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Le kiosque à musique

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Photo de "Bergson" - http://chateaubriant-daily-photo.bl...

"L’origine des kiosques à musique est exotique : le pavillon chinois qui s’introduit dans les jardins anglais au début du XVIII° siècle et le belvédère turc, ou kiosch, qui lui donne son nom et apparait dans la langue française en 1608" raconte Marie Claire MUSSAT, professeur à l’Université de Rennes et à qui l’on doit le livre "La Belle Epoque des kiosques à musique" et l’exposition dont va bénéficier Châteaubriant à partir du 30 septembre 1994.

Le kiosque à musique de la promenade des Terrasses à Châteaubriant fut édifié en 1908 sous la municipalité de Jules Huard. Cette construction, guère utilisée de nos jours, répondait aux besoins des sociétés de musique qui avaient l’habitude de donner des concerts en plein air dès l’apparition des beaux jours. Une carte postale de 1909 montre le kiosque tout juste achevé, avec en arrière plan une vue de la façade est du château. Une autre photographie présente la "Promenade des Terrasses à l’heure de la musique" dans les années 1914. Au premier plan des enfants en costume marin, une nourrice en uniforme, quelques jeunes gens en canotiers et de femmes endimanchées. Le kiosque se profile au fond du jardin. Un dimanche d’été à Châteaubriant sous les marronniers...

En 1907, le Maire de Châteaubriant, Jules Huard, proposa à son Conseil Municipal la construction d’un kiosque à musique. Le 4 Décembre 1907, le Conseil Municipal réuni en comité secret "afin de permettre plus de liberté à la discussion" décida de désigner le constructeur du dit kiosque. Tous les serruriers de Châteaubriant furent consultés pour éviter "la concurrence étrangère à la commune"..et deux modèles type furent déposés au secrétariat de la Mairie, chacun ayant été invité à en prendre connaissance et surtout à y apporter toutes les modifications nécessaires "dans l’intérêt des finances de la ville". Economies, économies...

M. Kerbol, serrurier, présenta un dossier incomplet qui fut rejeté par le comité secret. Restaient en lice, M. Angot, dont le devis s’élèvait à 5 000 F, M. Menuet et Mme Veuve Chapron, pour respectivement 4 500 F et 4 600 F. Les prix étant quasiment identiques, et les prestations conformes, le Conseil décida de confier conjointement aux deux serruriers la construction du kiosque. Comme il fallait juridiquement un responsable du marché, le sort désigna Mme Veuve Chapron, charge à elle de s’arranger avec son confrère Menuet.

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Kiosque

 Une lyre au sommet

Dans les modèles, tirés d’un catalogue, les deux soumissionnaires pouvaient choisir soit une forme hexagonale soit une forme octogonale. C’est cette dernière qui a été retenue. Par rapport au modèle, les artisans ont respecté presqu’à la lettre le décor : volutes métalliques, frise avec fleurs et bien entendu la lyre au sommet de l’édifice. Les colonnes en fonte ont également des lyres à la base et en guise de chapiteaux. Le diamètre de la construction est de 7 m. Les colonnes, espacées de 2,5 m, supportent un plafond acoustique en bois. Le toit en forme de parapluie est surmonté d’une lyre haute d’un mètre et large de 50 cm, symbole de la fonction du bâtiment. Un plan sur calque fort précis a d’ailleurs été dressé par la Veuve Chapron avec tous les détails de serrurerie.

La couverture fut envisagée en zinc ou tôle ondulée. Il était prévu également grille d’entourage et rampe d’escalier. Toutes les parties métalliques furent peintes au minium pour protéger la fonte. Des adjudications supplémentaires furent réalisées pour la peinture, l’éclairage au gaz et le plancher.

Le kiosque est conçu pour environ 35 musiciens installés confortablement sur un seul rang. En cas d’orchestre plus important il fallait mettre les musiciens sur deux rangs ce qui était tout à fait possible.

Restait le problème du soubassement. Est-ce l’agent voyer municipal, M. Allard qui réalisa le plan ? Toujours est-il que celui-ci proposa au maire de prendre Antoine Graziana, cimentier à Segré, qui était le sous-traitant d’Emile Jamin entrepreneur à Châteaubriant. Comme d’habitude pour ménager les susceptibilités tous les maçons locaux furent consultés : Emile Jamin, Louis Bujaud et Leclerc.

Le devis du maçon choisi précise qu’il s’agit de réaliser une plate-forme octogonale avec un escalier d’accès de six marches. La maçonnerie était en "moellons ordinaires avec mortier de chaux". L’enduit ciment devait être une imitation granit pour "dessus et corniche". Les marches étaient montées en "granit de Fougères", le plancher en chêne. Le tout était évalué à 1 600 F. Le préfet approuva l’ensemble des devis le 21 février 1908.

