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Histoire municipale –1871 - de janvier à mars

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Les hommes sont malades sont des filles

26 décembre 1870 : au sujet de la délibération du 2 novembre 1870, qui concernait un emprunt destiné à l’équipement et à la solde de la Garde nationale de la commune, le sous-préfet écrit au préfet que cette délibération est en désaccord avec l’article 6 de la loi du 18 juillet 1866 qui porte : « tout centime additionnel, (...) établi en sus de ceux actuellement autorisés, portera sur toutes (souligné dans le texte) les contributions directes ». Cette délibération, explique-t-il a pour but « d’exonérer de surcroît d’impôt une catégorie de contribuables que le conseil municipal considère comme plus atteinte que les autres par la crise actuelle ; mais il est difficile d’admettre que cette situation s’applique indistinctement à tous les patentables et pour un temps plus ou moins long ». Il suggère alors, en restant dans la légalité, d’opérer « par voie de dégrèvement à l’égard des patentables en faveur desquels la remise de l’accroissement de taxe sera justifiée ». Le conseil municipal de Châteaubriant, pense-t-il, n’hésitera pas sans doute à revenir sur ses deux premières délibérations en stipulant dans une nouvelle que les 15 centimes additionnels porteront également sur le principal des patentes mais que l’exonération sera acquise chaque année pour tout ou partie de leur taxe supplémentaire aux patentables dont la position constatée par les voies ordinaires aura paru exiger cet allégement.

3-20 janvier 1871, toujours la guerre. Mais à part la bataille de Villersexel, la France est en échec à Bapaume, Le Mans, Héricourt, Saint-Quentin. Echec sanglant d’une tentative de sortie de l’armée de Paris à la bataille de Buzenval.

5 janvier 1871 à Châteaubriant la commission municipale se réunit sous la présidence de M. Guérin qui expose que « pendant les froids rigoureux que nous subissons en ce moment, il est urgent de fournir des secours alimentaires aux citoyens travailleurs. La commission à l’unanimité reconnaît il y a nécessité de venir en aide aux ouvriers valeureux et décide qu’une somme de 400 fr. pourrait être employée en bons de soupe ».

MM. Douaud, agent-voyer d’arrondissement et Morin conducteur des Ponts et Chaussées sont chargés de faire un plan pour le nivellement de la place de la Pompe. Le devis s’élève à 3000 fr. La commission décide de procéder sans retard
à l’exécution des travaux.

6 janvier 1871 le maire de Châteaubriant insiste auprès du sous-préfet : « le nombre des ouvriers sans pain et sans ouvrage m’oblige à insister près de vous pour que l’ouverture de crédits demandée soit autorisée le plus promptement possible. Des désordres pourraient éclater si nous ne parvenons pas à occuper ces pauvres gens qui n’ont d’autres ressources que le travail ».

6 janvier 1871 : le conseil d’administration de l’hospice demande l’autorisation d’ouvrir un crédit additionnel de 175,40 frs au budget de 1870

10 janvier 1871 : lettre du maire au sous-préfet : « le nombre de filles et femmes mariées se livrant à la débauche à Châteaubriant est devenu très grand par suite du séjour du bataillon des mobiles. Je suis informé que beaucoup d’hommes sont atteints de filles (sic ! Syphilis ? ). Je crois qu’il y a lieu de s’assurer des femmes qui propagent cette maladie et je viens vous demander M. le sous-préfet de vouloir bien m’indiquer les mesures que vous jugerez les plus efficaces pour arriver à ce résultat. Verriez-vous de l’inconvénient à soumettre à la visite les femmes qui y consentiraient ? ».

La syphilis,

siphilis

tableau attribué à Albrecht Dürer - 1496

L’origine géographique de la syphilis est sujette à discussion chez les historiens. La maladie est désignée par ‘le mal français’ par les Italiens, et par ‘le mal napolitain’ par les Français, par le ‘mal espagnol’ par les Anglais. Les Portugais parlent du ‘mal castillan’. La transmission sexuelle de la maladie est évoquée avec ironie dans le Candide de Voltaire et dans les mémoires du vénitien Giacomo Casanova.

