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Henri Baron


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Henri Baron (à d.)

Ecrit le 22 novembre 2006

 Henri Baron Paysan citoyen

Figure incontournable de l’agriculture française, Henri Baron a assumé d’importantes responsabilités. Président de la Chambre d’agriculture de Loire-Atlantique, vice-président de la Chambre régionale des Pays de la Loire, administrateur des instituts de l’élevage et des céréales, il devient, au niveau national, un débatteur reconnu et parfois redouté, des Chambres d’agriculture.

Homme de gauche, il met tout son talent au service du parti socialiste, comme candidat aux élections législatives et départementales. Il devient conseiller régional des Pays de la Loire de 1998 à 2004.

Henri Baron a su, à travers ses responsabilités, favoriser auprès des jeunes agriculteurs l’arrivée des techniques modernes et accompagner une transformation cohérente du métier. Mais l’homme de conviction est aussi un esprit chaleureux et ouvert, qui sait s’intéresser aux autres milieux, comme la Recherche, et faire découvrir ses événements familiaux, le bonheur d’élever un beau troupeau et celui de cultiver la terre.

Dans son livre « Le paysan citoyen » Henri Baron fait partager sa foi en un monde meilleur.

Livre de 324 pages en vente au prix de 19 € . Ed. Siloé


Ecrit le 13 décembre 2006

 

 Henri Baron : la dignité paysanne m’interpelle

Est-ce l’histoire d’un homme ? Oui. Mais pas seulement. Le livre « Henri Baron, paysan-citoyen » raconte à la fois son itinéraire personnel et l’évolution de l’agriculture dans les années 1945-2000.

Henri Baron est né en 1932. « Mes parents n’avaient que leurs deux bras, ils se sont installés sur une fermette de 5 à 6 ha ». Trois ou quatre vaches, le lait à livrer en porte à porte tous les matins. Et puis l’accident du père, l’articulation du genou complètement arrachée. 24 ans, infirme.

Le jeune Henri Baron est mis à l’école à moins de 2 ans. A 4 ans il lit déjà le journal. A 14 ans il quitte l’école. « J’avais déjà beaucoup lu. J’aurais voulu étudier. Cela n’a pas été possible ».

La maison à Châteaubriant, le père employé à la fonderie Huard, une ferme à Derval, puis au Grand-Rigné, l’école de Béré, les 9,5 km qu’il fallait faire à pieds, aller-retour, le certificat d’études .... Années d’errance, mais riches souvenirs d’une enfance très pauvre mais heureuse.

Le gamin aime la terre, et les vaches. A moins de 6 ans, faussant compagnie à un oncle, il s’en va, un bâton à la main et une corde à l’épaule, acheter une vache au marché, à 600 mètres de là.

A 11 ans, Henri commence à traire les vaches, pour seconder son père infirme et sa mère très malade. Mais il faut quitter le Grand Rigné. Une ferme à Soulvache : Henri Baron est jeune paysan, à 14-15 ans. Il découvre les travaux saisonniers, le chantier de bois l’hiver, la fabrication du fumier, les labours du printemps, la plantation des betteraves, les battages ...

Henri aime le métier de paysan. Dans tout le livre éclate son amour de la terre. Un amour charnel. « Charruer, herser, rouler, semer est tout ce que j’aime ». Ecole de vie . « Même seul - surtout si on est seul - il faut être tenace pour en arriver au bout, quels que soient sa fatigue ou son moral ».

 Derrière !

De ces années d’enfance, Henri garde quelques images plus fortes, celle de sa Première Communion, où les parents du « p’tit gars », venu de sa campagne lointaine, sont relégués au fond de l’église pour laisser place aux gens de la ville, aux nobles, aux grands propriétaires de la commune. Les bonnes et les commis connaissaient le même sort.

« Quand, dans un meeting politique » [ou même dans une inauguration ! ], « on remonte la salle vers la tribune, on constate la même situation. Les trente premiers rangs sont " réservés " . Le bon peuple se tient derrière jusqu’au fond. Les caméras remplacent aujourd’hui l’eau bénite, la Révolution n’a rien changé à cette situation. J’en suis toujours irrité et, soixante ans après, le souvenir de ma famille au fond de l’église me marque encore l’esprit ».