Allard, l’agent voyer municipal prévoyait également la construction d’une "murette" autour du kiosque pour la somme de 500 F. Celle-ci ne sera pas réalisée. Les entreprises avaient un an maximum pour réaliser les travaux mais vu la simplicité de la construction, quelques mois suffirent...

Le 28 Mars 1908, Allard se rendait chez la Veuve Chapron "Serrurerie en tous genres" sise rue de la Vannerie. Le procès verbal constate que la charpente est assemblée et que le montage peut commencer. Les colonnes en fonte ont été moulées par une fonderie castelbriantaise sans doute la Fonderie Leroy qui a également réalisé les bancs du jardin.

 Le gaz de Charles Besnard

Modernité oblige, la Municipalité décida de mettre l’éclairage au gaz. La Commission de Travaux Publics du Conseil Municipal approuva le devis de Charles Besnard, propriétaire-directeur de l’usine à gaz de Châteaubriant pour la fourniture de "petites lampes" et d’une "grosse au milieu" pour la somme de 498 F. Une variante à 584 F n’a pas été retenue car considérée comme trop onéreuse.

"Le Journal de Châteaubriant", l’hebdomadaire local ne parle pas de la construction du kiosque durant le printemps 1908. Le numéro du 11 Juillet 1908 signale simplement que la retraite aux flambeaux du "lundi soir 13 Juillet" s’arrêtera au nouveau kiosque. Le programme des festivités du 14 Juillet précise qu’un grand concert est organisé conjointement par les deux sociétés de musique castelbriantaises : l’Orphéon et la Musique Municipale.

Les pompiers et la Société de Gymnastique participent aux démonstrations sportives. Le clou du spectacle est l’interprétation du Prophète de Meyereber et de la Marseillaise avec choeur sous la direction du chef Parmentier. Le même journal indique que désormais tous les dimanche de Juillet et d’Août un concert aura lieu sous les ombrages à 8 h 30 le soir. Ainsi à Châteaubriant s’égrenaient ces beaux étés d’avant la Grande Guerre.

En 1909 la ville de Redon demanda des conseils pour la construction de son propre kiosque. La réponse du Maire de Châteaubriant donne une description précise de l’édifice en émettant des réserves sur le choix du plancher bois visiblement difficile d’entretien.

L’éclairage gaz fut remplacé en 1923 par l’électricité. La ville signa le 10 Juillet 1923 un contrat avec la "Société anonyme de force et de lumière" dont le siège était à Paris, rue de Rocroy, pour la somme de 308 F. Les travaux d’installation sont exécutés par M. Geslin électricien local pour 2 127 F.

 Le dernier témoin

Dix ans plus tard, sous la Municipalité Bréant, l’installation électrique fut entièrement revue. La commune déboursa alors 2 798 F. M. Bossier, ingénieur à la Société de Distribution d’Electricité de l’Ouest (SDEO) fut chargé de surveiller l’artisan électricien qui procéda au montage. Les notions de sécurité faisaient leur apparition.

La même année, la peinture fut refaite. Allard, l’agent voyer municipal toujours présent, préconisa une couleur "vert-de-gris", dite imitation bronze patiné et quelques dorures pour la lyre. Le devis s’élevait à 350 F. Le travail fut confié sans appel d’offres, vu la modicité de la somme au "peintre d’entretien" de la ville, dont le nom ne nous est pas parvenu.

Le kiosque fut utilisé régulièrement jusqu’au début des années 50. La Musique Municipale y donnait des concerts champêtres durant l’été. Pendant la dernière guerre, les spectacles qui ont eu lieu ont marqué le souvenir des castelbriantais (L’Arlésienne).

Les habitudes changeant, les vacances et les week-ends ont fait disparaître ces spectacles de l’été qui rassemblaient toute une population en quête de plaisirs simples, le kiosque fut alors doucement abandonné. Aujourd’hui, il ne sert plus que très occasionnellement pour des manifestations associatives ou pour un rare concert. Près du Bout du monde, dans ce jardin des Terrasses dessiné en 1817, il reste désormais le dernier témoin d’un temps aboli lorsque les castelbriantais attendaient ces fêtes estivales et n’avaient pas peur d’affronter la chaleur, les ondées, le froid et souvent l’inconfort des chaises pour écouter les flonflons des musiques et admirer les Sociétés de gymnastique. Signe des temps, il ne reste plus à Châteaubriant que l’Harmonie Municipale, dernière société musicale à avoir survécu. Aujourd’hui, beaucoup de Castelbriantais ignorent même la destination de cette charmante construction comme ils ne savent plus ce que sont les cliques, fanfares et autres orphéons.

Noëlle MENARD