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Livre - Vers le drame de la Sablière

 

 Vers le drame de la Sablière

En 1941 souffle un vent mauvais :

2 juin 1941 : loi du gouvernement français prescrivant le recensement des Juifs

20 août 1941 : ouverture du camp de DRANCY, le plus grand centre français d’internement et de transit pour les Juifs vers les camps de concentration allemands.
21 août 1941 : loi sur les otages. Tous les internés sont des otages en puissance, prêts à être exécutés à la demande.

23 août 1941 : création des « Sections Spéciales » tribunaux d’exception qui jugeront avec effet rétro-actif

3 septembre 1941 : premier gazage massif de Déportés juifs à Auschwitz.

23 septembre 1941 : mise à l’écart de la "Baraque 19" au Camp de Choisel.

13 octobre 1941, venue de Chassagne, chef de cabinet de Pucheu, au Camp de Choisel

13 octobre 1941 : le maire Ernest Bréant est déposé. Une nouvelle municipalité est mise en place par l’Occupant

20 octobre 1941 : le lieutenant colonel Hotz est abattu à Nantes par trois jeunes communistes

22 octobre 1941 : exécution de 27 otages à la Sablière à Châteaubriant. (En outre 16 Nantais sont abattus au champ de tir du Bèle à Nantes, et 5 autres Nantais au Mont Valérien à Paris)

7 décembre 1941 : décret « Nacht und Nebel » (Nuit et brouillard) : expression qui servait aux nazis à désigner les Déportés destinés à périr sans laisser de trace.

15 décembre 1941 : Neuf exécutions à la Blisière près de Châteaubriant.

1941 est bien l’année noire.

  Le camp de Choisel au temps des « politiques »

Depuis avril-mai 1941, des « politiques » sont arrivés au Camp de Choisel sur la Route de Fercé. Encadrés de gendarmes français, des groupes de « terroristes » viennent des centres de détention de Nantes, du Croisic, mais aussi du Nord, du bagne de Clairvaux, de la centrale de Fontevrault ou d’ailleurs. Tous dirigeants syndicaux, communistes arrêtés depuis 1939 (au lendemain du pacte germano-soviétique) ou non communistes. Parmi eux : Guy Môquet, un jeune de 17 ans, arrêté fin 1940 pour avoir diffusé la presse clandestine en réaction à la presse d’Occupation.

Fernand GRENIER raconte : « en arrivant au camp de Choisel, notre impression est plutôt favorable : fini le gris, le terne, le sinistre climat des Centrales. Ici, les baraques de bois sont installées dans la prairie et, au-delà des réseaux de fils de fer barbelés, on voit le vert des arbres, on aperçoit les gens sur la route ».

Victor RENELLE a aussi un regard favorable au départ : « les murs sont remplacés par des barbelés ce qui, sous le rapport visuel, est bien préférable » - « Nous sommes mieux traités que dans nos geôles précédentes. Le principal à mon avis est d’être débarrassés de l’obsession des murs qui nous enserraient à Clairvaux. Depuis quelques jours, je trouve aux barbelés un aspect sympathique. Rassure-toi, c’est un sentiment passager » écrit-il à sa femme le 19 mai 1941.

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Le camp de Choisel c’est, en réalité, trois sections, trois camps (voir document D 6), du moins de mars à juillet 1941 :

- Dans l’un vivent les « romanichels », avec des ribambelles d’enfants, dans l’oisiveté totale. Aucune hygiène et une nourriture très réduite.

- Dans une autre section : la pègre, proxénètes, filles publiques et trafiquants du marché noir. « Ils sont gras à lard, ne manquent de rien grâce aux colis de leurs « protégées ». Ils jouent aux cartes pour de l’argent, se disputent, crient ou font les paons, bien lustrés, bagues aux doigts, imbus de leur importance », se souvient Fernand GRENIER. Pendant que ces messieurs et dames font ripaille, les enfants des nomades, à deux pas, n’ont ni lait ni soins.

- Dernière section, les « politiques », de loin les plus nombreux savent s’organiser. Le camp s’appellera plus tard : P1 « politiques n° 1 ».

Un rapport du Sous-Préfet, en date du 27 février 1941, indique « qu’il y a 32 grands baraquements en bois recouverts de tôle ondulée, dont 3 sont inutilisables. Les installations de douches et d’étuvage sont dans les baraques 33 et 34.

