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Marcel Viaud

 1908 — 1939, Rue de la Victoire

Marcel Viaud est né le 14 février 1908, il y a tout juste cent ans - dans une modeste famille d’agriculteurs, établie au hameau de La Rénais en Quilly (canton de Savenay). Il est très tôt orphelin de son père, mort au combat en 1915. Quant à sa mère, dont il est le fils unique, elle traversera les épreuves et s’éteindra soixante années plus tard, âgée de plus de 90 ans.

Le jeune Marcel étudie à l’Ecole Primaire Supérieure de Savenay, puis à l’Ecole Normale d’Instituteurs, installée dans cette même ville. Elève de la promotion 1925- 1928, il devient donc instituteur public.

Après avoir effectué son service militaire, il est nommé à Châteaubriant.

C’est dans la ville sous-préfectorale que Marcel Viaud va effectuer l’essentiel de sa carrière d’instituteur, rue de la Victoire et aux Terrasses. Il y rencontre d’ailleurs Anna, ancienne élève du Cours Complémentaire, et institutrice dans les mêmes écoles que lui.

Parallèlement à sa fonction de pédagogue, Marcel Viaud milite activement au sein du Syndicat des Instituteurs de la Loire-Inférieure, dont il est un temps le trésorier, et du Parti Communiste , auquel il adhère en 1934, au moment des grandes luttes antifascistes.

 1939 -1942 Dans le bocage nozéen

Mobilisé pour la Drôle de Guerre (la guerre est déclarée le 3-9-1939), le sergent-chef Viaud, dégradé pour son appartenance au Parti, fait la campagne de 1939-1940.

Au lendemain de la défaite (l’armistice est signé le 22-6-1940), il échappe aux Allemands comme prisonnier et profite de la confusion pour rentrer à Châteaubriant, où il reprend sa classe en octobre 1940.

L’année suivante, lors de l’attaque de l’U.R.S.S. par l’Allemagne (l’opération est déclenchée le 22-6-1941), il manifeste publiquement sa certitude de voir prochainement le Reich allemand vaincu par le grand frère soviétique.

Dénoncé aussitôt, il est déplacé d’office de Châteaubriant et envoyé à l’Ecole de La Ville-au-Chef, près de Nozay. C’est là, qu’éloigné de toute agglomération, le nouveau maître d’école va prendre une part active à la Résistance à l’Occupant, dans le bocage nozéen.

Appartenant au réseau « Front National » (1), Marcel Viaud assure des liaisons clandestines. C’est ainsi que le ménage d’instituteurs cache à plusieurs reprises dans sa maison, à l’étage, des évadés du Camp de Choisel à Châteaubriant. Y trouvent aussi refuge : l’antifasciste espagnol Gomez et le chef communiste régional Millot, membres des premiers groupes armés formés dans la région. A la fin de l’année 1941, les actions contre les Allemands et les collaborateurs se multiplient : attentats, sabotages ..., ce qui déclenche de leur côté un durcissement de la répression contre les « terroristes ». Les militants communistes sont particulièrement visés.

 1942-1943 … a donné refuge à des camarades

Entre le début d’août et la mi-septembre 1942, une centaine de personnes sont arrêtées. Parmi elles, l’instituteur de La Ville-au-Chef qui a commis l’imprudence d’aller aux moissons chez sa mère, à La Rénais, au début des vacances scolaires. Il est arrêté dans un garage le 17 septembre 1942, par des policiers français de la S.P.A.C. (Section de police anticommuniste). Emmené à Nantes, interrogé et torturé au commissariat central de la rue Garde- Dieu, avant d’être incarcéré à la prison La Fayette, il est finalement traduit devant un tribunal militaire allemand.

