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Livre - Les indésirables

 

 Les "indésirables"

Ces détenus politiques, on les appelle « les indésirables ». D’après ce qu’expliquait F. MACE, lors d’une exposition au Château en octobre 2000, on donnait le nom de « indésirables » à une catégorie sociale « mise en place au cours de l’entre-deux guerres, dans une atmosphère de plus en plus xénophobe et raciste ». Immigrant, réfugié, « naturalisé » : « l’indésirable est celui qu’on soupçonne d’être étranger par ses coutumes, sa "race", sa religion ou ses origines. Avant même 1940, on qualifie aussi d’indésirable toute personne que l’on juge indigne d’appartenir à la communauté nationale ou qui se sépare d’elle-même de cette communauté : un communiste, à partir d’août 1939, entre dans cette catégorie ». L’indésirable c’est tout individu louche, aux activités inavouables : proxénète, avorteur, nomade, gangster, communiste. « L’internement au cours de l’hiver 1940-41, de toutes ces populations, ensemble, dans les mêmes camps, sous la même dénomination, contribue encore à renforcer l’amalgame dans l’esprit des "honnêtes gens" » dit encore F. MACE.

Un document figurant aux archives de la sous-préfecture de Châteaubriant, daté du 30 octobre 1941, dresse un état nominatif des internés rayés des contrôles du « Centre de séjour surveillé pour indésirables ». Dans cette liste on trouve 32 noms. En face de 27 d’entre eux il est écrit : « radié définitivement. pris comme otage le 22.10.41 par autorité d’occupation ». (voir document D 9).

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Centre de séjour pour indésirables

20 octobre 1941, à 8 h 00 du matin à Nantes, trois jeunes communistes, Spartaco Guisco, Gilbert Boudarias et Gilbert Bruslein, exécutent le Feldkommandant HOTZ. La ville de Nantes est aussitôt bouclée par l’Occupant : interdiction de circuler entre 19 heures et 8 heures, interdiction de stationner, de se rassembler à plus de deux personnes ; coupure du téléphone, surveillance des transports publics, arrestations multiples, etc

20 octobre 1941, à Châteaubriant vers 10 h du matin, la Kommandantur ordonne la fourniture immédiate de l’état nominatif des internés politiques. Monsieur POLI, chef de cabinet du Sous-Préfet de Châteaubriant est chargé de porter au ministère de l’intérieur la liste des détenus et spécialement celle des « internés politiques qui ont été mutés dans la baraque 19 ».

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Le même jour à 11h50, le gouverneur militaire de la France occupée, VON STULPNAGEL téléphone à HITLER pour lui proposer l’exécution de 100 otages de « tous les milieux hostiles » (Communistes, Gaullistes, Agents britanniques) et une nouvelle prise d’otages.

A 14h05, HITLER fait connaître sa décision : exécution immédiate de 50 otages, puis de 50 autres, dans les quarante-huit heures, si les auteurs de l’attentat ne sont pas arrêtés. A 18h00, le ministre de l’intérieur Pierre PUCHEU, présente à VON STULPNAGEL les condoléances du Maréchal PETAIN.

Le 21 octobre 1941, le Docteur REIMERS, conseiller militaire allemand à Bordeaux, est abattu de cinq balles. Les Allemands imaginent que les attentats de Nantes et Bordeaux forment un tout.

Au Conseil des Ministres, Pierre PUCHEU explique que « pour éviter de laisser fusiller 50 bons Français » il a sélectionné des Communistes à Châteaubriant.

 Bons pour être exécutés

« Comment avez-vous pu mettre le doigt dans cet engrenage ? » lui rétorque un autre ministre, « comment avez-vous pu désigner vous-même les otages ? »

Un document allemand confirme cette incroyable attitude d’un ministre français en écrivant : parmi les personnes qui avaient été internées par les autorités françaises au camp de Choisel « 16 avaient été dénommées expressément comme propres à être exécutées comme otages par le ministre français de l’Intérieur PUCHEU, dans une correspondance en date du 22 octobre 1941, signée de son chef de cabinet et adressée au Militärbefehlshaber in Frankreich » (traduction d’un document sur la procédure des otages, RW 35 542 p.52, archives militaires allemandes de Fribourg. Cité par Claude Paillat).

21 octobre 1941 : un peloton de 90 soldats allemands est logé à l’école Aristide Briand. Toute la journée, les hommes chantent, boivent, astiquent leurs armes. Ils se préparent pour le lendemain. Personne ne sait encore ce qui se trame.

Nantes, 22 octobre 1941, les cercueils sont prêts dans les camions allemands. « Afin d’éviter toute manifestation, les corps seront déposés dans des cimetières des environs de la ville et la fosse sera seulement marquée d’un numéro. Nous autres, seuls, connaîtrons l’identité et l’emplacement des défunts » dit le Major VON HASSELBACH.

