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Livre - Les fusillés de Bout-de-Forêt

 

 Les fusillés de Bout-de-Forêt - 21 juillet 1944

Dans les forêts castelbriantaises, pendant toute la guerre, se cachent de nombreux jeunes, réfractaires au STO le plus souvent. Un seul "maquis" est réellement constitué, celui de Saffré. Cependant des jeunes se terrent dans les forêts de Juigné, Javardan, Domnesche, et Teillay. Leur présence est connue des habitants de la région. Une femme de Châteaubriant se souvient encore : « J’avais 13 ans, je travaillais dans une épicerie de la place de la Motte, à côté du Café Laguilliez. Régulièrement on voyait passer des jeunes qui nous demandaient la direction de la forêt de Teillay »

6 juin 1944 : les Alliés débarquent en Normandie. Les combats tournent au désavantage des Occupants. Ceux-ci, avec l’aide active de "collabos", décident de procéder à des opérations de "nettoyage". Parmi ces "collabos" le sinistre Jacques VASSEUR, 22 ans, s’est déjà fait passer pour résistant en demandant l’hébergement à Mme HUARD, (voir page 70) et est à l’origine de son arrestation. Il faut citer aussi l’attitude peut-être pas "collabo" mais sûrement "je m’en foutiste" de quelques jeunes castelbriantais, oisifs, noceurs, fêtards et bavards, cherchant leur plaisir personnel et complètement indifférents au malheur de la France : leurs indiscrétions conduiront aux exécutions du 21 juillet 1944.

Le 19 juillet 1944, trois Français se présentent à la Ferme de la Chabossière à Soudan. Parmi eux : un dénommé PENAGUIN (voir page 171) et deux jeunes d’Angers. Ils disent avoir échappé à l’attaque du Maquis de Saffré et souhaiter un abri sûr. C’est le début de l’après-midi, ils demandent à manger et, ce faisant, font parler la fermière, Mme M., lui demandant si elle connaît des voisins susceptibles d’héberger des maquisards. Elle parle, sans se méfier. Seul son jeune fils est inquiet. Les trois hommes (en réalité des miliciens) promettent de revenir. Ils vont ensuite chez TESSIER à La Teillais (où habite Albert GAUTIER) et y laissent des armes que les TESSIER cachent sous les lits.

Le 21 juillet, à 3 heures du matin, les trois mêmes Français reviennent, accompagnés du milicien Jacques VASSEUR et de 40 soldats allemands. Ils vont d’abord à la ferme de la Chabossière qu’ils connaissent bien et obligent Georges BURBAN à les conduire, à pied, à travers le bois de la Chopinière, jusqu’à la ferme du même nom. En route ils croisent Maurice GRATIEN qui s’en va travailler dans un champ et ils l’emmènent avec eux.

En arrivant à la ferme de la Chopinière, ils font lever Mme Marie MARSOLLIER tandis que les cinq fillettes (qui ont 4, 10, 14, 16 et 17 ans) sont fermement priées de rester couchées. « Où est Pierre MARSOLLIER ? ». Il est déjà parti couper du trèfle. « Conduisez-nous », disent-ils à son épouse, tandis qu’une partie des Allemands, et VASSEUR, restent dans la ferme et se servent à manger et à boire.

Marie MARSOLLIER ne trouve pas son mari dans le champ. Les Allemands menacent de l’abattre. C’est alors que revient Pierre MARSOLLIER en sifflotant, sans se douter de rien. Les Allemands se saisissent de lui et le ramènent à la ferme, en lui reprochant d’avoir hébergé des maquisards (ce qui est faux !). Pierre MARSOLLIER nie donc. VASSEUR sort et annonce son intention de mettre le feu à la ferme. « Laissez sortir mes filles » dit Marie MARSOLLIER. « Inutile, elles brûleront avec ». Pierre MARSOLLIER explique alors à VASSEUR qu’il n’est pas propriétaire et que la ferme appartient à la famille D. de Châteaubriant bien connue des Allemands.

Ceux-ci se concertent et, sans mettre le feu, repartent toujours à pieds à travers le bois. Quelques temps après, des coups de mitraillette éclatent : Georges BURBAN, 18 ans, ouvrier agricole chez GAUTIER et Maurice GRATIEN, 21 ans, ouvrier agricole chez MARSOLLIER, restés sous bonne garde dans le bois, gisent au bord du chemin. Marie MARSOLLIER et l’une de ses filles entendent les coups de feu « comme à la Blisière » diront-elles, en se souvenant du 15 décembre 1941 (voir page 48). Elles croient que Pierre Marsollier a été abattu. Un moment passe. Quand elle n’entend plus rien, Marie, courageusement, prend son vélo pour aller voir dans le bois. Elle découvre les corps des deux jeunes mais aucune trace de son mari.

Les Allemands reprennent leurs véhicules à la ferme de la Chabossière. Battu, torturé, le fermier Pierre MARSOLLIER est emmené par les Allemands jusqu’au village de la Teillais où habite Albert GAUTIER (commis dans la famille Prod’homme). Les Allemands laissent MARSOLLIER chez TESSIER et s’en vont jusqu’à St Julien de Vouvantes. Ils cherchent Paul AVOUE, qui est un ami de Pierre PIETIN et de Raymond PROD’HOMME. Ils ne le trouvent pas et ramassent son frère Pierre AVOUE à sa place. Puis ils s’en retournent vers la forêt de Juigné.

En passant, ils s’arrêtent à la ferme des Mortiers où ils fusillent le fils, Pierre PIETIN, 22 ans, devant son père et sa sœur. (voir page 169). Ils cherchent Pascal POULIER, mais celui-ci est déjà parti dans les champs. Enfin ils reviennent à La Teillais où ils obligent Albert GAUTIER à mettre le feu à la maison des Tessier et à celle des Prod’homme (belle-mère de Tessier), ils arrosent d’essence les murs de plusieurs autres maisons et allument le brasier.

Ils repartent, emmenant cette fois Pierre MARSOLLIER, Albert GAUTIER, Pierre AVOUE, Raymond PROD’HOMME et M. et Mme TESSIER jusqu’au lieu-dit "Bout-de-Forêt". Là, MARSOLLIER, GAUTIER, AVOUE brisés d’horreur et de souffrance, sont fusillés devant les trois autres, sans autre forme de procès. Ce n’est que vers 17 heures que Marie MARSOLLIER voit arriver chez elle le curé de Soudan : « Mon Dieu, dit-elle à ses filles, votre père est sûrement mort ».

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Monument de Bout-de-forêt

Les morts sont enterrés sur le lieu de leur exécution, Georges Burban et Maurice Gratien à la Chopinière, Pierre Piétin aux Mortiers, et les trois derniers à Bout-de-Forêt (où se trouve maintenant un monument). « Moi, si j’avais été maire, j’aurais imposé qu’ils aient une place au cimetière » a dit le Curé de Soudan. Quant à Prod’homme, Tessier et son épouse, ils sont conduits au Pré-Pigeon à Angers où la Libération de la ville les délivrera.

Le 4 août 1944 Châteaubriant est libérée....

Voir aussi l’histoire de Pierre Piétin


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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