Le 15 janvier 1943, s’ouvre au Palais de Justice de Nantes, le procès dit des « 42 » qui durera quinze jours , du 15 au 28 janvier. Les accusés sont classés en plusieurs catégories : assassins ou complices d’assassins, auteurs d’attentats, communistes ou sympathisants en intelligence avec l’ennemi de l’Allemagne. A laquelle appartient Marcel Viaud ? Que lui reproche le Dr Gottloeb dans son réquisitoire en allemand, au cours de l’audience du 26 ? Motif d’inculpation : « Il a reçu des camarades, Millot, Gomez. Il a fait de sa maison un refuge pour les communistes coupables » Peine demandée : « La mort ».

Le 28 janvier 1943, après quinze jours d’audience, le verdict tombe : 37 fois retentit en allemand la sentence de mort. Les 37 condamnés sont communistes. Marcel Viaud en fait partie, ainsi que Gomez et Millot. Et le journal collaborationniste « le Phare » du 30 janvier peut titrer : « La civilisation occidentale épure .... Trente-sept condamnations à mort clôturent le procès des terroristes. »

Dans une lettre émouvante datée du même jour, un jeune condamné, âgé de 20 ans, écrit à sa mère : « Nous avons été jugés en assassins mais nous sommes tous des patriotes. Nous avons accepté notre jugement au chant de la Marseillaise et aux cris de vive la France : le Tribunal s’est enfui. »

Les exécutions ont lieu au terrain du Bèle, le champ de tir militaire de Nantes, situé au nord-est de la ville. C’est le 13 février 1943, à 16 heures, que Marcel Viaud tombe sous les balles allemandes, à la veille de son 35e anniversaire, en compagnie de 24 autres patriotes. Les condamnés ont-ils eu le temps d’apprendre et de savourer les dernières nouvelles en provenance de Stalingrad (les Allemands ont capitulé le 2-2-1943) ? Ultime satisfaction pour Marcel Viaud ?

Après les exécutions, les fusillés sont enterrés sommairement, à l’insu des familles, dans les cimetières de La Chapelle-Basse-Mer et du Loroux-Bottereau. Marcel Viaud se retrouve dans ce dernier. Dès le lendemain matin, chaque sépulture est ornée d’un caillou fleuri, marqué de l’inscription « Mort pour la France ».

 1943-2008, Passant, souviens-toi.

Des obsèques solennelles se déroulent à Nantes le samedi 28 juillet 1945. Les cercueils, recouverts des trois couleurs, sont conduits au Musée des Beaux-Arts transformé en chapelle ardente. S’en suivent pour Marcel Viaud une cérémonie religieuse à l’église Saint-Similien et son inhumation dans le « Carré des Fusillés » au cimetière de La Chauvinière, près du Pont du Cens. C’est là qu’il repose aujourd’hui, au milieu de ses compagnons, martyrs de la Résistance.

Dès la fin de l’année 1945, la Ville de Châteaubriant honore la mémoire du grand patriote en donnant son nom à l’école et à la rue dans lesquelles il a enseigné et habité après son mariage.

Jean-Yves Bellayer
Ancien professeur d’histoire
à Nozay


  13 avril 2008, Moisdon

Le 10 février 2008 une cérémonie a eu lieu au cimetière de La Chapelle-Basse-Mer, où furent, entre autres, inhumés les militants espagnols exécutés après le Procès des 42. Parmi eux : Gomez Olliero, qui fut hébergé et caché par Marcel Viaud.

Le 13 avril aura lieu une cérémonie au camp de la Forge, à Moisdon-la-Rivière, où furent internés 827 Espagnols (femmes et enfants compris) puis 320 nomades. Cette cérémonie se fera avec l’association des Gens du Voyage.

A propos, aucune plaque ne rappelle cette histoire ! C’est regrettable !

Le même jour sera fleurie la tombe de Raymond Laforge, l’un des 27 otages de Châteaubriant, le seul dont le corps repose encore là où les Allemands l’avaient inhumé.


(1) Rien à voir avec le parti fasciste de JM Le Pen !