Il est en tout cas certain que la maladie fut introduite à Naples en 1494 par les troupes de Charles VIII roi de France. C’est une maladie horrible, mutilante, très douloureuse, se manifestant notamment par des pustules et des ulcérations sur tout le corps.
https://frama.link/syphilis

10 janvier 1871, réunion de la commission municipale sous la direction de M. Guérin. Se conformant aux propositions du sous-préfet, la commission décide d’apporter des modifications à sa délibération du 2 novembre 1870 :
- « il sera émis par voie de souscription publique 320 obligations au porteur de 100 frs au prix de 95 fr. par obligation, portant chacune un intérêt de 5 % payable le 1er janvier de chaque année, à partir du 1er janvier 1872, remboursables en 10 ans par tirage au sort annuel
- il est voté une imposition extraordinaire de 13 centimes au principal des quatre contributions directes pendant 10 ans à partir de l’année 1871 jusqu’à et y compris l’année 1880 pour apurer en intérêt et principal le service de l’emprunt ».

13 janvier 1871 au sous-préfet : « D’un moment à l’autre notre bataillon de marche doit quitter Châteaubriant. La Garde nationale sédentaire a besoin d’être solidement organisée et nous avons besoin pour cela d’un conseil de recrutement. L’article 24 de la loi des 8 avril, 28 mai, 13 juin 1851, dit : « en cas de réorganisation de la garde nationale après dissolution, ou de dissolution du conseil municipal, le sous-préfet désigne des citoyens qui doivent provisoirement remplacer les membres du conseil de recrutement, appartenant soit à la Garde nationale, soit au conseil municipal dissous ». En conséquence, j’ai l’honneur, pour former un nouveau conseil de recrutement, de soumettre à votre approbation les noms des citoyens qui suivent :
- dans la commission municipale, Dupré Pierre, Adam Alexandre, Hervé Célestin, Dolo François, Grimault Michel, Guérin Maximin.
- dans la Garde nationale : Bouchet Aimé serrurier, Bourdel Alphonse négociant, Cloteaux Frédéric employé, Foutrel-Gaugy notaire, Dormy Pierre, Baudouin conservateur des hypothèques.

18 janvier 1871 : proclamation de l’Empire allemand et de son Kaiser (empereur) Guillaume 1er d’Allemagne, qui reçoit la couronne du roi Louis II de Bavière dans la galerie des Glaces du château de Versailles.

19 janvier 1871 un arrêté préfectoral autorise la commune de Châteaubriant
- à contracter un emprunt de 30 400 frs. destiné aux frais d’équipement et armement de la garde nationale et à procurer du travail aux ouvriers sans ouvrage,
- à s’imposer extraordinairement 13 centimes additionnels au principal des quatre contributions directes pour subvenir au remboursement de l’emprunt.

22 janvier 1871  : soulèvement à Paris contre le gouvernement de Défense nationale. Le maire-adjoint Gustave Chaudey (adjoint au maire Jules Ferry) ordonne de tirer sur la foule. Ce jour-là Louise Michel prendra pour la première fois les armes.

25 janvier 1871 la commission municipale se réunit à Châteaubriant sous la présidence de M. Guérin qui expose que « dans les circonstances où nous nous trouvons, la commission peut être appelée à statuer sur les mesures les plus graves ; que le gouvernement de la république doit être fondé sur la publicité et la responsabilité ; que pour cela les actes de chacun seront soumis à la censure de tous et qu’il y a lieu de décider qu’à l’avenir les séances de la commission municipale seraient publiques ». La question a été ajournée.

La commission décide que les fusils adressés à la mairie de Châteaubriant pour armer la garde nationale sédentaire ne seront pas distribués avant d’avoir été préparés et que M. le maire aura à s’entendre à ce sujet avec les capitaines de la garde nationale.

Des réclamations seront faites à l’intendance militaire au sujet de la paille et du bois fournis aux mobilisés. Le maire expose que les habitants ayant logé tous les hommes qui pouvaient tenir dans leur maison, il n’était pas juste d’obliger la ville à payer le bois et la paille dont les mobilisés ont eu besoin pour camper dans des maisons vides.

26 janvier 1871, cessez-le feu à Paris, mais la capitale n’est pas libérée pour autant. Les préliminaires de paix se poursuivent en février. Les armées allemandes obtiennent de Thiers une occupation symbolique des Champs-Élysées du 1er au 3 mars.