A la prison La Fayette à Nantes, 13 prisonniers sont choisis : parmi eux, cinq dirigeants des Anciens Combattants dont l’avocat socialiste Alexandre FOURNY, originaire d’Issé. A la prison des Rochettes à Nantes, trois jeunes otages montent dans le camion de la Wehrmacht en chantant la Marseillaise. Ils seront exécutés à 17 heures, au champ de tir du Bèle. Cinq autres Nantais, enfermés au fort de Romainville sont exécutés le même jour au Mont Valérien. A Châteaubriant, 27 otages sont spécialement choisis...

Pierre Durand raconte : « Le 22 octobre, il fait doux, le ciel est clair, le soleil brille. Chacun vaque à ses petites occupations, met de l’ordre dans ses affaires, l’esprit inquiet, obsédé par l’approche du drame.

Vers 14 heures, trois camions allemands et une voiture se présentent à l’entrée du camp et pénètrent dans le camp annexe n°2 pour s’arrêter devant une baraque vide. Les S.S. sautent des camions et mettent une mitrailleuse en batterie. Nous sommes refoulés et enfermés dans nos baraques respectives dont les gendarmes armés gardent les issues. Par les carreaux des fenêtres, nous suivons les préparatifs du crime. L’officier allemand sort du poste de gendarmerie suivi du fameux Touya, sous-lieutenant de gendarmerie. Le visage de celui-ci ne porte aucune trace d’émotion. Le cortège, suivi d’un petit détachement de gendarmes, emprunte un passage devant les baraques du camp n°2 pour se présenter devant la baraque 19 où sont enfermés 21 camarades, baraque agencée depuis quelques semaines, bien avant la mort du commandant allemand, et entourée d’un réseau de barbelés.

Tout porte à croire que de longue date était prémédité l’assassinat des militants ouvriers et que les Allemands n’attendaient qu’un prétexte pour passer à l’exécution. »

« Tous les prisonniers sont enfermés dans leurs baraques respectives avec un gendarme en faction à chaque porte » raconte Adrien Agnès, qui occupe la baraque 19. Sur les 21 détenus de cette baraque, 15 sont appelés et sortent à l’appel de leur nom. Les six derniers se regardent avec stupeur et étonnement de n’être pas appelés. Puis le sous-lieutenant Touya poursuit son appel dans d’autres baraques. En tout 27 détenus sont désignés et rassemblés dans la baraque 6 du camp P2.

Les plus jeunes sont Guy Môquet (17 ans), Charles DELAVACQUERIE (19 ans), Emile DAVID (19 ans), Maximilien BASTARD (21 ans) et Claude LALET ( 21 ans).

On leur donne du papier à lettres et des crayons pour un dernier témoignage à leur famille et à leurs amis. Lettres de dignité, de foi en l’avenir, lettres d’hommes qui meurent pour la France, en toute conscience. Sur les murs en bois de la baraque, Jean GRANDEL écrit : « Nous vaincrons quand même ».

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Oeuvre d’un peintre amateur

Oeuvre d’un peintre amateur dont nous ignorons le nom (s’il se reconnaît, qu’il se signale, merci)

Peu après, l’abbé MOYON, curé de Saint-Jean-de-Béré, réquisitionné par les Allemands, entre dans la baraque 6 : « Mes amis, je ne viens pas ici faire violence à vos consciences » leur dit-il, très ému, « Je tiens à vous dire que je viens partager vos dernières heures, vous aider à faire le grand sacrifice qu’on exige de vous (...). Je suis près de vous le représentant des Castelbriantais. Je vous apporte le témoignage de leur profonde sympathie, de leur affectueux souvenir. Quant à moi, je peux vous dire que je suis votre ami, plus que cela, votre frère dans l’amour de la Patrie. Je suis à votre entière disposition pour recevoir vos lettres, vos commissions, vos dernières recommandations ». L’un des otages lui répond : « Monsieur le Curé, nous n’avons pas vos convictions religieuses, mais nous nous rejoignons dans l’amour de la patrie ... Vous avez eu vos martyrs au début de votre Eglise ; comme eux, nous aussi nous ferons du bien »

14h30, un officier allemand demande au prêtre de sortir. Bouleversé, celui-ci se rend dans plusieurs familles de Châteaubriant. « Ils sont admirables, ces hommes, admirables » dit-il. Son émotion est rapidement partagée par tous ceux qui apprennent, avec la rapidité de l’éclair, le massacre qui se prépare. Le témoignage de l’abbé MOYON marquera profondément une opinion publique indignée de cette exécution.


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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