Une partie de la formation initiale d’Henri Baron se fait par l’intermédiaire du journal « Jeunes forces rurales ». « J’y découvre l’expression des adolescents et leur désir de prendre toute leur place au sein de leurs communes, de leurs familles, de leur profession, ne voulant plus être des ploucs qui se remarquent de loin. En un mot, comment être aussi bien habillé et faire un noeud de cravate comme les jeunes de la ville ».

A l’armée le jeune homme, avec son pécule de soldat, achète le livre « Nouvelles leçons d’agriculture ». 457 pages qu’il dévore : « il est ma première école d’agriculture ».

Passons sur toutes les péripéties de sa vie de jeune paysan, et sur la période d’Algérie où il découvre la torture. Pages qu’il faut lire pour mieux connaître l’homme de maintenant.

 Le diable

Henri Baron est jeté dans le syndicalisme local à 26 ans, pour défendre les producteurs de lait, de viande bovine, de pommes à cidre, et aussi les fermiers. Face aux industriels de l’agro-alimentaire, face aussi, plus tard, à la CANA (coopérative agricole). Un engagement très prenant, plusieurs jours par semaine et souvent le soir. « Mais il faut que la ferme ne souffre pas de mes absences, au contraire. Les voisins nous observent, nous devons plutôt être meilleurs ».

Le livre raconte quelques actions agricoles symboliques qu’on suit comme un roman policier. Par exemple la bagarre contre Mamellor, poudre d’engraissement des petits veaux : « la croissance des veaux devient quasi nulle. Les veaux affaiblis crèvent. La composition de la poudre est devenue déficiente ». Un camion bloqué à La Guerche, un autre à Lusanger : l’action collective permet d’obtenir une indemnisation. Défense des fermiers face à leur propriétaire ou face aux banques, défense des cultures contre les sangliers. Mais il ne suffit pas de défendre, il faut proposer.

Henri Baron ne se met pas en avant. Ce sont les circonstances qui le propulsent à des postes de responsabilité qu’il n’avaient pas souhaités. Ainsi il devient Président de la Chambre d’Agriculture de Loire-Atlantique en 1976. « J’étais terrorisé. Je n’avais jamais mis les pieds à la Chambre. J’ignorais tout de son fonctionnement. Je ne savais pas que je m’engageais pour 17 ans »

« La Chambre d’Agriculture de Loire-Atlantique était la deuxième plus grosse de France. J’étais le petit nouveau ». 1976 c’est l’année de la grande sécheresse. Henri Baron raconte son baptême du feu : l’opération « paille de la solidarité ». Plus tard il impulsera le livre blanc de l’élevage. Beaucoup plus tard il travaillera à l’amélioration des retraites des petits agriculteurs.

La Chambre d’agriculture, ce sont aussi des salariés. Lui, le syndicaliste de base, est devenu patron, par la force des choses. Il se souvient d’avoir affronté des manifestations, vécu une séquestration, reçu des crachats de mépris. « Je reste de glace mais complètement anéanti ».
Mais quel levier que cette Chambre ! Elle a permis des avancées importantes, par exemple l’identification des bovins lait et viande, à l’issue d’une violente confrontation, face à ceux qui voulaient être « libres » . Cette identification a permis de garantir la sécurité sanitaire des troupeaux et la traçabilité indispensable de nos jours.

Maire de Fercé, Conseiller Régional des Pays de Loire : le livre retrace presque tout, les forces comme les faiblesses du personnage. Presque tout parce qu’il ne prend pas en compte les engagements de la période actuelle, à Châteaubriant-Initiative ou à l’association ACPM (actions pour les chômeurs) où, encore une fois, il apporte ses compétences quand on les lui demande.

Ce qui frappe dans le livre, c’est l’honnêteté du personnage, sa puissance d’analyse des situations, sa force de proposition, de novation, son refus d’être un notable. Sa rapidité de réflexion, et ses talents de diplomate lui ont permis de faire face à des situations difficiles. Le tout avec une grande modestie.

Henri Baron ne se pose pas en donneur de leçons, il relate son expérience en espérant qu’elle servira aux jeunes. Il redit sa foi dans le travail en équipe, la nécessité d’actions de terrain, la tolérance et le respect des adversaires, l’ouverture à d’autres secteurs économiques. Il remercie aussi ceux sans qui il ne serait pas devenu ce qu’il est, notamment son épouse Thérèse.

Impossible de retracer tout le livre : il faut le lire.