27 janvier 1871 au président du comité de secours de Loire-Inférieure : le maire adresse l’état des familles de soldats nécessiteuses pour lesquelles il faut répartir la somme disponible en ce moment.

28 janvier 1871 au commandant du deuxième bataillon des mobilisés de Loire-Inférieure : « je vous prie de bien vouloir informer les officiers de votre bataillon qu’aux termes de l’article 5 du titre V du décret du 8-10 juillet 1791, ils n’ont droit au logement que pendant trois nuits. Ils sont tenus ensuite de se loger de gré à gré et à leurs frais ».

28 janvier 1871, chute de Paris, après un long siège (18 septembre 1870-28 janvier 1871). Signature de la convention d’armistice entre le comte de Bismarck, chancelier de la Confédération germanique et Jules Favre, ministre des affaires étrangères du gouvernement de la Défense nationale.

30 janvier 1871 lettre au Général (on ne sait pas lequel) : le jeune Dorn Léonce, soldat, a obtenu une permission de 15 jours pour convalescence le 19 janvier. Depuis son arrivée à Châteaubriant chez son père, M. Dorn, président du tribunal de première instance de cette ville, il a constamment gardé le lit et il lui sera de toute impossibilité de rejoindre son corps à l’expiration de sa permission. M. Dorn fils mérite à tous égards l’intérêt de l’administration. Au mois de juillet dernier, dès le début de la guerre, il s’est engagé au 1er Zouave. Prisonnier de guerre lors de la capitulation de Sedan, il a réussi par son courage à s’échapper des mains de ses gardiens qui le conduisaient en Prusse. Rengagé une deuxième fois dans les Volontaires de l’Ouest, il a assisté au combat du Mans, puis a été envoyé malade à Poitiers. J’espère M. le Général qu’en reconnaissance de ce courage et de ce dévouement à la Patrie, vous n’hésiterez pas à accorder le congé d’un mois que je sollicite pour ce brave jeune homme.

31 janvier 1871 : François Aury tisserand et Mélanie Macault sa femme sont décédés à Châteaubriant laissant dans l’indigence la plus complète deux orphelins n’ayant ni ascendants ni collatéraux vivants. Aucun ami n’a voulu se charger de ces enfants, qui sont actuellement à la charge de la commune. « Je vous prie M. le sous-préfet de vouloir bien demander à M. le préfet d’autoriser le placement de ces deux orphelins à l’hôtel Dieu de Nantes ».

1er février 1871 à M. le sous-préfet de Fougères : « Aussitôt la réception de votre lettre je me suis empressé de faire connaître à M. Thimon, négociant de notre ville, les difficultés qui se présentent pour l’expédition des objets réclamés par lui à Mme Gesbert de Fougères pour M. Morand. Les frais de transport de ces effets peuvent être très élevés. M. Thimon renonce à la démarche qu’il faisait purement par complaisance. Les propriétaires intéressés prendront désormais telle mesure qui leur plaira pour rentrer en possession de leurs effets d’habillement et d’équipement ».

1er février 1871 au colonel de la légion de Dinan à Châteaubriant : M. le préfet me charge de recruter tous les citoyens ayant l’habitude du cheval, mobilisés ou autre, pour concourir à la formation du personnel qui doit servir les batteries d’artillerie départementales en voie de construction. Plusieurs hommes de la légion de Dinan désirent s’engager comme artilleur, je viens vous prier M. le colonel de me faire connaître si vous consentiriez à leur donner l’autorisation qui leur est indispensable pour contracter cet engagement.

6 février 1871, Léon Gambetta démissionne de son poste de ministre de l’Intérieur.

7 février 1871 au sous-intendant militaire à Châteaubriant : « j’ai bien reçu la lettre que vous venez de m’adresser concernant le sieur Buron. Je l’ai fait remettre à M. le commissaire de police pour qu’elle soit notifiée par ses soins au destinataire. Je vous ferai remarquer que le sieur Buron n’a jamais été engagé vis-à-vis du fournisseur de vivres à Nantes et qu’il n’existe pas de traité entre eux.
[Ndlr : il s’agit sans doute du boulanger Buron].

8 février 1871, élection d’une Assemblée Nationale. Succès des conservateurs à majorité monarchiste, issus de la province, qui désirent la paix et s’opposent aux élus parisiens à majorité républicaine. Le 12 février l’assemblée nationale se réunit à Bordeaux, Paris étant assiégé par les Allemands.

