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Histoire de la Trinité

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Nous sommes en 1250. Geoffroy IV, Seigneur de Châteaubriant, s’en est allé aux Croisades avec le roi Louis IX (dit St Louis). Avec ce que nous savons maintenant des Croisades, qui n’avaient rien de guerres saintes, il aurait mieux fait de rester en son château. Bon, passons !

En fait cette croisade se termina en déroute et l’armée française fut défaite à Al Mansourah. Le bruit se répandit que Geoffroy IV avait été fait prisonnier, que peut-être même il était mort ... Sa femme Sibylle revêtit des vêtements de deuil et pleura son mari. Celui-ci pourtant revint et, tout joyeux, accourut pour retrouver sa jeune épouse. Hélas celle-ci « à la rencontre et accollade, trépassa de joie dans ses bras, témoignage de la parfaite amitié qu’elle portait à son seigneur » (selon Du Paz, dans son Histoire généalogique de la maison de Châteaubriant, reprise par l’Abbé Goudé).

 Il y a 700 ans

Geoffroy IV, qui avait connu en Orient l’Ordre des Pères de la Sainte Trinité, fondé pour le rachat des captifs chrétiens, s’empressa de fonder un monastère pour les religieux de cet ordre. « Ce fut sur le chemin qui conduit de la ville de Châteaubriant au prieuré de Béré » dit encore l’Abbé Goudé. « Geoffroy assigna aux Pères de la Sainte-Trinité la somme de 200 livres de rente sur ses forges des forêts de Juigné et de Teillay » (août 1252). Geoffroy IV souhaitait qu’à côté de la maison conventuelle, il y eut un hôpital dont la porte fut toujours ouverte aux pauvres pour la nourriture et le logement.

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Château des Trinitaires

La tradition raconte que le seigneur de Châteaubriant fit inhumer le corps de sa femme Sibylle dans l’église conventuelle du prieuré et qu’il fit représenter sur les vitraux de cette église toutes les circonstances de la mort singulière de sa fidèle épouse.

Ce couvent des Pères de la Sainte-Trinité, porte encore le nom de « La Trinité » à Châteaubriant, 750 ans après ! L’archiviste local, Michel Charron, a fait des recherches sur l’histoire de ces lieux (à l’occasion des 10 ans de l’ORPAC) et c’est grâce à lui que nous pouvons mieux la connaître.

« Le couvent de la Trinité offrait aussi des logements pour recevoir et soigner les pauvres. Les successeurs des Geoffroy favorisèrent, par de nombreux dons, le maintien des activités, par les religieux, au cours des siècles qui suivirent » dit-il. Le Doyen Blays, lui, évoque par exemple les libéralités de Charles de Dinan en 1411 autorisant les moines à vendre du vin et du cidre dans l’enclos de leur couvent.

 L’hôpital rasé

Vers 1634 le couvent de la Trinité était « une des jolies maisons et des plus nombreuses de la province ». Il y avait même une « estude de philosophie » Mais, au fil des années, se produisit un « relâchement des Trinitaires » à tel point qu’en 1753, le procureur fiscal de la Baronnie de Châteaubriant fut obligé de faire procès à Sainthoran (ministre du culte) pour le forcer à respecter ses obligations : celui-ci en effet, avait fait raser l’hôpital attenant à son couvent, pour « s’affranchir de tous les devoirs de la charité » envers les pauvres.

Au XVIIIe siècle, les Trinitaires sont toujours à Châteaubriant. On les retrouve en 1781 prêtant leur chapelle pour un Te Deum solennel pour la naissance d’un fils du Roi Louis XVI ou pour ... dresser des procès-verbaux « contre le maire, pendant une cérémonie religieuse » ! En 1789 la maison de la Trinité ne comprenait plus que 4 religieux

 Deux cahiers

Le 2 avril 1789, deux cahiers de doléances furent rédigés à Châteaubriant : l’un chez les Trinitaires autour de Jean René Guibourg, signé par une trentaine de personnes, l’autre à l’hôtel de ville avec le maire Louard et l’avocat Jean-Nicolas Méaulle et 120 personnes environ. (à noter qu’il y en eut un troisième, signé le 31 mars 1798 par les « habitants, propriétaires et bientenants » de St Jean-de-Béré, alors paroisse de Châteaubriant )

Le 20 novembre 1789, selon l’Abbé Goudé, deux religieux du couvent de la Trinité s’en vinrent déposer à la mairie quatre chandeliers d’argent, en don patriotique . Ils offrirent en outre deux autres chandeliers et une croix d’argent pour les pauvres. « Cette offrande fut accueillie avec ferveur. On acheta du riz et du blé-noir dont on fit de larges distributions » dit-il.