Henri Baron, paysan citoyen, Ed. Siloé, 300 pages, 19 €

 Les Editions Siloé

Michel Thierry a créé les Editions Siloé « pour mettre en valeur, présenter les valeurs des hommes et des femmes de l’Ouest ». « Henri Baron m’a présenté deux gros cahiers de 192 pages grand format. Un manuscrit, un vrai, cela devient rare de nos jours. Il montre la qualité intellectuelle de quelqu’un capable d’écrire 400 pages d’affilée » dit-il.


Ecrit le 6 novembre 2013

 Henri Baron est décédé le 26 octobre 2013

Il est parti comme il a vécu : discrètement. Même ses obsèques ont été modestes, effectuées dans la plus stricte intimité. Et si ses amis se réuniront le dimanche 17 novembre, ce sera pour le plaisir de l’évoquer et pour la joie de se retrouver.

Pour ceux qui ont eu la chance de le rencontrer, Henri Baron ne pouvait laisser indifférent. Il avait connu de grandes difficultés dans son enfance et même dans les débuts de sa vie professionnelle et en avait gardé une grande attention aux autres et le désir de s’engager pour aider les autres à sortir de leurs difficultés.

Sans aucune gloriole, sans aucune auto-satisfaction, il fut Maire et Conseiller Régional. Malheureusement le suffrage universel ne le choisit pas comme député : c’est pourtant d’un homme comme lui que la France a besoin.

En toute circonstance, il savait écouter les gens, évaluer une situation, réfléchir par lui-même et faire des propositions innovantes. Il cherchait toujours le compromis acceptable par toutes les parties. Et quand il parlait, on l’écoutait : ce n’était pas un orateur, il n’enflammait pas son auditoire, mais sa façon de décrire les situations, avec précision, avec clarté, en imposait naturellement. Et toujours avec un grand calme (du moins en apparence !) qui savait apaiser les réactions parfois trop violentes de ses amis, comme de ses adversaires.

Dès 1966-67, il faisait partie d’un « groupe d’études socialistes » à Châteaubriant, où l’on trouvait Jean Gilois, Bernard Lambert, André Roul, René Philippot, Amand Chatellier, Gérard Fleury et d’autres. Dans ce groupe on refaisait déjà le monde, discutant plus-values, propriété de la terre, capitalisme, droit syndical, éducation … Des débats de haut niveau qui remettaient en cause les idées communément admises et obligeaient à aller plus loin (ces discussions manquent cruellement à notre époque). Henri Baron y prenait une part très active et c’est sans hésitation qu’il rejoignit le grand mouvement de contestation de mai 68. C’est lui qui, le premier, vint proposer les pommes de terre qu’il avait sorties de son champ et qui furent données aux ouvriers en grève. Ce fut le début d’une vaste opération coopérative de ravitaillement.

On le retrouve plus tard comme Président de la Chambre d’Agriculture, pendant 17 ans, jeté dans l’action collective en pleine période de grande sécheresse. Des coups il en a pris, de tous les côtés, traçant cependant vaillamment son sillon, pour améliorer la retraite des plus petits agriculteurs, mais aussi pour améliorer la qualité sanitaire des troupeaux (grâce à l’identification des bovins lait et viande) et conduire à un livre blanc de l’élevage.

Par la suite on le retrouve à Châteaubriant-Initiative, pour l’aide aux créateurs d’entreprise, et pendant plus de 10 ans à l’ACPM (Ateliers et Chantiers du Pays de la Mée) pour le soutien à ceux qui veulent s’insérer dans le monde du travail. Il ne se pose jamais en expert, il a toujours le souci de valoriser les personnes qu’il côtoie. Il était aussi membre du CICPR (Centre International de culture paysanne et rurale), toujours pour la valorisation de l’histoire des techniques et surtout des agriculteurs.

Jacques Auxiette, qui l’a bien connu, écrit : « Figure reconnue de l’agriculture française, (…) il a incontestablement marqué de son empreinte le monde agricole de l’Ouest. Parce qu’il l’incarnait à la perfection, il a contribué à faire émerger l’image du « paysan citoyen ». Henri Baron était aussi un homme de gauche et un socialiste engagé. Maire de Fercé de 1983 à 1995, il a également été conseiller régional des Pays de la Loire de 1998 à 2004. C’est donc comme élu de l’opposition de l’épo-que que j’ai été amené à le connaître, à découvrir sa passion du débat politique et la force de ses engagements. Notre région, et son agriculture, lui doivent énormément ».