9 février 1871 j’ai l’honneur de vous transmettre en conformité de l’article 271 du code de la justice militaire, un procès-verbal de M. le commissaire de police de Châteaubriant en date du 6 de ce mois constatant une contravention à la police des cabarets commise par des militaires.

13 février 1871 un congé de 15 jours a été accordé le premier de ce mois pour le jeune Dorn. Le maire adresse au général deux certificats des docteurs Delourmel et Gémin, constatant l’impossibilité où se trouve M. Dorn d’entreprendre le moindre voyage, et prouvant au contraire qu’il a besoin d’un congé d’un mois au moins pour se rétablir. « il n’est que trop notoire ici que ce brave militaire est dans une situation qui exige les plus grands soins ».

13 février 1871 M. Guérin préside la commission municipale. Le commissaire de police demande que la commune élève son traitement à 1800 frs au lieu de 1400 frs. A l’unanimité la commission refuse.

Un crédit de 800 frs est affecté au paiement de paille et de bois fait par la ville au pavillon des gardes nationaux mobiles mobilisés séjournant à Châteaubriant. Mais la commission à l’unanimité refuse d’adhérer aux nouvelles réquisitions qui pourraient être faites pour la paille et le bois.

La commission reconnaît qu’aux termes de la loi du 10 juillet 1791, il est bien dit que les villes et communes ont la responsabilité des logements militaires mais elle dit aussi que ce n’est que pour les troupes de passage. « Dans le cas où nous nous trouvons, par rapport à nos mobilisés qui sont stationnés à Châteaubriant depuis quatre mois, ce décret ne doit pas nous atteindre ».

14 février 1871 au maire de Nort : « je vous adresse des réquisitions de voiture pour la légion du Morbihan, en vous priant de signer les vus d’arrivée à Nort. Les individus réquisitionnés ont omis cette formalité ce qui empêche le paiement de l’indemnité ».

15 février 1871 . Le 7 de ce mois M. Meysonnat, garde mobile de la Drôme, a obtenu une permission de 15 jours pour affaires de famille. Le temps qui reste à courir n’est pas suffisant pour terminer des affaires d’intérêt qu’il serait préjudiciable de remettre à un autre époque. Je viens donc vous prier, M. le général, d’accorder au sus-nommé une prolongation de permission d’un mois, s’il est possible. Je vous en serai reconnaissant. Je m’intéresse à ce jeune homme qui était marié depuis trois mois lorsqu’il a été appelé sous les drapeaux. La famille de sa femme habite notre ville et mérite l’intérêt de l’administration.

Arthur Rimbaud, on connaît le poème déchirant et apaisé : "Le dormeur du Val" :

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, (...)
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud fut un violent dénonciateur de la guerre : le carnage, la déshumanisation des hommes, la souffrance des mères. Et la Nature, sereine, entre
deux aberrations : celle de la guerre, culte de la force, et celle de l’Eglise, culte du Veau d’or. .

Le Mal
par Arthur Rimbaud

Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu’une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
- Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !… –

Il est un Dieu qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

A.Rimbaud-1870

Les dégâts des mobiles

15 février 1871 au sous-intendant : je vous transmet l’expertise constatant les dégâts faits par des mobiles dans l’établissement des frères des écoles chrétiennes à Châteaubriant. Je pense qu’il est de toute justice de faire payer le montant de ce mémoire qui n’est pas exagéré ainsi que je l’ai constaté moi-même.
16 février 1871 le maire adresse au président de l’association de secours aux familles de militaires, les propositions de répartition du secours de 608 frs accordé aux familles de militaires par le comité départemental à la commune de Châteaubriant : « il y a urgence de secourir son retard les familles que nous vous signalons ».

17 février 1871 au sous-intendant militaire à Châteaubriant : « je vous adresse une reconnaissance de 910 kilos de paille de M. le Colonel de la Pervenchère qui a été par erreur remise à la mairie ».

17 février 1871 M. le Colonel de Tugny à Châteaubriant démissionne de son poste de Commandant de la Garde nationale à Châteaubriant. Le maire exprime ses regrets.

17 février 1871, Adolphe Thiers est élu par l’Assemblée chef du pouvoir exécutif de la République française (poste différent de celui de Président de la République).