Les baraques 3 à 13 sont affectées aux nomades

Les bâtiments de 14 à 19 inclus sont réservés aux indésirables (avorteuses, gens du milieu, expulsés)

Les baraques numérotées de 20 à 31 inclus sont réservées aux communistes.

Le camp pourra contenir : 500 nomades, 400 indésirables, 800 communistes ».

En mai 1941, le camp est dirigé par le Capitaine LECLERCQ « un type qui était la plupart du temps saoul, mais on pouvait à la rigueur s’entendre assez bien avec lui. Je me rappelle très bien les paroles qu’il prononça lorsqu’il nous fit passer dans la partie du camp qui borde la route et qui s’appellera par la suite le camp P1 : "Vous n’êtes pas des gens comme les autres, on ne peut pas mélanger les torchons et les soviets" - Et aussi quelquefois : "Ecoutez-moi, vous n’êtes là que pour un certain moment, il est dans le domaine du possible que, dans un avenir prochain, ce soit moi qui sera dans les barbelés et que ça soit vous qui me gardiez" . C’est un homme que nous considérions comme un ivrogne invétéré » raconte M. FEULLIEN (archives de Loire-Atlantique 27 J 11)

En mai et juin 1941, un rapport de l’Administration, explique que « les Gaulistes (avec un seul L !) sont internés pour des périodes variant de 8 à 21 jours (...) La plupart hésitent à choisir : abandonner leur parti pour ne pas se mêler avec les communistes qui sont maintenant les alliés officiels de l’Angleterre, ou faire cause commune avec ces derniers. Il est à craindre que la collusion gauliste-communiste se réalise ».

Quant aux communistes, « la dominante est "communistes nous sommes, communistes nous resterons envers et contre tous". Il est indéniable qu’une mystique profonde existe, une foi inébranlable dans l’avenir du Parti seul capable de rétablir l’ordre (?) en France et de rétablir la situation mondiale. Inutile de souligner que le Maréchal Pétain est amèrement critiqué et que ses collaborateurs sont traînés dans la boue. En apparence, les internés sont patients et résignés, comme tous les martyrs (et ils estiment en être). Ils ne se font pas défaut de se représenter comme tels dans les lettres qu’ils adressent à leurs familles, et se tressent ainsi des couronnes pour l’heure qu’ils croient prochaine de leur libération » dit ce rapport de l’administration du camp de Choisel.

Le chef de camp, le capitaine LECLERCQ, se plaint de la proximité de l’agglomération « En général le camp fait partie des choses curieuses de la cité d’où promenades des touristes et des indigènes ; obligatoirement, et en cachette des factionnaires, visiteurs et internés échangent des paroles ». [A noter que le capitaine LECLERCQ s’engagera plus tard dans la LVF, Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme, qui combattit avec des uniformes allemands sur le front de l’Est].

 Des femmes et un juge à Choisel

15-16 juillet 1941 : deux nouveaux convois arrivent à Choisel. Parmi eux, six femmes arrêtées pour participation à la Résistance. La direction du camp les installe avec les prostituées. Les « politiques » protestent et obtiennent que les nouvelles venues soient logées dans une demi-baraque du camp P1. Quelques semaines plus tard une arrivée fera sensation : celle du Président Paul DIDIER, le seul magistrat qui ait refusé de prêter serment à PETAIN.

Le 18 août 1941, de nouvelles arrivées portent le nombre d’internés à 390 dont 6 femmes. Le 1er septembre 1941, les Nomades quittent le camp et, le 5 septembre, 97 hommes venant de la prison de la Santé et 46 femmes sorties de la Prison de la Roquette, arrivent au Camp de Choisel. Ces dernières sont parquées dans le camp P2 (politiques n°2). Pierre RIGAUD, détenu à Choisel depuis le 13 juillet 1941, raconte : « Quand elles entrent dans la baraque, elles aperçoivent d’abord 48 grandes caisses de bois et sur chacune d’elles, un sac de couchage en gros papier. Entre les rangées de "lits", quatre tables grossières et huit bancs ». Mais sur les tables, dans de vieilles boites de conserve, les camarades du camp P1 ont mis des marguerites en guise de bouquet d’accueil.


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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