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Simone Robert, Marcelle Baron

  Sommaire  


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Simone Robert en 1944

 Simone Robert

1939 : Simone Robert (née Naudin) a 24 ans. Avec son mari Raymond, elle a une fillette de 2 ans. La petite famille vit chez les parents Naudin à la ferme de la Sablière (ainsi nommé puisqu’il s’y trouve un gisement de sable).

Trois ou quatre vaches et quelques lapins pour occuper Simone et sa mère. Le père François Naudin, fait surtout de la vente de sable pour Huard, la Fonderie Leroy et les entrepreneurs de maçonnerie : on dit en effet que ce sable est de très bonne qualité pour la construction. François Naudin, et son gendre, font débouler le sable à la pioche et à la pelle et chargent les camions des clients. Pas de pelleteuse en ce temps-là.

Mais voilà que Raymond tombe malade, « une pleurésie d’eau » comme dit Simone. Les antibiotiques n’existent pas encore. Raymond a dû rester six semaines au lit. « Il a transpiré énormément. Il m’a trempé deux matelas de laine » se souvient Simone. En tout cas, pas question de partir à la guerre sur un brancard : les gendarmes ont pu constater à quel point il était malade.

Simone trayait les vaches et allait livrer à vélo à Châteaubriant, avec ses bidons au guidon : Chécheux, Rue du 11 novembre et jusqu’à l’épicerie de Mme Gauchet (rue de la Barre, à l’angle de ce qui s’appelle maintenant la rue Max Veper) . « Pendant 20 ans j’ai ainsi livré le lait » dit-elle.

Simone faisait aussi du beurre, mais seulement pour la consommation familiale.

1941 : dès le lendemain de leur arrivée, les Allemands réquisitionnent la carrière de la Sablière, pour faire un champ de tir. « Ils y venaient le matin et l’après-midi. Nous n’avions plus le droit d’y mener les vaches, ni d’extraire le sable. La misère s’est installée à la maison »

Quand c’était nécessaire, Simone ramassait des choux qu’elle allait mettre en vente chez Mme Gauchet, en échange de sucre et de café.

22 octobre 1941 : « nous avons été prévenus par les Allemands que des otages seraient exécutés chez nous. Mon mari a emmené notre fillette de 4 ans, chez sa grand-mère, au Jarrier-aux-Moines, pour qu’elle n’entende pas. Le deuxième petite fille, née en juin 1940, est restée à la maison »

« Les Allemands sont arrivés, ils nous ont enfermés dans la maison. Mon père, qui avait fait Verdun, pleurait ». Les volets de la porte ont été mis. Devant la maison stationnaient trois sentinelles, le fusil en direction de la maison. « Moi j’ai grimpé sur une chaise haute de bébé. J’ai pu tout voir à partir de l’imposte de la porte. Le premier camion d’otages s’est arrêté près du tilleul. Le deuxième était derrière et le troisième tout près de la maison. Les otages chantaient. J’ai vu les Allemands mettre en joue les neuf premiers otages. Quand les autres ont été amenés ils ont pu voir leurs camarades morts au pied des poteaux. C’était affreux ».

Puis les Allemands ont mis les corps en vrac dans les camions. Le sang coulait à flots. Il y avait une épaisseur de sang partout sur le chemin et sur les marches de l’escalier qui descend à la cave. « Pendant trois semaines il n’a pas plu : mon mari a dû prendre une bêche pour enlever cette terre. Mais les Allemands, eux, sont revenus au champ de tir, dès le lendemain et cela ne les gênait pas de marcher dans le sang ».

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La photo a été grattée, par précaution
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Le dimanche après l’exécution

Le lendemain de l’exécution, profitant du moment où les Allemands étaient partis déjeuner, Simone est allée voir dans la carrière sous prétexte de ramasser des pissenlits pour les lapins. « Les poteaux d’exécution avaient été arrachés, les Allemands les avaient déposés dans un angle du champ. J’ai essayé d’en tirer un vers la haie, pour le garder, mais je n’ai pas pu. Mes mains étaient pleines de sang ».

Pour garder l’emplacement des poteaux, Simone a mis une pierre dans chacun des trous, et un peu de sable pour la cacher.

Le dimanche suivant l’exécution, des familles de Châteaubriant, notamment la famille Adry, sont venues apporter des drapeaux et des fleurs. « Je leur ai dit : votre geste est très beau mais s’ils pensent que c’est nous, ils vont nous fusiller. Venez quand vous voulez mais n’apportez rien. ».

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Monument de 1944

Après la guerre, un petit monument a été érigé le 22 octobre 1944. Il était en tôle, peinte en noir, avec deux colombes blanches, une perchée et l’autre en vol. Le ferronnier est Joseph-Marie Buffé (électricien-garagiste à côté du ’’Petit-Bazar’’, rue du 11 novembre à Châteaubriant), les colombes ont été peintes par l’artiste Yves Trévédy. On ne sait pas le nom du maçon).
Le monument actuel, dû au sculpteur Rohal, date de 1951.

Par la suite, un kiosque en bois a été monté près de la maison. Simone Robert a vendu bénévolement des livres pendant 32 ans et a raconté ses souvenirs aux familles des otages avec lesquelles elle a noué des liens d’amitié.

La Sablière est propriété de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé depuis 1987. Un Musée de la Résistance s’y installe peu à peu.

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Simone et sa mère, après la guerre
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Simone en 2007
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Diplôme de Mme Robert
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Témoignage de Simone-1
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Témoignage de Simone-2
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Témoignage de Simone-3
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Témoignage de Simone-4

 Marcelle Baron

Marcelle Baron, née le 14 juillet 1909, est nantaise, salariée dans l’usine métallurgique Brissonneau à Nantes (quartier de Doulon). Elle a commencé par porter des tracts et collecter des informations. Puis, après le départ de son mari, Auguste, prisonnier de guerre, elle est devenue tout à coup très discrète au point d’être considérée comme « dégonflée » par ses camarades du Parti Communiste. Elle accepte cependant de cacher Fernand Grenier, après son évasion du Camp de Choisel à Châteaubriant. On apprendra plus tard la raison de sa « discrétion » : chargée depuis une année de recevoir les émissaires et les messages du Comité Central du PCF, elle avait reçu l’ordre de couper avec ses camarades nantais pour assurer au maximum la sécurité des liaisons.

Lorsque les policiers français interviennent chez Brissonneau pour démanteler le réseau de résistance Front National dont elle fait partie, elle n’échappe pas aux interrogatoires. Violences, déportation : elle est convoyée vers Ravensbrück en avril 1944 et, de là, dans un commando de travail à Zwodau, dans les Sudètes, jusqu’à la libération du camp, le 7 mai 1945.

A son retour à Nantes, le 21 mai 1945, épuisée, il lui fallut un certain temps pour récupérer ses forces…. Et recommencer à militer, notamment à l’Union des Femmes Françaises et à la CGT