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La bibliothèque

sommaire généralSommaire "Histoire"

 Histoire des bibliothèques

Histoire de la Bibliothèque de Châteaubriant
Crime
censure
Femmes
Journaux

Les plus anciennes bibliothèques identifiées remontent au VIIe siècle avant Jésus-Christ : à Héliopolis les prêtres conservaient les recueils juridiques, religieux et médicaux de l’époque. La fameuse Bibliothèque d’Alexandrie, incendiée par les troupes de César en 47 avant Jésus-Christ, comportait 700 000 volumes (c’est-à-dire 700 000 rouleaux de papyrus) et proposait aux savants du monde grec cet outil essentiel : un catalogue.

A partir de ce modèle grec, les familles aisées, les nobles et les souverains ont constitué leurs propres fonds documentaires. A l’époque médiévale, des moines copistes ont constitué les bibliothèques nécessaires à la vie spirituelle et à la formation des clercs et des juristes. La Sorbonne (issue du legs d’un millier d’ouvrages de Robert de Sorbon) étalait sur des pupitres des livres attachés par des chaînes cadenassées.

Avec la Renaissance et l’invention de l’imprimerie, le souhait des Princes et des Lettrés a été de recréer les principales institutions inventées par les civilisations antiques : les académies et les bibliothèques. Il est né ainsi des bibliothèques royales dans toute l’Europe, des bibliothèques princières comme celle de Mazarin (ou des Princes de Condé à Chantilly), et des bibliothèques ecclésiastiques.

La Révolution Française, en confiscant les biens des nobles et du clergé, apporta au peuple (ou plus exactement aux bourgeois), une masse de documents de valeur. Parmi les millions de volumes ainsi dévolus à la nation, les plus précieux ont été prélevés par la Bibliothèque Nationale, les autres ont été partagés entre les districts, les nouvelles écoles centrales et environ 150 communes en 1803. La Révolution souhaitait la généralisation des bibliothèques et, en 1791, Lacretelle écrivait : « Chaque village aura une petite bibliothèque composée des livres particulièrement utiles aux habitants des campagnes. Y seront nécessairement le livre de la Constitution, le recueil de toutes les lois générales depuis la Révolution et celui des lois, proclamations ou arrêtés des corps administratifs relatifs au département »

 Préserver

Une des premières fonctions des bibliothèques relève du défi : préserver. Ce qui n’est pas évident dans des bâtiments anciens, humides, où certains documents comme les journaux de la fin du XIXe siècle, s’auto-détruisent en raison de la composition chimique de l’encre utilisée.

Préserver ... c’est aussi prendre en compte les histoires régionales, celles qui ont été écrites par des érudits locaux et qui servent de mémoire à un pays.

La deuxième fonction des bibliothèques c’est de classer, cataloguer, faire connaître la richesse dont elles disposent. Malgré l’informatisation, ce travail est encore loin d’être réalisé et il existe encore trop peu de catalogues collectifs permettant de localiser tel ouvrage dans telle bibliothèque.

La troisième fonction des bibliothèques, c’est la mise en valeur, pour un large public, des trésors des siècles passés : œuvres d’arts (reliures, enluminures des manuscrits médiévaux), œuvres rares (une affiche révolutionnaire, un journal d’un seul feuillet annonçant la libération de Paris ... ou de Châteaubriant), etc.

Ces trois fonctions ont été exercées difficilement, dans le passé, pour de nombreuses raisons, et notamment pour des choix architecturaux. Les municipalités ont choisi des bâtiments « monumentaux », renforçant le caractère élitiste de ces lieux du livre. Encore à notre époque, les bibliothèques sont des ornements de la cité, des lieux accessibles aux étudiants et aux érudits, mais pas au grand public qui ne s’y sent pas à l’aise. Le grand public n’a même pas la possibilité d’accéder facilement au livre car l’importance des librairies est proportionnelle à la taille des communes. C’est pourquoi il est nécessaire que se développent des rayons « culturels » dans les Grandes Surfaces, à condition qu’ils n’en restent pas à ce qu’on appelait naguère « la littérature de quai de gare ». Hélas c’est trop souvent le cas, d’où l’importance des libraires spécialisés amoureux des livres et connaissant bien leur clientèle.

 Médiathèques

Les médiathèques, de nos jours, permettent un plus large accès à l’ensemble des documents, et pas seulement aux livres : les périodiques, les microfiches, les microfilms, les CD-Roms, etc. Leur accessibilité, les animations qui s’y déroulent, doivent permettre d’attirer, effectivement, un large public. C’est l’enjeu du XXIe siècle. C’est l’enjeu aussi pour Châteaubriant.

Un enjeu difficile quand on sait qu’il y a encore une bonne majorité de castelbriantais qui n’ont jamais mis les pieds à la bibliothèque, pas plus qu’au Théâtre de Verre, parce qu’ils pensent que ce n’est pas pour eux (même c’est gratuit), parce qu’ils craignent d’y rencontrer un monde social qui n’est pas le leur. Le même problème se pose pour la médiathèque, c’est pourquoi ce projet de l’ancienne municipalité, indispensable pour la région de Châteaubriant, n’a pas encore emporté l’adhésion populaire nécessaire.