22 février 1871 au sous-intendant militaire à Châteaubriant : « les hommes du bataillon du Finistère logés avant-hier 20 février chez M. Cusson près de l’hôtel de ville ont perdu, fouillé à plaisir et gaspillé au moins 600 kilos de paille et 200 kilos de foin. J’ai fait estimer les dégâts qui s’élèvent à 84 frs pour la paille et 40 frs pour le foin ».

Réquisitions

22 février 1871 lettres de B. Girard sous-intendant militaire à Châteaubriant, annonçant une réquisition : « En prévision du départ prochain de la cinquième légion des mobilisés de Châteaubriant et en exécution des ordres contenus dans un télégramme de ce jour de M. l’intendant militaire de la colonne mobile à Nantes, j’ai l’honneur de requérir M. le maire de ladite ville à l’effet d’avoir les voitures, chariots et chevaux mentionnés ci-après, qui devront, au premier ordre qui leur sera donné, se tenir à la disposition de l’intendance à savoir :
- trois grands chariots avec bâches à quatre chevaux soit 12 chevaux faisant 15 000 kilos pour le transport des vivres,
- onze voitures à un collier pour le transport des bagages et accessoires de la légion,
- deux voitures couvertes à un collier pour le transport du personnel et du matériel de l’intendance.
Les voitures seront accompa- gnées de leur conducteur.

1er mars 1871, les troupes prussiennes entrent dans Paris et défilent sur les Champs-Élysées. Ratification du traité préliminaire de paix par l’Assemblée Nationale.

2 mars 1871 à l’officier principal d’administration de l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris au sujet du jeune Pierre Marie Lamballais décédé dans cet hôpital. « j’ai fait connaître à la famille que le défunt avait laissé une valeur de six francs. Je m’empresse de vous adresser la procuration des héritiers et le certificat d’hérédité que vous me demandez » [Ndlr : la solde des gardes était de un franc par jour].

2 mars 1871 à M. le sous-intendant militaire à Nantes : je vous adresse les mémoires de la paille et du bois fournis par les sieurs Cusson et Masson pour les troupes cantonnées à Châteaubriant qu’il ne nous a pas été possible de loger chez l’habitant et qui ont campé dans des maisons vides. Je vous prie de bien vouloir faire parvenir aux fournisseurs susnommés les mandats pour se faire payer.

3 mars 1871 à M. le Marquis de l’Angle-Beaumanoir, colonel de la légion de Dinan-Vitré : « je n’ai appris que quelques jours après votre départ de Châteaubriant que des hommes de votre légion logés chez les Frères des écoles chrétiennes y avaient commis des dégâts assez considérables. Je suis assuré M. le Colonel que vous jugerez comme moi qu’il est de toute justice d’indemniser les Frères et que vous voudrez bien joindre vos efforts aux miens pour arriver à ce résultat ».

4 mars 1871 au président de la société de Secours Mutuel de Châteaubriant : « M. le ministre de l’intérieur propose d’accorder en 1872 des subventions spéciales aux Sociétés de Secours Mutuel approuvés qui auront pendant les années 1870 1871 fait des versements à leurs fonds de retraite. Le travail de répartition a été ajourné à 1872 afin de pouvoir y comprendre les sociétés que l’état de guerre avait empêchées de faire en temps opportun leurs versements ».

Médaille d’une société de secours

Médaille

mutuel de Lille. Une femme debout
de face, entourée d’un ouvrier,
d’un homme de science et d’une
femme tenant un enfant.

6 mars 1871 : demande de prolongation de convalescence pour le jeune Louis ROBERT de Châteaubriant

16 mars 1871 au maire de Pouancé. « M. Laizé maître d’hôtel à Pouancé réclame à M. Thimon le montant des dépenses faites à son hôtel par ce dernier qui était réquisitionné de conduire des vivres à Segré. Aux termes de la réquisition, le voiturier et ses chevaux étaient nourris en route par les soins de l’intendance qui avait dû en informer à l’avance MM. Les maires de Pouancé et Segré. M. Laizé doit donc faire un mémoire de ce qui lui est dû et se faire payer par l’intendance. Les réquisitionnés n’ont rien à payer »

17 mars 1871 au sous-préfet : la commission administrative de l’hospice sollicite l’autorisation d’accepter une somme qui n’est pas encore fixée, produit de la répartition, par les exécuteurs testamentaires de M. Lorette de la Refoulais, des intérêts des sommes léguées par ce dernier à divers établissements parmi lesquels est compris l’hospice de Châteaubriant pour un legs de 30 000 frs.

