre 1868 : le maire adresse au Sous-Préfet la délibération concernant les 3 centimes additionnels en ajoutant : « il est à regretter que faute de besoins pour l’exécution à 10 ans des chemins de 1re et 2e catégorie dont le nombre a été malheureusement réduit, la commune ne soit pas en position de demander un emprunt à la caisse des chemins vicinaux à 4 % pendant 30 ans amortissement compris, c’est un don de capital et la commune sur ses ressources ordinaires aurait facilement payé cet intérêt réduit »

14 novembre 1868 - un jeune avocat encore inconnu, un certain Léon Gambetta, défend Delescluzes, directeur du journal Le Réveil, qui a lancé une souscription pour ériger une statue à Alphonse Baudin. (Revoir en août 1868). Gambetta ne mâche pas ses mots, attaquant Napoléon III et ses amis en termes très durs : « Oui, le 2 décembre, autour d’un prétendant, se sont groupés des hommes (...) qui n’avaient ni talent, ni honneur, ni rang, ni situation, de ces gens qui, à toutes les époques, sont les complices des coups de force, de ces gens dont on peut répéter ce que Cicéron a dit de la tourbe entourant Catilina : un tas d’hommes perdus de dettes et de crimes ». Delescluze est condamné à six mois de prison et 2 000 francs d’amende, mais l’effet politique du discours de Gambetta fait de celui-ci un espoir du parti républicain

17 novembre 1868 : le maire de Châteaubriant envoie au Sous-Préfet l’acte de naissance de la nommée Mahé Jeanne, née à Châteaubriant le 16 mai 1826 (elle a donc 42 ans). Il s’agit d’une ’’aliénée’’ « actuellement déposée à l’hospice de Châteaubriant. La mère et les parents de cette femme sont sans ressources pécuniaires et refusent de se charger de conduire à Nantes cette aliénée dangereuse, difficile à maintenir et très irritée contre tous les membres de sa famille ».

« Les convois civils sans assistance de la force publique n’offrent pas les conditions de sécurité nécessaires par l’état d’excitation où se trouve l’aliénée ».

Cette femme a droit au cinquième d’une maison indivise qu’elle possède avec ses frères et sœurs. Valeur de la maison : 3000 frs. Mais « il existe des inscriptions hypothécaires prises par l’administration de l’enregistrement et des domaines sur la part de l’aliénée en raison des condamnations judiciaires prises contre elle. »

29 novembre 1868 : au Conseil Municipal de ce jour, le maire fait remarquer, à la suite de l’acquisition d’une parcelle de terrain à M. Derval, pour la confection du chemin de grande communication n°34 du Grand Fougeray à Juigné, qu’il y aurait lieu de solliciter du Préfet l’autorisation de ne pas procéder à la purge des hypothèques légales, parce que la somme en question (400 frs) est inférieure à 500 frs « et parce que la famille Derval présente toutes les garanties désirables ». Le but est d’éviter des frais à la commune.

Illustration de H.Castelli pour le roman Le Chemineau Roman publié en 1868 par la Comtesse de Ségur

 Boite à lettres :

Les habitants de la Châteaubriant réclament une deuxième boite à lettres. L’Inspecteur des Postes a déclaré ne pas s’y opposer. Le Conseil considère que cela donnerait des facilités aux commerçants pour expédier les correspondances. Il vote donc une somme de 40 frs pour qu’il soit établi une boite à lettres place de la Motte, à la porte du débit de tabac tenu par Mme Legrand.

4 décembre 1868 : l’administration de l’hospice demande l’ouverture d’un crédit supplémentaire de 200 frs pour viande et de 400 frs pour la farine nécessaire à la consommation.

8 décembre 1868 : un plan d’alignement de la rivière de Chère, dans la traverse de Châteaubriant, a été dressé le 21 octobre 1868 par M. l’ingénieur Lorieux. « Il rendra de grands services à l’administration municipale pour empêcher les empiètements et des constructions sur lignes sans harmonie entre elles » commente le maire dans une lettre au Sous-Préfet.

8 décembre 1868, le jeune Péan François, sapeur au 1er régiment du Génie, a obtenu le 3 septembre une prolongation de trois mois de son congé de convalescence. Le maire dit que la santé de ce jeune homme n’est pas encore rétablie et demande pour lui une seconde prolongation.