C’est pourquoi les bibliothèques développent au maximum des sections réservées aux enfants, avec des activités d’animation, pour que les livres, et les documents en général, soient familiers aux enfants et deviennent ainsi peu à peu accessibles à tous.

 Histoire de la bibliothèque de Châteaubriant

Le 7 février 1886, à une heure du soir, s’est créée la bibliothèque populaire de Châteaubriant, avec 28 adhérents présents sur 51 (la cotisation était de 10 francs). Le terme « populaire » recouvrait à l’époque un ensemble de bibliothèques disparates, mises en place au XIXe siècle, par un instituteur alsacien nommé Jean Macé, pour instruire les classes moyennes, en mettant à leur disposition, dans les meilleures conditions pécuniaires, les ouvrages nécessaires. A noter qu’alors on n’imaginait pas que les classes populaires puissent trouver du plaisir à lire. Ce n’est en effet que vers 1880 que Jules Ferry fit adopter la laïcité, la gratuité, le caractère obligatoire de l’enseignement primaire et l’extension de l’enseignement secondaire d’Etat aux jeunes filles. Les gens du peuple étaient la plupart du temps illettrés.

A sa création la bibliothèque populaire de Châteaubriant a pour but de « faire appel au concours de tous les amis du progrès pour travailler par tous les moyens légaux au développement de l’instruction ». Le premier président en est Michel Grimault, assisté de deux vice-présidents MM. Gémin et Lecot.

Neuf mois plus tard, les sociétaires de la Bibliothèque municipale, rappellent que « ce n’est pas sans peine que nous avons pu vaincre les résistances que l’on rencontre à Châteaubriant comme dans toutes les petites villes de l’Ouest, à toutes les fois qu’on vient y implanter une œuvre nouvelle, surtout quand cette œuvre marque un pas en avant dans l’ère du progrès »

« « Vous ne réussirez pas, disait-on. Rien ne dure à Châteaubriant, nous sommes lassés de donner sans obtenir de résultats. (...) Votre idée est excellente mais elle n’est pas viable car vous n’aurez pas de lecteurs »

« Donnez toujours, disions-nous, c’est ainsi que quelquefois rebutés, mais jamais lassés, nous avons en l’espace de quelques mois réuni des souscriptions s’élevant à plus de 1000 francs. Grâce à cette somme, grâce au concours du Conseil Municipal qui nous a permis de puiser dans les volumes laissés par MM. De la Picardière et Goudé, et qui nous a voté 100 francs pour leur restauration, nous avons pu mettre le 28 mars 1886, huit-cents volumes à disposition du public, offrant ainsi aux familles aisées et aux ouvriers une distraction saine et utile »

La Bibliothèque s’installe alors au premier étage du magasin de confection de M. Combet « rue Municipale » (actuelle Rue Michel Grimault), à peu près au niveau de l’actuelle Caisse d’Epargne.

En 1887 le comité de la Bibliothèque constate que les lecteurs ne s’intéressent pas à l’histoire et aux sciences mais préférent les romans : Dumas, Daudet, Balzac, Erckmann et Chatrian. En 1888 il y a 1094 volumes dont 247 d’histoire et 158 de sciences. En 1891 il y a 1784 livres puis 2183 en 1894, et 2466 en 1897 mais ... seulement 21 lecteurs !

Le 22 janvier 1920, le maire Ernest Bréant accepte le don à la ville de la Bibliothèque Populaire de Châteaubriant qui devient ainsi Bibliothèque Municipale. Elle a alors 3300 volumes. Sa Présidente est Mme Ernest Bréant, femme de grande culture. Joseph Chapron en est vice-Président et le Docteur Laurans est secrétaire tandis qu’Arsène Brémont porte le titre de « secrétaire à la propagande » ! La Bibliothèque est ouverte tous les dimanches de 13 h à 15 h.

En 1922, il est décidé le prêt gratuit d’ouvrages « aux élèves studieux et soigneux des écoles publiques »

En janvier 1955, la Bibliothèque s’installe au rez-de-chaussée de la mairie (elle y restera jusqu’à la fin de 1967, année où elle s’installe dans la « Tour des Gendarmes » au Château, où elle se trouve encore, en attendant la médiathèque espérée).

En 1960, le cahier du Comité de la Bibliothèque signale que « des lecteurs de haute culture de passage en notre ville, ont souvent manifesté leur surprise de la richesse de documentation de la Bibliothèque qui n’en conserve pas moins son caractère de Bibliothèque Populaire ». Cette année-là il y a 6700 ouvrages, il est lu 7200 livres par an par 475 lecteurs assidus.

En novembre 1965 la Bibliothèque est riche de 8000 ouvrages.

En octobre 1964 le comité décide de « satisfaire gracieusement aux demandes des ouvrages pour les personnes dont il connaîtra la modicité des ressources »

Au 31 décembre 2000, la Bibliothèque Municipale de Châteaubriant comporte 43 023 ouvrages (sans compter le fonds ancien pas encore informatisé). Elle a prêté 63 446 livres dans l’année à 2032 lecteurs inscrits (et 94 cartes de collectivité).