L’administration demande au préfet de permettre que cette somme soit inscrite au budget de 1871 pour faire face au paiement des impôts extraordinaires qui pourraient porter sur les immeubles de l’hospice par suite de la guerre.

17 mars 1881 demande de prolongation de congé d’un mois pour convalescence pour le jeune Siméon Labat.

L’Assemblée de Bordeaux

Dans les conditions de l’armistice franco-allemand signé le 26 janvier 1871 à Versailles par Jules Favre au nom du Gouvernement de la Défense nationale, il est prévu la convocation d’une assemblée nationale, seule capable de ratifier un traité de paix entre la France vaincue et son vainqueur le nouvel Empire allemand.

Il y a 768 sièges à pourvoir. Il n’y a que 675 sièges pourvus, de nouvelles élections devraient avoir lieu rapidement, mais le déclenchement du soulèvement de la Commune de Paris va les repousser en juillet.

L’Assemblée a deux priorités : conclure la Paix et soumettre Paris. Paris étant encerclée, l’Assemblée se réunit à Bordeaux le 13 février 1871. Le 15, elle supprime la solde de la Garde nationale, privant plusieurs centaines de milliers de Parisiens de revenus assurés. Le 16, elle confie le pouvoir exécutif à Adolphe Thiers « en attendant qu’il soit statué sur les institutions de la France » : la République n’est même pas assurée de survivre. Jules Grévy est élu président de l’Assemblée. Le 17, les députés d’Alsace et de Lorraine protestent, en vain, contre l’abandon programmé de ces régions aux Allemands. Le 19 février, Thiers obtient l’investiture du nouveau gouvernement et part pour Versailles pour y négocier avec Bismarck les conditions de la paix. Le 4 mars, l’Assemblée ratifie le traité préliminaire de paix (546 pour, 107 contre et 23 abstentions). Le même jour, elle vote la déchéance de Napoléon III et de sa dynastie.

Puis l’Assemblée prend des mesures provocatrices contre les Parisiens. Le 6 mars, le général d’Aurelle de Paladines est nommé commandant en chef de la Garde nationale. Le 10, l’Assemblée vote la fin du moratoire des loyers et des effets de commerce : plus de 150 000 Parisiens sont menacés d’expulsion, de faillite et de poursuites judiciaires. Le même jour, l’Assemblée choisit Versailles comme son lieu de réunion, où il est prévu qu’elle s’installe le 20 mars. De fait, Paris perd son rôle de capitale.

Pour régler le « problème de Paris » avant l’arrivée de l’Assemblée Thiers ordonne la confiscation des canons détenus par les Parisiens. C’est alors le soulèvement du 18 mars 1871, et le début de la Commune de Paris.

La Commune de Paris

La Commune de Paris est une période insurrectionnelle de l’histoire de Paris qui dura un peu plus de deux mois, du 18 mars 1871 à la « Semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871. Cette insurrection contre le Gouvernement, issu de l’Assemblée nationale qui venait d’être élue au suffrage universel, ébaucha pour la ville une organisation proche de l’autogestion. Elle est en partie une réaction à la défaite française de la guerre franco-prussienne de 1870 et au siège de Paris.

La guerre de 1870 a profondément marqué la ville, qui a subi un siège très dur et dont la population a souffert de la faim. L’armistice de janvier 1871 paraît insupportable aux Parisiens, qui ont résisté à l’ennemi pendant près de quatre mois. « Les insurgés vibraient d’un patriotisme de gauche que la honte de la défaite exaspérait » écrit Jules Simon.

L’attitude du gouvernement n’est pas conciliante, notamment lorsqu’il nomme trois bonapartistes aux postes de préfet de police (Louis Ernest Valentin), de chef de la Garde nationale (le général d’Aurelle de Paladines) et de gouverneur (le général Vinoy), nominations vécues comme une provocation par les Parisiens. Le 9 mars 1871, le préfet de police interdit les principaux journaux d’extrême gauche, dont Le Cri du peuple de Jules Vallès.