18 décembre 1868, au sujet du vote d’une subvention de 1000 frs pour ateliers de charité, le maire explique au Sous-Préfet : « C’est un besoin politique et une charité nécessaire de donner aux ouvriers les moyens de gagner leur vie l’hiver puisque l’ouvrage devient rare, que les chantiers se ferment et que les maçons, couvreurs, manœuvres et autres ne peuvent plus travailler de leur état ».

 Le Petit Chose


Le Petit Chose est un roman autobiographique d’Alphonse Daudet, paru en 1868. « C’est une vérité, je fus la mauvaise étoile de mes parents. Du jour de ma naissance, d’incroyables malheurs les assaillirent par vingt endroits. D’abord nous eûmes donc le client de Marseille, puis deux fois le feu dans la même année, puis la grève des ourdisseuses, puis notre brouille avec l’oncle Baptiste, puis un procès très coûteux avec nos marchands de couleurs, puis, enfin, la révolution de 18.., qui nous donna le coup de grâce. A partir de ce moment, la fabrique ne battit plus que d’une aile ; petit à petit, les ateliers se vidèrent : chaque semaine un métier à bas, chaque mois une table d’impression de moins. C’était pitié de voir la vie s’en aller de notre maison comme d’un corps malade, lentement, tous les jours un peu plus »

21 décembre 1868 : le maire écrit à M. le Marquis de Préaulx, à Pouancé : « Sur les frais alloués pour les ateliers de charité, nous avons fait tirer en 1868 et nous ferons tirer en 1869, sous la surveillance du garde de parc, de la pierre à macadam dans vos carrières des Cohardières. Jusqu’ici, M. le Marquis, par faveur pour la commune de Châteaubriant, vous avez bien voulu faire remise des droits de carrières dus au propriétaire. Nous espérons de votre générosité la continuation de cette louable manière d’agir et d’avance nous avons l’honneur de vous témoigner notre reconnaissance ».

28 décembre 1868 : le rôle de la rétribution scolaire établi par M. Lucas Delaunay pour le 4e trimestre de l’année :
- élèves de la commune 312 frs
- élèves étrangers à la commune 132 frs
- élèves gratuits 62 frs
En comparant avec les chiffres du 28 septembre dernier, on voit qu’il y a environ 50 % à 60 % d’élèves en plus. Ce qui est normal : l’été les enfants travaillaient dans les champs.

29 décembre 1868 : la démarche d’adjudication ayant été infructueuse, le Préfet autorise le Conseil d’Administration de l’hospice à pourvoir, par voie de régie, aux diverses fournitures nécessaires en 1869.

30 décembre 1868 : « l’enfant de la fille Chaplais est décédé le 29 décembre courant. Cette femme était indigente » : le maire demande à l’Inspecteur des établissements de bienfaisance de Loire-Inférieure « de venir une dernière fois au secours de la mère indigente et de lui faire délivrer un mandat pour le trimestre expirant, si c’est possible ».

Hiver 1868-1869 : en France, de nombreuses réunions politiques ont lieu dans les quartiers ouvriers. On y exalte Robespierre. Les massacres de septembre sont appelés « une de nos grandes dates révolutionnaires » [Rappel : Les Massacres de Septembre sont une suite d’exécutions sommaires qui se sont déroulées du 2 au 6 ou au 7 septembre 1792. Cette étape de la Révolution française a fait probablement plus de 1 300 morts à Paris et 150 morts dans le reste de la France].
Le gouvernement de Napoléon III laisse faire et sans doute encourage la diffusion des propos tenus dans ces réunions afin de discréditer la liberté par ses abus. Après la piteuse guerre de 1870, le gouvernement de la défense nationale imposera de nouveau (par décret du 22 janvier 1871) les demandes d’autorisation aux réunions publiques.

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Sources - Archives de la mairie de Châteaubriant, 1 D 19 (Conseil Municipal) et 2 D 12 (courriers)
- Internet et notamment Wikipédia
- Histoire de la France et des Français par André Castelot et Alain Decaux - Ed. Robert Laffont.