L’Abbé Goudé raconte aussi qu’il y avait des conflits entre les moines et le doyen (curé) de St Jean-de-Béré ! En 1790, quand le dernier ministre du couvent se présenta avec ses religieux pour prendre le Saint Sacrement, il fut apostrophé durement par le doyen qui le pria de se retirer. Ce qu’il fit en disant : « de la verge dont vous nous fouettez, vous serez bientôt fouetté vous-même » et en effet, un an plus tard , à l’issue de la procession de la Fête Dieu, tout le clergé fut conduit en prison par la Garde Nationale.

C’est pendant la Révolution que furent profanés les tombeaux des personnes enterrées dans la chapelle du Couvent de la Trinité : Sibylle, Geoffroy IV, Jeanne de Beaumanoir épouse du Baron Charles de Dinan, François de Laval et sa femme Françoise de Rieux, Françoise de Foix et Anne sa fille : le plomb des cercueils a été utilisé pour faire des balles de fusils.

Les derniers religieux Trinitaires quittèrent leur couvent en 1791. La chapelle du couvent servit de magasin et d’écurie aux troupes républicaines. Le bâtiment principal, où siégea le tribunal révolutionnaire, fut vendu avec tout l’enclos comme « bien national »

C’est alors Sébastien HANET, juge du Tribunal Révolutionnaire qui devint propriétaire des bâtiments du couvent . Il y installa une prison et occasionna bien des dégâts.

En 1801, le sieur Hanet revendit le couvent à Paul ERNOUL de la CHENELIERE, avocat et lieutenant de la baronnie de Châteaubriant. Son fils Achille en hérita en 1817.

En 1823 on trouve un nouveau propriétaire la famille GAUDIN de Candé, qui revendit à Auguste-Jacques de BOISPEAN en 1823 pour la somme de 60 000 F. Le couvent fut alors rasé et remplacé par un château. La chapelle fut aussi détruite.

Selon Michel Charron, Auguste-Jacques du Boispéan, qui fut sous-préfet de Châteaubriant, construisit un four à chaux dans sa propriété de la Trinité pour lui fournir de quoi amender ses terres. Par la suite ce four-à-chaux fut utilisé comme poterie. C’est pourquoi, dans la quartier de la Trinité, on retrouve une « rue du Boispéan » et une « rue de la poterie »

De 1885 à 1912, le château de la Trinité fut occupé par la petite fille de M. du BOISPEAN et son mari M. de CAMBOURG, qui partirent ensuite habiter au château de Caratel (en Louisfert).
1913, la propriété est à vendre. L’annonce précise : « 12 hectares, château de 2 étages, pelouses, tennis, potager, écuries, remises, conciergerie, basse cour, cours d’eau, source, grand parc, prairies, nombreux beaux arbres ». Mais la vente ne se fit pas. En 1914, M. de Cambourg proposa le château pour y loger des réfugiés venus du Nord. Le Courrier de Châteaubriant, en date du 14 novembre 1914 précise qu’il y avait 50 réfugiés, hommes, femmes, enfants, vieillards et que « la population a prêté et fourni les lits et le matériel nécessaire »

 File la laine ....
Filent les jours.

Le château et ses dépendances fut acheté en 1922 par M. Durand qui, après de grands travaux et la construction d’ateliers, (avec des structures métalliques venant des surplus américains), y installa son entreprise de bonneterie-filature qui occupait précédemment les bâtiments des Fougerays.

En 1962, à la fin de la manufacture Durand-Richer, la propriété fut achetée par la ville de Châteaubriant. La partie atelier abrita des entreprises diverses (la dernière étant Edwimode qui vient de construire un atelier neuf à Erbray). Les autres bâtiments furent affectés à diverses associations .

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Michel Charron

Depuis 1989 l’ORPAC (office des retraités et personnes âgées de Châteaubriant) en occupe la partie principale. L’étage est encore occupé par l’OCHS (office central d’hygiène sociale, qui s’occupe d’aide psychologique pour les enfants, et d’alcoologie) tandis que l’aile nord est utilisée par la « Maison de la Sécurité Sociale ». Le petit pavillon d’entrée (ancienne conciergerie) sert de lieu de permanences pour Les Randonneurs du Pays de la Mée.

La propriété actuelle de « la Trinité » n’a plus ses 12 hectares d’antan. La Chère, qui s’y prélassait en larges méandres, a été canalisée. Des rues ont été dessinées : Rue de la Trinité, Rue Ste Elisabeth, Rue de la Fontaine St Jean, Rue du Boispéan, Rue de Paluel. Des parcelles ont été vendues pour faire des logements.

La mémoire demeure cependant. Merci à Michel Charron pour ses précieux renseignements.