Je tiens aussi à saluer son engagement européen. Peu le savent : Henri Baron a été un Président attentif et moteur du développement du bureau inter-régional des régions Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes à Bruxelles. Sa gentillesse comme son investissement pour cette fonction bénévole aura marqué ses nombreux interlocuteurs ».


 L’adieu du Parti Socialiste

Les militants et sympathisants de la section du Parti socialiste de Châteaubriant souhaitent exprimer leur très grande émotion à l’annonce de la disparition de leur cher camarade Henri Baron. « Henri a milité au sein de la section durant de longues années, contribuant largement à des débats très riches. Par la sincérité de son engagement et toujours avec sagesse, il a contribué à construire une société plus solidaire en tant que maire PS dans sa commune de Fercé et au Conseil Régional des Pays de la Loire où il fut élu minoritaire aux côtés de Jacques Auxiette jusqu’à la conquête de la majorité. Elu paysan, il a oeuvré pour une agriculture citoyenne à la tête de la Chambre d’agriculture. Et pour compléter un emploi du temps déjà bien rempli, il était un inlassable travailleur de la construction européenne.

Militant de terrain, Henri aimait les rencontres, apprenait des autres et transmettait sans relâche. Pour cet homme courtois, l’adversaire n’était pas un ennemi, car le débat contradictoire nourrit la démocratie.

Nous aimions l’homme. A chaque rencontre, nous percevions l’immense amour et le respect au sein de la famille Baron, le soutien sans faille de sa chère Thérèse et de ses enfants qui ont suivi son engagement. Henri est un modèle pour nous tous et sa disparition nous plonge dans une immense tristesse ».


 Poème

La mort d’Henri m’a paralysé durant 48 heures. J’aurais voulu dire quelques mots ou les écrire, j’en étais incapable. Pour les lecteurs de , je vais épeler le prénom de mon ami Henri.

H comme humain.
Quand il s’agit d’un homme, tout est important, aimait-il dire. Il s’est battu contre les aliénations, les exploitations de la personne humaine. Il croyait à l’homme debout, libre et responsable.

E comme équipe.
Elle lui était indispensable. Avec les échanges,les rencontres, la vie de groupe, il recevait des autres, puis avec sa clarté d’analyse et d’expression, savait transmettre avec conviction.

N comme nature.
C’est là que se situait le paysan enraciné dans sa terre, amoureux de tout ce qui fait la beauté de la nature. Je l’ai entendu en parler avec beaucoup de poésie et je dirai mieux qu’un poète, car il le vivait et ça lui sortait des tripes.

R comme respect.
Il pensait que toutes les personnes étaient respectables et s’il a eu des adversaires, il ne s’est jamais trouvé d’ennemis. Il combattait non pas en attaquant les personnes, mais par des arguments, si bien étayés, que face à cela, même dans le désaccord, il était aimé et se faisait respecter. C’est là qu’apparaissait son souci de la libre expression dans une démocratie ouverte et participative.

I comme idéal
Il l’a puisé dans le creuset familial et celui des paysans de la région, cette vision de changer le monde s’est élargie à toute la société et particulièrement à l’Europe. Oui, l’Europe à construire est l’avenir incontournable des générations futures, nous disait-il. Le repli nationaliste peut conduire vers une dictature et il ajoutait :
Seuls, ceux qui n’ont connu que la paix, n’ont pas peur de la guerre.

Merci Henri.

signé : René Philippot

Télécharger le document : Le dossier du Paysan Nantais, sur Henri Baron , format pdf de 1.2 Méga octets

Courrier de Hubert Vallet, ancien curé de Châteaubriant :
Henri Baron, chrétien

Merci pour la belle page consacrée à Henri Baron, que j’ai eu la joie de rencontrer souvent pendant quatre ans, pour de longs cafés où j’essayais de profiter de sa culture et de ses analyses. Cependant, tout comme dans la page de La Mée consacrée il y a quelques années à André Roul, je m’interroge de ne trouver aucune ligne sur l’engagement profondément chrétien d’Henri, et sa motivation de catholique pratiquant en cohérence avec ses combats. Il ne faisait pas mystère de sa foi comme moteur de son action, et retrouver sa chère Thérèse auprès de Dieu était pour lui une certitude que la messe dominicale alimentait.