Paris compte alors 442 000 ouvriers sur 1,8 million d’habitants, selon le recensement de 1866. Les artisans (près de 70 000, la plupart travaillant seuls ou avec un unique ouvrier) et les très petits commerçants ont une situation sociale est assez proche de celle des ouvriers. Ces classes populaires ont commencé à s’organiser. Elles craignent de se voir une nouvelle fois frustrées des bénéfices de « leur » révolution de septembre 1870 (renversement du Second Empire). Déjà, après les journées révolutionnaires parisiennes de juillet 1830 comme après celles de février 1848, suivies des élections de mai 1848, les classes aisées avaient confisqué le pouvoir politique à leur profit en installant la Monarchie de Juillet et le Second Empire. En 1871, les Parisiens sont méfiants envers l’assemblée élue en février, où les deux tiers des députés sont des monarchistes de diverses tendances ou des bonapartistes.

Le 17 mars 1871, Adolphe Thiers et son gouvernement, évaluant mal l’état d’esprit des Parisiens, envoient au cours de la nuit la troupe sous le commandement du général Lecomte s’emparer des canons de la Garde nationale sur la butte Montmartre. Le général Lecomte est capturé par les insurgés et fusillé le lendemain avec le général Clément-Thomas, malgré la demande de protection du maire du 18e arrondissement, Georges Clemenceau. Ce même jour, Thiers organise l’arrestation d’Auguste Blanqui (révolutionnaire socialiste) qui se reposait chez un ami médecin à Bretenoux (Lot).
La Commune de Paris

Quand le gouvernement décide de désarmer les Parisiens, ceux-ci se sentent directement menacés. Il s’agit de leur soustraire les 227 canons entreposés à Belleville et à Montmartre, qu’ils considèrent comme leur propriété : ces canons ils ont eux-mêmes payés par souscription lors de la guerre contre la Prusse. Ils se voient sans défense vis-à-vis d’éventuelles attaques des troupes gouvernementales (comme en juin 1848).

Les troupes gouvernementales ne peuvent s’emparer des canons de Montmartre. Thiers part avec le gouvernement à Versailles afin de ne pas se trouver prisonnier des insurgés. Il refuse de négocier, posant comme préalable le désarmement de la garde nationale.

22 mars 1871 à l’intendant militaire à Nantes au sujet du sieur Prime boucher à Châteaubriant. « Celui-ci s’est engagé à fournir la viande à 80 centimes le kilo pour les deux bataillons mobilisés en stationnement à Châteaubriant et non pour les troupes de passage. Du reste les marchés de bestiaux étant interdits, il est très difficile aux bouchers de s’en procurer, avec une forte augmentation dans les prix ».

22 mars 1871 au sous-préfet : le 12 décembre 1870 le maire a réquisitionné des havresacs. Depuis cette époque et à chaque instant, les propriétaires en réclament le paiement.

22 mars 1871 au sous-intendant militaire à Nantes : les fournisseurs de paille et de bois pour les troupes réclament avec insistance la somme qui leur est due.

24 mars 1871 au sous-intendant militaire : « le 22 de ce mois, j’ai été informé par M. le sous-préfet du passage dans notre ville d’un détachement de cuirassiers forts de 4 officiers, 73 soldats et 70 chevaux pour aujourd’hui 24, et prié d’assurer le logement,
les subsistances en vivres et en fourrages. Les 73 rations de pain commandées sont prêtes et le détachement n’est pas arrivé. Il est à croire qu’il y a eu contre-ordre
ce dont je n’ai pas eu connaissance. Je vous prie M. le sous-intendant de me faire savoir par retour du courrier ce que je dois faire de ce pain ».

26 mars 1871
la commission municipale est réunie sous la présidence de M. Guérin qui donne
lecture d’une lettre du sous-préfet demandant l’avis de la commission municipale sur l’opposition de la veuve Fournet à la délivrance du legs fait au bureau de bienfaisance de Châteaubriant par Mlle Houizeau (Revoir au 16 avril 1870).

La commission considérant que Mlle Houizeau jouissait de toute sa raison quand
elle a fait son testament, est d’avis d’accepter ce legs tout en regrettant certains legs faits au détriment de la famille Houizeau.