A quand la médiathèque ?

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Crime

« Le crime le plus grave, n’est pas que les auteurs soient persécutés, que la censure impose ses contraintes, que les livres soient livrés au feu....

Il existe un crime plus grave : c’est le dédain des livres, leur non-lecture. Ce crime-là, l’homme le paie de toute sa vie ; et si c’est une nation qui le commet, elle le paie de toute son histoire » (Joseph Brodsky, Discours de Stockholm)

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 Censure

Parmi les livres « rigolos » présentés à l’exposition sur les bibliothèques, il y en a un qui s’intitule « Censure et bibliothèques au XXe siècle » par Marie Kuhlmann, Nelly Kuntzmann et Hélène Bellour. « Nous nommerons "censure" toute intervention consistant à empêcher ou à limiter volontairement la diffusion de livres, de périodiques ou de journaux, pour des raisons d’ordre moral, religieux, philosophique, politique, idéologique ou culturel »

La Mée s’enorgueillit (si on peut dire ! ), d’avoir ouvert le chapitre "censure" du XXIe siècle !

Durant la Seconde Guerre mondiale, la censure a atteint un degré d’excès inégalé en ce siècle, qu’il s’agisse des mesures prises par le gouvernement français instituant un contrôle préalable sur l’impression et la réédition des écrits de toute nature, ou qu’il s’agisse des listes d’interdiction, (en particulier la liste Otto) diffusées par l’Occupant allemand qui conduisirent à la saisie des livres destinés au pilon. Furent interdits par exemple les livres de Max Jacob, Joseph Kessel, André Maurois, Paul Claudel, Pierre Loti, André Malraux, Romain Rolland, Georges Simenon et bien sûr ceux du Général de Gaulle. A la Libération furent interdits les ouvrages d’écrivains considérés comme collaborateurs : Marcel Aymé, Pierre Benoît, Jean Giono, Montherlant, etc.

Pendant la Guerre d’Algérie, un certain nombre de livres furent saisis ou interdits, notamment lorsqu’ils évoquaient la torture.

 Les femmes

Les livres jugés « immoraux », qu’il ne fallait pas donner « aux moins de 21 ans, aux femmes et aux lecteurs des milieux populaires » ont toujours fait l’objet de censure, notamment sous la pression des ligues d’obédience catholique (L’index, catalogue des livres dont le Saint Siège interdisait la lecture, n’a été supprimé qu’en 1966. Mais il faut signaler que la morale proclamée par le Parti Communiste, notamment en matière sexuelle, ne différait guère de celle des ligues de moralité catholique). C’était le temps de bibliothèques « pudiques ».

A partir de la fin des années 60, la plupart des municipalités, avec l’aide de l’Etat, modernisèrent ou créerent des bibliothèques (c’est en 1967 que celle de Châteaubriant s’installe au château) .... mais en souhaitant en contrôler plus étroitement le fonctionnement. C’était le temps des « books » émissaires, quelle que soit la couleur de la municipalité en place.

« Pour les municipalités de droite ou de gauche, le mauvais livre, est d’abord celui qui reflète les idées politiques de la tendance adverse » écrivent les auteurs.

Le manifeste de l’UNESCO de 1972 souligne que la bibliothèque doit faire place à tous les courants de pensée à l’exclusion des idéologies incitant à la haine raciale, à la violence et au fascisme. Et Michel Albaric, de l’Ordre des Dominicains, directeur de la bibliothèque privée du Saulchoir, définit ainsi le principe qui doit guider le bibliothécaire : « nos lecteurs sont responsables de leurs désirs. Nous n’avons pas la charge de faire respecter l’Ordre Social. Chacun son métier »

 Journaux

En ce qui concerne les journaux, une circulaire du ministère de l’Intérieur, en mars 1951, signale qu’il existe « des journaux d’information pouvant contenir (...) des appréciations sur la gestion communale, que les municipalités ont intérêt à connaître ». (NDLR : ce paragraphe nous plaît bien)

Le livre « Censures et bibliothèques au XXe siècle » cite un auteur qui dit que « la censure agit "comme quelqu’un qui fermerait à double tour la cage aux lions sans s’apercevoir que ces derniers, sortis par une autre porte, sont déjà lâchés " et explique que « la censure, dès lors qu’elle est rendue publique, fait le succès du livre ou du journal qu’elle croit frapper ». C’est d’ailleurs exactement ce qui s’est passé pour La Mée dont le nombre d’acheteurs en librairie et d’abonnés a fait un bond considérable (+ 22 %) qui ne se démentit pas .

Concluons donc avec les auteurs : « Voulant s’assurer un pouvoir sur le monde, celui des dieux ou celui des hommes, la censure des livres (et des journaux) révèle en fait les hantises, les faiblesses et les fragilités humaines, qu’il s’agisse de peurs collectives parfois très anciennes ou de la crainte de voir se répandre ou triompher les idées de ses adversaires politiques ».

BP