Le directeur des haras offre d’établir une station d’étalons de l’État à Châteaubriant si la ville veut fournir gratuitement une écurie bien aménagée avec une cour pour effectuer la monte. La commission accepte cette offre à l’unanimité.

La commission municipale reconnaissant que le travail de la place de la Pompe (ancienne halle) est resté dans un état fâcheux pour les habitants, engage M. le maire à obliger M. Morin à terminer le plus promptement possible les travaux, en se conformant rigoureusement au plan.

La commission se verrait dans la nécessité de remercier M. Morin s’il n’obtempérait pas à la demande qui va lui être faite. [Ndlr : il sera en effet licencié !]

La commission décide que le crédit de 800 frs voté pour payer la paille et le bois fournis aux mobilisés, sera employé à la création d’un atelier de charité pour les ouvriers sans ouvrage si cette dépense n’est pas mise à la charge de la ville.

Enfin la commission est d’avis de faire une adresse au Président du Conseil, Chef du pouvoir exécutif de la République Française. Cette adresse dit ceci :

« M. le président, la commission municipale et toute la population de Châteaubriant protestent avec la plus grande énergie contre l’insurrection de Paris et ses tentatives insensées. Elles ne reconnaissent d’autre gouvernement que celui de la République dont le siège est à Versailles. Elles ont l’honneur, Monsieur le président, de vous adresser l’expression de leur respectueux dévouement »

27 mars 1871 à M. Goupy représentant de l’entrepreneur des convois à Nantes : M. le préfet me fait connaître que les réquisitions de chevaux et voitures pour le transport des bagages des troupes de passage doivent être réglées par vous comme représentant de l’entrepreneur des convois ou par votre préposé à Châteaubriant. Pour éviter des frais et des déplacements je vous prie de me faire connaître quel est le proposé dans notre villes afin que je puisse m’adresser à lui pour le paiement des nombreuses réquisitions qui ont été faites dans notre commune.

La fibre patriotique semble morte

27 mars 1871 au sous-préfet : « Avant de faire un appel pressent aux gardes nationaux de la commune de Châteaubriant, j’ai voulu en conférer avec vous. Si je vous avais rencontré hier, vous eussiez compris, sans peine, qu’il ne nous est pas possible de former une seule compagnie de volontaires, dans ce pays où la fibre patriotique semble morte, hélas !

Autre empêchement, vous savez monsieur le sous-préfet que les fusils dont nous disposons ont tous besoin de réparations et que les gardes nationaux refusent de les prendre dans l’état où ils sont ».

27 mars 1871 à M. le directeur du dépôt d’étalons de la Roche sur Yon : « je vous remercie de votre attention pour notre localité et j’accepte avec reconnaissance, ainsi que la commission municipale, l’établissement d’une station d’étalons de l’État à Châteaubriant. Nous tenons à votre disposition une écurie bien aménagée avec cour pour la monte. Vous voudrez bien me faire connaître aussitôt qu’il vous sera possible quel sera le nombre des chevaux.

28 mars 1871, proclamation de la Commune de Paris à l’hôtel de ville. Lors de son entrée à l’Hôtel-de-Ville, le conseil municipal reçoit ses pouvoirs du Comité central. Le mouvement est suivi dans certaines grandes villes de province (Lyon, Marseille, Narbonne, Toulouse, Saint-Étienne) sans gagner les campagnes.

29 mars 1871 au sous-préfet : Par suite des instructions de M. l’intendant militaire de première classe, le pain non consommé par les troupes doit être vendu à votre requête par le receveur des domaines. Le passage de 73 terrassiers le 27 et celui de 883 hommes le 28 n’ont pas eu lieu, par conséquent 956 rations de pain formant un total de 710 kg sont déposées dans la halle du corps de garde où je les tiens à votre disposition jusqu’au jour de la vente.

31 mars 1871  : les rôles formés par M. Delaunay instituteur communal pour le premier trimestre de 1871 :
- élèves de la commune : 348 frs
— élèves étrangers : 104 frs
- élèves gratuits 48 frs. Total 500 frs.

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Sources :
- Archives de la mairie de Châteaubriant,
1 D 19 (Conseil Municipal) et 2 D 11 et 2 D12 (courriers) – 2 D 3 – et 3 H5
- Internet et notamment Wikipédia
- Histoire de la France et des Français par André Castelot et Alain Decaux.